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Full text of "Etude historique et archéologique sur les anneaux sigillaires et autres des premiers siècles du Moyen-Age : description de 315 anneaux, avec dessins dans le texte"

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ÉTUDE 

HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 

SUR LES 

ANNEAUX SIGILLAIRES 

ET AUTRES 
DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 

DESCRIPTION DE 315 ANNEAUX, AVEC DESSINS DANS LE TEXTE 

l'Ali 

wËfcfy- . m m. deLôche 

MEMBHE DE L'i.NSTfTlit 




PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1900 

Tous droits réservés. 



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ÉTUDE 

SUR LES ANNEAUX 

DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



IMP. CAMIS ET C' e , PARIS* — SECTION OHIEINTALE A.. BUKU1K, ANGKKi 



ÉTUDE 

HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 



ANNEAUX SIGILLAIRES 

ET AUTRES 
DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 

DESCRIPTION DE 315 ANNEAUX, AVEC DESSINS DANS LE TEXTE 

PAR 

M. M. DELOCHE 

MEMBRE DE L'INSTITUT 




PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1900 

Tous droits réservés. 



PRÉFACE 



Dans un récent mémoire, intitulé : Le Port des anneaux dans 
l'antiquité romaine et les premiers siècles du moyen âge 1 , j'ai 
exposé : l°les règles et les coutumes suivant lesquelles il était 
ou non permis de porter un anneau en public, et plus lard de 
porter un anneau de tel ou tel métal, selon la dignité, la 
fonction ou la condition originelle des personnes; 2° les rites 
qu'on observait pour l'emploi des anneaux comme symboles, 
dans des circonstances solennelles, telles que la consécration 
religieuse ou le mariage. 

J'avais déjà, à l'époque de cette publication, mis au jour ou 
reproduit, dans un recueil périodique *, un nombre considérable 
de bijoux de ce genre, en usage sous le Bas Empire, puis dans 
les États barbares et particulièrement dans la Gaule mérovin- 
gienne. 

J'ai eu, depuis, communication d'autresanneaux de cesmêmes 
époques, la plupart inédits, et j'ai conçu alors le dessein de 
former un recueil où ces petits monuments seraient classés mé- 
thodiquement, soigneusement commentés, et accompagnés d'un 
résumé succinct des notions utiles qu'on en peut tirer. 

C'est ce recueil (le premier de cette sorte qui, à ma connais- 
sance, ait encore paru) que je livre au public. 

1. Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXXV, 
2 e partie. — Tiré à part, 112 pages in-4, Paris, 1896. 

2. Revue archéologique, 2 e série, année 1880, t. II, et 3 e série, années 
1884 à 1896. 

a 



11 



PRÉFACE 



H comprend trois cent quinze anneaux », qui, à des degrés dif- 
férents, présentent un sérieux intérêt. 

Non seulement, ils peuvent contribuer à l'histoire de l'art de 
l'orfèvrerie, des procédés de fabrication, des formes variées et 
des modes de décoration des bijoux qui nous occupent ; mais ils 
offrent de précieux renseignements louchant la paléographie, la 
composition des monogrammes, les invocations religieuses, les 
formules acclamaloires, etc., etc. 

J'ai pris soin, en outre, autant que j'en ai eu le moyen et que 
le permettait le cadre de cet ouvrage, d'insérer dans mes 
notices descriptives, ou en note au bas des pages, la liste des 
nombreux objets : armes, plaques de ceinturon, fibules, colliers, 
boucles d'oreilles, vases, médailles, etc. , etc., recueillis en même 
temps que les anneaux et dans les mêmes sépultures. J 'ai voulu 
grouper ainsi des indications précieuses, qu'on ne trouverait, je 
crois, réunies nulle autre part, et qui serviront à l'étude de 
l'archéologie en général et des antiquités provinciales ou locales 
de notre pays. 

Mon travail a pour objet : au point de vue géographique, l'an- 
cienne Gaule et ses divisions ecclésiastiques au vi c siècle; chro- 
nologiquement, quatre siècles et demi du haut moyen âge. 

Il se compose de trois parties principales, savoir : 

1° V Introduction, où sont résumées les notions archéolo- 
giques, historiques et philologiques, fournies par les bijoux dé- 
crits, et où sont traitées diverses questions qu'elles soulèvent; 

2° La Description et le Commentaire de ces petits monuments. 
J'y ai joint un Appendice, dans lequel sont reproduits quelques 
cachets ou objets ayant servi de cachet, qu'il était intéressant 
de rapprocher des anneaux contemporains ; 

3° Les tables, qui sont les suivantes : 

1. La description de nos anneaux se clôt par le chiffre trois cent deux 
(CCC11) ; mais les redoublements de plusieurs numéros en ont élevé, en 
réalité, le chiffre total à trois cent quinze. 



PRÉFACE 



III 



Une table géographique, indiquant les diocèses et les lieux de 
provenance des anneaux, qui nous sont connus, et, pour ceux 
de ces bijoux dont la provenance est ignorée, la ville et la collec- 
tion publique ou privée où ils sont conservés; 

Une liste des noms propres inscrits sur les anneaux ou sur les 
objets décrits dans l'Appendice, en légende ou sous forme de 
monogramme ; 

Une table alphabétique des matières principales contenues 
dans l'Introduction et dans la Description des anneaux ; 
Enfin une table analytique de l'ouvrage. 

Tel est, sommairement tracé, le plan de ce livre, où j'ai eu 
l'intention, non pas de produire un recueil complet des anneaux 
de temps reculés, mais d'établir un type, un cadre, dans lequel 
viendront se ranger les monuments nouveaux dont j'ai ignoré 
l'existence, et ceux que les découvertes futures mettront à la 
disposition des archéologues. 



INTRODUCTION 



Sous ce titre, je me propose de traiter les points suivants : 
l°La provenance des anneaux et leur classement géogra- 
phique; 

2° L'âge des anneaux; 

3° Les matières premières, les procédés de fabrication et les 
formes diverses de ces petits monuments ; 
4° Leur ornementation ; 
5° Les inscriptions qui y sont gravées ; 

6° Les anneaux, suivant le sexe, la dignité ou la profession 
de leurs possesseurs; 

7° Les anneaux, suivant leur destination. 

Au cours des résumés et explications que je dois donner sur 
chacun de ces sujets, je me référerai naturellement, comme jus- 
tification, aux notices et aux figurations formant la partie des- 
criptive qui suit la présente Introduction. Ces notices seront dé- 
signées par des chiffres en capitales romaines, correspondant 
aux numéros qu'elles portent dans ladite description '. 

1. Il convient d'avertir le lecteur que ceux de ces numéros qui se 
rapportent à des anneaux par nous précédemment publiés dans la Re- 
vue archéologique de 1880 à 1896, ne sont point en relation avec les nu- 
méros des notices que j'ai insérées dans ce recueil périodique, au fur et 
à mesure que les bijoux arrivaient à ma connaissance. 



VI 



INTRODUCTION 
S l° r 



Provenance des anneaux. — Leur 
classement géographique. 

Les recherches dont je publie aujourd'hui les résultats, ont, 
en principe et presque exclusivement, porté sur les anneaux 
trouvés dans la Gaule telle qu'elle est délimitée par J. César dans 
ses Commentaires ', c'est-à-dire dans le cadre formé par les 
Alpes et le Rhin, la mer du Nord et l'Océan, les Pyrénées et la 
Méditerranée. 

Je n'ai malheureusement pas réussi à me procurer des ren- 
seignements suffisants touchant le lieu ou même le pays de pro- 
venance de toutes les bagues que j'ai décrites : ils restent 
ignorés pour un certain nombre d'entre elles*, et il yen a quelques- 
unes que je sais ou que je suppose avoir été découvertes hors 
de l'ancienne Gaule 3 . Néanmoins, je n'ai pas cru pouvoir les 
négliger, à raison de leur étroite affinité avec celles qui ont été 
recueillies sur notre sol, et des éléments utiles qu'elles me four- 
nissaient pour la solution de questions afférentes à ces der- 
nières. 

Pour les anneaux de provenance connue, j'ai adopté un clas- 
sement géographique, basé sur les divisions de la Gaule, telles 
qu'elles nous apparaissent dans laNoticedes provinces et cités (ré- 
digée, comme on sait, à la fin du iv° siècle), en tenant compte 
toutefois des changements que l'état de choses auquel elle cor- 
respond avait subis jusque dans le vi e siècle \ 

1. De bel/. Gallic, I, 1. 
± CCLV à CCXC. 

3. CCXCl à CCCll. 

4. Ces changements ont été savamment étudiés par mon confrère 
M. kilg. Lougnon, dans son livre La Gaule au vi e siècle, gr. in-8, Paris, 
1878, p. 180 elsuiv. 



INTRODUCTION 



VII 



Cetle dernière époque convient d'autant mieux pour noire 
classement, qu'elle est à égale distance des deux points ex- 
trêmes du long espace de temps que j'ai envisagé et qui s'étend 
de la conversion de Constantin-le-Grand au christianisme 
(an 312) à lachute définitive delà dynastie mérovingienne (752). 

J'ai donc suivi la division par provinces ecclésiastiques (con- 
forme au cadre de la Notice précitée); mais ce système, d'ap- 
plication facile, m'a paru insuffisant, l'institution des provinces 
romaines, œuvre purement politique et administrative de la 
chancellerie impériale, étant tout à fait artificielle et sans rela- 
tion avec l'ethnographie et l'histoire de la Gaule indépendante. 

C'est pourquoi, je me suis imposé la lâche beaucoup plus dé- 
licate de faire un classement, non seulement par provinces ec- 
clésiastiques, mais aussi par diocèses ou cités épiscopales, qui, 
elles, correspondent trèsapproximativement aux cités ou tribus 
gauloises d'avant la conquête romaine. J'ai eu, pour cela, le 
précieux concours de mon savant et obligeant confrère, M. Au- 
guste Longnon, dont on sait la haute compétence en tout ce qui 
regarde la géographie historique et spécialement celle du moyen 
âge. Je me plais à lui exprimer ici ma gratitude. 

Quant aux anneaux de provenance ignorée, mais dont je con- 
naissais les possesseurs, j'ai employé le seul système praticable 
en les répartissant entre les localités et les collections dans les- 
quelles ils sont conservés. 

Je n'ai d'ailleurs formé de tous les monuments que j'ai eu à 
commenter, qu'une série numérale unique, ce qui facilitera les 
recherches du lecteur. 

§2 

L'âge des anneaux. 

La période historique que j'ai eue en vue pour l'étude des 



vni 



INTRODUCTION 



époques où ces petits monuments ont été confectionnés, se 
place, ainsi que je l'ai déjà indiqué dans le précédent para- 
graphe, entre l'année 312, date de la conversion de l'empe- 
reur Constantin, qui clôt l'antiquité classique, et l'année 752, 
qui vit l'avènement au trône du chef de la dynastie carolin- 
gienne. 

Quels sont les signes ou les éléments d'après lesquels on peut 
ranger nos anneaux parmi les produits de cette période? 

Il faut les définir suivant qu'il s'agit de distinguer ces bijoux 
de ceux des âges antérieurs à 312, ou des temps postérieurs à 
752. 

Occupons-nous d'abord des premiers. 

Ce qui différencie essentiellement une grande partie de ces bi- 
joux de ceux de l'antiquité classique, c'est leur caractère nette- 
ment chrétien, qui se manifesta à la suite de l'adhésion du sou- 
verain à la religion nouvelle. 

Les principales marques chrétiennes sont la croix et le 
chrisme; les formules religieuses in De? nomine, les acclama- 
tions vivas ou vivat in Deo, les lettres symboliques A et 00, des 
figuralions allégoriques, telles que saint Pierre et le coq chantant, 
un diacre prédicant ou bénissant, des emblèmes tels que le 
poisson, la colombe, la palme. 

A partir duv e siècle, c'est-à-dire des grandes invasions, appa- 
raissent, en outre, les vocables personnels germaniques, et un 
mode de décoration tout autre que celui des Gallo-Romains, et 
dans lequel dominent les figures d'animaux réels ou fantas- 
tiques, gravées sur le métal ou émaillées. 

Parmi les particularités de la fabrique barbare, je signalerai 
celle des cabochons ou globules qui accostent le chaton, soudés 
sur la tige ou ciselés dans le métal. Quand les cabochons sont au 
nombre de trois, ils sont disposés en feuille de trèfle. 

Ce dispositif, qui ne se rencontre que fort rarement sur les 
bagues des derniers temps du Haut Empire, est, au contraire, très 



INTRODUCTION 



fréquent à partir de Constantin, et presque usuel à l'époque bar- 
bare l . 

Les objets recueillis dans les sépultures, en même temps que 
les anneaux : armes, ustensiles, bijoux, objets de toilette, etc., 
servent aussi, en bien des cas, à fixer, au moins approximative- 
ment, l'époque de l'ensevelissement*. 

Mais, ceux dont la présence dans les tombes est le plus pré- 
cieux élément d'information, ce sont les monnaies impériales 
ou celles des rois barbares, qui déterminent, d'une manière cer- 
taine, des dates au delà desquelles on ne saurait remonter. 

Enfin, quand il s'agit de bagues provenant d'anciens cimetières, 
dont on a pu, d'après un ensemble de faits, placer les com- 
mencements aune date postérieure à 312 3 , nous sommes au- 
torisé à regarder comme vraisemblable que ces bijoux ont été 
confectionnés pour les défunts sur les restes desquels ils ont été 
recueillis; car, le nombre considérable que l'on en trouve dans 
les sépultures démontre queles Gallo-Francs laissaient aux morts 
leurs anneaux comme le faisaient les Romains *. 

Passons à l'examen des différences qui séparent les anneaux 
mérovingiens, de ceux de l'époque subséquente. 

J'ai signalé, plus haut, comme un des traits caractéristiques de 

1. Je donnerai plus loin des détails sur ce mode de décoration des 
anneaux, et sur les marques chrétiennes. Voir les §§ 4 et 5. 

2. 11 convient de faire obsers r er,à cette place, que la présence d'intail- 
les antiques sur plusieurs de nos anneaux n'empêche pas que la fabri- 
cation de ceux-ci soit de date plus récente. Nous avons la preuve 
certaine du fait, particulièrement pour ceux où se lisent des noms germa- 
niques; citons par exemple celui de Crodolenus (n° CCXLV). 

3. Il en est ainsi notamment de celles de Herpès (CCXYII à CCXLII), 
et de la province de Namur (LXXXVI à CXIV). Voir aussi les n os CXXIX- 
CXXXVIl bis, concernant les anneaux de Vermand. 

4 Les Romains retiraient les anneaux de la main des mourants ; mais 
on les y replaçait après la mort. (Voir Deloche, Le port des anneaux dans 
l'antiq.rom. et dam les premiers siècles du mo>/endge ; dans Mém. de l'Acad. 
des inscr. et bell.-lett., t. XXXV, 2" partie, p. 209; tiré à part, p. 41.) 



V 



INTRODUCTION 



l'orfèvrerie mérovingienne, les trois ou deux cabochons ou glo- 
bules soudés ou ciselés à droite et à gauche du chaton. Ce dis- 
positif ne se voit plus sur les anneaux de l'ère carolingienne : en 
tout cas, s'il s'y rencontrait, ce ne serait qu'exceptionnellement. 

Dans les légendes et les monogrammes qui ornent ces petits 
monuments, l'alphabet de l'époque carolingienne diffère assez, 
du moins à partir du ix e siècle, de celui de l'époque antérieure, 
pour éviter toute confusion : en outre, la gravure en est géné- 
ralement plus profonde et plus épaisse. L'orthographe des 
noms propres présente aussi, d'une période à l'autre, des dis- 
semblances qui font discerner les anneaux à inscriptions qui 
leur appartiennent respectivement. 

Ce qui a été dit ci-dessus des objets divers, recueillis, en même 
temps queles anneaux, dansles sépultures, s'applique également 
ci. Il en est de même de l'âge des nécropoles, avec cette diffé- 
rence qu'au lieu de leurs commencements, c'est la date de leur 
abandon qui doit servir à régler la limite inférieure de la pé- 
riode par nous envisagée. Nous savons, par exemple, queles an- 
ciens cimetières de Vermand furent abandonnés à la suite des 
grandes invasions du v c siècle 1 . Nous sommes ainsi assurés que 
les objets et spécialement les anneaux qui y ont été découverts, 
sont antérieurs à la deuxième dynastie. Je n'ai pas manqué d'ail- 
leurs, quand des doutes s'offraient à mon esprit, de les exposer 
au lecteur, qui est ainsi prévenu contre toute surprise à cet 
égard. 

Je rappelle, en terminant ce paragraphe, que, sauf en des cas 
assez rares, je n'ai point prétendu assigner aux bijoux dont j'ai 
fait l'étude, des dates précises de fabrication. Je me suis le plus 
souvent borné à les rattacher à une série, dont j'ai marqué les 
deux points extrêmes, et qui s'étend sur le large espace de 
quatre siècles et demi. 



1. Voir CXXIX-CXXXVII bis. 



INTRODUCTION XI 

§3 

Matières premières. — Procédés de fabrication 
et formes diverses des anneaux. 

I 

MATIÈRES PREMIÈRES 

Parmi les anneaux d'or que j'ai décrits, il y en a quelques- 
uns où nous voyons l'emploi de filigrane 1 , d'autres où des 
feuilles d'or hachées font office de paillon 2 . Notons aussi des 
bagues d'argent, de bronze et de cuivre dorés 3 , et une bague 
en bronze, plaquée et incrustée d'or \ 

De nos anneaux d'argent 5 , deux sont en filigrane , deux en 
argent doré \ 

Des anneaux en bronze 8 , deux sont en filigrane 9 , un est 
plaqué et incrusté ou damasquiné d'or 10 ; deux sont dorés", deux 
argentés 12 et un émaillé 13 . 

Nous avons dix anneaux en cuivre 14 , dont deux en laiton 15 et 
un en cuivre doré 16 . 

1. XXIV, XL, CCXLI, CCXLII et CCLXXXIV. 

2. CXI, CXII et CLI. 

3. CCXXXIV, CCXXXV, CCXXXV1, GCXLVI et CCLV1I1. 

4. CCLXVIt. 

5. V, VI, XII, XXV, XXVII, XLI1I elpassim. 

6. CCXLI, CCXLII. 

7. CCXXXIV, CCXLVI. 

8. IV, X, XI, XIII, XIV, XV, XVJ, XIX elpassim. 

9. CLXV1I, CCXXXIX. 

10. CCLXXVII. Voir plus bas § 4, n° îv, au sujet des ornements métal- 
liques. 

11. CCXXXV et CCXXXVI. 

12. CXCVIII, CCLXXXV1I. 

13. CCLXXXII. 

14. III, IX, XXXIII, CXXI, CXXXIX, CXLIX, CL, CCXI, CCLVI1I, 
CCLXXIX. 

15. CXLIX, CL. 

16. CCLV1II. 



XII 



INTRODUCTION 



L'un de nos bijoux est en étain ou en plomb 1 . 
Deux sont en potin*. 
Deux en fer 3 . 

Enfin un en verre. C'est un des rares exemples de bijoux de 
cetle sorte, formés d'un cercle de verre, sans métal ; il est d'une 
couleur blanchâtre, grossièrement venu à la fonte, et orné 
d'un chaton en verre bleu 4 . 

Je m'abstiens de mentionner ici les gemmes, verroteries et 
pâtes colorées, à l'aide desquelles on décorait le chaton, et dont 
je me réserve de parler plus bas. 

II 

PROCÉDÉS DE FABRICATION ET FORMES DIVERSES DES ANNEAUX 

Certains de nos anneaux sont un simple cercle; d'autres, et 
c'est le plus grand nombre, présentent deux parties distinctes : 
la tige ou le jonc, qui, chez les Latins, était désigné par les mots 

1. CXCV. 

2. CXLV, CLXXXVJII. 

3. XVII, CCLXXXVIII. Du petit nombre de bagues en fer par nous dé- 
crites, il ne faudrait pas conclure à la rareté de bijoux de cetle espèce. 
Il y en a, au contraire, un grand nombre : on peut en voir notamment 
au Musée de Cluny ; mais les anneaux en fer sont presque tous de simples 
cercles fortement oxydés, dépourvus de toute décoration et inscrip- 
tion, conséquemment sans intérêt; et c'est pour cette raison que nous 
n'en avons compris que deux dans notre description. 

4. XXIX. On fabriquait des bagues de cette sorte sans y employer de 
métal, soit avec des pierres précieuses, soit avec de 1 ivoire ou de l'os. 
Abrabam Gorlaeus, un antiquaire érudit du xvi e ou du xvii siècle, en 
possédait un, formé d'une sardoine [De triplici annulo, édit. de Leyde, 
1672, p. 6). Le lome XVI, année 1860. des Mém. du la Soc. pour la recher- 
che des monum. hisloriq. du Grand- Duché de Luxembourg, contient la men- 
tion d'une bague en verre bleu, de l'époque gallo-romaine. Enfin, un an- 
neau en os a été trouvé à Templeux-la-Fosse (Somme), dans un cimetière 
gallo-franc (Bullet. archéol. du Comité des trav. hist., année 1891 ; art. 
de M. Th. Eck, tiré à part, p. 15, pl. XI, lig. 2) 



I 



INTRODUCTION XIII 

significatifs de « circulus » ou « orbiculus », et le chaton, qu'ils 
nommaient « pala » ou « funda ». 

1° La tige. 

Lorsque la bague était un simple cercle, ou quand la tige fai- 
sait corps avec le chaton, ménagé à même le métal, elle était, 
tantôt fondue de toutes pièces 1 , tantôt forgée et martelée 2 . Dans 
les deux cas, elle était retouchée à la lime, et passée ensuite au 
polissoir 3 . 

Lorsqu'elle était formée d'un ruban ou bande de métal forgé, 
on soudait, pour fermer le cercle, les deux extrémités du ruban 
l'une sur l'autre 4 , du côté placé sous le doigt, et peu exposé à la 
vue 5 . 

Si le bijou était destiné à recevoir un chaton, et si la tige 
n'était pas forgée ou fondue en un cercle complet et fermé, on 
soudait les deux bouts, ou bien on les découpait en volutes gé- 
minées, sur lesquelles on soudait le chaton 6 . 

D'autres fois, les deux bouts de la tige pénétraient dans le 
chaton', ou seulement l'enserraient fortement 8 . 

Enfin, la tige était, dans certains cas, un métal creux, rempli 
de pâte d'argile 9 . 

1. Exemples IX, CXXXI, CCXL. 

2. Exemple LXX. 

3. Exemple LXX. 

4. Il y a lieu de s'étonner qu'un archéologue aussi habile que M. Mo- 
linier ait mis en doute l'usage de la soudure aux temps mérovingiens. 
(Dans Bulletin de la Société des Antiquaires de France). L'emploi en était, 
au contraire, fréquent, surtout pour la pose du chaton sur la tige, 
dont nous parlons plus bas. 

5. VI, X, XI, XXXIII, CXXXVIII, CLXXXIII, CXCIII, CCLI. 

6. Exemples XXIII, XLIX, LXXVI, LXXXV. LXXXVI, CCII, CCLII. 

7. CCLXII. 

8. XXIV. 

9. CCXXVI. 



XIV INTRODUCTION 

Je signalerai deux bagues de forme extraordinaire : dans la 
première, les deux branches de la lige sont restées distinctes, 
mais reliées l'une à l'autre par un fermoir où s'engage une lon- 
gue aiguille 1 ; la seconde, qui est un simple cercle, présente une 
longue et forte pointe saillante 2 . Ces modes de fabrication ont 
dû être tout à fait exceptionnels, car je n'en connais pas d'autre 
exemple. 

L'anneau était quelquefois pourvu d'une chaîne de sûreté 3 . 
J'en ai décrit un, qui était appenduà une chaînette, attachée elle- 
même, par ses deux extrémités, à des fibules, qui la fixaient au 
vêtement 1 . 

Je dois noter ici un bel anneau d'or, qui m'appartient et dont 
la fabrication est remarquable en ce qu'il se compose de deux 
anneaux superposés : l'un, l'intérieur, tout uni, l'autre, formé de 
filigranes, de globules et de pointillés d'un dessin très élégant 5 . 

Parmi nos bagues, il en est une qui est hexagonale*; une 
autre nonagonale 7 , et plusieurs octogonales 8 ; la plupart présen- 
tent, sur leurs facettes, des caractères ou des figures. 

2° Le chaton. 

Le chaton, qui est la partie la plus importante et la plus inté- 
ressante de l'anneau, est, tantôt pris dans la masse du métal, 
où il a été ménagé au moment de la fonte ou de la forge 9 , tantôt 
soudé sur la tige 10 , tantôt enfin, mais beaucoup plus rarement, 

1. CCVI. 

2. CGVIl. 

3. XLV1II. 

4. CXXIII. 

5. XL. 

6. LXX. 

7. CCXVII. 

8. LXXII, CXVII, CXXIII bis, CLXXXI, CLXXXIV, CCXXXVIII etCCXLVI. 

9. III, IV, V, VI, IX, X, XI, XII, XIII, XV, XVII, XVIII, XIX, XX, 
XXII, XXV et passim. 

10. I, II, VII, VIII, XIV, XXI, XXIII, XXVIII, XXX, XXXII, XXXIV et 

passim. 



INTRODUCTION 



XV 



pénétré parles deux branches de la tige, sur lesquelles il pivote, 
formant un chaton tournant à deux faces 1 . 

Parfois, lorsque la tige se composait de fils de métal tordus, 
la torsade se continuait en un enroulement, qui formait un cha- 
ton de forme ronde 8 . 

Le chaton était souvent un simple renforcement de la partie 
du métal de la tige, sur laquelle on se proposait de graver, soit 
une inscription, soit une figure, soit un ornement quelconque, ou 
que l'on voulait décorer d'une gemme ou de verroteries. Dans 
ce dernier cas, on ménageait une cavité convenable. 

Sur plusieurs de nos bijoux les plus élégants, sont soudés 
des édicules ajourés, dont les arcades supportent un toit, orné 
de pierres précieuses 3 . 

Signalons ici plusieurs anneaux, dont le chaton est divisé en 
deux ou trois compartiments 4 , et d'autres, pourvus de deux cha- 
tons 5 , dont l'un, le principal, est à la partie apparente du bijou, 
et le second, de dimensions beaucoup plus faibles, est du côté 
opposé. 

Quant aux formes des chatons, elles sont très variées : ronde, 
ovale, quadrangulaire, trapézoïdale, hexagonale, octogonale, etc. 

1. CXXV, CLXXXV11 et CGLXVIII. Nous reproduisons, dans l'Appen- 
dice, n° I, un cachet à deux faces, qui était probablement suspendu à 
une chaînette. 

2. CLXVII. 

3. Exemples II, CCX, CCXVIII. 

4. XL, XLVI, CXXVII, CXXXVII bis, CLXV1II, CLXXXl. 

5. XIX, XLVI, LXXIX, XG, XGV, GCXIV, CCLXX VIII.CCLXXXII.CCXGV. 



XVI 



INTRODUCTION 



§4' 

L'ornementation des anneaux. 



I 

les pierres précieuses et leurs imitations, les verroteries, 

l'émaillerie 

1° Pierres précieuses. 

. Celles qui ont servi à décorer nos anneaux sont les suivantes : 
agate 1 , améthyste 5 , calcédoine 3 , cornaline 4 , cristal de roche 6 , 
émeraude 6 , grenat 7 , pierre d'un gris perle 8 , pierre dure noire 9 , 
perle verte 10 , rubis 11 , sardoine 12 . 

2° Imitations de pierres précieuses. 

Agate (verre bleu et noir, imitant 1') 13 ; améthyste (quarlz 
hyalin, imitant l') u ; calcédoine (fausse) 15 ; émeraude (fausse) 16 . 

1. LXXII fris. 

2. CVII, CCLXXXIV. 

3. CXL. 

4. CXIV, CCXffl, CCXLI. 

5. CCXXIX. 

6. I (cette pierre a remplacé, depuis un temps indéterminé, la gemme 
primitive), CCXXX1, CCLXVI. 

7. VIII, LXXIII bis, CGXXVI, CCXXVI1, CCXXXI11,CCXXXV, CCXXXV1I, 
CCXXXIX, CCXL1I. 

8. LXXIII ter. 

9. CCXXV1II. 

10. CIX. 

11. CCLXVI. 

12. CCXLV, CCLXXXVI. 

13. CXIII. 

14. CV. 

15. CXXX, CXXXII, CXLII, CXLIII. 

16. CIV, CIX, CXLI. 



INTRODUCTION 



XVII 



3° Verroteries. 

Verre blanc 1 , blanchâtre-, blanc irisé 3 , bleu l , jaune 5 , noir 6 , 
rouge 7 , verl*. 

4° E 'mailler ie. 

Email blanc", rouge 1 ", bleu", grisâtre 12 , noir"; plaques d'é- 
mail 1 ', goutle d'émail 15 . 



II 

MISE EN ŒUVRE DES GEMMES, DES VERROTERIES ET Dli L'ÉMAIL 



Les pierres naturelles étaient nécessairement travaillées à 
froid, mais les imitations en verre ou en émail étaient traitées, 
tantôt à froid, tantôt pendant ou immédiatement après la fusion 
ou la cuisson. 

Elles étaient taillées le plus souvent en table, c'est-à-dire à 



i exi, cli, excr. 

2. XXIX. 

3. CXLIV. 

4. XXIV, XXIX, CXCVIII, ccxxv, 

5. CLXXIII, CXC. 

6. CVI. 

7. CXII, CLXXVII. 

8. CXXXIII, CXCIX, CCXXXV, CCXXXVlI.llya aussi, aux n°* XXXVH 
CXVI et CXCIX, des verroteries, dont la couleur est indéterminée. 

9. CLI, CCLXXIV. 

10. CCLXXXII. 

11. XXVIII et CCLXXXII. 

12. VIII. 

13. CCXXIV. 

14. CXXXVII bis. 

15. II. Des doutes ont été émis touchant la pratique de l'émaillene 
après le m c siècle ; nous les croyons mal fondés. Voir, au n° CXXXVII bis, 
ce qui est dit à ce sujet. 

h 



XVIII INTRODUCTION 

plat 1 , quelquefois en cabochons, c'est-à-dire dans la forme hé- 
misphérique, en relief sur le chaton 2 . 

Sur l'un de nos anneaux, dont le chat on est en verre bleu, imi- 
tant une agate, on constate que le joaillier a tenté d'imprimer 
sur la pâte de verre, avant son refroidissement, un camée ou 
le surmoulage d'une intaille antique, mal venu du reste '. 

Le chaton avait parfois l'aspect d'une rosace, avec, au centre, 
un cercle, d'où partaient, commedes rayons, desbandes étroites 
de métal formant 4, 6, 7 ou \ 2 alvéoles, que l'on garnissait 
de morceaux de gemmes vraies ou fausses. Le cercle central 
était également occupé par une pierre ou une imitation de 
pierre précieuse \ 

Je ne dois pas omettre de noter un procédé, dont les fabri- 
cants de nos anneaux se servaient, qui fut employé par les 
artistes du haut moyen âge, et que l'on pratique, de nos jours, 
pour donner plus d'éclat aux pierres et aux verroteries. Je veux 
parler du paillon, qui consistait à poser ces gemmes sur des 
feuilles d'or, qu'on mettait en plaques unies et plus souvent 
hachées et quadrillées", ou bien sur une plaque de métal doré 
ou argenté, comme on le voit pour une de nos.bagues 6 . 

111 

PIERRES GRAVÉES. REPRÉSENTATIONS DIVERSES 

Sur dix de nos anneaux, les gemmes du chaton portent des 
figures ou des sujets gravés : elles sont d'un travail romain du 

1. Exemples : CVli, CXVI, CLXXIII, CLXXVI, CCXXV1, CCXXXIII, 
CCXXXV, CCXXXIX, CCXLII. 

2. Exemples : CVII, CXXIV, CXC, CXCIX, CCXXXI, CCXLI. 

3. CXJII. 

4. CXI, CLXXVI, CCXXVII, CCXLII. 

5. CXI, CXII, CLI. 

6. CXCVIII. 



INTRODUCTION 



XIX 



Haut ou du Bas Empire, et en tout cas, d'une époque antérieure 
à celle de la confection des bijoux qui nous sont parvenus, et 
pour l'ornementation desquels elles ont été utilisées. 

Trois de ces intailles représentent Jupiter, avec l'aigle à ses 
pieds 1 ou avec l'aigle posé à côté de la cathédra sur laquelle 
il est assis", ou bien encore couronnant son aigle 3 . D'autres re- 
présentent la Fortune 4 , la Fortune etla Victoire 15 ; un petitgénie 6 ; 
deux personnages, dans l'un desquels on a cru voir, mais sans 
raisons suffisantes; Prométhée créant l'homme à l'image des 
dieux 7 ; un guerrier debout, tenant, d'une main, une lance et, de 
l'autre, le sommet d'un bouclier posé à terre 8 ; deux chevaux de- 
vant un abreuvoir 9 ; un lion passant 10 . 

On a recueilli, dans une sépulture postérieure à l'an 364. un 
anneau muni d'une pierre verte, où est gravé le chrisme avec la 
barre horizontale figurant la croix u . 

Signalonsenfin une bague, malheureusement perdue, qui était 
ornée d'une gemme gravée après la chute de l'empire d'Occi 
dent (an 476), c'est-à-dire à l'époque de l'occupation de la Gaule 
parles barbares : c'était une agate, représentant saint Jérôme à 
genoux devant le crucifix, se frappant la poitrine avec une pierre. 
Ce bijou provenait du sarcophage de saint Agilbert, évêque de 
Paris vers 670, découvert, en 1 636, dans la crypte de la chapelle 
de l'antique monastère de femmes de Jouarre. 

1. CCLXXXVI. 

2. CXXXI. 

3. GCXXVI1I. 

4. CCXIII. 

5. XXXIX. 

6. CXLIII. 

7. XXIV. 

8. CXIV. 

9. CCXLV. 

10. CXLII. 

11. CX XIX. Ce bijou a été trouvé dans la tombe d'une femme, qui aval 
dans la main gauche un sou d'or de Valentinien I er (an 364-375). 



XX INTRODUCTION 

Le savant André du Saussay, qui l'avait tenu dans ses mains 
et étudié sur place peu de jours après la découverte, l'a décrit 
dans sa Panoplia episcopalis 1 . 

L'existence de ce petit monument et de l'intaille qui en fait 
partie ne saurait être l'objet d'un doute, et c'est pourquoi nous 
l'avons, sans hésiter, compris dans notre série 2 , en reproduisant 
la notice descriptive que du Saussay lui a consacrée. 

Le travail de gravure ne peut avoir été exécuté qu'en un temps 
plus ou moins long écoulé après la mort de saint Jérôme, sur- 
venue en 470 : il ne remonte donc pas au delà des dernières 
années du v e siècle, et appartient conséquemment à l'époque où 
la Gaule était occupée par les barbares. C'est là un fait qui con- 
tredit ouvertement l'opinion, professée par mon confrère, M. E. 
Babelon, d'après laquelle les Mérovingiens n'auraient point pra- 
tiqué la gravure sur pierre, et se seraient bornés à encbâsser, 
dans les anneaux qu'ils fabriquaient, des pierres gravées à des 
époques antérieures 3 . 

Toutefois, l'exemple fourni par l'anneau de l'évêque Agilbert 
est jusqu'à présent le seul qui nous soit connu d'une façon cer- 
taine, et on jugera 4 peut-être qu'il ne saurait suffire pour in- 

1. Panoplia episcopalis, in-fol., Paris, 1646, II, 2, p. 483. 

2. LXXII bis. 

3. Babelon, La gravure en pierres fines, grand in-42, 1894, p. 229. 
L'auteur a encore accentué cette opinion dans un mémoirecommuniqué, 
en 1896, à l'Académie des Inscriptions. Voir Comptes rendus des séances 
de cette Académie. 

4. Dom Mabillon [Annal. Ord. S. Benedicti, t. I, p. 456) a fait mention 
d'un autre anneau, orné d'une pierre précieuse, également trouvé dans 
la crypte de la chapelle de l'abbaye de Jouarre, dans le tombeau de 
S. Ebrégisile, évêque de Meaux en 660. Sur cette gemme, aurait été gravée 
l'image de saint Paul Ermite, à genoux devant un crucifix, ayant sur sa 
tête un corbeau (a). Les auteurs du JSouv. traité de diplomatique (t. IV, 



(a) Allusion au corbeau qui, d'après la légende, apporta au saint, chaque jour, pendant 
soixante ans, le pain qui lui servait de nourriture. 



INTRODUCTION 



XXI 



firmer la doctrine du savant conservateur du Cabinet des mé- 
dailles à la Bibliothèque nationale. 

IV 

ORNEMENTS MÉTALLIQUES 

J'ai mentionné, plus haut l , l'emploi de la dorure et de 
l'argenture, du placage et de l'incrustation d'or sur nos an- 
neaux. 

Il convient d'insister ici sur des industries qui avaient 
essentiellement pour objet l'ornementation de ces bijoux. Nous 
en avons un intéressant exemple dans le n° CCLXXVII de nos 
anneaux. 

On y voit que l'or a été incrusté dans un trait creusé à 
l'avance, et y est retenu par des stries exécutées à la lime, 
ainsi que procédaient les damasquineurs orientaux et les ar- 
tistes italiens. Toutefois, à la différence de ces derniers, le fabri- 
cant de notre bijou ne s'est point servi d'un fil tréfilé, mais 
d'un métal découpé sur une feuille d'or. 

C'est l'œuvre d'un de ces barbaricaires, corporation de bro- 
deurs d'or sur étoffe et d'incrustateurs d'or et d'argent sur 
métal. 

p. 17), onl reproduit L'énoaciation do Mabillon, en se référant au passage 
précité des Annales bénédictines. Mais nous n'avons pas, relativement à 
ce deuxième bijou, l'affirmation d'un témoin oculaire, comme nous la 
tenons d'André du Saussay pour celui d'Agilbert; et c'est pourquoi nous 
croyons devoir observer, à cet égard, une prudente réserve. Mabillon a 
mentionné, dans un autre de ses ouvrages (De re diplomat., p. 255, n°2), 
un anneau portant, au. chaton, un saphir représentant l'image du roi 
Childéric, mais dépourvu de légende; cette énonciation a été reproduite 
dans le Nouveau traité de diplomatique (t. IV, p. 101). J'ai à peine besoin 
de faire remarquer qu'en l'absence d'inscription, l'attribution de l'image 
et de l'anneau à Childéric est purement conjecturale et sans valeur 
sérieuse. 
\. % 3, n° 1. 



S VII 



INTRODUCTION 



La première de ces catégories d'artisans remonte aux temps 
du Haut Empire 1 ; mais on ne trouve pas de mention de la 
deuxième avant le v° siècle. 

Les modes de décoration des anneaux que nous avons 
rencontrés le plus souvent, sont : des filets de métal soudés, en 
bordure, sur la tige - ; des globules ou perles de métal, formant 
des groupes ou des cordons de grènetis sur la tige, sur le cha- 
ton ou autour du chaton 3 ; des filigranes d'or, d'argent, de 
bronze ou de laiton ', et dont parfois la tige tout entière est 
composée 5 . 

L'ornementation métallique la plus usitée consiste en quatre, 
trois ou deux globules ou cabochons, ou même un seul glo- 
bule, accostant le chaton; et, comme c'est un des traits carac- 
téristiques de l'orfèvrerie gallo-franque, nous devons entrer dans 
quelques détails à ce sujet. 

Ce mode de décoration, qui fut employé dès la fin du Haut 
Empire, mais très rarement, apparaît plusfréquemment au temps 
du Bas Empire, et devient d'un usage commun à l'époque barbare. 

Nous avons deux exemples de quatre globules ou cabochons 
de métal à côté du chaton ou sur le chaton 6 . 

Mais généralement, ils sont au nombre de trois soudés ou 
ménagés à droite et à gauche du chaton 8 e-t ils sont alors, ainsi 
que je l'ai déjà remarqué, toujours disposés en feuille de trèfle. 

1. Les barbaricaires brodeurs sont mentionnés dans Lucrèce, Ovide 
et l'édit de Dioctétien. 

2. Exemples CVI, C1X, GCXIII, CCXXXVH. 

3. XL, LXXVI, LXXXVt, CIV, CX1I, CXXX, CXLI, CLXXVlt, CCXXVI, 
GCXXXI, CCXL1. 

4. GVIII, CXI1I, CXLI, CCXXV, CCXXXtX, CCXL11. 

5. CV1II. 

6. CCXXVII, CCXCII. 

7. XXIV, XXXV, XXXIX, XLVI, XLIX, Ll, LXI, LXIII et passim. 

8. Nous avons deux exemples des trois globules placés au-dessus et au- 
dessous d'une plaque d'email du chaton. Voir le n° CXXXVII bis et 
CCXXV. 



INTRODUCTION 



XXIII 



Sur un moindre nombre de bagues, il n'y a que deux de ces 
ornements 1 et sur un nombre encore plus restreint, un seul 2 . 

J'ai dit que ces ornements étaient soudés ou pris dans la 
masse ; le premier de ces deux procédés était le plus habituel. 
Quand on appliquait le second (et ce n'était presque jamais que 
pour les bagues en bronze ou en cuivre 3 ), on travaillait plus ou 
moins habilement le métal au burin, de manière à mettre en 
relief les saillies qui devaient représenter les ornements 
voulus *. 

Parfois, les trois cabochons sont remplacés, soit par trois 
points saillants, séparés les uns des autres par des entailles % 
soit par des cercles concentriques, disposés, à l'instar des cabo- 
chons, en feuille de trèfle \ 

V 

FIGURES ET ORNEMENTS GRAVÉS S(!R LE MÉTAL 

1° Scènes à un ou deux personnages . 

Je noterai d'abord la scène du guerrier Dromacius, qui con- 
sulte la devineresse Betta et lui tend la main 7 ; puis celles de 
deux personnes assises, les mains posées sur les genoux 8 ; d'un 
personnage en marche ou dansant 9 ; d'un autre personnage 

1. IV, XXI, XLVII, LU, LVIII, LXVI, LXXII et passim. 

2. XIV, LIX, LXXXI1. 

3. Je citerai comme un cas exceptionnel le n° CCXVI : un anneau d'or, 
où les deux cabochons sont ménagés dans la masse. 

4. Pour les groupes de trois, voir CXV, CXXI, CL, CLVIl, CLXIV, 
CLXIX, CLXXXVI bis, GXCV, CCXIII, CCLXXIV, CCLXXXV. — Pour les 
groupes de deux cabochons, IV, XLVII, LU, LVIII, LX, LXVI, LXXII, 
CLXV, CLXXVIII, CCLXXIII. 

5. CCXLVIII et CCXLIX. 

6. XXXIII et LXIX. 

7. XLV. 

8. CCLXXIII . 

9. LXVI, 



XXIV 



INTRODUCTION 



debout, vêlu de la dalmatique, bénissanl ou prêchant 1 ; de 
saint Pierre, debout derrière le coq qui chante : allusion au 
reniement du Christ, prédit par celui-ci 2 . 

2° Effigies de personnages déterminés et figures diverses. 

La plus importante et la plus célèbre est celle du roi franc 
Childéric I er , sur son anneau-cachet \ Viennent ensuite : celle 
d'Hunila, dont la tête diadémée marque le titre de reine ; ; celles 
du Golh Uffila, personnage de haut rang, peut-être un souverain 5 ; 
d'Anloninos 6 , dont l'effigie est pareille à celle des effigies royales 
surlesmonnaiesmérovingiennes ; deRagnelhramnus 7 ;d'Abbon R ; 
d'un personnage, dont l'initiale du nom est un |_ 9 ; d'un autre per- 
sonnage à longue chevelure, dont l'initiale est un r 10 ; d'un per- 
sonnage, dont le nom est indéchiffrable " ; de deux personnes, 
homme et femme, dont les bustes affrontés ne sont accom- 
pagnés d'aucune inscription 12 ; enfin, d'une tête masculine, gra- 
vée sur un anneau de femme : sans doute l'effigie du donateur 
du bijou 13 . 

Plusieurs de nos anneaux nous offrent encore diverses figures 

1. CCLXXV. 

2. XVI. 

'3. CLXXIX. 

4. LXXVI. 

5. CCXCIV. Le nom n'est pas sur l'anneau, mais sur une fibule trouvée 
dans la même sépulture que l'anneau. 

0. LI. 

7. LIX. 

8. CCLXV. 

9. CLV, 

10. CCI/V. 

11. CCLXX1. 

12. LVH. 

13. CCX. 11 convient de noter, à cette place, l'effigie grossièrement exé- 
cutée de saint Magnus ou Maonus sur le cachet d'une religieuse (Appen- 
dice, n° 1). 



INTRODUCTION 



XXV 



humaines 1 , mais probablement sans intention de reproduire 
ou même de rappeler des personnes déterminées. Il est à peine 
besoin de faire mention, à celte place, de deux sous d'or, portant : 
l'un, les effigies des empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus ? , 
l'autre, une lêle avec le bandeau royal et, en légende, le nom de 
Clo taire II 3 . 

3° Emblèmes religieux. 

Un de nos anneaux présente un emblème religieux des Israé- 
lites : le chandelier à sept branches, qui figure sur la bague de 
la Juive Aster \ 

Les autres emblèmes, qui sont tous chrétiens et que nous 
distinguons des animaux et objets dont on fit des symboles du 
Rédempteur, sont : le chrisme et la croix en leurs diverses for- 
mes, les clous et les instruments de la Passion. 

A. — Le Chrisme. 

Le chrisme ou monogramme de Jésus-Christ est gravé sur 
nos anneaux, sous cinq formes différentes : 
X traversé perpendiculairement par I, initiales de Iy;-: r j; 

Xpîoroç 3 ; 

Le x» avec une croix superposée ayant un p (le ?= grec) au 
sommet" ; 

1. XVII, LXVIII, LXXI, CXIV, CLXIX, CXCIII, CCIX, CCLXXL 

2. CLXXXVI1. 

3. CÇLVL 

4. CCXV. 

5. XLVI, CCXCV. Cette forme ne parait sur les monnaies mérovin- 
giennes qu'à partir du viu siècle (M. Prou, dans les Mélanges G. B. de 
liossi, supplément aux Mélanges darchéol. et d'/i/st., publiés par l'Ecole 
française de Rome, t. XII ; tiré à part, p. 4). Mais elle remonte assuré- 
ment beaucoup plus haut. 

6. CXX1X. Cet exemple est postérieur à l'an 364; car !a femme, dans 
la tombe de laquelle le bijou a été recueilli, avait, dans la main, un sou 



XXVI 



INTRODUCTION 



Le x, avec une simple croix superposée 1 ; 
La croix laline, avec P au sommet -; 

Enfin, la croix couchée, avec, en travers de la barre, les lettres 
P et 6 (?), où il est permis de voir l'abréviation de Xpfo-re 3 ; dans 
ce cas, en même temps que le chrisme, nous aurions là une 
invocation religieuse. 

Il est à remarquer que, parmi ces variétés, ne figure point la 
forme la plus ancienne du chrisme, le monogramme constan- 
tinien, composé du X traversé perpendiculairement par un p, et 
dont le premier exemple connu se trouve sur un monument 
de l'an 323 *. 

15. — Croix et croisettes \ 

On les voit sur un grand nombre de nos bagues et dans toutes 
les formes connues : croix à branches égales fi ; croix grecque 7 ; 

d'or de Valentinien 1 er (364-375). Cet emblème est ici gravé sur une fièvre, 
à la différence des autres, qui sont gravés sur métal. 

1. XVIII, XIX, CXXIl ; sur ce dernier anneau, les quatre branches 
de la croix sont fortement potencées. 

2. CXVII, CCLXXlX;E.Le Blant,dans un relevé fait au vu des 450 mar- 
bres exhumés depuis vingt sept ans, place l'emploi, en Gaule, de la croix 
chrismée au temps de saint Martin de Tours (-[-397 ou 400) et de 400 à 
540. (Nouv. Rec. des inscript, chrét. de la Gaule, préface, p. n). 

3. CCLXXX.En toutcas, nousaurionsicil'exemple d'un sigle duRédemp- 
teur, plus complet que celui qui fut si répandu, X P- Voir G. Schlum- 
berger, Sigillographie de l 'empire byzantin, p. 10, 17, 34 et passim. 

4t. Voir de Rossi, dans Bulletino, ann. 1863, p. 22; et Martigny, Dic- 
tionn. des Anliq. chrét., p. 478. E. Le Blant, dans le relevé précité, 
place l'emploi de ce monogramme en Gaule, de l'an 347 à 547. 

5. E. Le Blant, dans le relevé précité, place l'emploi de la croix, comme 
emblème dans les inscriptions lapidaires en Gaule, de 445 à 682. M. Prou 
en met l'emploi sur les monnaies mérovingiennes, à la fin du vi e siècle 
jusqu'au milieu du vin (voir le passage des Mélanges G. B. dp Rossi, cité 
plus haut, à propos du chrisme et de la croix chrismée, p. xxv, note 5. 

6. XIII, XIV, XC, XCII, XCV, CI. 

7. LUI. 



IXTHOIU'OTION 



XXVI l 



croix de Saint-André 1 ; croix fichée 2 ; pattée 3 ; potencée 4 ; 
fourchue 5 ; cantonnée ou accostée de points ou de lettres 6 . La 
croix sert assez souvent du support à un monogramme, dont 
les lettres sont à l'extrémité de chaque branche 7 . 

C. — Instruments de la Passion. 

Ce sont les clous du crucifiement 8 , la lance, les verges, le 
marteau, appendus aux bras de la croix 9 . 

4° Animaux et objets divers, symboles du Christ. 

Le Christ fut, de bonne heure, symbolisé de différentes façons, 
convenues entre les premiers adeptes de la foi nouvelle, ou 
plus souvent encore imaginées et recommandées par leurs doc- 
leurs , comme on le voit dans le Paedagogus de Clément 
d'Alexandrie (f 215) 1 ". Parmi les figures allégoriques indiquées 

1. LXX1X, CLXXXVIII. 

2. LV1. 

3. CLXIIl, CGVIII, CCXIV. 

4. XCI, XCII, CI, CXX11, CXXXIX, CLX, CLX1. 

5. LXIV. 

6. XXXV, XLIV, LXXII, XCIII, CCXLIV. Je n'ai pas rencontré, sur les 
anneaux, la croix gammée, qui se voit sur une fibule reproduite à l'Ap- 
pendice, n° Vit. 

7. CCLX1V, CCCI, CCC1I. 

[. 8. CLX, CLXI. Nous avons expliqué une figure gravée sur le n°XCVII, 
par l'allusion aux clous du crucifiement. Des doutes m'ont été inspirés 
sur l'exactitude de cette interprétation. Voir, à ce sujet, ce que j'ai dit 
dans la notice relative à cet anneau, et une lettre de mon savant con- 
frère, M. Philippe Berger, reproduite dans l'Appendice, n° IX. 

9. XLIV. 

10. III, 11 ; dans Migne, Patrol. Graec, t. VIII, col. 634-636. Le célèbre 
docteur recommandait aux fidèles la colombe, le poisson, un navire vo- 
guant à pleine voiles, une lyre, une ancre de vaisseau. Voir, du reste, sur 



XX VIII INTRODUCTION 

par celui-ci, il en est deux, celles de la colombe et du poisson, 
qui furent très populaires, et dont nous constaterons plus bas 
l'emploi fréquent. 

Le seul symbole inanimé dont j'aie rencontré la reproduction 
sur les anneaux, est une palme dressée debout sur sa lige 

Les animaux symboliques sont : 

L'agneau, avec une étoile sur le dos 2 ; 

Le cerf; 

La colombe 1 ; la colombe, avec la branche d'olivier à son 
bec ; ; avec un rameau et l'invocation Salba me (pour Saint me)'; 
surmontée d'une étoile 7 . 

Deux oiseaux posés l'un sur l'autre, et dont l'un, le plus 
gros, est peut être la colombe, symbole du Christ 8 . 

Le lièvre". 

Le poisson ,0 ; le poisson dans la nasse, et un petit poisson na- 
geant de chaque côté 

ce point, mon mémoire le Port des anneaux dans l'antiquité romaine et 
les premiers siècles du moyen âge, dans Mém. de l'Acad. des inscr. et bell.- 
lett., t. XXXV, 2 R partie^ p. 220,246 et 269; tiré à part, p. 52, 78etl0t. 

1. CXXIII bit. 

2. Ibid. L'Agneau est la plus ancienne figure sous laquelle le Christ 
ait été désignédans les livres et sur les monuments de l'Eglise primitive. 
Marligny [Dictionn. desantig. chrét., p. 27) mentionne l'Agneau avec une 
croix sur la tête, la poitrine ou le dos, mais pas avec une étoile. 

3. Ibid. 

4. XXV, LXXI, CXXIV, CCLX, CCLXII, notel, CCLXIX, CCXCHI ; E. Le 
Blant, dans le relevé cité plus haut, place l'emploi en Gaule de cette 
ligure symbolique dans les inscriptions, de 378 à 631. 

5. CXXIII bis. 

6. CCXCI. 

7. XXXII. 

8. CCL1L C'est le seul exemple connu de ce double symbole. 
U. CXXIII bis. Voir Marligny, op. cit., p. 205. 

10. CCLIV. 

11. LXX1II. E. Le Blant, dans le relevé cité plus haut, place l'emploi 
en Gaule, de la figure du poisson, de l'an 474 à 631. 



INTRODUCTION 



XXIX 



5° Animaux mythologiques ou fantastiques. — Animaux 
d'espèces diverses ou indéterminées . 

Ce sont des hippocampes 1 , des animaux fantastiques 2 , des 
quadrupèdes d'espèce indéterminée 3 , une tête d'animal à large 
mâchoire et grosses dents 1 , des serpents affrontés 5 , des ani- 
maux rampants et des reptiles c ; des arêtes de poisson \ 

6° Végétaux, figures géométriques et autres. 

Ce sont des feuilles d'acanthe 8 , des trifolium 9 ; des feuilles 
ou fruits à trois lobes 10 ; des palmettes 11 ; des cercles concentriques 
avec point ou globule au centre 1 -; des entrelacs 13 ; des fers 
à cheval 14 ; des losanges 15 ; des arceaux ou arcatures des en- 
roulements 17 ; des instruments de travail 18 , etc., etc. 

1. XL. 

2. XCVIII, CXXIII bit. 

3. CXXXII, CCXXXVI. 

4. LVIII. 

5. CCXC. 

6. XLIII, XCIX, C, CCL1V. 

7. XXXJ1I, CCXXXII. 

8. CXXX. 

9. VI. 

10. en. 
n. i. 

12. III, XIV, XXXIX bis, CXLI, CLXV. 

13. CXXXVIII, CL. 

14. CCXLV. 

15. XXVII, XLVI, CLXXIII. 

16. CCX, CCXV et CCXVIII. 

17. CX1X. 

18. LXXV. On distingue, dans les groupes de lignes gravées sur cet an- 
neau, une pioche et un marteau. 



XXV 



INTRODUCTION 



§ 5. 

Inscriptions. 

Elles sont de diverses sorles, ce sont : l°des légendes, c'est- 
à-dire des mots intégralement ou presque intégralement gravés, 
et pouvant êlre lus couramment; 2° des abréviations, des ini- 
tiales ou des sigles ; 3° des monogrammes. Mais, avant de m'oc- 
cuper de ces inscriptions, je dois on faire connaître la paléo- 
graphie. 

I 

LA PALÉOGRAPHIE DES ANNEAUX 

Les caractères gravés sur nos anneaux sont généralement 
semblables à ceux des inscriptions monétaires de la même 
époque, et cette similitude s'explique aisément. 

La composition et la gravure des légendes et monogrammes 
des anneaux s'exécutaient dans des conditions analogues à 
celles des légendes des sous et tiers de sou d'or, imités des 
monnaies impériales, ou à effigies barbares, dont les dimen- 
sions et la forme étaient souvent pareilles ou presque pareilles 
à celles des chatons de ces bijoux. 

On sait, en outre, que, en Gaule, dès la deuxième moitié du 
vi c siècle, les orfèvres établis dans des centres importants de po- 
pulation faisaient, parfois et même assez fréquemment, office 
de monnayers attitrés, marquant de leur nom les espèces qu'ils 
fabriquaient. 

De là devait résulter cette similitude entre deux sortes d'ou- 
vrages sorties des mêmes mains. 

Les lettres composant nos inscriptions sont, comme celles 
des légendes monétaires ', tantôt des capitales, tantôt des on- 
ciales et des minuscules ou cursives. 

1. M. Prou, Catalog, des monn. mêrov. rie la Biblioth, nat., introd., 
p. CXVI. 



INTRODUCTION XXXI 

Dans les énumérations qui vont suivre, je n'ai pas cru devoir 
mentionner les lettres conjointes ou liées des monogrammes, où 
cette disposition est non seulement habituelle, mais nécessaire : 
car, en principe, le monogramme, comme son nom l'indique, se 
compose de caractères unis les uns aux autres et formant un 
seul tout : les monogrammes contenant des letlres séparées 
sont des exceptions, qui, toutefois ne sont point rares. 

Je noterai les ligatures qui se trouvent dans les légendes, où 
celte disposition n'est point, tant s'en faut, commune comme 
dans les monogrammes. 

Je m'occuperai ensuite des lettres rétrogrades, couchées ou 
renversées. 

1° Formes des lettres et lettres liées. 

Je n'ai point l'intention de montrer, sous cette rubrique, 
outes les variétés de formes des lettres gravées sur nos anneaux. 
Je me bornerai à reproduire les plus caractéristiques ; le lecteur 
trouvera, dans les figures qui accompagnent les notices des- 
criptives, les nombreuses variantes ou nuances qu'elles présen- 
tent. 

A, A A* IV A 5 A/ = A N* Al = A R s , Â = AT A/ = A V 7 : 

B, D 8 , minuscule b*. 

1. V, XLVIII, LVII, CXXIII bis, CXXIV, CXXVI, CLXIV, GLXXXV, 
CCX, CCL, CCLX1I, CCXCII1. 

2. XLI. 

3. CCLXXVIl. 

4. CCLXVI1I. 

5. XXXIX 1er. 

6. LXXXIV el CXXIV. 

7. XLIV et CXXV1I. 

8. CXVI. 

9. XXXVI, LXXXVIII, CXXVII. 



XXXII 



INTRODUCTION 



C, rétrograde D 1 , carré c \ angulaire < 3 — Lr7 — deux c 
carrés liés (?) \ 

D, oncial 6-, triangulaire A 6 < 7 V 8 — œ = D rétrograde 
et E 9 . — Deux D enlrelacés Bfl ,0 . 

E couché (?) m n , lunaire € 12 . 
F,r 13 . 

G; formes cursives très usitées g, q, s , q, G, S 14 ; cursive 
peu usitée Lj 15 ; onciale 6, 16 rétrograde O 1T . 

H. Pas d'observation. 

I, pas d'observation. 

K, on le trouve couché 13 . 



1. CCXIX. 

2. XLIII, CLXXV, CCXLV, CCLXVI1I, CCLXXXV. D'après E. Le Blant, 
cette forme parait, de 5C6 à G90, dans les inscriptions lapidaires. 

3. CXVI. 

4. LXII. 

5. LVI, CLXXVIII, CCX1V, CCXVI. 

6. CCLXV1I. Cette forme parait dans les inscriptions lapidaires de 
586 ou 587 à 689. 

7. LXI, CCXV1I. 

8. CCLXII. 

9. CXVI. 

10. XV. 

11. XCIII. 

12. CXVI, CCLXXX(?). Cette forme paraît dansles inscriptions lapidaires, 
de 527 à 676. 

13. Il ne figure pas sur nos annneaux, mais on voit, sur un cachet 
reproduit à l'Appendice, n° IV, un caractère qui parait — F et G rétro- 
grades. 

14. V, XXXI, XLIV, LIX, LXXXV, CXLVII, CLXXXVI, CCXX, CCXLVII, 
CCLIII, CCLXVII, CCLXXVII, CCLXXVIII. Appendice, n° VIII. 

15. LXXXI. Nous avons peut-être l'exemple d'une autre forme cursive 
peu usitée, sur une boucle de ceinturon, reproduite à l'Appendice, n° V. 

16. CCXLVIII. 

17. CCXCVI1. 

18. CXX. 

19. CXXI, CCXCII. 



INTRODUCTION 



XXXIII 



M, l'onciale <r> • ; d'où peut-être la forme m 2 — — MA 3 , 
IVR = MAR \ 

N ; rétrograde W 5 ; oncialen et n G H 7 ; rB = NB 8 , KE = NE 9 . 
O ; avec un point au centre o'° ; en losange 11 ; losange barré 
aux 4 angles 'Ç>' 12 . 
P ; rétrograde q 13 . 

Q ; avec un point au cenlreQ 14 ; en losange sur une haste <V 5 . 
R, n 16 R 17 R 18 , R 19 P 20 ; rétrograde n 21 . 
S, rétrograde Z, couché </) 22 , rétrograde et couché eu 23 , 
S" = sv 2i - 

1. XLIX. Cette forme parait dans les inscriptions lapidaires, de 527 
à 689. 

2. CXLVII. 

3. XLVI. 

4. CCIII. 

5. XXVI, XXX, XXXI, L, LI, L1X, LXVI, LXXVI, LXXXVI, LXXXVII, 
CXCVI, CCII, CCIV, CCXIII, CCXVII, CCXXI, CCLVIII, CCLXV. 

G. CLXXXVI, CXVIJI, CCLXXVIII. 

7. CCLXVIII. 

8. CCLXVIII. 

9. Ibid. 

10. CCLXIV. 

11. LU. Cette forme paraitdans les inscriptions lapidaires, de 585à 689. 

12. XL. 

13. CXXV. 

14. CXXV. 

15. CCXLVI. 

16. XXXIX 1er, XLIV, XLVII, XLIX, LXXXIX, CXVI, CLV, CCXIII, 
CCXLVI, CCXLVII, CCLUI, CCLV, CCLXIV, CCLXXXV. Appendice, n°V. 

17. CLXXXV. 

18. XLI, 

19. CCL. 

20. CCLXVIII. 

21. LIX, CCLI1I, CCLV, CCLXIV, CCLXX1V et passim. 

22. S rétrograde, LI, LIX, LXXVI et passim; couché, voir p. xxxv,note6. 

23. IV, X, XIII, XLIIL XLVII, L, LI, LU elpassim. Le S est représenté 
par un simple trait sur plusieurs anneaux; quand il est traversé par 
un autre trait, il a la signification de Signum. Exemples, XX, XXII. 

24. LXXXV. 



XXXIV 



INTRODUCTION 



T, parfois couché H l , cursif 
U 3 v *• 

V ; oncial 4 5 \A = VA 6 ; la même ligature rétrograde \ 
X qu'il faut se garder de confondre avec les croisettes qui ac- 
compagnent les légendes et monogrammes. 
T. Pas d'observation. 
Z. Pas d'observation. 
W, VA 8 = WA. 

2° Position des lettres : rétrogrades, couchées, non renversables , 

renversables. 

A. — Lettres rétrogrades. 

il y a des lettres de l'alphabet dont les deux côtés, dans leur 
position et leur forme normale, sont pareils, et pour lesquelles, 
conséquemment, il n'y a point de position rétrograde ; ce sont : 

A et A, H, I, M, m et m, o et o, T, U, V, X, Y. 

Les lettres suivantes, nous en avons donné plus haut des 
exemples, prennent, au contraire, cette position : 

8 et d = B et b ; O et 1 = C et C ; O = D ; 3 et 3 = E et € ; =) et 
-| = F et h ; O, ? et O = G, q et 6 ; J et > = L et < ; VI et n = 
N et n ; S = P; = Q; fl, et H = R, et R; 2 et w = S et </>. 

B. — Lettres couchées. 
Voici les lettres qui figurent ainsi sur nos anneaux : 

1. CCXXI, CCXCVII. 

2. CXVI. 

3. Cette forme paraît, de 449 à 605, dans les inscriptions lapidaires. 

4. CCLXXVI. 

5. CLXV1II. Cette forme parait dans les inscriptions lapidaires, de 534 
à 689. 

6. CCIIL 

7. CCXVII. 

8. CCLXVIII. 



INTRODUCTION XXXV 

> — A (A non barré) n etu^C'i Q = D 5 ; m — E 4 ; o et 
-n=Getq;M=K 5 ;wetcD = set2' , ;H — T î <et> = V 8 . 

Quant aux autres lettres de l'alphabet, le fait qu'on ne les ren- 
contre pas sur nos anneaux dans celle position n'implique nul- 
lement qu'elles ne puissent la prendre. 

C. — Lettres non renversantes. 

Parmi les lettres de l'alphabet latin, il en est qui ne sont point 
sujettes à renversement, d'autres qui sont, au contraire, ren- 
versables. 

Parlons d'abord des premières : elles sont au nombre d e 
treize, dont la partie inférieure et la partie supérieure sont géné- 
ralement (et en particulier sur nos anneaux) de forme sem- 
blable, et pour lesquelles il n'y a ni haut ni bas, et conséquem- 
ment pas de renversement : 

B, dont les deux panses sont presque toujours de même 
dimension sur nos anneaux ; 

C, C et < ; 
D; 

E, dont les barres horizontales sont presque toujours de 
même longueur ; 

h (F privé de la barre horizontale supérieure) ; 
H ; 
l ; 

K, dont les traits obliques sont toujours de même longueur ; 
N, qui est aussi souvent dans la position rétrograde (VI), sem- 
blable au renversement; 

1. Passim. 

2. Voir, au n° CLXXXIII, deux C adossés et couchés. 

3. CCXII. 

4. XGIII. 

5. CXX. 

G. CXXIV, CCIV, CCXLIII, CCXLIX, CCLXX et passim. 

7. CGXCVIf. 

8. Passim. 



\ 



XXXVl 



INTRODUCTION 



; 

S, qui, se présente aussi souvent sons la forme rétrograde (3), 
semblable au renversement; 

X; 

Z, qui, dans la position rétrograde (5), est semblable au ren- 
versement. 

D. — Lettres renversables. 

Voici celles dont j'ai noté le renversement: 

V = A, V = A (A non barré) 1 ; 

V = a (D triangulaire) 2 ; 
b = F 3 ; 

r = L 4 ; 
a = R-; 

1 — T«. 
A = V 7 ; 

Voici les lettres renversables, dont je n'ai pas rencontré de 

renversement : 
A ; 

b (B cursif) ; 
;> (D oncial) ; 
G ; 
M ; 
P; 

Q, Q, O ; 
U ; 

H (V oncial). 
Y- 

1. Pour A non barré, passim; pour A renversé, CCLXXI. 

2. CCLXII. 

3. LXXXI. 

4. LXXXV, CXXVI, CXLVIII, CL1V, CXCIII. 

5. CCL1IK 
G. CCXXI. 
7. Passim. 



INTRODUCTION 



XXXVII 



II 

LES LÉGENDES 

Elles désignent des noms propres, ou bien elles expriment 
des invocations ou formules religieuses, des acclamations ou 
affirmations diverses. Elles présentent aussi, parfois, des parti- 
cularités orthographiques ou grammaticales, que nous avons à 
relever. 

1° Noms propres. 

Nos anneaux nous fournissent une grande quantité de noms 
d'hommes et de femmes, inscrits intégralement, en légendes 
circulaires ou sur une seule ligne en trois» ou deux lignes 3 . 
Quelques-uns portent deux noms : le plus souvent ceux de deux 
époux, comme sur la bague de Técla 4 , ou bien de deux per- 
sonnages, dont on ne sait s'ils sont époux ou fiancés 5 ; rare- 
ment ceux de deux personnes étrangères l'une h l'autre, mais 
figurant dans une même scène, comme le guerrier Dromacius 
et la devineresse Bella 6 . 

2° Invocations. Formules religieuses et lettres symboliques. 
Ce sont : Salba me (pour Saloa me) autour d'une colombe te- 

1. Exemples de légendes circulaires : XLIV, LI, LU, LIX, LXXVI, 
CLXXIXet CCLXV. 

2. Exemples de légendes en trois lignes : LXXLII ter, CGLXV1II. 

3. Exemples de noms inscrits en deux lignes : IX, XL, XLI1I, XLVI, 
CC1II, CCXIV, CCLXVI1, CCXC11I bis et CCXCVIII. 

4. CCIX. 

5. Exemples : CXVIIl, CXXV11, CCXIV, CCXVII, CCLXVI1I. Parfois, ces 
inscriptions, bien que ne contenant qu'un nom, marquent le caractère 
du don de l'anneau fait par la fiancée ou l'épouse, comme dans LVU, 
LXXIII ter et CCLXVI. 

6. XLV. 



XXXVUI 



INTRODUCTION 



nant au bec une branche d'olivier 1 ; Chr'iste ' ; In Dei nomine 3 ; ln 
Dei numine (pour nomine), amen' ; A et 00, accostant la croix 3 . 

3° Acclamations. 

Ce sont : Vivas\ Con me (pour Cnm me) vivas"' ; Vivas in Deo*; • 
JJecum vivasin Deo ; Vivas mi'Jii) diu 10 ; Vivas diu m(ihi) n ; Vivat 
Deo (pour in Deo) 12 ; Tecla. . . vivat Deo cummarito seo (pour-wo) 13 ; 
Utere felix H . 

4° Enonciatinns diverses. 

Warenbertus déclare avoir donné à Roccola ou Roccolana, 
son épouse ou sa fiancée, l'anneau-cachet qui porte le nom de 
celle-ci 15 . Donobertus, pharmacien ou médecin pharmacopole, 
certifie avoir fait le médicament sur lequel il appose son ca- 
chet La bague de Rusticus porte l'attestation qu'elle est son 
œuvre 1T . 

1. CCXCI. 

2. CCLXXX. 

3. XLIII. 

4. CCXCV. 

5. CCC. 

6. LV1I, CXXIII bis. 

7. CCXCIX. 

8. I, CLXXXI. 

9. CCLXVI. 

10 LXXIII bis. 

11. XXXIX bis. 

12. CXVI, CXXIV. 

13. CCIX. 

14. XXXIX ter. 

15. CCLXVIII. 

16. CCXIII. 

17. CXVII. 



INTRODUCTION 



XXXIX 



4° Particularités orthographiques et grammaticales. 

Comodus est employé pour Commodus 1 ; con pour cum 3 ; feet 
pour fecit 3 ; ficit pour fecit'", numine pour nomine"', segella[vit) 
pour sigilla{vit)* ; s<?o pour .wo 7 ; so(bscripsit) pour su(bscrip- 
sit)\ 

Au point de vue grammatical, signalons Antoninos pour 
toniïius 9 , Oeneos pour Oc?ieus {0 , où To remplace 1'// au nomi- 
natif singulier de la deuxième déclinaison, reproduisant la dé- 
sinence grecque, comme on la voit sur les monnaies de laGaule 
indépendante. 

111 

ABRÉVIATIONS, INITIALES ET SIGLES 

1° Abréviations . 

Nous en avons peu d'exemples; les voici : A pour Ame?i il ; 
AVITS pour Avitus 12 ; Dl pour/)(v' 1! ; DO pour Dca 14 , Xpi pour 

1. LKXUI ter. 

2. CCXCIX. 

3. CCXIII. 

4. CXVII. 

5. CCXCV. 

6. CCIX. 

7. /ôirf. 

8. CCLXV. 

9. LT. 

10. LU. 

11. CCXCV. 

12. CCXCIII. 

13. CCXCV. 

14. CXXIV. 



XL INTRODUCTION 

Xp-W ; FELX pour Félix 2 ; RATE pour Ratine' VADEREMARVS 
pour Vanderemarus'' ; VALTNA pour Val°ntina'\ 

2° Initiales. 

Le nom du possesseur de l'anneau, n'y esl quelquefois désigné 
que par une ou plusieurs initiales 6 . 

Dans ce cas, soit qu'elles figurent seules sur le chaton, soit 
qu'elles y soient accompagnées de la marque abrévialive de 
signum, signavi -ou subscripsi 1 , dont nous parlerons plus bas, la 
présence de ces initiales implique que l'empreinte qui en était 
apposée sur l'acte souscrit par le possesseur de l'anneau sigil- 
laire, devait être précédée ou suivie de la mention en toutes 
lettres du nom de celui-ci, comme on le voit dans les chartes et 
diplômes. 

Comme initiales de mots autres que des noms propres, je ci- 
terai, dans deux acclamations, Viras diu mi et m pour mi/ri*. 

3° Les Sigles. 

A l'époque que nous envisageons, les anneaux servaient fort 
souvent à souscrire les actes et à sceller la correspondance : il 
est donc tout naturel d'y rencontrer fréquemment les sigles des 
formules de souscription consacrées et usitées, telles que si- 

gnum, sïgillum, subscriptio, ou subscripsi ou signavi. 
i Nous allons les passer successivement en revue. 

1. CCLXXX. 

2. XXXIX 1er. Félix est là un simple adjectif. 

3. GCIX. 

4. CGIII. Un cachet, reproduit à l'Appendice, n° I, porte l'abréviation 
fort usilée SCO pour Sancto. 

5. CCXCII1 bis. 

6. A non barré et V (LXXIt), deux C (CCXIX), deux D entrelacés et 
adossés (XV), FE (CLV1II), JAN pour Janus (CCLII), M (CCXXII), Q 
P p (CXXV), R et D oncial (LV1). Voir aussi p. xli, note 3. 

7. CLV, CXCV, CCIV, CCXLIII^ CGLV. 

8. LXXUI bis et XXXIX bis. 



INTRODUCTION 



XLI 



A. — Le S barré. 

Le sigle le plus usité est le S barré l , qui paraît, tantôt seul s , 
tantôt avec une ou plusieurs lettres initiales d'un nom propre 3 ; 
tantôt enfin, au milieu d'un monogramme, où il a la valeur de 
signum, sigillum ou subscriptio, quand le vocable exprimé par le 
monogramme est au génitif 4 ; de signavi ou subscripsi, quand ce 
vocable est au nominatif 5 . Le S barré est parfois, en outre, un 
des éléments composants du nom propre . 

Il est à peine besoin de dire que, soit isolé, soit accompagné 
d'initiales, ce sigle suppose l'inscription du nom entier avant 
ou après l'empreinte, sur le document écrit, sans quoi l'em- 
preinte eût été dépourvue de sens et de valeur. 

IÎ. — Le groupe SI, la lettre S et le S pointé. 

Nous avons des exemples, mais peu nombreux, de l'emploi 
du groupe SI 1 , assimilable au S barré 8 . 

Le S pointé, qui se rencontre aussi rarement, a, à mon sens, 
la même valeur. J'en dirai autant de la lettre S, accompagnée 
d'initiales 9 , ou même placée au centre d'une légende, dans la- 
quelle le graveur lui a donné visiblement une importance 
particulière 10 . 

1. Voir notamment Natalis de Wailly, Eléments de paléographie , 
t. I", p. 416 et 450- 

2. XIX, XX, XXII, XCIV, CXXVI1I, CLIX, CCLXX. 

3. S et L (CLV), S et E (CXCV), S et N (CCIV), S et G (Appendice, 
n° VIII), S et R (CCLV), G entre deux S (CCXLI1I). 

4. III, VI, XXVI, LXVI, LXIX, LXXXIII, CXXVI, CLIV, GGII, GCLXXXt, 
CCLXXXIII. 

5. IV, XXXI, L, CXV et passim. 

6. LXV1I,LXXXVI,LXXXVII,CXIX, clxiv, clxxxiii, CXCIII, CXCVI, 
CCV, CCLXIV, CCLXXXV, CCXCIH. 

7. LV, LXXXIX. 

8. CCXLIX. 

9. Voir ci-dessus, note 3, les exemples cités. 

10. LXXXV. 



M.II 



INTRODUCTION 



C. — Le groupe Su et le groupe So (pour Su). 

Le premier figure, sur une de nos bagues sigillaires, à la 
suite du nom de Roccolane 1 . Le deuxième est inscrit sur un autre 
anneau, à la suite du nom à' Abbone*. Quand j'ai publié, pour la 
première fois ces deux petits monuments, j'ai émis l'opinion que 
su représentait les initiales de subscripsi" et que so était là pour 
su (la substitution de Yo à 1'?/ étant très fréquente à cette époque) 
et avait la même signification 

E. Le Blant, dans son Nouveau Recueil d'inscriptions chré- 
tiennes de la Gaule*, a mis en doute cette double explication. 
Toutefois, il a reconnu avec moi, que les groupes sue\so (pour 
su) devaient être détachés des deux vocables précités. Mais, 
il y a vu les deux initiales de l'indicatif présent du verbe esse, 
du mot sum, « je suis », « j'appartiens », faisant ainsi parler, à 
la première personne, les anneaux de Roccolane et d'Abbon. Il 
justifie celte interprétation par la citation : 1° d'un missorium en 
argent (sorte de plat pour servir à table), sur lequel sont gravés, 
en cursives mérovingiennes, ces mots : Agnerico som (pour sum) ; 
2° d'une dalle funéraire, portant Gunderamno som (pour sum); 
3° des épitaphes, où le défunt dit de lui-même so et nonso ; non fui 
et so; 4° d'un collier d'esclave fugitivus, avec l'inscription fugi- 
tibus so (pour sum). Mon savant confrère inclinait à reconnaître 
«dans les mots Roccolane su Abbone so une formule semblable à 
celle du plat d'Agnéric, c'est-à-dire Roccolane sum (je suis à 
Roccolane) et Abbone sum (je suis à Abbon). 

Je ne méconnais pas la valeur et l'intérêt des exemples cités, 
et des rapprochements que E. Le Blant en a faits avec nos deux 

1 . CCLXVII1. 

2. CCLXV. 

3. Rev. archéolog., année 1884, t. I, p. 141. 

4. Rev. archéolog., année 1886, t. II, p. 41. 

5. Nouv. liée, des inscript, chrét. de la Gaule, antérieures au vm c siècle, 
gr. in-4°, 1892, p. 142-145. 



INTRODUCTION XLIII 

inscriptions; je conserve, néanmoins, des doutes sérieux tou- 
chant l'admissibilité de ses conclusions. 

Dans l'interprétation des légendes des anneaux sigillaires (et 
tel est incontestablement le caractère de ceux dont il s'agit ici), 
il y a à observer deux règles essentielles, que j'ai souvent rappe- 
lées au cours de mes publications concernant cette série de 
monuments du haut moyen âge, et sur lesquelles je ne saurais 
trop insister. 

Premièrement, les explications de ces inscriptions doivent être 
en rapport avec la destination des bijoux qui les portent, laquelle 
est de certifier la participation de leur possesseur à Pacte souscrit 
par lui en qualité de partie intéressée ou de témoin. 

Deuxièmement, les leçons résultant de ces interprétations 
doivent correspondre exactement ou du moins très approxima- 
tivement aux formules qui, au bas des monuments écrits de la 
même époque, accompagnent habituellement les noms propres, 
et qui sont, sous forme de verbe, subscripsi, subsignavi, subter- 
s/gnavi, subtersigillavi, s'ujnavi ou sigillavi »; sous forme de subs- 
tantif, subscriptio, sig?ium, sigillum ou signaculum* . 

On voit tout de suite que les leçons proposées par mon savant 
confrère (à la vérité dans des termes assez dubitatifs) ne satisfont 
point à la double condition que je viens d'indiquer. 

Il en est tout autrement des leçons subscripsi et sobscripsi 
(pour subscripsi), qui sontl'affirmation habituelle de la souscrip- 
tion et l'application simple et logique des règles de la matière. 

J'ai deux autres remarques à faire sur l'hypothèse de E. Le 
Blant. 

1. La formule Subscripsi est de beaucoup la plus usitée : on la trouve 
au bas de presque tous les diplômes royaux. Voir Tardif, Monum. his- 
tor., cartons des rois, n° s 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 11,13, 19, 20,21, 24, 25, 
26, 29, 30, 34, 36, 37, 39, 40, 42, -46, 49, 50, 51, 53, 55 et suiv. 

2. Subscriptio et Signum sont les termes les plus usités. Voir Tardif, 
ubi supra, pour Subscriptio, n°* 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 20, 25, 37, 41, 46, 49, 
50; pour Signum, n" s 9, 11, 18, 19, 24, 39, 51, 54, 55 et suiv. 



XLIV 



INTRODUCTION 



Supposant que, dans Roccohme su, le nom est au datif de la pre- 
mière déclinaison, il a traduit : « Je suis à Roccolane ». 

On trouve fréquemment, dans les actes mérovingiens, les noms 
féminins avec celte terminaison, pour ainsi dire atrophiée, em- 
ployée à tous les cas, excepté au datif, où je ne l'ai pas rencon- 
trée. Je ne veux pas induire de là que Roccolane ne peut être 
considéré comme étant au datif. Mais il en résulte évidemment, 
d'une part, que ce cas, à raison de sa rareté, est moins vraisem- 
blable, et d'autre part, qu'on peut, sans difficulté, y voir un nomi- 
natif si on lit, à la suite, subscripsi, ou un génitif, si on lit subs- 
criptio. 

Une dernière observation, qui porte sur Abboneso, est plus 
grave. Ce nom étant à l'ablatif, il est bien difficile de lire à la suite 
sum, et de traduire so par « Je suis (j'appartiens) à Abbon » ; l'hy- 
pothèse de mon savant confrère se heurte ici à un obstacle 
des plus sérieux. 

Dans mon système, au contraire, le groupe so (pour su) de 
l'anneau d'Abbon se traduit naturellement par subscripsi, comme 
le su de la bague de Roccolane. Nous avons, en effet, de nom- 
breux exemples de l'ablatif dans les souscriptions de chartes et 
de diplômes de la première race'. 

Par toutes ces raisons, jusqu'à production d'éléments nou- 
veaux et décisifs en sens contraire, je crois devoir maintenir les 
leçons que j'ai proposées. 

1. J. Tardif, Monuments historiques, cartons des Rois, n os 11, 19, 29, 
40: dans ce dernier n° : « Ermenethrude hanc testamentum subscripsi ». 
— On trouve aussi un grand nombre de souscriptions avec Signum ou 
les initiales Sig +, suivies d'un nom à l'ablatif ; exemples : Sign -(- liello- 
leno (n° 19), Ansberto (n° 24), Chrodone servo Dei (n° 78). 



INTRODUCTION 



XLV 



IV 

LES MONOGRAMMES 

1° Composition des monogrammes. Leur origine. 

On a défini le monogramme « un assemblage de plusieurs let- 
tres, conjointes et entrelacées de manière à ne former qu'un 
seul caractère 1 ». A cette définition, j'ajoute que le caractère 
ainsi formé « contient les éléments d'un ouplusieurs mots ». 

Presque toujours le mot, lorsqu'il n'y en a qu'un, est un nom 
propre, celui de la personne pour laquelle le bijou a été fabri- 
qué. C'est par exception qu'il est, sur nos bagues, un qualifica- 
tif 2 . 

Quand le monogramme contient deux mots, l'un d'eux est le 
plus souvent le substantif signum, ou le verbe signavi ou suh- 
cripsi, représenté par la lettre S, le S barré ou le groupe SL qui 
entrent, en outre, quelquefois, comme je l'ai noté plus haut, 
dans la composition du second terme, lequel est le nom propre. 

On connaît des exemples de monogrammes renfermant plus 
de deux mots 3 . Mais je n'en ai pas rencontré sur nos anneaux. 

11 y a des monogrammes qui s'écartent de la définition donnée 
plus haut, en ce que, au-dessus, au-dessous, ou à côté du 
groupe qui en constitue le noyau ou partie principale, une ou 
plusieurs lettres ont été gravées séparément, et sont aussi néan- 

1. Nouv. traité de diplomatique, t. III, p. 551. — Nat. de Wailly, Élé- 
ments de paléographie. 1. 1, p. 469. — Giry, Manuel de diplomatique , 
p. 593. 

2. Je n'en ai qu'un exemple, n° CLXXXVI. 

3. Voir notamment l'acclamation Vivas in JJeo, dans les Gemmae ins- 
criplae de Peiresc (Biblioth. nat., ms. du fonds français, n° 9530, fol. 
252j citées parE. Le Blant, 7 50 inscripl. de pierres gravées, n"324; dans 
Mém. de VAcad. des inscr. et bell.-lelt., t. XXXVI, l ro partie, p. 125^ Les 
monogrammes contenant plus de deux mots se voient plutôt dansies 
souscriptions au bas de diplômes royaux. 



XLVI 



INTRODUCTION 



moins des cléments composants du mot ou des mots exprimés 1 . 
Dans les exemples que nous fournissent nos anneaux, ces let- 
tres font généralement partie intégrante d'un nom propre. 

Au sommet de plusieurs monogrammes, on voit une arcalure, 
qui généralement est sans valeur littérale, et n'a pour but que 
de servir de support à la combinaison des caractères qui les 
composent 2 . 11 en est autrement quand l'arc est fermé par une 
barre horizontale; il prend alors la valeur d'unD couché 3 . 

L'origine du monogramme est inconnue : il était en usage 
chez les Grecs, au plus tard dès les temps de Philippe de Macé- 
doine et de son fils Alexandre-le-Grand. On le voit sur les mon- 
naies de plusieurs villes à cette époque. On en trouve à Rome, 
sous la République, sur les monnaies consulaires elles médailles 
d'anciennes familles 4 . L'emploi en fut continué sous le Haut 
Empire, encore plus sous le Bas Empire, et devint plus fréquent 
à mesure que l'ignorance euvahissait toutes les classes de la 
population, même celle des clercs et des dignitaires de l'Église. 
Mabillon, à qui j'emprunte cette observation, mentionne des 
évêques, illettrés au point de ne pouvoir écrire leur nom au 
bas des actes des conciles dans lesquels ils siégeaient \ C'est 

1. Monogrammes avec trois lettres séparées : CXXVI, CLV1I, 
GLXXXIII; avec deux lettres séparées, III, VI, LXVII, CXLVIII, CXCIII, 
CCV; avec une seule lettre séparée, XXIII, XLIX, L, LXXXI1I, CXX, 
CCXLV1I, CCLXI et CCLXXI. — Je dois noter un monogramme, où cinq 
lettres sont séparées les unes des autres et du noyau du monogramme, 
XL VII. 

2. Exemples : CXX, CLXXXI, CCXLVII. 

3. Exemple : CCXII. 

4. On commença d'abord par joindre ensemble deux ou trois let- 
tres, pour se ménager un espace qui pût contenir le mot qu'on vou- 
lait écrire. De là, on passa tout naturellement à la conjonction de toutes 
les lettres dont il était composé (I\ouv. traité de diplomaliq., t. III, 
p. 551). 

5. « Mirari subit homines etiam sacris Ecclesiae ordinibus addiclos, 
in tam supinam venisse ignorantiam, ut nomen suum pingere non 



INTRODUCTION 



XLV1I 



surtout à la suite des grandes invasions germaniques que s'ac- 
crut rapidement le nombre de ces illettrés, qui remplacèrent la 
souscription personnelle par l'apposition du monogramme qu'ils 
avaient eu soin de faire graver sur leur anneau sigillaire. Ils 
suppléaient ainsi, par une action machinale, à une opération 
pourtant simple et facile, mais dont ils n'étaient plus capa- 
bles. 

2 Explication des monogrammes. 

La lecture du monogramme était nécessairement, à l'é- 
poque que j'indiquais tout à l'heure, peu accessible ou du moins 
peu facile pour le vulgaire, et c'est là ce qu'exprime Sym- 
maque (f entre 395 et 410) quand il demande à son frère Flavien 
« s'il a reçu toutes ses lettres, scellées de son anneau, où son 
nom est, dit-il, plus aisé à comprendre qu'à lire 1 ». 

On retrouve la même pensée dans une lettre adressée, entre 
507 et 520, par saint Avit, archevêque de Vienne, à saint Apol- 
linaire, évêque de Valence. Répondant à l'offre d'un anneau 
que celui-ci lui avait faite, saint Avit exprime le désir que cet 
anneau comporte un double cachet tournant, « et qu'on y 

valerent. Talis fuit Paulinus Zurensis episcopus, ut patet ex collatione 
Catholicorum cura Donatistis. Nam Quintus, pro Paulino praesente, 
littcras (id est scriptionem) nesciente, subscripsisse perhibetur. Talis 
et Theodoricus Gadatensis, atque Elias Andrianopoleos, episcopi in 
Concilio II Epbesino (an. 401). Talis Cajumas Phaneensis, in Concilii 
Calcbedonensis actione 1 (an. 451). Talis denique Stephanus et Zatius 
priores. » (Dere diplomalica, p. 165.) On lit aussi, dans une charte de 491, 
l'aveu d'ignorance d'une matrone de haut rang, qui remplace sa sous- 
cription manuelle par le signum crucis. « Chartulam Jovino, notario 
meo, scribendam dictavi, cuique, quia ignoro litteras, signum crucis 
feci... » (Mabillon, Op. cit., supplem., p. 89.) 

1. « Non minore sane cura cupio cognoscere an omues obsignatas 
epistolas meas sumpseris eo anulo quo nomen meum magis intelligi 
quam legi promtum est. » (Symmachi Epislolae, II, 12 ) 



XLVIII 



INTRODUCTION 



grave son monogramme, lequel, ajoute-t-il, devra se lire à l'aide 
de son nom, inscrit en légende circulaire 1 ». 

La recommandation de faire graver, sur l'une des faces du 
cachet tournant, le nom entier pour faciliter la lecture du mo- 
nogramme inscrit sur l'autre face, élait parfaitement justifiée, 
car, si les lettrés, tels que saint Avit et saint Apollinaire et 
surtout les référendaires, notaires et scribes [amanucmes), 
appelés parleur profession à assurer la sincérité et la régularité 
des actes et en particulier des souscriptions des parties et des 
témoins, si dis-je, ces catégories de personnes étaient en état 
de déchiffrer les monogrammes, il en était autrement du com- 
mun des hommes de ce temps ; et c'est là le sens des passages 
de Symmaque et de saint Avit, dont nous avons donné plus haut 
la traduction littérale. 

Mon regretté confrère E. Le Blanl a été manifestement au 
delà de leur signification quand il en a conclu que « les mono- 
grammes étaient, pour les anciens eux-mêmes, rebelles à l'inter- 
prétation 2 » ; il alui-même admis commecertainela signification 
de monogrammes dont la composition est pourtant de nature 
à inspirer plus de doutes que les caractères de la même sorte 
gravés sur nos anneaux 3 . 

Je partage d'ailleurs sa défiance à l'endroit « des interpréta- 
lions qu'on en ferait par simple divination* ». Ces sortes d'in- 

1. « Signum monogrammalis meiper gyrumscripti nominis legatur. » 
(Sancti Aviti Epistolae , epist. LXXX VIII) ; dans J. Sirmond, Opéra Varia, 
t. II, col. 116-117. Voir, au n° CCLXV1II de nos anneaux, le texte com- 
plet de ce document et l'interprétation qui en doit être faite. 

2. Inscript, chrét. de la Gaule, t. Il, no 403, p. 41. 

3. Je puis en citer un exemple, que j'emprunte à son recueil des 750 
inscriptions sur pierres gravées, ri 324, p. 125. Voir ce monogramme, re- 
produit sous le n° CCLXXI bis de nos notices descriptives. E. Le Blant y a 
lu, VIVAS DEO» pour Vivas in Deo (leçon imprimée à tort dans ladite 
notice). Je crois cette interprétation exacte : mais combien d'explica- 
tions de nos monogrammes sont mieux justifiées ! 

4. Nouv. rec. d'inscr. chrét. de la Gaule, p. 123. 



INTRODUCTION XLIX 

terprélations, contraires à tout esprit de méthode scientifique, 
ont été trop longtemps pratiquées, et il convient de les répu- 
dier. 11 faut les remplacer par un déchiffrement rationnel, dans 
lequel certaines précautions nécessaires et certaines règles se- 
ront observées. 

Loin de moi la pensée de considérer les déchiffrements ainsi 
opérés, commeétant louscerlainsetdéfinitifs ; unetelle certitude 
n'est acquise que dans un nombre de cas assez restreint. Plus 
souvent, les interprétations ont seulement un caractère de pro- 
babilité, parfois très accentué, d'autres fois moindre. 

C'est pourquoi, dans ma table de noms propres, j'ai eu soin 
de distinguer ceux qui, sur nos bagues, sont gravés intégra- 
lement en légende, d'avec ceux qui, résultant d'un travail de 
déchiffrement, restent plus ou moins sujets à discussion; en 
tout cas, le lecteur est averti de la différence qui les sépare, et 
n'est exposé à aucune illusion à cet égard. 

11 y a aussi plusieurs monogrammes, à l'explication desquels 
j'ai dû renoncer, à la suite d'infructueux efforts. On en trouvera 
la liste au bas de celle page 1 . 

3° Précautions à prendre ci règles à observer pour le déchiffrement 

des monogrammes. 

L'étude que j'ai faite, pendant quinze années consécutives, 
des anneaux et spécialement des anneaux à inscription du 
haut moyen âge, et dont je publie aujourd'hui les résultats, 
m'a fait reconnaître la nécessité de certaines précautions desti- 
nées à donner au déchiffrement des monogrammes le plus de 
chance possible d'exaclilude. 

En voici l'exposé : 

1. XIX, XXIII, LX, LXXXIV, CXXXVIII, CLV1I, CLXX, CLXXVIII, 
CCXXIII, CCLXXIV, CCLXXXII. 

d 



L 



1NTH0DUCTI0N 



À. Le premier soin à prendre est de déterminer le sens dans 
lequel l'anneau doit être envisagé, c'est-à-dire le haut et le bas 
du bijou et particulièrement du chaton, afin que, dans l'examen 
du monogramme, les lettres ou du moins la plupart des lettres 
qui le composent se voient dans leur position normale. 

11 y a divers signes à l'aide desquels celle détermination 
peut se faire. 

C'est, tout d'abord, la figure humaine ou une figure d'animal, 
si la bague en est ornée, ou un objet inanimé, tel qu'une croix 
chrismée avec le P (R grec) au sommet, une fleur ou une plante 
quelconque, dont la base marque la partie inférieure de ce petit 
monument. 

Il en est de même d'un édicule ou d'un fronton, qui est le plus 
souvent un A majuscule, avec une croix au sommet, ou avec une 
barre horizontale, qui lui donne la valeur de la ligature -m = 
AT. 

L'arcalure que l'on voit sur un certain nombre d'anneaux à 
monogramme, en indique aussi toujours la partie supérieure, 
soit qu'elle n'ait, comme nous l'avons dit plus haut, aucune va- 
leur littérale 1 , soit quelle forme, avec une barre horizontale re- 
liant les deux extrémités de l'arc, un D couché 3 . 

Un autre moyen de reconnaître le haut et le bas d'un mono- 
gramme consiste à observer, parmi les caractères dont il est 
formé, ceux qui ne sont pas sujets à renversement, ou du moins 
qu'on ne rencontre point ou qu'on ne rencontre que très ex- 
ceptionnellement, sur nos anneaux, dans celle position anor- 
male. Ils peuvent servir de point de repère, et marquer le sens 
dans lequel le monogramme doit être envisagé et étudié. Nous 
avons établi, plus haut, la nomenclature de ces lettres renver- 
sables, mais non renversées sur nos anneaux, qu'il ne faut point 

1. CXX, CLXXXI et CCXLV11. 

2. CCX1I. 



INTRODUCTION Ll 

d'ailleurs confondre avec celles qui sont couchées; nous n'avons 
qu'à y renvoyer le lecleur '. 

De savants et habiles archéologues ont attribué de l'impor- 
tance à la place occupée parla croisette qui accompagne, par- 
fois, les monogrammes, et y ont vu la marque de la partie su- 
périeure de ces monogrammes. 

C'est à tort : la croisette se place indifféremment au-dessus ou 
au-dessous des monogrammes; il y a même des anneaux où se 
voient deux croisettes, l'une au-dessus 2 , l'autre au-dessous, ou 
à côté. 

B. 11 est important de se fixer sur le sexe de la personne à 
l'usage de laquelle l'anneau était destiné. Car, ainsi qu'on le 
verra plus loin, c'est là un point essentiel pour l'étude du mo- 
nogramme. 

L'élément le plus sûr de cette constatation est le témoignage 
consigné dans un procès-verbal ou un journal des fouilles, ou 
la déclaration d'un témoin oculaire ou d'une personne digne de 
foi, qui a recueilli, sur place, le renseignement. 

A défaut de cet élément, les objets trouvés dans la même sé- 
pulture que la bague, peuvent souvent, par leur nature, indiquer 
si c'était celle d'un homme ou d'une femme. 

On doit, enfin, tenir grand compte des dimensions de l'anneau, 
dont l'ouverture ou diamètre intérieur donne lieu de penser qu'il 
était fait pour une main masculine ou pour une main féminine. 

Ces indications offrent d'autant plus d'intérêt, que, par elles, 
on est averti que le monogramme à déchiffrer contient un nom 
d'homme ou un nom de femme. 

Ces vocables diffèrent souvent dans leur constitution et dif- 
fèrent encore plus fréquemment dans leur terminaison. 

1. Voir ci-dessus, p. xxxvi. 

2. Exemple : LXXX1II. Voir, au n" CXIX^ce que nous avons dit à ce sujet. 



LU 



INTRODUCTION 



Sur les anneaux, les noms paraissent à trois cas : au nomina- 
tif, au génitif et même {mais rarement) à l'ablatif. 

Les noms d'homme sont : ou de la 2 e déclinaison, et alors ils 
se terminent, à ces trois cas, en us, i eto; ou ils sont de la 3 e dé- 
clinaison avec les terminaisons, à ces mêmes cas, en o, onis et 
one-, et bien, enfin comme parisyllabiques de la 3 e déclinaison, 
avec les mêmes terminaisons, aux mêmes cas, en is, is et e. 

Les vocables féminins sont : ou de la l rc déclinaison et ter- 
minés alors en a au nominatif et à l'ablatif, en ae ou plutôt et 
presque toujours en e; ou bien ils appartiennent h la classe des 
parisyllabiques de la 3° déclinaison, et se terminent en is au no- 
minatif et au génitif, en e h l'ablatif. 

Par ces distinctions, le champ des interprétations d'un mo- 
nogramme se restreint suivant le sexe du possesseur de l'anneau. 

C. On ne doit jamais perdre de vue qu'en aucun cas, il n'est 
permis d'ajouter une lettre et, à plus forte raison, plusieurs lettres 
à celles qui composent le monogramme : par suite, tout vocable 
comportant un caractère qui n'y figure pas, doit être, à priori, 
rigoureusement rejeté. 

D. En sens contraire, les lettres contenues dans le mono- 
gramme doivent, sans exception, trouver leur emploi. Consé- 
quemment, toute explication dans laquelle même une seule de 
ces lettres ne figurerait pas, doit être écartée sans hésitation. 

E. Parmi les lettres d'un monogramme, une et même plusieurs 
sont assez fréquemment destinées à servir deux et même trois 
fois, soit pour la composition du nom propre, soit pour expri- 
mer, à la fois, ce nom et l'une des abréviations de la formule 

signum, sitjnavi ou suôscripsi*. 

1. Exemples : LXXXVIII, CCXLV, CCLXV. Voir aussi à l'Appendice, 
1 1 1 et VII. 

2. Entre divers exemples, je citerai, comme particulièrement impor- 
tants, les n oâ 111 et VI de nos anneaux. 



INTRODUCTION 



LUI 



F. Il faut se garder, à priori, de voir une même lettre de l'al- 
phabet dans des caractères, dont l'un serait inscrit en majuscule 
ou capitale, et l'autre en onciale ou cursive. Une telle identité (qui 
se produit pourtant, mais très rarement) ne doit être admise 
qu'à bon escient et à titre tout à fait exceptionnel. 

G. Je signalerai l'importance du rôle des sigles et des 
initiales des formules usuelles de souscription dans un nombre 
considérable de nos inscriptions sigillaires : S barré, S pointé, 
groupes si et su. On doit en tenir grand compte dans l'étude des 
monogrammes, qui sont toujours (je ne pourrai trop insister 
sur ce point) un mode de souscription sur les actes et la corres- 
pondance. 

H. On ne saurait affirmer que le déchiffrement des monogram- 
mes doive se faire en prenant pour point de départ le caractère ou 
les caractères de gauche ou ceux de droite : mais je puis dire 
qu'il est à faire le plus souvent de gauche à droite, comme cela a 
lieu dans les légendes courantes. 

Si le monogramme porte, au sommet, un A formant fronton, 
cette lettre est assez souvent l'initiale du nom. Nous en avons 
un exemple dans la bague d'Aster, sur laquelle ce vocable est 
gravé à la fois en légende et en monogramme, et où ce mono- 
gramme a l'initiale à son sommet 

I. Quand le groupement des caractères composant le mono- 
gramme a produit un vocable, il convient d'en chercher le rap- 
prochement, sur les chartes et autres documents du haut moyen 
âge, avec les noms propres et principalement avec ceux des 
personnages contemporains, au moins approximativement, de 
l'anneau étudié. Non pas qu'il y ait lieu de tenter l'identification 
des possesseurs de ces bijoux avec ces personnages. Je suis, au 



1. ccxv. 



LIV 



INTRODUCTION 



contraire, peu disposé à accepter de telles identifications '. Mais 
il est utile de constater que le vocable résultant du déchiffrement 
proposé, était, à la même époque, d'un emploi plus ou moins 
fréquent, cette circonstance étant de nature à accroître, dans 
une certaine mesure, la probabilité de l'exactitude du résultat 
obtenu. 

Telles sont les indications que m'a suggérées une longue pra- 
tiquent auxquelles viendront assurément s'en ajouter de nou- 
velles, qui contribueront à rendre de plus en plus méthodique, 
moins ardu et moins sujet aux erreurs, le travail de déchiffre- 
ment des monogrammes. 

§6 

LES ANNEAUX SELON LE SEXE, LA DIGNITÉ OU LA PROFESSION DE 

LEURS POSSESSEURS 

I 

Anneaux d'hommes, de femmes et d'enfants. 

Nos anneaux portent : 1° inscrits intégralement en légendes, 
42 noms d'hommes, dont 34 étaient assurément Mes possesseurs 
de ces bijoux, et 31 noms de femmes, dont 27 étaient assurément 
propriétaires de ces bijoux 3 ; 2° sous forme de monogrammes, 
20 noms d'hommes et 36 noms de femmes. 

Groupés ensemble, les vocables masculins font un total de 02, 
et les vocables féminins un total de 67. 

1. Je me suis prononcé dans ce sens, à propos de l'anneau de Leo- 
denus. Voirie n° CXXIV des notices descriptives. 

2. J'ai décrit quatre anneaux portant un nom d'homme et un nom de 
femme, et pour lesquels on ne peut dire, avec certitude, s ils ont appar- 
tenu à l'homme ou à la femme. Néanmoins nous croyons que deux de 
ces bijoux (XLV et CXVItl) sont des anneaux d'homme; le 3 e (CCXV1I) 
est un anneau de femme ; le 4° (CXXV1II) reste incertain. 

3. Voir la note ci-dessus, concernant les anneaux portant à la fois 
un nom d'homme et un nom de femme. 



INTRODUCTION 



LV 



De ce groupement ressort déjà un nombre d'anneaux de 
femmes supérieur à celui des hommes. Mais il ne faut pas juger, 
par là, de la proportion existante entre les deux sexes pour 
l'usage des anneaux. 

D'autres éléments que les inscriptions permettent de recon- 
naître si un de ces bijoux a appartenu à un homme ou à une 
femme. 

C'est, en premier lieu, le sexe constaté du défunt dans la tombe 
duquel il a été trouvé; en second lieu, la nature des autres ob- 
jets qui y ont été recueillis : à l'usage des hommes, des armes, 
des harnais, de fortes boucles de ceinturon, etc. ; à l'usage des 
femmes, des colliers, bracelets, boucles d'oreille, et des objets 
de toilette. 

Or, les sépultures reconnues masculines sont d'une dizaine 
seulement, tandis que les sépultures féminines où des anneaux 
ont été recueillis, sont au nombre de 86. 

Quant aux objets des deux catégories ci-dessus définies, ceux 
de la deuxième ont été trouvés dans 17 tombes, tandis que l'on 
n'a découvert ceux de la première que dans une quantité insi- 
gnifiante de sépultures. 

Il résulte de ces comparaisons que la plus grande partie des 
anneaux de la période qui nous occupe ont appartenu à des 
femmes 

Il convient de noter aussi qu'un certain nombre de ces bijoux 
étaient àl'usage de toutesjeunes filles ou d'enfants, ainsi que l'at- 
testent, pour les uns, les procès-verbaux des fouilles", et, pour 

1. Dans mon mémoire sur Le port des anneaux dans l'antiquité romaine 
et les premiers siècles du moyen âge, j'ai mis en doute l'exactitude de l'opi- 
nion émise par M. Lindenschmit, directeur du Musée archéologique 
de Mayence, d'après laquelle la plupart des anneaux de l'époque bar- 
bare avaient dû appartenir à des femmes [Mém. de l'Acad. des inscript, 
et bell.-lett., t. XXXV, 2 ! partie, p. 223; tiré à part, p. 55). Je reconnais 
aujourd'hui le bien fondé de cette opinion du savant allemand. 

2. CXXXVI, CXXXVII, CXGVIII, CXCIX. 



LVl 



INTRODUCTION 



les autres, les faibles dimensions et l'extrême étroitesse de l'ou- 
verture de l'anneau '. 

II 

ANNEAUX DE ROIS ET DE REINES 

Les rois francs et, en particulier, ceux de la première race 
avaient un anneau sigillaire, dont l'empreinte était apposée au 
bas des diplômes émanés de leur chancellerie, et où l'on trouve 
les formules suivantes : « De anulo nostro subler sigillari 
jussimus ou decrevimus ; » ou bien : « Anuli nostri impressione 
roborari {ou astipulari ou sigillari) fecimus, jussimus ou decre- 
vimus » 2 . 

Le célèbre anneau sigillaire de Childéric I er , dérobé, en 1831, 
au Cabinet de France, et perdu sans doute pour toujours, était 
le seul bijou authentique de ce genre des princes mérovingiens, 
qui eût été conservé dans les collections de l'ancienne mo- 
narchie. Je l'ai reproduit 3 , d'après un dessin exécuté sous mes 

1. XXIV, LXX,CC1, CCXI, CCLXX, CCLXXIX, CCLXXXI, CCLXXXV1II, 
CCLXXXIX. 

2. Voici les noms des princes dont les anneaux sigillaircs sont men- 
tionnés, avec la date des actes portant ces mentions : 

Childebert I", an 528; 
Sigebert I er , an 545; 
Chilpéric I er , an 583 ; 

Dagobert I er , an 529, ans 631-632, an 635 ; 
Childéric II, an 661 ; 
Clotaire III, an 664; 
Thierry III, an 673 ; 
Dagobert II, an 675 ; 

Charles Martel (maire du Palais), an 724; 
Pépin le Bref (maire du Palais), années 748-751 ; 
Pépin le Bref, roi, années 755-758. 

Pardessus, Diplom. cl ch., t. I, p. 77, 109,149; t. II, p. 5, 33, 35, 121, 
135, 161, 167, 344, 412-413, 420. — Tardif, Arckiv. nat.; Inventaires 
et Documents, Monum. histor., cartons des rois, p. 7, 48 et 50. 

3. CLXXIX. J'ai à peine besoin de faireobserver qu'il n'aété et ne pou- 



INTRODUCTION 



LVII 



yeux, sur l'excellente empreinte que possède la Bibliothèque 
de Sainte-Geneviève à Paris. 

Mabillon 1 et les auteurs du Nouveau traité de Diplomatique 1 
ont fait mention d'un autre anneau de saphir, représentant 
aussi l'image de Childéric, mais dépourvu d'inscription. 

Une bague en or massif et sans inscription, trouvée, comme 
celle de Childéric, dans le tombeau de ce prince, à Tournay, et 
qu'on a considérée généralement comme l'anneau de mariage 
de Childéric avec Basine,est probablement, d'après les raisons 
que j'ai exposées », celui que la reine reçut de lui, quand il la 
prit pour épouse, en 4G3 ou 464. 

llexiste une bague en argent, portant en légende, autour du mot 
regina en monogramme, le nom de Berteildis, qui fut une des 
femmes deDagobert 1 er *. Nous avons décrit trois autres anneaux, 
sur lesquels est inscrit en monogramme le nom de Basina 8 ; 
mais il n'y a aucune raison pour l'identifier avec la mère de 
Clovis I er . 

A la suite de ces anneaux de rois et reines de France, je men- 
tionnerai deux bagues intéressantes, dont l'une, trouvée à Wit- 
tislingen (Bavière), représente un personnage, dont la coiffure 
parait être une sorte de casque ou diadème, et dont le nom d'Uf- 
fila dénote l'origine gothique 8 . 

vait être tenu compte, à cette place, des noms de rois francs ou d'em- 
pereurs romains, dont des monnaies ont été soudées, pour servir de 
chatons sur nos anneaux. Voir CLXXXVII, dont le chaton est un aureus 
de Marc-Aurèle et Lucius Vérus, et CCLVI, dont le chaton est un sou d'or 
au nom de Clotaire II. 

1. De re dipîomat,, p. 255, n° 2. 

2. T. IV, p. 101. 

3. CLXXX. 

4. CLXXXVI. 

5. LXXXVI, LXXXVII et CLXIV. 

6. CCXCIV. Ce nom n'est pas sur l'anneau même, mais sur une fibule 
recueillie dans la tombe de son possesseur. 



LVIIl 



INTRODUCTION 



Sur la deuxième bague, découverte dans le Grand-Duché de 
Hesse-Darmsladt, et 1res richement ornée, est figurée une tête 
de femme diadémée, et dont la légende contient le vocable éga- 
lement gothique d'Huiiila 1 . 

lit 

ANNEAUX d'ÉVÊQUES, d' ABBÉS, d'aBBESSES ET BEL1GIEUSES 

Nous avons décrit, d'après le récit d'un savant, témoin ocu- 
laire, l'anneau recueilli, en 164G, dans le sarcophage d'Agil- 
hert, évêque de Paris vers 670 -. 

Une magnifique bague qui a fait partie de la collection de feu 
Benjamin Fillon, présente tous les caractères d'un anneau 
épiscopal 3 , dépourvu d'inscription, comme cela était de règle; 
elle est ornée d'une grosse améthyste, accostée autrefois de deux 
gemmes plus petites. 

On a cru pouvoir attribuer à Leudinus ou Leuduinus, évêque 
de Toul (600 à 680 ?) un anneau portant, au chaton, le nom de 
Léodenus 4 . Cette identification n'est, à mes yeux, justifiée 
par aucune raison sérieuse, même à titre d'hypothèse 5 . 

11 en est autrement de l'attribution d'un de nos anneaux, 
dont le chaton porte le nom de Leubacius 6 ; il y a une remar- 
quable concordance de circonstances de temps et de lieu, qui 
permet de regarder comme assez vraisemblable, l'identité de ce 

1. LXXVI. 

2. LXXIl bis. André du Saussay a mentionné deux autres anneaux 
d'évêques: celui d'Ebrégisile, évêque de Meaux au vii c siècle, et celui de 
saint Léger, évêque d'Autun vers 685. Ce dernier bijou était, au xvn° siècle, 
conservé à l'abbaye royale de Saint-Victor de Paris (Panoplia episcopa- 
lis, p. 183). 

3. CCLXXXIV. 

4. CXXIV. 

5. Voir ce que j'ai dit, à ce sujet, sous le n° précité. 

6. XLIII. 



INTRODUCTION 



LIX 



personnage avec saint Léobasse, premier abbé du monastère 
de Sennevières. 

11 faut du reste, à mon sens, se montrer fort prudent et 
réservé dans les questions de ce genre, les mêmes vocables 
ayant été portés, à certaines époques, par plusieurs et peut-être 
beaucoup de personnages différents. 

Quelques auteurs ont cru trouver, dans la formule ln Dei 
nomine, l'indice du caractère religieux du possesseur de l'an- 
neau où elle est gravée : mais c'est à tort selon nous ; cette 
formule a été employée parles laïques aussi bien que par les 
dignitaires de l'Église. 

Les formules telles que Vota sancto Magno ou Maono, que nous 
avonsrencontréesurun cachet à double face sont, au contraire, 
très caractéristiques, car elles marquent nettement laconsécra- 
tion d'une personne religieuse, peut-être abbé ou abbesse d'un 
monastère placé sous l'invocation d'un saint 2 . 

IV 

ANNEAUX DE GENS DE PROFESSION 

Notre série n'en contient que deux : 

L'un est celui d'un médecin pharmacopole, nommé Donober- 
tus, qui mettait son cachet sur le récipient du médicament qu'il 
avait confectionné 3 . 

L'autre est unebague,surlaquellel'orfèvre Rusticus, quil'avait 
fabriquée et la portait, affirmait que c'était son œuvre 4 . 

4. Appendice, n° I. 

2. Voir ce qui est dit, à ce sujet, sous la rubrique précitée. 

3. CCXI1I. 

4. CX VII. 



INTRODUCTION 



§ 7. 

Les anneaux suivant leur destination. 

Les destinations diverses qu'avaient nos anneaux, étaient de 
quatre sortes. Les uns étaient des anneaux de mariage ou de 
fiançailles; les autres servaient à la consécration religieuse; 
d'autres, et c'était le plus grand nombre, étaient des anneaux 
sigillaires; enfin, ceux qui n'avaient aucune de ces destinations 
spéciales, étaient de simples ornements. 

I 

LES ANNEAUX DE MARIAGE OU DE FIANÇAILLES 

J'ai exposé, autre part, les faits généraux concernant ces sortes 
de bijoux 1 , je me bornerai donc à résumer ici ceux qui se rap- 
portent aux monuments par moi décrits. 

Un seul nous fournit l'exemple certain d'une bague donnée 
par le mari a son épouse Técla 2 : pour d'autres, on peut seule- 
ment présumer que le bijou a été offert par la femme ou la 
fiancée à l'époux ou au fiancé 3 , ou bien par le mari ou fiancé 
à l'épouse ou fiancée 4 . Pour d'autres, il y aurait incertitude 
sur les circonstances dans lesquelles le don a eu lieu 6 . 

Je dois faire remarquer que rien ne prouve qu'on doive attri- 
buer à ces bijoux le caractère très défini, très particulier, de 
Vanneau nuptial proprement dit, de celui qui, à l'heure de la 

1. Le port des anneaux dans l'antiquité rom. et dans les pjwnicrs siècles 
du moyen âge. Dans Mém. de l'Acad. des inscr. et bell.-lett., t. XXXV, 
2 e partie, p. 226; tiré à part, p. 58. 

2. CCIX. Si l'on admet, avec moi, que le n° CLXXX est une bague de 
la reine Basine, ce serait une bague de mariage, donnée par Childé- 
ric I er à celle qui devenait, à ce moment, son épouse. 

3. LVII, CCXIV, CCLXV1. 

4. CCLXVIU. 

5. XXXIX bis, CXVIII, CXXVII, (XXVII. 



INTRODUCTION 



LX1 



célébration du mariage suivant les rites chrétiens, était béni 
par le prêtre officiant, et remis, soit par lui directement à l'é- 
pousée, soit au mari, qui le passait au doigt de celle-ci 1 . 

Parmi les anneaux décrits par nous, il n'en est qu'un, celui 
de Diana et Avius', qui nous renseigne louchant la main à la- 
quelle on mettait, enGaule, la bague de mariage ou de fiançailles. 
Elle était ici à la main droite A'Avius 3 . Ce fait serait, en lui- 
même, peu concluant s'il n'était d'accord avec les dispositions 
de rituels, de pontificaux et de missels, rédigés du xi"au xv e siè- 
cle, qui règlent le cérémonial du mariage : il en résulte que, 
dans les diocèses de Reims, Rouen, Lyon, Amiens, Paris, Châ- 
lons-sur-Marne et Limoges, et dans l'église de Saint-Victor, à 
Paris, on passait l'anneau au troisième doigt ou médius de la 
main droite \ et que, dans le seul diocèse de Liège, on le mettait 
au quatrième doigt de la même main 5 . 

A la vérité, deux rituels, l'un de l'Église de Rome 6 , l'autre de 
Milan 1 et un pontifical de Lérins 8 font placer l'anneau nuptial 
au quatrième doigt de la main gauche. Mais, ce cérémonial, pra- 

1. Voir, pour les généralités sur ce sujet, et notamment, pour les 
préliminaires de la bénédiction de l'anneau, le cérémonial de cette 
bénédiction et la remise de l'anneau, mon mémoire précité, Le port 
des anneaux, etc., etc., ubi suprà, p. 230, tiré à part, p. 62. 

2. CXVIII. 

3. Le bijou était porté par le fiancé ou l'époux de Diana, la sépul- 
ture, étant, d'après un des objets qui y furent trouvés, celle d'un homme. 

4. Dans Martène, De antiq. Ecoles ritib., t. II, col. 346, 367, 369-370, 
373, 374, 377, 383, 385. Il faut ajouter à cette liste le diocèse d'Auxerre, 
pour lequel il est dit que l'anneau doit être placé au médius, sans par- 
ler de la main {Ibid., col. 365); mais, comme la formule est semblable, 
pour le reste, à celles de Reims, Rouen, etc., il ne paraît pas douteux 
que ce ne fût aussi la main droite. 

5. Ibid., col. 385. 

6. Cité par Du Saussay, Panoplia episcopalis, in-fol., Paris, 1646, p. 
263. 

7. Martène, ubi suprà, col. 388. 

8. Ibid., col. 357. 



LM1 



INTRODUCTION 



liqué en Italie et sans cloute aussi en Espagne, d'après un passage 
d'Isidore de Séville 1 , était probablement celui qu'on observait 
dans l'empire au moment de sa chute, tandis que la pose de l'an- 
neau au troisième doigt de la main droite était une coutume pro- 
prement gauloise 2 . 

Il 

ANNEAUX DE CONSÉCRATION RELIGIEUSE 

Au moment de la consécration des évêques, abbés ou abbesses, 
et même des simples religieuses, le prélat consécrateurleur pas- 
sait au doigt un anneau. 

Nous avons parlé plus haut 3 des anneaux portés par les per- 
sonnes vouées au culte ou à la vie monastique, et décrits dans le 
présent ouvrage. 

Nous ne nous occuperons ici que de celui qui servait à la con- 
sécration, et du cérémonial suivantlequella remise en était l'aile. 

Les documents de l'époque mérovingienne ne nous fournissent 
aucune lumière surce point. Au ix c siècle, une lettre d'Hincmar 
(845-882), décrivant la consécration épiscopale, nous apprend 
qu'à la suite des onctions, le consécrateur passait l'anneau au 
quatrième doigt de la main droite du nouveau prélat * ; et ce rite 
est égalementattesté parunpontifîcal de 1 1 00 5 ,par un deuxième 

1. De ecclesiast. offic, II, xx, 8; dans Migne, Patrolog., t. LXXXIII, 
col. 811-812. 

2. 11 est à remarquer qu'au rapport de Pline, les Gaulois et les Bre- 
tons, c'est-à-dire les deux peuples occidentaux d'origine ou de civilisa- 
tion celtique, mettaient l'anneau au médius, pendant que, chez les 
Romains au temps de Pline, ce doigt était précisément le seul qui 
n'en reçût point : « Gallia Britanniaeque medio (digito) dicuntur usae. 
Hic nunc solus excipitur. » Hist. natur., XXXIII, 24; collect. Tcubner, 
t.V, p. 7. 

3. § 6, num. III. 

4. Epistol. XXIX; dans Migne. Palrolog., t. CXXVI, col. 188. 

5. Marlènc, De anliq. L'cclcs. rilih., t. II, col. 357, 



INTRODUCTION 



LXIII 



pontifical romain, cité par Du Saussay 1 , el par un autre docu- 
ment, cité par Barlholomeo Gavanti, d'après lequel l'évêque, à 
la messe pontificale, doit avoir, à l'annulaire de la main droite, 
l'anneau qui, ajoute Gavanti, lui a été mis au même doigt, lors 
de sa consécration s . 

A la vérité, les évêques plaçaient ordinairement leur anneau à 
V index de la main droite, et cela était admis dans l'usage \ Mais 
canoniquement et quand ils pontifiaient, ils étaient tenus de 
l'avoir au quatrième doigt. 

C'est naturellement h la même main et au même doigt que 
les abbés, les abbesses et les simples religieuses recevaient l'an- 
neau, au moment à leur consécration \ 

III 

LES ANNEAUX SIG1LLA1RES ET LES ANNEAUX DE SIMPLE ORNEMENT 

La plupart des monuments par nous décrits ont dù servir à 
sceller la correspondance ou à souscrire les actes dans lesquels 
leurs possesseurs figuraient comme parties ou comme témoins. 

Ceux de ces bijoux qui n'ont pu être ainsi employés sont : les 
anneaux portant deux noms juxtaposés % ou une légende gravée 
au pourtour de la tige 6 ; ceux qui étaient dépourvus, à la fois, de 
toute inscription et de toute marque distinctive pouvant servir 
de siffnaculum\ ou dont le chaton, en forme d'édicule saillant 
n'en permettait pas un tel usage 8 . 

1. André du Saussay, Panoplia episcopalis, Paris, 1646, p. 264. 

2. Thesaur. sacror. rituum, 1763, t. I, p. 150, col. 2. 

3. Barth. Gavanti, ibid. — Georg. Longus, De anulis, p. 41; Hinricus 
Kornmannus, De Iriplici annulo, édit. de Leyde, p. 15. 

4. A. du Saussay, loc. cit., p. 179. 

5. CXVIII, CXXVII, CCXVII, CCXLV et CCLXVI. 

6. LXXIII bit et CXXII1 Ht. 

7. I, XXIX, LXX, CIVà CX, CXII, CXXX, CXXXIII à CXXXVII, CXLI, 
CXLIV et passim. J'en compte 43 dans ce cas. 

8. Il, LUI, CLXXXVII, CCXVIII. 



LXIV 



INTRODUCTION 



Il en est, au contraire, dont le caractère sigillaire est indiqué 
par la présence d'une effigie, accompagnée d'un nom propre 1 , d'un 
vocable entier ou d'un monogramme, et assez souvent accentué 
par le S barré ou pointé, le S en travers du monogramme, le 
groupe SI 2 ou les groupes SV ou SO (pour sv) 3 . 

11 convient, enfin, de noter que certains de nos bijoux sont à la 
fois des bagues de mariage ou de fiançailles, et des anneaux si- 
gillaires 4 . 

Ceux de nos anneaux qui n'avaient aucune des destinations ci- 
dessus définies, étaient de simples objets de toilette, d'ornement 
ou de fantaisie, et nous n'avons aucune observation générale à 
faire ici en ce qui les concerne. 

Il nous reste à rechercher à quelle main et à quel doigt on 
portait ces bijoux et les anneaux sigillaires. 

Les fouilles opérées méthodiquement en France et en Belgi- 
que depuis quarante ans ont procuré, à cet égard, des notions 
nombreuses et précises. 

Ces notions sont malheureusement contradictoires. 

Dans la nécropole visigolhe et mérovingienne de Herpès 
(Charente), on a recueilli deux anneaux, placés à la main droite 5 , 
et M. Philippe Delamain, l'auteur de ces fructueuses explorations, 
a constaté que, presque toujours, les bagues se portaient à la 
main droite. « Le contraire, ajoute-t-il, est l'exception : parfois 
mais rarement, il y en avait deux ou trois à la même main, et de 
plus au même doigt » \ 

Le savant directeur du Musée archéologique* de Mayence, 

1. LI, LV1I, LIX, LXXVI, CCLXV. 

2. III, VI, X, XIII, XX, XXII, XXVI, XXXI, LXVI, LXVII, LXXXIII 
et passim. J'en compte 30 dans ce cas. 

3. CCLXV, CCLXVIII. 

4. CCIX, CCLXVIII. 

5. CCXXIV et CCXXV. 

6. Le cimetière de Herpès, mémoire publié par la Société histor. et 
archéolog. de la Charente ; grand in-4°, Angoulême, 1892, p. 11. 



INTRODUCTION 



LXV 



M. Lindenschmit, dans une lettre qu'il m'a écrite en réponse à 
la question que je lui avais adressée, m'a fait connaître que, 
dans le cas unique où il lui avait été possible de faire une ob- 
servation certaine sur un squelette féminin, l'anneau était à 
l'avant-dernier doigt de la main droite 1 . 

Une bague, trouvée dans le cimetière d'Yeulleou Hardenlhan 
(Pas-de-Calais), était également à la main droite d'un corps de 
femme 2 . 

Par contre, M. Alfred Béquet, le docte conservateur du Musée 
archéologique de Namur (Belgique), a rencontré, dans une des 
riches nécropoles de cette province, qu'il a si intelligemment 
explorées, une bague à la main gauche d'une femme^. On a 
trouvé, dans le cimetière franc de Ciply près Mons (llainaut),deux 
bagues à la main gauche de deux femmes, dont l'une l'avait au 
médius *. 

De son côté, M. Pilloy, au cours des fouilles du cimetière mé- 
rovingien du village d'Abbeville (Aisne), a constalé la présence 
de bagues à la main gauche de cinq squelettes féminins 5 . 

En présence d'une telle diversité de notions sur ce sujet, il est 
impossible d'admettre une pratique commune à tous les pays de 
la Gaule, à moins de supposer que les anneaux portés à la main 
droite étaient des anneaux de fiançailles ou de mariage, et les 
autres des bagues sigillaires ou de simple ornement. 

1. Lettre du 16 avril 1888. 

2. CLXXXIV. 

3. CXI. 

4. CLXXV1II. Dans la Notice préliminaire sur le cimetière franc de 
Ciply, in-8°, Mons, 1894, p. 22, je lis la description d'un autre anneau, 
que l'on croit provenir de la tombe d'une femme, et qui était également 
à sa main gauche. 

5. Pilloy, Sur d'anciens lieux de sépulture du département de l'Aisne, 
in-8°, Saint-Quentin, p. 177. 



DESCRIPTION ET COMMENTAIRE 

DES ANNEAUX 



Les anneaux que nous' allons décrire, se divisent, ainsi qu'il a 
été dit plus haut 1 , en quatre catégories, savoir : 

1° Ceux dont la provenance, c'est-à-dire le lieu ou la région de 
la Gaule dans lesquels ils ont été recueillis, nous est connue; 

2° Ceux dont nous ignorons la provenance, mais dont nous con- 
naissons les possesseurs; 

3° Ceux, en très petit nombre, dont la provenance et les posses- 
seurs sont inconnus; 

4" Enfin ceux qui ont été trouvés hors du territoire de la Gaule, 
i. Voir ci-dessus, le § 1 er de l'Introduction. 



1 



ANNEAUX DONT LA PROVENANCE EST CONNUE 



Ces bijoux sont décrits dans l'ordre des provinces ecclésiastiques 
et des diocèses de la Gaule l . 



PREMIÈRE LYONNAISE 

DIOCÈSE DE LYON 



I 

ANNEAU d'aSBOLIDS, TROUVÉ DANS LE LIT DE LA SAÔNE, A LYON 
OU PRÈS DE LYON 2 




Vers l'année 1834, on a trouvé, dans le lit de la Saône, la magni- 
fique bague reproduite en tête de celle notice. Elle a appartenu 

1. Tel qu'il est établi dans la Notice de la Gaule, rédigée à la tin du iv° siècle. 
Voir ci-dessus le S I er de l'Introduction. 

2. Voir un extrait de la lettre de Mgr de Bonald, dans E. Le l'Iant, Inscript, 
chrétien, de la Gaule, antérieures au vnt e siècle, t. 1, p. 64. 



4 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



à M> r le cardinal de Bonald, décidé archevêque de Lyon, qui, en 
la communiquant à notre confrère regretté E. Le Blant, lui signala 
les opinions divergentes émises, par deux êminents archéologues 
sur la date à laquelle elle devait être rapportée : M. Visconti la 
faisait remonter au iu R siècle, et le l\ Marchi, conservateur des 
Catacombes de Rome, la croyait du iv c . Ce dernier avis me semble 
le meilleur, parce que le travail du bijou est évidemment d'une 
basse époque. Tel est aussi le sentiment de M. de Boissieu et de 
Le Blant 1 . 

C'est un anneau d'or, dont l'ouverture est de 20 millimètres 
entre le chaton et la partie opposée de la lige, de 18 entre les deux 
côtés. Le chaton, soudé sur cette tige, estime cuvette ovale, haute de 
40 millimètres, et évasée au sommet, où elle a 21 millimètres; 
dans sa largeur, elle contenait primitivement une gemme, quiaété 
perdue et qu'on a remplacée par une émeraude. 

La tige, qui est ronde, de grosseur inégale et a, par place, 2, 3 
ou 4 millimètres, esi décorée de palmettes près du chaton. 

Sur la partie inférieure de la cuvette, on lit, d'un côté, ASBOLI, 
suivi d'une palme, et de l'autre, VIVAS IN DEO. 

Nous avons dans ces trois derniers mots, un exemple de la for- 
mule acclamatoire VIVAS ou VIVAT IN DEO, qui se retrouve sur 
d'autres anneaux 3 . 

II 

BAGUE TROUVÉE AU VILLAGE DE LA GARDE (LOlRlc) 3 




Voici une belle bague en or, qui a été trouvée, en 1884, par un 

1. Op. cil., préface, p. cxlui. 

2. Voir plus bas les n ps CXVI, GI.XXXI, GCLX et GGLXVI. 

3. Cette localité dépend des commune et canton de Boën, arrondissement de 
Montbrison. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



5 



cultivateur, au lieu dit La Garde (Loire). Au cours de cette 
aimée, elle fut, au nom de M. Coiffet fils, négociant à Leignieu, qui 
en était sans doute devenu acquéreur, communiquée à la Société 
de la Diana, et c'est M. Vincent Durand, secrétaire de cette Société 
et membre correspondant de la Société des Antiquaires de France, 
qui nous en a envoyé d'excellents dessins, avec un extrait du Bul- 
letin de la Diana, contenant une description très déiaillée, que 
nous n'avons qu'à reproduire : 

« Cette bague, dont le faible diamètre intérieur (19 millim.) 
prouve qu'elle a dû orner un doigt de femme, est d'un travail très 
élégant. Le cercle est plat, large de 6 millimètres, et orné de trois 
rangs de grènelis, que séparent des fils d'or juxtaposés deux à deux 
et tordus en sens inverse de manière à simuler des tresses. Le 
chaton forme un plateau carré de 10 millimètres de côté, sur lequel 
repose un édicule à jour, de pareille hauteur, percé, sur chaque 
face, de deux arcades en gros fil d'or tordu et pourvues de petites 
bases; cet édicule est coilfé d'un toit à quatre pentes, dont la base 
et les arêtes sont garnies de filigrane. Un ornement, aussi en fili- 
grane et semblable à un V renversé dont les extrémités seraient 
recourbées en dedans, remplit chacun des triangles au sommet, et, 
dans un cercle de filigrane qui en relie les quatre arêtes, paraît 
avoir été serlie une très petite pierre ou une goutte d'émail 1 . » 

M. Vincent Durand, répondant aux questions que je lui avais 
adressées, a joint à son envoi les renseignenients suivants : 

« L'inventeur ne paraît pas avoir fait attention à ce qui pouvait 
accompagner l'objet précieux que son outil ramenait au jour. Il 
est probable qu'il n'a rien trouvé d'intéressant. L'hypothèse d'une 
sépulture semble devoir être écartée. Outre que les défoncements 
pour plantations de vignes atteignent rarement plus de 0"',60 de 
profondeur, la sépulture d'un personnage possédant un pareil 
bijou eût très vraisemblablement été faite dans un sarcophage de 
pierre, dont l'existence ne serait pas restée inaperçue. Je n'ai 
jamais ouï dire qu'il y ait eu un cimetière à La Garde. Ce lieu est 
contigu à une voie antique, appelée dans le pays YEstra Français, 
tendant de Montbrison à Roanne, et j'ai reconnu, à peu de dis- 
tance, des antiquités gallo-romaines ou mérovingiennes 2 . » 

1. Bulletin de la Diana, t. III, p. 12. 

2. Lettre du 3 avril 1890. 



6 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



En présence de ces dernières informations, l'on no s'explique 
guère que les ailleurs de la communication aient attribué la bague 
dont il s'agit à l'époque carolingienne (sans appuyer d'ailleurs celte 
conjecture d'aucune raison), alors que les débris signalés par 
M. J. Durand auraient dû les faire incliner vers une attribution 
plus ancienne, que justifient d'autres rapprochements. 

Le travail peu ordinaire et de grande recherche de ce bijou rap- 
pelle celui de plusieurs anneaux par nous décrits dans la suite de 
cet ouvrage et dont l'origine mérovingienne n'est point douteuse. 

Ces ressemblances et la circonstance du voisinage immédiat d'an- 
tiquités gallo-romaines et mérovingiennes conduisent naturelle- 
ment à faire remonter la confeelion de ce bijou aux temps de la 
première dynastie gallo-franque. 

III 

BAfiUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE DANS LE DÉPARTEMENT DE LA 

LOIRE 




Cette bague appartient à MM. Hollin et Feuardent, les savants 
antiquaires bien connus de Taris, qui me l'ont communiquée. 

Elle est en cuivre; elle a 20 millimètres d'ouverture ; sa tige, qui 
a 7 millimètres de bailleur près du chaton, et 3 seulement du côté 
opposé, est ornée, à droite et à gauche du chaton, de simples traits 
et d'un cercle avec un gros point au centre. 

Le chaton, ménagé à même le métal, est un carré long, mesurant 
11 millimètres de liant sur 15 de large. 11 est décoré d'un mono- 
gramme composé de quatre caractères gravés en creux, savoir: 
un |, un S posé en travers d'un second I bouleté, et d'un E termi- 
nal : soit | S I E, génitif à'Isia. Parmi les noms propres germaniques 
dont le radical est is, Fôrstemann a mentionné, comme usité au 
virr siècle, celui de Li*, qui, à la première déclinaison latine, a 

{. D'après Meichelbeck, llislor. Frisiag., n" 124, cl G Wigaud, Tradil. Cor- 
beiens, 248, 266 et 342; Fôrstemann, l>ersonennnmen, col. 803. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



7 



fait hia. Le S barré parle deuxième I, a en outre, par la place qu'il 
occupe, la valeur de l'abréviation de Signum. Nous avons ainsi, 
pour l'ensemble de l'inscription, 

S\[gnum) ISIE- 

Notons, enfin, le cercle avec un gros point au centre, gravé sur 
la tige, genre d'ornement qui se trouve particulièrement sur les 
bagues et objets divers de toilette provenant des sépultures barbares 
de la Bourgogne cisjurane et transjurane, et qu'il esl naturel de 
rencontrer sur un bijou trouvé dans le département de la Loire. 



DIOCÈSE VAUTUN 
IV 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A AI'TUN (sAÔNE-ET-LOIRE' 




L'anneau qui figure en tête de cetle notice est en bronze, d'une 
conservation presque parfaite, car il n'a subi de cassure que dans 
une faible partie du cbaton. 

Ce bijou, dont l'existence m'a été signalée par mon savant con- 
frère M. Héron de Villefosse, appartient à la collection de M. lîul- 
liot, archéologue distingué du département de Saône-et-Loire, qui 
m'en a donné communication. 

Il a 2 centimètres d'ouverture, et le pourtour, qui est arrondi, a 
une épaisseur de 3 millimètres. Un chaton ovale, de 15 millimètres 
de longueur sur 12 millimètres de hauleur, a été ménagé à même 
le métal : il est orné d'un monogramme gravé en creux et entouré 
d'un filet également gravé en creux. Il est accosté de deux cabo- 
chons entaillés dans le métal comme nous les retrouverons sur un 
certain nombre d'anneaux. 

La première lettre du monogramme est un E rétrograde, suivi 
du N et du D, après lequel revient l'E initial, puis un v formé par 



8 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

le deuxième angle du N> et, pour finir, le S posé en travers de la 
barre intérieure du N,ot qui, à raison de la place q u " i 1 occupe et de 
l'importance que le graveur lui a donnée, représente 1 initiale de 
Signavi. L'ensemble de l'inscription nous donne ainsi le nom de 

ENDEVS S{ignavi) 

qui fut celui d'un saint abbé du monastère d'Aran en Irlande, 
mort vers l'an 540', et que, dans les listes françaises, on appelle 
Endêe". 

V 

ANNEAU DE SIPURA SATIGENI, DÉCOUVERT A AUTUN 




Voici un très intéressant anneau, trouvé, en 1892, dans la ville 
d'Autun, à gauche de l'ancienne voie pavée de grands blocs, rue 
de Marchaux, dans la direction de la porte d'Arroux. D'après une 
note de mon savant confrère et ami, M. Anat. de Barthélémy, le 
lieu précis de la découverte est un jardin situé à 60 mètres environ 
de la dite porte, dans un défoncement de terrain d'un mètre de 
profondeur. 

Sur cet emplacement, où il y avait une habitation de grande éten- 
due, on a recueilli, depuis un demi-siècle, une quantité considé- 
rable d'antiquités 3 . 

Notre bague est en argent; elle a 16 millimètres seulement 
d'ouverture entre le chaton et la partie opposée de la tige, 18 1/2 

1. Bolland., Acta SS., mens, mart., t. IIÏ, p. 267-269. 

2. Annuaires histoviq. publiés par la Société de l'Histoire de France, année 
1857, p. 818; année 1860, p. 62. 

3. Notamment une belle lampe en bronze, deux statuettes de génies ailés, des 
débris de figurines en terre cuite blanche, des débris de creusets avec résidus 
de bronze, des fragments de peintures murales, etc. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



9 



mesurés dans l'autre sons. La tige a 2 1/2 millimètres de hauteur 
près du chaton, et présente, à cet endroit ainsi que sur ses deux 
côtés, un renforcement sensible. Le chaton, pris dans la masse, 
est un petit carré long, de 3 millimètres de haut ei i de large, 
sur lequel est gravé un lion passant à gauche (pour le lecteur). 

A gauche du chaton, la légende SIPVRA; adroite : SATIGENI. 

D'après les très faibles dimensions de cet anneau, il faut y voir 
le bijou d'une femme appelée Sipura, et le deuxième nom, au 
génitif, Satigeni, désigne le père 1 ; en sorte que l'inscription, com- 
plétée dans ce sens, doit se lire ainsi : 

SIPVRA SATIGENI {filïa sous-entendu). 



VI 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DE GAMAY (cÔTE-d'or) 




La bague ci-dessus figurée, publiée par H. Baudot dans son mé- 
moire sur les Sépultures des. Barbares de l'époque mérovingienne, 
appartient au Musée de Dijon 3 . 

Klle est en argent: elle a 17 millimètres seulement d'ouverture, 
ce qui indique qu'elle était à l'usage d'une femme. La tige, qui est 
une bande de métal, a 8 millimètres de hauteur près du chaton, où 
elle est ornée d'un trifolium, et 5 du côté opposé, où les deux bouts 
de la bande de métal sont soudés l'un sur l'autre. 

1. Sa%enwsest un vocable gaulois: il y a, dans César, De Bello Gallico, la men- 
tion d'un chef aulerque appelé Camulo-genus (VN, 57 , 59, 61); une esclave de 
la cité de Burdlgala, sous l'empire romain, s'appelait Nemeto-gena (Jullian, 
Inscriptions romaines de Bordeaux, n° 76). 

2. La commune de Gainay dépend du canton de Nolay, arrondissement de 
Beaune. 

3. P. 166. Ce bijou avait élé déjà publié par le même savant, dans le recueil 
des Mémoires de la Commission des Antiquités de la Céte-d'Or, t. V, p. 292. 



10 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Le chaton, pris dans la niasse, qui a été simplement aplatie en 
cet endroit, est un carré long, de 10 millimètres 1/2 sur 8 de hau- 
teur. Il présente, gravé en creux, un monogramme identique à celui 
d'un anneau décrit ci-dessus'; il comprend un |, suivi d'un S traversé 
par un deuxième I, et du E final : soit, pour l'ensemble, ISIE 2 . Le 
S barré par le deuxième I doit, en outre, d'après la place qu'il 
occupe et ses dimensions, représenter l'abréviation bien connue de 
Signum. Nous avons donc pour l'inscription entière: 

S\{gnum) ISIE 1 
VII 

ANNEAU TROUVÉ A SAINTE-SARINE (cÔTE-d'or) * 




Voici un anneau d'or pur, qui appartient au Musée de la Com- 
mission des antiquités de la Côte-d'Or et a été publié par EL Baudot 5 . 
Il n'a que 15 millimètres d'ouverture; le chaton ovale, qui est 
soudé sur la baguette, a 8 millimètres de large sur 4 millimètres 1/2 
de hauteur, et est orné d'uu dessin perlé. 

Ce bijou a été recueilli dans un des cercueils fouillés à Sainte- 
Sabine, avec une belle épingle à cheveux en or, des fibules et des 
grains de collier, qui dénotent la présence d'une sépulture fémi- 
nine, et expliquent la très faible ouverture de la bague. 

1. N° III. 

2. Géniti f d'un nom féminin formé sur le radical germanique is et le vocable hi. 
Voir la note du n° III ci-dessus. 

3. Quand j'ai publié cette bague pour la première fois (Rcv. archéol,., année 
1892, t I, p. 52), j'ai interprété le monogramme par S{ignura) VNE : je n'avais 
pas donné une attention suffisante à la barre sur laquelle est posé le S et qui, 
étant séparée en liant et en bas des deux lettres latérales, ne peut être la 
barre intérieure d'un N et conserve la valeur d'un deuxième |. 

4. La commune de Sainte-Sabine dépend du canton de Pouilly-en-Monlagne, 
arrondissement de Beaune. 

5. Sépultures des Barbares de V époque mêrov., p. 157, pl XXVII, fig. 12. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN Af,E 

VIII 

AUTRE ANNEAU TROUVÉ A SAINTE-SARINE (CÔTE-d'or) 



11 




Ce bijou a été recueilli dans la même sépulture féminine que la 
bague ci-dessus décrite. Comme celle-ci, il a 15 millimètres d'ou- 
verture; la tige, gracieusement striée, est plus épaisse et plus large 
(4 millimètres près du chaton). 

Le chaton, en forme de losange, soudé sur cette tige, présente, 
au centre, une petite pierre d'émail grisâtre, entourée de quatre 
grenats. 

Notre anneau a été publié dans l'ouvrage déjà cité de H. Bau- 
dot'. 

IX 

ANNEAU DE GAUDIOSUS, TROUVÉ A REAULON (ALLIER) * 





Cette bague, qui est en cuivre, a été découverte à Heaulon, dans 
le parc de M. Iioyer, avec des monnaies de toutes les époques, 
s'écbelonnant depuis la période romaine jusqu'au xvi° siècle. Elle 
appartient actuellement au Musée île Moulins. 

Ce bijou a beaucoup servi, et la légère déformation qu'il a subie 
a rendu irrégulier son diamètre intérieur, qui, mesuré dans un 
sens opposé à celui du chaton, est de. 21 millimètres. La lige a 
4 millimètres et demi de largeur et 2 d'épaisseur, 

) . SêpuVures des Barbares de l'époque mêrov., p. 157, pl. XXV.U, fig. 13. 

2. Reaulon est un chef-lieu de commune, dépendant du canton de Chevagnes, 
arrondissement de Moulins (Allier). Nous reproduisons ce bijou et le suivant 
d'après les dessins et empreintes qui nous ont été obligeamment adressés par 
M. le baron de Mély. 



12 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Le chaton, pris dans la masse et venu de fonte, a une forme 
elliptique très allongée, et mesure horizontalement, c'est-à-dire en 
largeur, 15 millimètres, et 7 de hauteur au milieu. 

Sur ce chaton, est grave en deux lignes le nom de Gaudiosus, 
suivi d'une croisette : 

GAVDIO 

SVS + 

L'Eglise honore quatre saints de ce nom ; deux d'entre eux ont 
vécu au v c siècle 1 , un troisième est mort en 530*, et le quatrième 
était évèque avant 646 '. 

On trouve aussi, dans le testament de saint Yrieix de 573, la 
mention d'une femme d'affranchi appelée Gaudiosa* . 



DIOCÈSE DE BESANÇON 
X 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE A BRÉRY (jURA) 6 



Cette bague appartient au Musée municipal de Lons-lc-Saulnier, 
dont le savant conservateur, M. Robert, a eu l'obligeance de me 
procurer les dessins reproduits ici, ainsi que ceux'du n° suivant. 

Elle est en bronze, et se compose d'une mince tige, dont les deux 
bouts ont été soudés l'un sur l'autre, et d'un chaton pris dans la 
masse. L'ouverture de l'anneau, mesurée entre le chaton et la 

1. Saint Gaudiose, évèque do Rrescia en 444 (Bolland., Acta Sanct., men.-. 
mart., t. I, p. 6i8), el saint Gaudiose, évèque en Afrique, mort à Naples en 453 
ou en 468 (ibid., mens, octob., t. XII, p. 582). 

2. Évèque de Tarazona (Biblioth, Ilisp. veL, t. I, p. 427). 

3. Kvêque de Salerne (Bolland., Acta Sanct., mens, octob., t. XI; p. 901). 

4. Pardessus, Dipl. et ch., t. I, p. 138. 

5. La commune de Bréry dépend du canton de Sellières, arrondissement de 
Lons-le-Saulnier. 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



13 



pari ic opposée, est de 20 millimètres; dans l'autre sens, elle n'a 
que 19 millimètres. La tige, sur laquelle on a buriné quelques or- 
nements, a 8 millimètres de hauteur près du chaton, 4 seulement 
en face. Le chaton, qui a la forme d'un carré long, a 8 millimètres 
et demi de hauteur sur une largeur de 15 millimètres. Il présente 
un monogramme, qu'il faut envisager sans tenir compte de dessins 
tracés de chaque côte et qui sont insignifiants. On distingue, au 
sommet de ce monogramme, un A; à droite et à gauche, un L; 
au centre, un N ; dans l'angle de l'A, un V ; et puis un S posé obli- 
quement sur la barre intérieure du N ! nous avons ainsi un groupe 
formant le mot ALLNVS, et, avec un | représenté par la dite barre, 
le nom de : 

ALLINVS 

qui fut usité dans la période gallo-franque. On voit, en effet, un 
abbé ainsi appelé, souscrire une donation faite, en 715, par l'abbé 
Adon à l'église de Saint-Remy de Reims' ; et un autre personnage 
du môme nom, mentionné en 724, sans aucune qualité, parmi les 
témoins d'une charte de concession consentie au monastère de Wis- 
sembourg*. Le vocable A/linus est d'ailleurs le diminutif de celui 
d'yl//o, que nous trouvons dans deux actes datés, l'un de 657 et 
l'autre de 667 '. 

Le S traversé par le trait oblique intérieur, a en outre la valeur 
de SI, initiales de S\(gnavi). Nous avons donc pour l'ensemble de 
l'inscription : 

ALLINVS S\{gnavi) 
XI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A MACORNAY (JURA) 4 

Ce bijou de bronze appartient au Musée municipal de Lons-le- 
Saulnier. 

11 est visiblement de la même fabrique que celui de Bréry décrit 
ci-dessus, car il se compose d'une tige, ornée de la môme façon, 

1. Pardessus, Dipl. et ch., t. II, p. 301. 

2. Ubi supra, p. 453. 

3. Inc. cit., p. 10 3 et 142. 

4. Macornay est une commune dépendante des canton et arrondissement de 
Lons-le-Saulnier. 



14 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



avec les extrémités appliquées l'une sur l'autre pour fermer l'an- 
neau, et d'un chaton carré, ménagé à même le métal cl dont l'état 
de dégradation ne permet de retrouver aucune trace de l'inscription 
qui devait le couvrir. 




Mais la bague de Macornay diffère de celle de Bréry en ce que 
l'ouverture en est sensiblement plus étroite (17 millimètres au lieu 
de 20), et il y a toute raison de penser qu'elle devait être portée 
par une femme ou par un enfant. 

DIOCÈSE DE WINDISCH 
XII 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DE HOHRERG (SUISSE) 




Voici une bague en argent trouvée dans une tombe, à Hohberg, 
prés Soleurc. Elle a été publiée, d'abord, par la Société des anti- 
quaires de Zurich ', puis par M. Mommscn* et en dernier lieu par 
E. Le IJIant a . Le chaton est un carré long de 14 millimètres 

1. Mittheilungen der Antiquurischcr Gesellschaft in Zurich, l. III, pl. VIII, 
fig. 20, et page 48. 

2. Inscript. confeditf. Hoct., p. 102. 

3. Inscripl. chrét.de lu Gaule, L I, pl. XLII, fig. 217. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



15 



sur 8 de hauteur, ménagé à même le métal, et accosté d'ornements, 
au delà desquels il y a, de chaque côté, un A. 

Dans le chillre gravé sur le chaton, E. Le Blant a lu VERANI, et, 
à 1 appui de cette interprétation, il a rappelé que le nom de Ver anus 
a été porté par des personnages ecclésiastiques du v e et du 
VI e siècle'. 

Cette leçon de mon savant confrère soulève quelques objections. 
La déclinaison du nom au génitif implique généralement la pré- 
sence, dans le monogramme, de l'initiale de Signum ou Subscripiio, 
laquelle n'existe point ici. D'un autre côté, dans l'hypothèse pro- 
posée, la lettre Ai placée à droite et à gauche du chaton, reste sans 
emploi et sa présence est inexpliquée 

Il me semble très préférable de lire le nom de 

+ EVARA 

dont la formation est tellement naturelle et facile qu'elle n'exige 
aucune justification. 

Je n'ai pas encore rencontré, dans les listes de noms de la pé- 
riode gallo-franque, celui à'Evara; mais Evara et Evarus ont assu- 
rément été usités; car, de cette forme composée sur le thème pri- 
mitif d'Eva, sont dérivés des vocables bien connus, tels que celui 
d'Evaricus, évéque de Tours au vu siècle 9 , et celui d'Evarislas, 
porté par deux saints, dont l'un fut pape au u e siècle 5 , et l'autre 
fut martyrisé, avec Priscien et d'autres, au IV e \ 



DIOCÈSE DE LANGUES 
XIII 

BAGUE AVEC LE S BARRÉ, TROUVÉE A CESTRE (cÔTE-d'or) 4 

Cette bague a été trouvée, en 1893, au cours de fouilles exécutées 

1. Vbi supra, p. 492 et note 2. 

2. Dom Bouquet, Historiens de France, t. IV, p. 676, note. 

3. Bolland., ActaSS., mens, octobr., t. XI, p. 799. 

4. Ibid., mens, octobr., t. VI, p. 449. On peut joindre à ces exemples ceux où 
l'on trouve le nom d'Euvuristus, et peut-être aussi celui d'Everus, évèque de 
Catane au iu° siècle. Cf. Cajetanus, VU. SS. SicuL, t. I, p. 89. 

5. Le hameau de Cestre dépend de la commune de Verdonnet, canton de 



16 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



par la Société archéologique du Châtillonnais, dans un sarcophage 
en pierre, où elle était encore attachée au doigt du squelette. Un 
vase en terre grise était placé à gauche et tout près de la tète l . 

L'anneau n'a que 18 millimètres, ce qui indique qu'il était à 
l'usage d'une femme; il est formé d'un ruban assez mince, qui a 
10 millimètres de largeur près du chaton, 7 seulement du côté 
opposé. Il présente, à droite et à gauche, quelques ornements très 
simples et d'un travail rudimentairc. 

Le chaton, pris dans la masse du métal, est un parallélogramme 




de 20 millimètres de hauteur sur 24 de large; au centre, est gravé 
en creux un S, traversé par une barre oblique dirigée de l'un des 
angles du chaton vers l'angle opposé. Sur ou sous la lettre S (car 
le bijou peut être envisagé indifféremment dans un sens ou dans 
l'autre), il y a une croisette ou étoile à quatre rayons et un globule. 
Trois des quatre côtés du chaton ont une bordure avec des orne- 
ments. 

Il est à peine besoin de dire que le s barré du chaton a ici, 
comme sur d'autres anneaux par nous décrits, la valeur bien con- 
nue de Sl(<?ww) ou §\{gillum), et que c'était là un cachet, que son 
propriétaire apposait à côté de son nom sur les actes où il figurait. 

A l'opposé de ce chaton, est gravée une croix égale polencée, 
formant un contre-chaton. 

XIV 

ANNEAU AVEC CROIX, TROUVÉ A NESLE (cÔTE-d'or) * 

Cet anneau de bronze a été recueilli par M. Henri Corot, au cours 

Laignes, arrondissement de Châliilon-sur-Seinc. Le savant conservateur du 
Musée de Châlillon-sur-Seine, M. Lorimy, m'a spontanément envoyé les dessins 
de cet inléressant bijou, ainsi que les renseignements reproduits dans la pré- 
sente notice; je lui adresse ici tous mes remerciements. 

1. Lettres de M. Lorimy, des 11 janvier, 20 et 24 février 1894. 

2. La commune de Nesle dépend du canton de Laignes, arrondissement de 
Châlillon-sur-Seine. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



17 



de fouilles exécutées par lui sous les auspices de la Société anthro- 
pologique de Paris, dans les sépultures mérovingiennes de la forêt 
de JNesle, à 6 kilomètres de Cestre 

11 a été recueilli dans une tombe masculine; il a 2i millimètres 
d'ouverture, et sa tige a 6 millimètres de hauteur près du chaton, 
3 seulement du côté opposé. 

Le chaton, de forme ronde, serti dans un cercle de bronze, a 




14 millimètres de diamètre ; le tout est soudé sur la tige. Il présente, 
gravée en relief, une croix à larges branches égales, dont chacune 
est partagée en deux par un trait au burin. Au centre de la croix 
et entre les quatre branches, il y a des annelets avec un point au 
milieu. Sur la branche inférieure, est tracée au burin une petite 
croix. 

M. Corot croit que l'anneau était au médius de la main droite du 
défunt». 

On n'a trouvé aucun autre bijou dans cette sépulture 3 . 

XV 

DAGUE AVEC DEUX D ENTRELACÉS, TROUVÉE A NESLE (cÔTE-d'ou) 

Cette bague provient, comme la précédente, d'une des sépultures 
mérovingiennes de la forêt de Nesle. Elle a été trouvée dans la 
tombe d'une femme, où divers autres bijoux et des objets de toilette 
ont été recueillis 4 ; M. Corot estime qu'elle était à l'annulaire de 
la main gauche. 

1. Ceslre est un hameau situé dans la commune de Verdonnet, canton de 
Laignes. 

2. Lettre de M. Corot, du 24 mai 1894. 
'à. Lettre du même du juin 1894. 

4. Voici la liste de ces objets : des pendants d'oreilles en argent; des agrafes 

2 



48 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Elle est formée d'un simple ruban de bronze de 8 millimètres de 
hauteur; elle n'a que 17 millimètres d'ouverture. 

Le ebaton, pris dans la masse, est un carré long de 7 millimètres 




sur 10; il porte, gravés en creux, deux D adossés et entrelacés, tels 
qu'on les voit en divers endroits de la façade du château d'Anet, 
où ils représentent le cbifTre de Diane de Poitiers. C'était vraisem- 
blablement aussi l'initia'e de la femme pour laquelle notre bijou 
avait été fabriqué. 

XVI 

BAGUE AVEC UN SUJET GRAVÉ SUR LE CHATON, TROUVÉE DANS LA FERME DES 

RIEPPES (CÔTE-D'OR) 




Ce très intéressant bijou, qui appartient à M. André, brasseur 
à Aisey (Côte-d'Or), a été trouvé sur les terres de la ferme des 
Rieppes, commune de Coulmier-le-Sec '. Je le reproduis d'après 
d'excellents dessins que m'en a adressés M. Lorimy, conservateur 
du Musée archéologique de Châtillon-sur-Seinc. 

11 n 20 millimètres d'ouverture : sa tige est plate. Le chaton, pris 

qui étaient placées au niveau des deux épaules, un collier formé de grains 
d'ambre et de verres de diverses couleurs, avsc émail blanc ou rouge. (Lettre 
précitée du 1 er juin 1894.) 

1. Lettres de M. Hippoly te Lorimy, des 14 décembre 1895 et 5 février i 896 . 
La commune de Coulmier-le-Sec dépend des canton et arrondissement de Chà- 
Li lion sur Seine (Côte-d'Or). 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



L9 



dans la masse, est un ovale octogone, et présente, gravés en creux 
dans un cadre formé d'un trait au burin : sur le premier plan, un 
oiseau, dont le bec est largement ouvert, et dont une partie de la 
queue se replie en avant sur le dos, tandis que l'autre s'élève 
droite à la hauteur du visage du personnage représenté au deuxième 
plan, derrière l'oiseau. Ce personnage est de lace, tète nue et bar- 
bue, et le buste drapé. 

Quelle est la signification de ces deux figures? 

L'oiseau que nous avons trouvé figuré sur plusieurs de nos an- 
neaux est la colombe, avec ou sans un rameau au bec; dans le 
premier cas, c'est une allusion à la colombe de l'Arche, dans le 
second, un emblème du Christ. 

En l'espèce qui nous occupe, l'oiseau ne me paraît pas pouvoir 
être la colombe symbolique, par la raison qu'il ne pourrait être 
accompagné que par l'image du Christ lui-même, lequel aurait 
alors la tête nimbée; or, le personnage gravé derrière l'oiseau est 
seulement tête nue. En outre, les formes de la queue de ce volatile 
ne se trouvent dans aucune des représentations de la colombe, 'qui, 
d'ailleurs ne les comportaient pas. Enfin, et c'est là, comme on va 
le voir, un détail important, l'oiseau a le bec très largment ouvert, 
ce qui a manifestement et ne peut même avoir d'autre signification 
que celle d'un chant ou d'un cri. 

J'estime que cet oiseau est un coq, et son chant ou son cri est 
une allusion à la prédiction du Sauveur disant à son disciple que, 
dans la nuit même qui allait suivre, celui-ci le renierait avant que 
le coq eût chanté 1 . Ainsi s'expliquent les formes de la queue dont 
les plumes retombent en volute, et la présence du personnage du 
deuxième plan, qui ne serait autre que saint Pierre. 

XVII 

AUTRE BAGUE AVEC APPENDICE REPRÉSENTANT UNE TÊTE HUMAINE ?, TROUVÉE 
DANS LA FERME DES RIEPPES (cÔTE-d'or) 

Cette bague, qui appartient au Musée archéologique de Châtil- 
lon-sur-Seine, a été, comme celle que nous avons décrite dans la 

1. Évang. selon S. Mathieu, xxvi, 69; S. Marc, xiv, 6G ; S. Luc, xxix, 56; 
S. Jean, xviii, 17. 



20 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



précédente notice, trouvée sur les terres de la ferme des Rieppes, 
en un lieu dit La Grand '-borne ' . 

Elle a 18 millimètres d'ouverture: elle est munie d'un appendice 
difficile ù définir. Cet appendice a 10 millimètres de relief au-des- 




sus de la tige, laquelle a 3 millimètres de hauteur. On a peut-être 
voulu, dans ce grossier travail, représenter une tète humaine; les 
deux cavités supérieures figureraient les yeux', celle du centre la 
houche, et les deux saillies latérales de la mâchoire, la barbe par- 
tagée en deux toulfes 2 . 

XVIII 

UAGUE AVEC LE CHRISME AU CHATON, TROUVÉE A QU1NCEROT (YONNE) 3 




La bague que je publie ici, grâce à la communication qui m'en 
a été faite par M. Henry Corot'*, a été trouvée, il y a quelques 
années, par M. l'abbé Patrisat, qui en est resté possesseur. 

Elle est en cuivre : elle a 19 millimètres de diamètre intérieur; 
sa tige a, près du chaton, 5 millimètres de hauteur. Le chaton, 

1. Dans le voisinage d'une voie romaine et à proximité d'un menhir (Lettre 
de M. Lorimy, du 14 décembre 1895). 

2. M. Lorimy fait remarquer que celte bague se rapproche des clefs-anneaux 
de l'époque romaine. « Mais, ajoute-t-il, par sa forme circulaire et ses ajours 
en ogive, elle semble beaucoup plus récente. » (Lettre précitée.) 

3. La commune de Quincerot dépend du canton de Cruzy, arrondissement de 
Tûiirnus. 

4 J'étais déjà redevable au savant antiquaire de Savoisy (Côte-d'Or) de la 
communication des deux anneaux qui ont fait l'objet des notices XIV et 
XV ci-dessus. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 21 

ménagé à môme le métal, est de forme ovale, avec 13 millimètres 
et demi dans sa plus grande largeur, et 9 dans sa plus grande 
hauteur. 

A droite et à gauche, un trait profond sépare le chaton d'un fort 
bourrelet. 

On y voit, gravé en creux, le chrisme, avec une croix qui y est 
superposée. 

XIX 

BAGUE AVEC DEUX CHATONS PORTANT, l'un UN MONOGRAMME, L'AUTRE LE 
CHRISME, ET PROVENANT DE COUVIGNON (aURe) 




Voici une bague en bronze, trouvée à Couvignon (Aube) 1 , et 
dominée par M. Soret au Musée archéologique de Troyes. 

Comme elle a été accidentellement déformée, il est difficile d'en 
déterminer avec précision l'ouverture : elle a, dans la plus grande 
largeur, 19 millimètres 1/2, et 16 dans la moindre. 

Elle est décorée de deux chatons, pris l'un et l'autre dans la 
masse et reliés par une baguette figurant, de chaque côté, un reptile 
dont la tèle touche le plus grand des deux chatons. 

Le chaton le pluspetit est rond, avecun diamètrede 9millimètres, 
et présente gravé en creux, le chrisme avec une croix à branches 
égales qui y est superposée. 

L'autre a la forme d'un carré long de 13 millimètres sur 9 de 
hauteur; il porte, également gravé en creux, un monogramme où 
nous trouvons deux N (?), sur les barres obliques intérieures des- 
quels sont posés deux S; au-dessous du premier il y a un V. au-des- 
sous du deuxième un G mérovingien renversé. La première perpen- 



1. Chef-lieu de commune dans les canton et arr. de Bar-sur-Aube. 



22 ÉTDDE SUR LES ANNEAUX 

diculairedu premier N (?) paraît intenlionnellement isolée et a peut- 
être la valeur d'un I. 

La présence de deux S barrés nie porte à penser qu'il y a là un 
double monogramme et un double cachet, commun, peut-être, à 
deux époux, mais dont je n'ai à proposer aucune explication. 



DIOCÈSE DE CHALON-SUR-SAONE 



XX 

ANNEAU AVEC LE S BARRÉ, TROUVÉ A OULPHEY (SAÔNE-ET-LOIRE*) 




Cet anneau, en bronze, qui a été recueilli dans une tombe cou- 
verte de dalles brutes, appartient au Musée de Tournus 2 . 

Il a 16 millimètres d'ouverture entre le chaton et le côté opposé 
de la tige, 17 1/2 dans l'autre sens, dimensions qui indiquent que 
le bijou était à l'usage d'une femme ou jeune fille. Cette tige, qui 
a 6 millimètres de large auprès du chaton, va se rétrécissant de 
îaçon à n'avoir plus qu'un millimètre. Elle est ornée, à droite et à 
gauche du chaton, d'un cercle avec un point au centre, particula- 
rité qui se remarque sur les bagues et sur les autres bijoux méro- 
vingiens du pays burgunde. 

Le chaton, en forme de carré long, pris dans la masse, a 6 mil- 
limètres de haut sur 8 de large. Il porte, inhabilement gravé en 
creux, un S barré, abréviation de S\(gntt?n) ou §\(gillum). 

1. Oulphey est un village dépendant de la commune de Mancey, canton de 
Sennecey-le-Grand, arrondissement de Chalon-sur-Saône. 

2. Lettre de M. Martin, conservateur du dit Musée, qui m'a adressé les des- 
sins de cet anneau et de plusieurs autres par moi décrits. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 23 

XXI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A ATHÉE (cÔTE-d'or) 1 




Cet anneau d'or a été trouvé sur la ligne du chemin de fer de 
Paris à Dijon, dans la traversée d'une forêt, commune d'Athée : il 
a été découvert le 3 mai 1892, par un ouvrier terrassier, dans une 
tranchée de la voie ferrée, à 2 mètres de la surface. Remis par cet 
artisan à sa sœur, le précieux bijou a été vendu par celle-ci à 
M. Rhoné, neveu de notre confrère M. Alexandre Bertrand, qui V* 
cédé au Musée de Saint-flcrmain. 

M. Rhoné m'ayant confié ce bijou, j'ai pu le faire dessiner sous 
toutes ses faces. 

Il est en or jaune très pur : il a 22 millimètres d'ouverture ; sa 
tige est ronde et a 2 millimètres 1/2 d'épaisseur. Le chaton, de 
forme ronde, qui est soudé sur cette tige, est accosté, à droite et à 
gauche, de deux cabochons en or : il a 13 millimètres 1/2 de dia- 
mètre, y compris une bordure de grèuetis, et présente un mono- 
gramme fort bien composé, où se distinguent aisément, à gauche 
un B, aux panses duquel sont attachées les trois barres borizontales 
d'un E; au sommet de deux hastes ou traits perpendiculaires du 
monogramme, deux T; un O, posé sur la barre oblique intérieure 
du N ; enfin, à l'extérieur de la deuxième haste, les trois traits 
horizontaux d'un second E; ce qui donne pour l'ensemble : 

BETTONE 

l'ablatif du nom de Betto, ainsi décliné, comme on le voit sur 
d'autres bagues par nous décrites a . 

1. La commune d'Athée dépend du canton d'Auxonne, arrondissement de 
Dijon. 

2. Notamment AbLonc, dans le n° CCLXV. 



24 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Le vocable de Betto a été fort usité dans le haut moyen âge : i 
fut porté par un évêque de Gahors, présentai! concile de Bordeaux 
de 662'; par deux autres personnages, qui souscrivirent des 
actes de 6 1 S et 695 a ; et par de nombreux monnayers de l'époque 
mérovingienne, qui frappèrent à Reims, Bordeaux, Saint-Remy de 
Provence, Senlis, Soissons, Bennes, Sion, Meaux, Aoste et dans 
d'autres lieux 3 . 

DIOCÈSE DE MAC ON 



XXII 

ANNEAU AVEC S BARRÉ (?) TROUVÉ A FARGES LÈS-MÂCON (saÔNE-ET-LOIRE) 4 




Ce bijou, qui est en bronze, a été trouvé chez M. Bourdon, proprié- 
taire à Farges-lès-Màcon, dans une tombe de femme, couverte de 
dalles brutes, et où l'on a recueilli en même temps une fibule en 
fer, plaquée d'or. Il appartient au Musée de Tournus. 

Il a 17 millimètres d'ouverture entre le chaton et le côté opposé; 
la tige qui a, près du chaton, 7 millimètres 1/2 de hauteur, va se 
rétrécissant jusqu'à n'en avoir que 2 : elle présente, à droite et à 
gauche, quelques ornements très rudimentaires. Le chaton, ménagé 
à même le métal, a la forme d'un carré allongé en hauteur, de 

1. Pardessus, Dipl. et ch., t. II, p. 130. 

2. Ibid., t. I", p. 210, cl t. Il, p. 427. 

3. An. de Barthélémy, Liste des noms de lieux et des noms d'hommes inscrits 
sur les monnaies mérovingiennes, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 
6" série, t. I. 

4. Lettre de M. Martin, conservateur du dit Musée, du 19 juin 1892. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



25 



7 millimètres 1/2 sur S. On y voit deux traits gravés en travers 
l'un de l'autre, et qui étaient destinés sans doute à représenter le S 
barré, abréviation de S\g[nit?n) ou S\(gMum). 

Il existe, entre ce bijou et le précédent, une telle ressemblance 
qu'il y a lieu de supposer que l'un et l'autre sont sortis du môme 
atelier. 



XXIII 

RAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE PRÈS DE MÂCON (sAÔNE-ET-LO!Re) 





Voici un bel anneau d'or, trouvé dans une localité des environs 
de Màcon, dont le nom est resté inconnu: il a été acquis par la 
Commission des antiquités de la Gôte-d'Or, et appartient au Musée 
de Dijon \ 

L'ouverture de cet anneau, presque carrée, est de 20 millimètres 
entre le chaton et le côté opposé, de 28 millimètres dans l'autre 
sens. La tige, ronde, a 3 millimètres d'épaisseur et se prolonge sous 
le chaton qui y est soudé, en la forme de deux pattes terminées en 
volutes. 

A droite et à gauche, il y trois cabochons disposés en feuilles de 
trèfle, que nous retrouverons sur un grand nombre de nos an- 
neaux. 

Le chaton affecte une forme ronde, mais inégale : 20 millimètres 



i. Lettre de M. d'Arbaumonl, vice-président de la Commission des antiquités 
de la Gôte-d'Or, du 23 octobre 1891. Le savant archéologue nous fait connaître, 
que, dans le rapport rédigé, au moment de l'acquisition, il est dit que « le bijou 
est de l'époque carolingienne et a servi de cachet à un évèque de Màcon ». 
Nous n'hésitons pas à penser, d'après la fabrique et les ornements de cette 
bague, qu'elle est de l'époque mérovingienne. Quant à son attribution à un 
évèque de Màcon, elle est absolument arbitraire. 



20 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



en hauteur, y compris une bordure perlée, et 18 seulement en 
largeur. 

Il est décoré d'un monogramme compliqué, qui comprend un A, 
un N, un S, un O et, de chaque côté, un E ou un F, terminé, à sa 
partie inférieure, par un crochet où l'on peut voir la boucle d'un B 
ou d'un D cursif. Le S posé sur la barre intérieure du N a sans 
doute la double valeur d'élément composant du monogramme et 
du S barré. 

Je n'ai à proposer aucune explication quelconque du mono- 
gramme. 

XXIV 

ANNEAU AVEC INTAILLE AU CHATON, TROUVÉ PRÈS DE MÂCON 




Cet anneau d'or, trouvé aux environs de Mâcon, est conservé 
dans les vitrines du Musée archéologique de Genève Ml a été édité 
par M. J. Mayor, conservateur du Musée Fol à Genève 2 , et c'est 
d'après les dessins de cet archéologue distingué que je le reproduis 
ici, avec la description qu'il en adonnée. 

« Le diamètre de cet anneau est, dit-il, fort petit (14 millimètres 
environ), et il n'a pu appartenir qu'à un enfant. La tige, en fili- 
grane d'or pur, se compose de plusieurs fils recourbés de diverses 
manières, et réunis, à la partie inférieure du bijou, en une seule 
tige garnie de trois petits globules; le chaton, maintenu entre les 
deux extrémités les plus larges de la tige, est formé d'une cuvette 
ovale en or, longue de 10 millimètres, large de 7 et profonde de 4, 
qui relient une intaille en verre bleu foncé. 

« Le sujet gravé est diflicile à déterminer; il comporte deux per- 
sonnages, le plus petit debout et l'autre plus grand, également de- 
bout, mais penché sur le premier et paraissant le palper. » 

1. Cote C, n° 487. 

2, Rcv. archéolog., année 1593, t. II, p. 104-105. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



27 



M. Mayor s'est demandé si l'on n'aurait pas voulu représenter 
ainsi « Prométhée créant l'homme à l'image des dieux. » Mais 
cette hypothèse ne me semble point motivée, et j'estime qu'il vaut 
mieux s'abstenir de toute interprétation. 

XXV 

ANNEAU AU SYMBOLE DE LA OLOMBE, TROUVÉ A CHARNAY (sAÔNE-ET-LOIRe) 1 




Cet anneau, eu argent, a été découvert dans une des sépultures 
mérovingiennes de Charnay, et appartient au musée de Dijon. 11 a 
été publié d'abord par Henri Baudot 2 , puis par M. Lindenschmit 3 . 

11 a 21 millimètres d'ouverture; sa tige est plate et a 10 milli- 
mètres dans sa plus grande hauteur; elle est décorée d'un grènetis 
ou cordon perlé à ses deux bords, et d'un trifolium à droite et à 
gauche du chaton. Ce chaton, soudé sur la tige, est un carré de 
12 millimètres de côté, orné sur trois côtés d'un grènetis, et, au 
cenlrc, d'un oiseau, dont une aile est éployée. Tous les ornements 
sont gravés en creux. Du côté opposé au chaton, la bague présente 
un autre chaton très petit, que M. Baudot a défini « un petit bou- 
ton », et qui est également soudé sur la baguette. 

Quant à l'oiseau gravé sur le chaton principal, il n'y a pas à 
chercher, comme on l'a fait, à en déterminer l'espèce 4 . C'est la 
figuration maladroite et grossière de la colombe symbolique, qui 

1. Charnay est une commune dépendante des canton et arrondissement de 
Màcon. 

2. Mémoire sur les sépultures des Barbares de l'époque mérovingienne, in-4, 
1860, p. 66 et pl. XV, n° 19. 

3. Ilandbuch der deutschen Alterthumskunde (i r ' partie, époque mérovingienne), 
pl. XIV, n° 4. 

4. « Dans le chaton gravé en creux, oiseau dont le gros bec rappelle le tou- 
can. » Baudot, ubi supra, p. 66. 



28 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



est représentée sur plusieurs de nos bagues, et qui est, parmi les 
figures symboliques du Christ, la plus fréquemment employée'. 

XXVI 

autre anneau avec monogramme, provenant de charnay 
(saône-et-loire) 




Voici un anneau de bronze provenant de Charnay, publié pour 
la première fois par H. Baudot" et après lui par M. Lindenschmit 3 . 
Il a 19 millimètres d'ouverture; la tige a 2 millimètres 1/2 de 
hauteur; le chaton, pris dans la masse et de forme hexagone, a, 
au centre, une hauteur de 9 millimètres, et. d'un côté à l'autre, une 
largeur de 14 millimètres; il est décoré d'un monogramme, où 
l'on distingue les lettres V, N, E, et un S, posé sur la barre oblique 
intérieure du N. Cette dernière lettre, d'après la place qu'elle 
occupe et ses dimensions, supérieures à celle des autres caractères, 
doit rcprésenler l'initiale de Sigmim ; les trois lettres VNE tonnent, 
décliné au génitif, un nom de femme mentionné par Goldast 1 , et 
d'où sont dérivés d'autres vocables mités au moyen âge, tels que 
Utiaca, Unaka, Uncca 1 . 

Ajoutons que la faible ouverture de la bague qui nous occupe 
vient à l'appui de l'attribution à un personnage féminin. 

Nous lisons donc : 

S{ignum) VNE. 

1. Voir plus loin les n°* XXV, XX\II, LXXI, GXXIII bis, CXXIV, CGLX, 
CCLXII, CCI.XIX, CCXCI ctCCXCJII. 

2. Sépultures des Barbares à .''époque mérovingienne, pl. XV, n° 21. 

3. Handbuch der deutschen Altersthumskundu, i re partie (Antiq. meroving., 
pl. XIV, Bg. 6). 

4. Rer. Alamanniear. scriptor., in-fol., 1739, t. II, p. 128. 

5. Fôrstmann, Personennamen, col. 1213. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



29 



XXVII 



AUTRE BAGUE PROVENANT DE CHARXAY (SAON E -ET-LOlRE) 




Celte bague, recueillie dans une des nombreuses sépultures de 
Cbarnay, est conservée au Musée de Dijon. Elle a été publiée pour 
la première fois par H. Baudot 1 , puis par M. Lindenschmit 2 . 

Elle a 18 millimètres d'ouverture; son chaton représente un 
losange, qui mesure lo millimètres entre l'angle supérieur et 
l'angle inférieur, et contient deux plus petits losanges se touchant 
par un de leurs angles obtus; entre les deux, il y a une double 
baguette; sur La tige, on a soudé un double fil d'argent, dont les 
extrémités s'arrondissent en petites volutes à droite et à gauche du 
chaton. 



Cet anneau, publié successivement par H. Baudot 3 et dans 

1. Sépultures des Birbares de l'époque mérovingienne, gr. in-4°, 1860, p. 66, 
pl. XV, n» 18. 

2. Handbuch der deutschen Alterthumskunde, pl. XIV, fig. 3. 

:j. Sépultures des Barbares de l'époque mérovingienne, p. 66, pl. XV, n« 20. 



XXV11I 



AUTRE ANNEAU TROUVÉ A CHARNAY (SAONE-ET-LOIRe) 




30 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



l'ouvrage de M. Lindcnschmit cité plus haut 1 , appartient au Mu- 
sée de Dijon. 

11 a 21 à 22 millimètres d'ouverture; sur la tige, qui est mince, 
on a soudé un chaton de forme ronde, de 19 millimètres de dia- 
mètre, orné, au centre, d'un émail bleu, entouré d'un grènetis, 
lequel est lui-même enfermé dans un plus large cercle cordé; 
le bord du chaton est coupé en biseau. 



XXIX 

BAGUE EN VERRE, TliOUVÉE A FISSY (sAÔ.NE-ET-LOUU.V 




Nous reproduisons ici une bague recueillie dans une tombe cou- 
verte de dalles brutes 3 . Elle fait partie de la collection donnée au 
Musée de Tournus par M. Legrand de Mercey. 

Elle est en verre blanchâtre. 

Elle a 14 millimètres d'ouverture entre la partie où est le chaton 
et la partie opposée de la tige, 15 millimètres dans l'autre sens : ce 
faible diamètre indique un bijou de femme. La tige, ronde et gros- 
sièrement venue à la fonte, a 6 millimètres 1/2 du côté opposé. Elle 
est ornée d'un chaton en verre bleu. 

XXX 

BAGUE AVEC L1N1TIALE N AU CHATON, TROUVÉE DANS LE DÉPARTEMENT DE 

SAÔNE-ET -LOIRE 

Cette bague, en bronze, conservée au Musée de Tournus, fait 

1. Pl. XIV, 5. 

2. Fissy est une commune dépendante du canton de Lugny, arrondissement 

de Màcon. 

3. On a recueilli, en outre, dans celte sépulture, une monnaie romain»! 
(Lettre de M. Martin, du 19 juin 1892.) 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



34 



partie d'une collection formée par M. Legrand de Mcrcey, d'objets 
recueillis dans la contrée, et libéralement donnée par lui audit 
Musée 1 . 

Klle a 17 millimètres d'ouverture entre le chaton et le côté op- 
posé, 18 dans l'autre sens, ce qui indique un bijou de femme ou de 




jeune fille. La tige a, près du chaton, 2 millimètres 1 /2de hauteur, 
2 à la partie opposée de la tige. 

Le chaton, soudé sur la tige, est un carré régulier de 6 milli- 
mètres de côté; on y voit, gravée dans un cadre tracé au burin, la 
lettre qui est sans doute l'initiale du nom de la personne à 
l'usage de laquelle le bijou était destiné. 



DIOCÈSE D'A VENCHES, PUIS DE LAUSANNE 



XXXI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A BEL-AIR, CANTON DE VAUD (SUISSE) 2 




Cet anneau, provenant du cimetière de Bel-Air, près Chéseaux- 
sur-Lausanne, appartient au Musée cantonal de Lausanne. Il a été 
publié, en premier lieu, par M. Troyon 3 et, après lui, par E. Le 
Blant*. Il est orné d'un chaton, sur lequel est gravé un chitfre, où 

1. Lettre de M. Martin, du 19 juin 1892. 

2. Bel-Air est une localité voisine de Chéseaux-sur Lausanne. 

3. Description des tombeaux de Bel-Air, 1841, p. 4 et 5, pl. I, n° 29. 

4. Inscript, chrét. de la Gaule, t. I, p. 495, pl. XLII, n° 249. 



32 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Ch. Lenormant, à qui E. Le Blant l'avait communique, a lu SIGV- 
DVNVS ou SIGDVNVS. 

Cette interprétation a le défaut d'être plus compliquée que ne le 
comportent les cléments dont le monogramme est formé. En outre, 
nous ne connaissons pas d'exemple, dans la période mérovingienne, 
de l'un ou l'autre des deux vocables indiqués; en tout cas, s'il en 
existe, ils sont assez rares. 

L'explication proposée par Ch. Lenormant est, conséquemment, 
peu acceptable a -priori, alors surtout qu'une leçon plus simple et 
plus courte, ba c ée sur des exemples connus, se dégage aisément de 
l'examen du monogramme. 

11 y a, au centre, un caractère qui, ainsi que l'a bien reconnu 
Ch. Lenormant. représente à la fois un G mérovingien et un S; un 
V formé par l'angle de gauche (pour le lecteur), un D placé à droite ; 
un I figuré par le trait oblique intérieur de N et cette dernière 
lettre. En redoublant l'V on a les éléments du nom de GVDINVS. 

La chronique de Saint-Bénigne de Dijon mentionne un Gudi- 
nus, abbé de ce célèbre monastère dans le premier tiers du 
viu e siècle'. 

On pourrait aussi, en redoublant le N, lire GVNDINVS, qui est 
également un nom usité à l'époque gallo-franque 2 . 

Ces leçons et surtout la première sont incontestablement préfé- 
rables à celle de SIGVDVNVS, qui suppose, sans raison, le redou- 
blement du S et un triple emploi du V, que le graveur aurait pro- 
bablement fait entrer dans l'inscription si, à la place de Gudinus, 
ihavait voulu y figurer un nom plus long et moins usité. 

Notons, en terminant, la présence, dans ce monogramme, de la 
lettre S, coupée obliquement pat un I, qui serait l'abréviation de 
S\(gnavi) avec la leçon Gudinus, et de S\{onum) ou S\{gillum) 
dans l'hypothèse du génitif Gudini. 

1. Pardessus, Diplôm.et chart.,t. Il, p. 365, note. 

2. On connaît un monnayer nommé Gundenus (A. de Barthélémy, Liste de 
noms d'hommes inscrits sur les mort, mérov. dans la Biblioth. de VÊc. des chart., 
6^ série, t. I), et un personnage du \w siècle appelé Gunduinus (Charles de 
667 et 693, dans Pardessus, ubi supra, p. 146 et 229). 



DES PREMIERS SIÈCLES 1)U MOYEN -AGE 



:33 



XXXII 



ANNEAU AU SYMBOLE DE LA COLOMBE, PROVENANT DE BEL-AIR (SUISSE) 




Voici une bague en bronze, recueillie tout près de la tombe d'un 
chef franc 1 , et qui appartient au Musée cantonal de Lausanne. Ce 
bijou n'a que 16 millimètres d'ouverture, d'où l'on peut inférer 
qu'il était porté par une femme ou une jeune fille. 

Le chaton, qui est de forme ronde et a 13 millimètres de dia- 
mètre, y compris une bordure en forme de galerie, est soudé sur la 
tige, et accosté, aux deux points de jonction des trois globules ou 
cabochons également soudés, que nous avons déjà signalés comme 
caractéristiques de la fabrique de nos anneaux. 

Sur le chaton, est grossièrement gravé en creux un oiseau, avec 
une aile ôployée et surmontée d'une étoile, un des emblèmes du 
Christ. 



XXXIII 

BAGUE ORNÉE DE POINTS OU GLOBULES DANS LES CERCLES, TROUVÉE A BEL-AIR 

(suisse) 




La bague que voici appartient, comme les deux précédentes, au 
Musée cantonal de Lausanne. 

On ne peut en certifier l'origine, mais on croit qu'elle provient 

1. D'après les indications que contient à ce sujet le journal des fouilles tenu 
par M. Aug. Regamey et conservé au Musée de Lausanne, où la bague dont il 
s'agit porte le n° 174. 



34 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



du cimetière gallo-franc de Bel-Air 1 . Elle est coupée dans une 
feuille de cuivre, et a été fermée par la soudure d'une de ses bran- 
ches sur l'autre, comme l'indique le dessin n° 2. Elle a 17 milli- 
mètres seulement d'ouverture, ce qui dénote qu'elle élait destinée 
à une main de femme. La tige a, près du chaton, 9 millimètres de 
hauteur, et en face du chaton, au point de la soudure, 5 millim. Le 
chaton, pris dans la masse, a la figure d'un carré irrégulier, de 
10 millim. de haut sur 12 1/2 de large. 11 est couvert d'ornements 
de fantaisie et accosté d'autres dessins assez grossiers en forme 
d'arètes de poissons, et de trois points dans des cercles gravés en 
creux, et disposés en feuilles de trèfle, remplaçant les trois cabo- 
chons que nous rencontrerons souvent sur nos anneaux. 



XXXIV 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A BEL-AIR (SUISSE) 




Voici un anneau provenant d'une des tombes du cimetière de 
Bel-Air et appartenant comme les trois précédents au Musée can- 
tonal de cette ville, dans le catalogue duquel il figure sous le 
n° 489. Il a été publié successivement par Troyon 2 et par E. Le 
Blant 3 . 

Ce bijou est en bronze; il a une ouverture de 20 millimètres; sa 
tige est une bande plate de mêlai, qui a, près du chaton, 8 milli- 
mètres de hauteur et va en se rétrécissant jusqu'à la partie opposée. 

Le chaton, soudé sur la tige, est un rectangle irrégulier, de 
10 millimètres de haut sur 11 millimètres de large. Il est orné d'un 
monogramme où Ch. Leuormant avait cru trouver le nom de Ra- 
gnerius 1 '. Cette interprétation est inadmissible par deux raisons : 

1. Telle est l'opinion de M. Morel-Fatio, qui a inscrit cet objet sur le catalogue 
du Musée de Lausanne. (Lettre de feu H. Carrart, le regretté conservateur du dit 
Musée, remplacé, depuis, par le savant professeur de Molin). 

2. Uescript. des tombeaux de Bel-Air, p. 4, pl I, no 49. 

3. Inscript, chrét. de la Gaule, t. I, p. 595, pl. XLH, fig. 249. 

4. Voir E. Le Blant, Op. cit., t. I, p. 495 ; pl. XLII, n° 249. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



35 



d'abord parce que le R qui entre deux fois dans le vocable n'existe 
point dans notre monogramme. Ce que Cb. Lenormant a pris pour 
un R est un G mérovingien rétrograde 9 ; ensuite parce que le faible 
diamètre intérieur du bijou (18 millim.) ne convient guère à un 
anneau d'homme et indique à priori une bague de femme. 

On distingue aisément, dans l'inscription qui nous occupe, les 
lettres suivantes : au sommet un A, à l'intérieur duquel il y a un V ; 
au centre le G mérovingien rétrograde que j'ai noté plus haut et 
dont le trait droit inférieur est intentionnellement prolongé pour 
faire un 1 traversé parle S; enfin à gauche (du lecteur) un E rétro- 
grade. Le tout représente le nom d'AVGISE, génitif d'AVGISA, décli- 
naison féminine d'AVGIS, que Fôrstemann mentionne comme dé- 
rivé du radical germanique AVG '. 

Le génitif du vocable implique naturellement comme sujet le 
mot Signum, et nous avons précisément ici le S barré {%), abrévia- 
tion de ce substantif, qui a ainsi un double emploi. 

En résumé, nous avons, pour l'ensemble du monogramme : 

SMgnum) AVGISE. 
XXXV à XXXIX 

CINQ BAGUES RECUEILLIES PRÈS d'vVERDON, CANTON DE VAUD (SUISSE). 

Les cinq bagues que nous allons décrire ont été recueillies dans 
des tombes burgundes, aux environs d'Yverdon, et appartiennent 
au Musée de cette ville. 

Elles ont été publiées en 1862, par M. L. Rochat 2 . Mais comme 
elles n'ont été reproduites par lui que sous un seul aspect, je me 
suis adressé, pour en avoir une figuration plus complète, au savant 
conservateur du Musée cantonal de Lausanne, M. le professeur 
de Molin,qui m'a adressé d'excellents dessins de quatre d'entre elles 3 . 

La cinquième 4 a été dessinée par M. Mayor, conservateur du 
Musée Fol, à Genève, qui a bien voulu m'envoyer des renseigne- 

1. Fersonennamen, col. 181. 

2. M. de Molin a succédé, dans ses fonctions, au savant et regretté professeur 
Carrart. 

3. Ce sont celles que nous décrivons dans les n 05 XXXV à XXXVIII. 

4. C'est le n° XXXIX ci-dessous. 



36 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



monts à l'aide desquels j'ai rédigé la notice qui s'y rapporte. Je 
prie les deux savants archéologues d'agréer mes remerciements. 

1° XXXV. ANNEAU AVEC CROIX, TROUVÉ AU LIEU DIT LES JORDILS 

OU JORD1TS, PRÈS d'yVERDON 




Cet anneau en bronze, inscrit sous le n° 281 sur le catalogue du 
Musée d'Yverdon, a 20 millimètres d'ouverture. La tige ronde n'a 
que 2 millimètres d'épaisseur. Le chaton, de forme ronde, et soudé 
sur la tige, est accosté de trois cabochons disposés en feuilles de 
trèfle : il a 15 millimètres de diamètre et présente, dans un cercle 
de points, une croix doublée d'angles à chaque canton. 

2° XXXYI. — Anneau avec monogramme, trouvé au lieu dit 

LE PRÉ DE LA CURE, PRÈS DYVERDON 




Voici un anneau en bronze inscrit sur le catalogue du Musée 
d'Yverdon sous le n° 279. 11 a 16 millimètres d'ouverture, ce qui 
indique qu'il était à l'usage d'une femme; sa tige plate a 5 milli- 
mètres de largeur; le chaton, pris dans la masse, est un carré long 
de 14 millimètres sur 8 de hauteur. 11 est décoré d'un monogramme, 
où l'on distingue, dans la partie supérieure, un A dont le sommet a 
disparu par suite de cassure ; à gauche (du lecteur), un I ; au centre 
un L, placé obliquement, sur lequel sont posés un B cursif, un Gcur- 
sif rétrograde (?), et à droite un F et peut être deux E, adossés l'un 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 37 

à l'autre (?). Je n'ai point d'explication à proposer pour cette ins- 
cription. 

3° XXXXV1I. AUTRE ANNEAU PROVENANT DU PRÉ DE LA CURE 




Cet anneau en or, qui appartient, comme les deux précédents, au 
Musée d'Yverdon ',a 16 millimètres d'ouverture, ce qui marque un 
bijou de femme; sa tige a une largeur égale partout de S milli- 
mètres et est ornée d'un filet dans tout son pourtour. Le chaton, 
eoudé sur cette tige, est une cuvette ronde de lo millimètres de dia- 
mètre, divisée en cinq compartiments contenant des verroteries : 
un de ces compartiments est vide. 

4° XXXVIII. — AUTRE ANNEAU AVEC STGNES OU CAR ACTÈRES, 
TROUVÉ AU PRÉ DE LA CURE 




Cette bague en bronze, inscrite au catalogue du Musée d'Yverdon 
sous n° 280, a 20 millimètres d'ouverture : la tige plate a 3 milli- 
mètres de large. Le chaton, soudé sur cette tige, est un carré de 
8 millimèlres de côté, portant des caractères ou des figures au sujet 
desquels nous n'avons aucune explication à proposer. 

XXXIX. — ANNEAU AVEC CORNALINE GRAVÉE, TROUVÉ A ÉPENDES, 

PRÈS D'YVERDON. 

Cet anneau d'or a été recueilli, comme les quatre précédents, 

1. Ce bijou n'a pas encore de numéro de classement sur le catalogue du 
Musée. 



38 



ÉTUDE SU» LES ANNEAUX 



dans une tombe burgunde, mais on ignore si cette tombe était celle 
d'un homme ou celle d'une femme 1 . 

Il a une ouverture de 18 millimètres mesurée entre le chaton 
et le côté opposé de la tige ; 19 millimètres dans l'autre sens. 

Le cha ton soudé sur la tige, est de forme presque ronde, avec 




20 millimètres dans sa plus grande hauteur et 21 dans sa plus 
grande largeur. 11 est accosté, au point de réunion avec la tige, de 
trois globules ou cabochons du métal, également soudés et disposés 
en feuilles de trèfle. 

Dans la cuvette de métal est enchâssée une cornaline rouge, sur 
laquelle sont gravées assez grossièrement deux ligu res représentant 
la Fortune et une Victoire de profil ailée, dont le bras levé tient une 
cou ronne. 

XXXlX iiç 

ANNEAU AVEC l'iNSCHIPTION VIVAS DIV M(ifli), TROUVÉE A COURTILLES, 
CANTON DE VAUD (SUISSE) 2 




Cet anneau en or lin a été découvert au mois de décembre 1896, 
durant les travaux de rectification de la rivière la Broyé. M. le 
docteur Brière, de Genève, à qui je dois la communication de ce 
très intéressant bijou, m'a fait connaître qu'il n'était accompagné 
d'aucun autre objet ni d'ossements 5 . 

1. M. Mayor pense toutefois que c'était une sépulture masculine. 

2. CourUlles est un village situé près de Lucens. 

3. Lettre du 8 janvier 1897. Je ne saurais assez remercier le savant docteur, 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



39 



Il pèse 7 grammes : il a 18 millimètres seulement d'ouverture, 
ce qui donne lieu de supposer que le bijou était à l'usage d'une 
femme. La partie antérieure de l'anneau formant un chaton pris 
dans la masse, mesure 1 1 à 12 millimètres en hauteur et en lar- 
geur. 

La tige mesure, près du chaton, une hauteur de 10 millimètres 
qui va en diminuant jusqu'à n'avoir plus que 4 millimètres du 
côte opposé. Elle est décorée d'ornements gravés en creux, où 
M. le docteur Brière trouve une réminiscence de l'ornementation 
d'objets lacustres et parmi lesquels je remarque, à droite et à 
gauche du chaton, une croix de Saint-André et trois annelets avec 
un point au centre, qui se rencontrent fréquemment, ainsi que je 
l'ai noté 2 , sur les objeis provenant des sépultures burgundes. 

L'intérêt capital du petit monument dont je m'occupe, réside 
dans l'exclamation inscrite sur le chaton, en deux lignes, séparées 
par un bandeau rayé obliquement, sans doute pour figurer une 
torsade : 

VIVAS - DIV M 

La formule Vivas ou Vivat, se rencontre fréquemment a . 

Il y a au Musée provincial de Trêves, une bague, dont le chalon 
porte ces mots : Vivas mi{hi) pia Opptata*. 

Nous avons en outre, sur deux anneaux, dont l'un est reproduit 
plus bas 8 , des exemples de l'acclamation Vivas diu mi(hï) « Vis 
longtemps étant à moi »; et, dans les deux cas, mihi n'est repré- 
senté que par les initiales mi. Il est tout naturel de considérer le 
m final de l'inscription qui nous occupe, comme étant aussi l'ini- 
tiale du même mot 6 . 

Il faut donc lire ainsi cette inscription : 

VIVAS DIV M(tAt). 

qui s'est spécialement occupé d'objets provenant de cités lacustres et dont il 
possède une collection importante. 

1. Lettre précitée. 

2. Voir ci-dessus les n os XX et X.XI1. 

3. Voir ci-dessus n° I, p. 4, note 3. 

4. Voir LXXII ter. 

5. LXXII 1 bis. 

6. On pourrait être tenté de regarder le m final comme l'initiale de mecum dans 
l'acclamation Mecum vivas, qu'on lit sur deux anneaux (voir plus bas le 
n° CCLXVI). Mais cette lettre n'accompagne pas là, comme dans la présente 



40 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



DIOCÈSE DE MARTIGNI, PUIS DE SI ON EN VALAIS 

XXXIX '» 

ANNEAU DE GïïAlFARIUS, AVEC l'aCCLAMATION Utere fellX, TROUVÉ A 
GÉRONDE (SUISSE) ' 




L'anneau d'or qui figure en tête de cette notice et qui appartient 
au Musée de. Zurich, a été publié pour la première fois, en 1893, par 
M. E. Kyli 2 . Mon savant et regretté confrère E. Le Blant 3 en a re- 
produit, depuis, la légende circulaire, dont voici les termes : 

+ GRAIFtftIVS VTERE FELX 

(Graifarius utere felix). 

C'est un bijou du vi c ou du vu 6 siècle, recueilli dans une sépul- 
ture franque *. 

Je n'ai pas rencontré jusqu'ici d'autre exemple de l'acclamation 
Utere felix sur les anneaux de la période envisagée dans le présent 
travail. 

espèce, l'adverbe diu; et par suite le rapprochement serait bien moins jus- 
tifié. 

1. Géronde est un village situé près de Siders, canton du Valais. 

2. Anzeiger fur Schweizcrische Alterthumskun.de, 1893, n° 4. 

3. 750 inscriptions de pierres gravées inédites ou peu connues, n° 336 : dans les 
Mém. de VAcad. des inscript, et belles-lett. , t. XXXI, l' e partie, p. 129. Paris, 
189Ô. 

4. E. Le Blant, ubi supra. 



DEUXIÈME LYONNAISE 



DIOCÈSE DE ROUEN 
XL 

A NP< EAU-CACHET DE DOMMTA, TROUVÉ PRÈS DE ROUEN 




Voici un bel anneau d'or, trouvé dans le lit de la Seine, près de 
Rouen, et que M. Feuardent, qui en avait fait l'acquisition, m'a cédé 
en 1885; il est formé de deux cercles concentriques, dont l'un, 
ce!ui de l'intérieur, est en or fauve; le cercle extérieur, qui est 
soudé sur le premier et le laisse en certains endroits à découvert, 
est d'or jaune et décoré d'un pointillé régulier, habilement fait au 
repoussé. Trois lignes de points sont, à partir du milieu de la bague, 
accostées, à faibles intervalles, de groupes de points, disposés en 
feuilles de trèfle, et plus près du chaton, de deux lignes extérieures, 
s'écartant du centre pour former chacune une volute également en 
pointillé. Du côté opposé au chaton, il y a une rondelle de 6 mil- 
limètres, formant un deuxième petit chaton et sur laquelle est 
gravé un hippocampe. 

Au centre du chaton, se détachent, du milieu du pointillé, deux 
ovales, à surface unie, séparés par deux points, et ayant chacun 
6 millimètres dans leur plus grande hauteur sur une largeur de 
10 millimètres. 

Sur chaque ovale sont gravées, dans le sens rétrograde, trois 
lettres, et les six lettres réunies forment le nom de 

DOMMIA 

Nous n'avons aucun exemple de l'emploi de ce vocable, que nous 

3* 



42 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



puissions produire ici. Mais il y aune sainte, dont le nom Dommn 
est presque identique à celui de la matrone ou jeune fille, qui fut 
la propriétaire primitive de cet original et charmant bijou'. 

DIOCÈSE DE BA YEUX 
XL1 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A ARROMANCHES (CALVADOS)' 




La bague enbronze que nous reproduisons ici, appartient, comme 
plusieurs des objets décrits plus loin, au Musée de la ville de 
Péronne, auquel feu M. Alfred Danicourt en a fait don. Elle a été 
découverte dans le cimetière d'Arromancbes. Ile a 19 à 20 milli- 
mètres d'ouverture, et 2 millimètres d épaisseur au pourtour, dans 
la partie opposée au chaton. 

Le chaton, de forme ronde, ménagé à même le métal, a 12 milli- 
mètres de diamètre; il porte un monogramme, d'un travail grossier, 
où l'on voit d'abord les lettres A, V et R;puis, en revenant au point 
de départ, l'on trouve un E formé par le premier jambage de l'A, 
et deux petits trait horizontaux, dont l'un a déjà servi à barrer cette 
lettre ; enfin le re loublement de l'A, ce qui nous donne, pour l'en- 
semble du monogramme : 

AVREA- 

Ce nom, qui fut d'un usage fréquent au moyen âge et aété traduit 
en français, tantôt par celui d'Aure, tantôt par celui d'Aurée, a élé 
illustré par de saintes femmes; et, pour ne citer que celles qui ap- 
partiennent ànolre pays etvécurent dans la période gallo franque, 

1. Bolland., Acla. SS., mens, oclobr., t. Vr, auctar, S a (2 a , p. 105.) Il y a 
eu aussi deux saintes appelées Donna (Bolland , mens. jun.,l. I, p. ICO; Surins, 
Vit. SS., t. XII, p. 331). L'une était parmi les martyrs lyonnais compagnons de 
saint Pôthin (an 177); l'autre était de NicomeMie (au 303). 

2. Arromanches est une commune dépendante du canton de Ryos, arrondis- 
sement de Bayeux. 



DES PREMIERS SIECLES DU MOYEN AGE 



nous mentionnerons deux saintes ainsi appelées et qui moururent 
abbcsses, l'une, d'un monastère de Paris vers l'an 666 et l autre, 
d'une maison religieuse d'Amiens vers 78D\ 

DIOCÈSE DE L1SIEUX 
XL1I 



BAC(*£ AVEC CROIX AU CHATON, TROUVÉE A LISIEUX (eURe) 




Voici une autre bague, que je reproduis d'après dbà dessins exé- 
cutés par M. Doconard. conservateur du Musée de Lisicux dans les 
vitrines duquel elle se trouve. 

Cet objet, recueilli en 1876, pendant les fouilles opérées au nou- 
veau séminaire de Lisieux, est en bronze. L'état de la tige, cassée 
et déformée en plusieurs endroits, ne permet pas d'en indiquer 
exactement l'ouverture, qui paraît avoir été assez considérable 
pour qu'il convienne de voir là un bijou à l'usage d'un homme. La 
largeur de cette tige est, auprès du chaton, de 8 millimètres, de 
2 seulement du côté opposé. Le chaton, ménagé à même le métal, 
affecte la forme d'un parallélogramme de 10 millimètres de largeur 
sur 8 de hauteur. Dans un double cadre tracé au burin, est gra- 
vée une croix grecque potencée: de chacun des quatre angles du 
cadre, part une pointe dirigée vers le centre de la croix. 

1. Bolland., ActaSS., mens, octobr., t. II, p. 472. 

2. Corblet, Hngiogr., t. I, p. 225. Nous ajouterons aux deux personnages pré- 
cités deux autres saintes nommées Aurea, et mortes, l'une à Ostie vers 269 
l'autre à Gordoue vers 856 (Bolland., Acta SS. mens, august., t. IV, p. 755, et 
mens, jul., t: IV, p. 651). 



TROISIÈME LYONNAISE 



DIOCESE DE TOURS 
XLIII 

ANNEAU CACHET DE LEUBACIUS, TUOliVÉ DANS l'aNCIENNE PROVINCE DE 

TO L'HAINE 




Cet anneau d'argent, recueilli en Touraine, il y a déjà longtemps, 
et acquis alors par M. Cartier, archéologue distingué, est actuelle- 
ment dans le Trésor de la cathédrale de Tours. M. Corroyer, ins- 
pecteur général des édifices diocésains et membre de l'Académie 
des Beaux-Arts, en a fait exécuter et m'a obligeamment remis des 
moulages, à l'aide desquels nous le reproduisons en tète de la pré- 
sente notice'. 

Cette bague, qui est mi-partie curviligne, mi-partie polygonale, 
a 19 millimètres d'ouverture entre les deux chatons ménagés à 
môme le métal, ct2l millimètres dans l'autre sens. Sa hauteur est 
de 10 millimètres à droite et à gauche du chaton principal, de 8 
seulement du côté opposé. La tige est décorée d'ornements gravés 
en creux, qui représentent deux animaux rampants. 

\. Il en existe des dessins défectueux dans un recueil d'épreuves de Çon- 
brouse (pl. XLI, fig. 1 et 2), conservé au Cabinet des médailles de la Biblio- 
thèque nationale : cest d'après ces dessins que E. Le Blant a fait figurer ie 
bijou dont il s'agit dans son recueil des Inscript, chrét , tome II, planche XC, 
fig. 538. Voir aussi le même volume, p. 561, n° 672 A. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



45 



Le plus important des deux chatons, celui qui occupe la partie 
la plus apparente du bijou, est un parallélogramme de 15 milli- 
mètres de long sur 10 de haut, divisé en deux parallélogrammes 
superposés et encadrés par unirait au burin. Il contient, en deux 
lignes, le nom du propriétaire de l'anneau : 

LEVBA-CIVS 

Le deuxième chaton, beaucoup plus petit que le premier, mé- 
nage dans la partie opposée à celui-ci, présente des caractères mo- 
nogrammatiques où on a lu, avec raison, les trois mots suivants : 

IN DE! NOMINE 

formule d'invocation qui se rencontre fréquemment dans les sous- 
criptions d'actes de la période mérovingienne' et sur quelques mo- 
numents de le môme époque 3 . Elle est aussi gravée sur plusieurs 
de nos anneaux. 

Convient-il d'identifier le propriétaire de la bague qui nous 
ocuipe avec un Leobaiius qui, d'après le témoignage de Grégoire 
de Tours, fut le premier abbé d'un monastère, fondé, au vie siècle, 
dans un endroit de la Touraine appelé Senaparial 

En général, nous sommes peu disposé à faire ou à admettre des 
rapprochements de ce genre. Le même vocable ayant été souvent 
porté par plusieurs et même par de nombreux personnages con- 
temporains, il n'est point rationnel, suivant nous, de conclure de 
l'identité des noms à l'identité des personnes : mais, nous ne pou- 
vons méconnaître les motifs particuliers qui l'autorisent dans l'es- 
pèce. 

1. Voir Tardif, Monum. histor., cartons des rois, p. 6, 8, 11, 15,18, 21, 24,2,", 
27, 28 et passim. 

2. Notamment : 1° sur une plaque en or, à Inquelle sont suspendus un cure- 
dents et un cure-oreilles, et qui porte en trois lignes l'inscription suivante : 

IN ÂTn 
<7 E MO 
L A N E 

(In Dei nomine Gemolane). 
Bulletin monum., t. XXI, p. 419; E. Le Uiant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. If, 
p. 73, n° 412 A; 2° sur une croix du Trésor de Guarrazar, du règne du roi 
visigolh Reccesvinihus (649-G72). Voir Ferdin. de Lasteyrie, Descript. du trésor 
de Guarrazar, gr. in-4, Paris, 1860, p. 10. 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Grégoire de Tours, dans son livre des Vies des Pères, rapporte 
que L'abbé Ursus, parti de Caliors, se îvndit de cette ville dans !e 
pays de Berry : qu'après y avoir fondé trois monastères, il passa 
sur le territoire de la Touraine, et s'arrêta dans une localité 
qu'un ancien au!eu *a appelée Senoparia \ qu'il y bâtit un oratoire 
et établit un monastère, dont il confia le gouvernement à Leoba- 
tius 1 . » 

Senaparia est, de nos jours, Scnnevières (Indre-et-Loire) 2 ; la 
maison religieuse fondée, par Ursus a depuis fort longtemps 
disparu 3 , mais son premier chef, Leobatius, est encore honoré 
comme patron du bourg de Scnnevières, sous le nom de saint Leu- 
basse ou Libessc 1 '. 

Si du fait historique attesté par Grégoire de Tours, on rapproche 
cette circonstance que l'anneau de Leubachis a été trouvé en Tou - 
raine; si l'on observe, en outre, que l'invocation religieuse in Dci 
nomme dut naturellement être beaucoup plus usitée chez les gens 
d'église que parmi les laïcs; qu'enfin, la date approximative de la 
fabrication du bijou s'accorde bien avec celle où vécut saint Leu- 
basse, on est conduit à regarder comme acceptable la probabilité d'i- 
dentité entre ce personnage et le Leubacius de notre bague sigillaire. 

1. « Igitur Ursus abba, Cadurcinae urbis incola fuit de quo egressns loco, 
Bituricum terminum est ingressus ; fundatisque monasteriis apud ïausiriacum, 
Oniam alque Ponliniacum,... Turonicum lerritorium est ingressus, et ad locum, 
quem Senapariam vocitari prisons instituit auctor, accessit; aedifîcatoque ora- 
torio, monasterium stabilivit : commissaque Leobalio praeposito summa regu- 
Iae... » Vitae Patrum, cap. xvm, § 1, édit. Guadet et Taranne, t. II, p. 453. 
Tausiriacum est ïoizelay, commune et canton de Châlillon-sur-Indrc (Indre!; 
Onia, Heugnes, canton d'Écueillé (Indre); on ne connaît pas l'emplacement de 
Ponliniacum. 

2. Sennevières, appelé, au siècle dernier, Senevicre, forme correspondant 
mieux au vocable latin, est une commune située dans les canton et arrondisse- 
ment de Loches. 

3. On ne possède, au sujet de ce monastère, aucun autre renseignement que 
celui qui a été fourni par Grégoire de Tours. Voir Gallia chrisliana, t. XIV, 
col. 191. 

4. Hadr.de Valois. N>tit. Galliar., p. 573, col. 1. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGIS 



■'il 



DIOCÈSE DU MANS 
XLIV 

BAGUE DE LAUXOBËRGA, TROUVÉE A ALLONNES (SARTilfi) 



Coite bague en cuivre a été trouvée dans un des sarcophages de 
grès découverts, en 1841 , à Àllonnes, près le Mans '. M. Ch. Drouët, 
qui en fit, à la même époque, l'acquisition, la céda au Musée ar- 
chéologique du Mans, dont il était alors conservateur. Elle a été 
successivement décrite et publiée, en 1842, par M. Drouët 2 ; en 
18;i5, par feu M. Hucher, président de la Société historique du 
Maine 3 ; en 1859, par l'abbé Cochet 1 ; et en 1865', E. Le Blant 5 . 

L'ouverture de l'anneau, mesurée en face du chaton, est de 
47 millimètres, dans l'autre sens, de 19 millimètres. Le chaton, de 
forme ronde, soudé sur les deux branches de la tige, a lo millimètres 
(Je diamètre, y compris la bordure de grènetis; il est accosté, aux 
points de jonction avec la tige, de trois cabochons en cuivre, dis- 
posés en feuilles de trèfle. 

Au centre du chaton est gravée une croix à branches égales, sur- 
montée d'un arc bordé, dans sa convexité, de petits rayons , et 
cantonnée de quatre points, aveedeux traits verticaux surmontant 
l'extrémité de ses branches. Autour de la croix, une inscription que 
tous les éditeurs ont ainsi reproduite : + CA/NOBER^A, avec un 
C carré, ce qui donnerait la leçon Cawwrberga 1 . Les bonnes em- 

1. Allonnes est un chef-lieu de commune dans le canton du Mans. 

1. Notice sur la découverte de tombeaux ou sarcovhages en pierre à Allonnes. 

3. Bulletin monumental, t. XVIII, p. 309; Sigillographie du Maine, p. 8. 

't. Tombeau de Childërie 1", p. 378. 

5. Inscript, chrét. de la Gaule, t. II, p. 557, n° 669 A. 

tt. Les précédents éditeurs ont vu et fait dessiner, autour de la croix, un 
cercle de grènetis qui n'exibte pas : il y a simplement un arc avec rayons, tel 
que nous le reproduisons. 

7. Et non la leçon Launoberga, que ces auteurs ont cependant adoptée. Sur 



48 ÉTUD£ SUR LES ANNEAUX 

prcintos que je dois à l'obligeance de M. Hucher, et d'après lesquelles 
j'ai fait figurer le bijou en tête de la présente notice, m'ont fourni 
la leçon et les caractères suivants : 

+ LAMOBERTA {Launoberga)\ 

nom composé de deux radicaux germaniques fréquemment em- 
ployés dans l'onomastique gallo-franque 5 . 

Quant aux marques gravées au centre du chaton, et dont E. Le 
Blant a déclaré ne pouvoir indiqtier la valeur ni le sens, M. Hucher 
et, après lui, l'abbé Cochet y ont vu, avec raison, une croix égale 
cantonnée de points. Mais ils se sont abstenus de toute explication 
relativement aux deux traits posés aux extrémités des bras de la 
croix. 

Pour nous rendre compte de la signification de ces deux appen- 
dices, nous avons pensé qu'il convenait de rapprocher le chaton de 
notre bague des monnaies contemporaines frappées dans le Maine, 
c'est-à-dire dans le pays môme où ce petit monument a été trouvé. 
Ce rapprochement nous a conduit à des constatations intéressantes. 

On remarque, en eifet, dans la plupart des monnaies mérovin- 
giennes du Maine : 

1° La croix égale ou croix grecque, cantonnée de quatre points 5 , 
comme celle de l'anneau d'Allonncs, ou de quatre étoiles *, ou bien 
de deux points et de deux croix 5 ; 

2° La croix égale, ancrée, avec croiseltcs aux 3 e et 4 e cantons, 
et deux traits verticaux supi'oktés par les branches de la croix*; 

3° La croix égale., avec un clou aux 1 er et 2 e cantons, et deux 
traits verticaux appilndus aux branches de la croix 1 ; 

les planches de l'ouvrage d'E. Le Dlant (XG, 535), l'initiale serait un L, suivi 
d'un I placé horizontalement au sommet de la haste de cette letlre. 

t. La partie supérieure de la barre perpendiculaire du L initial a disparu par 
suite d'un accident ou de la dégradation en cet endroit de la gravure de l'an- 
neau ; mais la présence de cette lettre ne me paraît pas douteuse. 

2. Laun (d'où Launus, Launo), et Birg, Berg (d'où Berga). Voir Forsiemann, 
Personennamen, p. 262-263 et 840-841. 

3. Voir d'Amécourt, Rechercha des monnaies mérovingiennes du Cenomannicum, 
pages 58, 59, 112, 113, 142, 166, 169, 180, 184, 187, 188, 195, 223 et 254. 

4. Ibid., p. 154 et 316. 

5. Ibid., p. 37, 55, 55, 90, 99, 101, 126, 159, 160, 165, 171 et 247. 

6. Ibid., p. 99, n° 3 47 et 48. 

7. Ibid., p. 128 : n° 69. 



DES PREMIERS SIÈCLKS DU MOYEN AGE 



40 



4° La croix égale, cantonnée de quatre points comme sur le chaton 
de notre bague, et avec les deux traits verticaux appendus aux bras 
de la croix l , pareils à ceux du même chaton. 

Cette exacte ressemblance, même dans une particularité telle 
que les traits verticaux appendus aux bras de la croix, permet de 
dire que notre bijou a dû être fabriqué, à l'époque mérovingienne, 
dans le pays du Maine et très probablement dans la ville du Mans, 
près de laquelle il a été trouvé. 

Quelle est la signification des deux traits verticaux appendus 
aux bras de la croix? 

M. d'Amécourt, dans son livre sur les monnaies du Maine, y a 
vu « des réminiscences des lettres symboliques alplia et oméga » 3 . 
Mais nous regardons cette conjecture comme très contestable ; 
nous serions plutôt disposé à reconnaître là des signes représen- 
tatifs d'instruments de la Passion (la lance, les verges ou le mar- 
teau, etc.), ainsi qu'on les trouve sur un si grand nombre de croix, 
dans le centre et l'ouest de la France : la présence des deux clous 
ligurés dans les coins de la croix sur une des monnaies précitées 3 , 
viendrait à l'appui de cette hypothèse, que je livre à l'appréciation 
de mes confrères en archéologie. 

XLV 

BAGUE AVEC LES NOMS DE DR0MAC1US ET DE Bl.TTA, PROVENANT DE 
MULSANNE (sARTHE) 4 

Ce bel anneau, recueilli, vers l'année 1832, aux environs de 
Mulsanne, a d'abord appartenu à feu Eug. Hucher, savant archéo- 
logue du Mans, et est entré plus tard dans la collection de feu le 
baron Pichon, où j'ai fait exécuter le dessin à l'aide duquel il est 
ici représenté pour la première fois d'une manière absolument 
exacte et complète. 

Il est en or fin et pèse 2is r ,20. Il se compose d'une tige massive, 

1. D'Amécourt, ouv. cilé, p. 129, n° 70. 

2. Ibid. 

3. M. d'Amécourt y a vu, à tort suivant nou?, « ries rayons triangulaires. » 
Ubi supra. 

A. Mulsanne est un chef-lieu de commune du canton d'Écommoy, arrondisse- 
ment du Mans. 



50 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



sur les branches de laquelle a été soudé un chaton : cette tige, dont 
l'ouverture est de 20 millimètres, est ornée, à droite et à gauche 
du chaton, d'un fleuron, d'une torsade et d'un demi-cercle, décorés 
d'un pointillé. 

Le chaton, qui a une hauteur de 4 millimétrés en saillie sur la 
tige, est formé d'une plaque quadrangujâire de 14 millimètres sur 
16 à 17. Sur la tranche ont été niellés ces deux noms 

DROMACIVS BETTA 

Sur la surface de la plaque sont gravés en creux deux person- 
nages debout : l'un est un guerrier, dont la visière du casque est 
rabattue sur le visage tourné vers le deuxième personnage; sa 
main droite tient une lance; le bras gauche est pendant et la main 
est ouverte comme en signe d'acceptation ou d'acquiescement. 




i^ S B ET T Al 



Le deuxième personnage est une femme, dont la tète nue est tour- 
née vers le premier; sa longue chevelure, rejetée en arrière, re- 
tombe à la hauteur du genou; une tunique sans ceinture la couvre 
du cou jusqu'aux pieds. Sa main droite, ouverte et levée à la hau- 
teur du visage de son interlocuteur, fait un geste qui paraît être 
celu d'uné devineresse énonçant avec emphase sa prédiction. 

M. Hucher, qui le premier a décrit ce curieux monument, y a 
vu « une scène d'invocation empruntée aux mythes druido -égyp- 
tiens. Il n'y a, ajoutc-t-il, rien de romain dans cette scène ; le 
guerrier porte le vêtement court et serré à la taille, à la manière 
des Gaulois ; la femme offre incontestablement le type d'uue Vel- 
léda nationale » 

i. Bulletin monumental, t. XVIII, année 1852, p. 308 ; Sigillographie du Maine, 
in-8, 18Ô5, p. 7-8; Catalogue de la collection de sceaux matrices de M. Eu#. 
Huclier, in-8, 1863, p. 1-2. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



51 



Je n'écarterai pas absolument l'hypothèse d'une invocation; 
mais celle d'une prédiction me semble préférable, d'autant plus 
qu'elle explique d'une manière satisfaisante les gestes des deux 
personnages. On peut, il me semble, reconstituer ainsi la scène 
représentée : le guerrier, ayant rencontré une de ces nombreuses 
femmes gauloises qui faisaient profession de prophétiser, celle-ci 
lui aurait offert de tirer son horoscope ; le guerrier, de sa main 
gauche ouverte, aurait accepté cette proposition, et la devineresse 
lui aurait prédit l'avenir. 

Il nous reste à dire, en terminant, quelques mots de la date à 
laquelle doit être rapportée la fabrication de notre anneau. Les 
archéologues qui l'ont étudiée sont d'avis de la placer « à une 
basse époque 1 » ou, en termes moins vagues, au v c siècle*. L'abbé 
Cochet 3 la regarde comme contemporaine de Childéric I er , qui a 
régné de 457 à 481. 

Cette date approximative me semble pouvoir être acceptée. Il y 
a lieu de reconnaitre, en effet, dans notre bijou, une œuvre de 
transition entre les anneaux gallo-romains où se produisaient assez 
fréquemment des scènes symboliques ou allégoriques, et les an- 
neaux gallo-francs sur lesquels domine ou même figure exclusive- 
ment le nom du possesseur, en toutes lettres ou sous forme de 
monogramme. De simples objets do luxe et d'ornement qu'ils 
étaient autrefois, ces bijoux sont devenus alors des instrument 
de souscription des épîtres ou des actes dans lesquels les signa- 
taires étaient parties ou témoins, 

DIOCÈSE D'ANGERS. 
XLVI 

ANNEAU DE MABCONIVIA, TROUVÉ A ANGERS 

Nous reproduisons ici une belle bague en or, qui appartient au 

1. Le Hlant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. II, p. 557. 

2. « On s'accorde, dit M. Hucher, à l'attribuer au v° siècle. » Sigillogr. du 
Maine, p. 7. 

3. Le tombeau de Childéric I er , p. 380. 



52 



ÉTUDE SUR LES AWFAUX 



Musée archéologique Saint-Jean et Toussaint de la ville d'Angers », 
et dont M. A. Michel, le savant conservateur-adjoint du dit Musée, 
m'a très obligeamment adressé des dessins \ 

Elle a été trouvée, en 1869, au cours de fouilles opérées à An- 
gers, place du Ralliement, sur l'emplacement de l'ancienne église 
collégiale de Saint-Mainbœuf. 

Ce très intéressant bijou, qui pèse 2s r ,90, a 18 millimètres d'ou- 
verture, 2 millim. d'épaisseur à la tige, et 20 millim. dans sa plus 
grande hauteur. 11 est orné d'un chaton, ménagé à même le métal 
et, divisé en deux compartiments de forme losangée, superposés et 
se touchant par leurs angles obtus. Ces deux losanges ont chacun 
6 millimètres de bauteur sur une largeur de 13 millimètres. Aux 
deux points de réunion de la tige et de chaque losange, il y a trois 




globules ou cabochons en or, disposés en feuilles de trèfle. Des 
deux côtés de l'anneau, à mi-hauteur, entre les deux groupes de 
cabochons, on a pratiqué une profonde intaille, destinée à faire 
ressortir, par ses ombres, le relief des deux losanges. 

Dans la partie opposée au chaton ci-dessus décrit, l'anneau a un 
renfort, formant un petit chaton carré long, qui a 4 millimètres de 
hauteur sur une largeur de 7 millimètres 1/2, et où l'on a gravé le 
chrisme. 

Les deux losanges du chaton principal portent, l'un (le supé- 
rieur) : 

MARCO (les lettres MA liées), 

et l'aulre : 

NMA 

c'est-à-dire, en deux lignes, le nom de 

MARCONIVIA 

1. Elle est inscrite au catalogue de ce Musée sous le n° 121 R. 

2. Je suis redevable au même archéologue des dessins d'anneaux sigillaires 
décrits dans les quatre notices qui suivent la présente, comme aussi des rensei- 
gnements qui s'y rapportent. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



53 



Le célèbre testament d'Erminétrude, de Tan 700, contient la 
mention de deux femmes appelées, Tune Theodonivia, et l'autre 
Baudonivia*. 

M. Parrot, qui avait dirigé les fouilles, annonçait, dans une 
note qu'il adressa en 1870 au Comité des travaux historiques, 
qu'elle avait été recueillie, ainsi que deux autres bijoux en or, 
« avec un squelette de femme, d'une parfaite conservation, dans un 
sarcophage en calcaire coquillier, enfoui sous l'emplacement du 
chœur de l'ancienne collégiale de Saint-Mainbœuf 2 ». 

Tout récemment, interrogé, à ma prière, par M. A. Michel, 
M. Parrot a été moins affirmatif. lia déclaré n'avoir pas vu lui-même 
le tombeau; mais il a dit tenir de la bouche des terrassiers qui 
avaient exécuté les fouilles, « qu'il y avait deux sépultures côte à 
côte » ; il persistait d'ailleurs à croire que, « malgré ses dimensions 
un peu fortes », l'anneau était celui d'une femme 3 . 

Le Musée Saint-Jean a reçu de M. Parrot, outre la bague qui 
nous occupe, une fibule et une épingle ayant la même provenance; 
on avait aussi découvert, d'après le récit des ouvriers, un collier 
en or avec croix, un bracelet formé d'un fil d'or enroulé en spirale 
et une fibule, qui avaient été déjà vendus quand l'éveil fut donné, 
et qui n'ont pu être retrouvés*. 

La nature de ces objets de toilette dénote bien une sépulture fémi- 
nine : mais si deux tombes juxtaposées (peut-être celles des deux 
époux) ont été fouillées au même endroit, il est difficile de savoir 
aujourd'hui quelle est celle d'où provient notre anneau. 

Il reste à examiner une dernière question sur laquelle des dis- 
sentiments se sont produits : à quelle époque faut-il rapporter la 
fabrication de notre anneau? 

A la suite de la communication que M. Parrot avait adressée en 
1870 au Comité des travaux historiques, J. Quicherat, chargé d'en 
rendre compte, fit observer que ces objets « s'éloignaient, parleurs 

1. Pardessus, Dipl. et ch., t. II, p. 257. Quand j'ai publié, pour la première fois, 
cet anneau, j'ai pensé que les deux groupes de lettres désignaient deux per- 
sonnes distinctes (Rev. archéolog., année 1889, t. II, p. 1, et que c'était là un 
anneau de fiançailles. Mais, j'ai reconnu depuis, d'après les exemples précités, 
que c'était un seul nom (Rev. archéolog., année 1892, t. I, p. 172). 

2. Rev. des Soc. sav., 5 e série, t. II, année 1870, p. 417-419. 

3. Lettre de M. Michel, du 31 mars 1889. 

4. Ibid. 

4* 



54 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



formes, des produits connus et classés de L'art mérovingien ». 

« Ils sont, ajoutait le savant archéologue, plus lourds et dépour- 
vus d'incrustations cloisonnées, et d'une ormentation tout à fait 
confuse. S'ils sont mérovingiens, c'est à la limite extrême de cette 
époque qu'il faut en placer l'exécution, et je crois qu'on aurait 
autant de raison de les attribuer au règne de Pépin ou au commen- 
cement de celui de Charlemagne. » M. Quicherat concluait qu'on 
devait se borner à les rapporter « au viu e siècle, sans préciser s'ils 
étaient du commencement ou de la fin 1 ». 

Nous ne croyons pas pouvoir nous ranger à cette opinion. 

En effet, loin de s'écarter des produits de l'art mérovingien, 
notre bague en présente les caractères distinctifs : 

1° Les cabochons disposés en feuilles de trèfle, qui se rencontrent 
fréquemment dans les anneaux de cette période, et qui suffiraient, 
à nos yeux, pour en déterminer le classement. 

2° La division du chaton en deux compartiments, ou en deux 
ovales superposés, comme on les voit sur plusieurs de nos bagues, 
qui sont incontestablement de fabrique mérovingienne. 

3° L'objection tirée de l'absence d'incrustations cloisonnées est 
d'autant moins fondée, que, non seulement il existe beaucoup d'an- 
neaux de la même époque, dépourvus de ce genre d'ornements, 
mais qu'il en est toujours ou presque toujours ainsi pour ceux de 
ces bijoux qui portent des inscriptions 2 . 

C'est au vn e siècle et au milieu plutôt qu'à la fin, qu'il convient, 
suivant nous, de placer la date de la confection de l'anneau de 
Marconivia. 

XL VII 

ANNEAU AVfcC MONOGRAMME, TROUVÉ A ANGERS 

Cet anneau a été trouvé dans les fouilles opérées de 1867 à 1870, 
dans la place du Ralliement à Angers, et déposé au Musée de Saint- 
Jean et Toussaint par M. Parrot, qui avait dirigé ces fouilles 3. 11 est 

1. hev. des Soc. sav., 5 e série, t. II, année 1870, p. 417-419 

2. Il est en effet très difficile de concilier la présence d'une inscription sur le 
chaton avec une ou plusieurs incrustations. 

3. Lettre de M. A. Michel, du 15 décembre 1887. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



55 



en bronze et pèse 5& r ,50 ; il a 20 millimètres d'ouverture ; la baguette 
a une épaisseur de 2 à 3 millimètres. Le chaton, de forme ronde, 
est pris dans la masse; aux points de jonction avec la tige, il y a 
deux cabochons également ménagés dans le métal, qui rappellent 
les trois cabochons ou globules que nous avons si fréquemment 
renconlrés dans les bagues de cette époque. 




Le chaton est décoré d'un monogramme composé ainsi qu'il suit : 
au centre, M et A; au-dessous, RI ; au-dessus, un O; à droite (côté 
gauche du lecteur), un S rélrograde, et au sommet du monogramme, 
un E; à gauche (côté droit du lecteur), une croix. 

JNous avons pour l'ensemble : 

+ MARIOSE 

Le nom de Mariosa se trouve dans le testament de Saint- Yrieix, 
de 373'. La déclinaison au génitif implique la^présence du terme 
Signum ou Sigillum, dont le S du monogramme est ici l'initiale, 
en même temps qu'il entre dans la composition du vocable. 

XLVIII 

ANNEAU DE PAUL1NA, TROUVÉ A ANGERS 




Le bijou en or que nous faisons figurer ici a été trouvé vers Fan- 

1. « Partenio cum uxore sua Mariosa. » Pardessus, Dipl. et ch., t. I er , p. 139. 
11 esta remarquer que le nom de l'époux de Mariosa est le même que celui 
d'un évêque de Javouls au vie siècle (Greg\ Tur., Hist. Franc., IV, 40), et d'un 
ministre du roi d'Austrasie Théodebert 1 er (Ici,, ibid., III, 36). 



56 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



née 1840, et appartient actuellement à M. Mordret à Angers. Il 
provient d'une sépulture et paraît très déformé. Il pèse 3s r ,60; il se 
compose : 1° d'une tige martelée, de 2 millimèt res de large, et for- 
mant un anneau de 15 millimètres d'ouverture; 2° d'un chaton, 
soudé sur cette tige et représentant un carré long de 17 millimètres 
avec une hauteur de 4. On y lit, accosté à droite et à gauche d'un 
petit trait vertical, le nom de 

PAVLINA 

avec deux A non barrés. 

A l'une des extrémités du chaton, qui débordent l'anneau avec 
un renfort de métal, on remarque un trou carré de 2 centimètres 
en tout sens. 

Quelles étaient la nature et la destination de notre bijou? 

M. A. Michel est disposé à y voir une fibule; le trou carré devait, 
d'après sa conjecture, recevoir une épingle ou un ardillon mobile 1 . 

Mais il est, à mes yeux, beaucoup plus vraisemblable que nous 
avons là une bague sigillaire. La tige, quoique déformée, donne 
bien l'idée d'un anneau pourvu d'un chaton. Quant au trou percé à 
l'une des extrémités de ce chaton, trou dont la forme carrée a sur- 
tout frappé M. Michel, il ne faut pas en exagérer l'importance. Il 
était probablement destiné à donner passage à une chaîne de sû- 
reté, ou bien encore à une chaînette, pareille à celle que nous 
décrirons plus loin et à laquelle était suspendu un anneau de 
femme 8 . 

XLIX 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE A MARTIGNÉ-BR1ANT (m AINE-ET-LOIRE)' 

Cette bague, qui est en argeat, a été trouvée vers 1870, avec une 
fort belle plaque de ceinturon, dans un tombeau mis à découvert 
pour creuser ies fondations d'un mur. Elle fait partie de la collec- 
tion particulière de M. A. Michel, conservateur-adjoint du Musée 
Saint-Jean et Toussaint d'Angers. 

Cet anneau pèse 8s r ,25; il a 23 millimètres d'ouverture; le cha- 

1. Lettre du 1" juillet 1889. 

2. Voir ci-dessous le n°CXXIII. 

3. Martigné-Briant est une commune dépendante du canton de Doué, arron- 
dissement de Saumur. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



57 



ton, de forme ronde et de 19 millimètres de diamètre, est soudé 
sur une mince tige qui se prolonge sous le chaton en une double 
patte. Il était primitivement accosté, aux deux points de soudure, 
de trois globules ou cabochons en argent, qui y étaient également 
soudés et disposés en feuille de trèfle. Cet ornement a disparu du 
côté gauche (à droite du lecteur). 

Sur le chaton, on voit un monogramme, dans lequel, en par- 
tant de la lettre A qui est à sa base droite (à gauche du lecteur), 
on reconnaît les caractères suivants : le M cursif (00) gravé au 
sommet; au bas de la deuxième perpendiculaire, une petite barre 




horizonlale dirigée vers l'intérieur du monogramme et qui en fait 
un L; au sommet de la même perpendiculaire, un R appendu, et 
au-dessous un E; le T gravé à la partie inférieure et centrale; le 
V attaché à la base de la première perpendiculaire, et enfin le S 
placé en travers de la barre intérieure oblique ; ce qui donne, pour 
l'ensemble, en redoublant l'emploi du A : 

ALMARETVS 

ou bien : 

AMALRETVS- 

On trouve, en l'an 680, la mention d'un personnage appelé Al- 
mare, qui a souscrit la charte de donation de Nizezius et d'Ermin- 
trude en faveur de l'abbaye de Moissac 1 ; il ne manque à son nom 
que le groupe terminal -tus, pour être semblable à celui à'Alma- 
relus*. 

D'un autre côté, le vocable Amalradus, que nous fournit le Po- 
lyptyque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés\ et celui d'Amal- 

1. Pardessus, Dipl. et ch., t. II, p. 185. 

2. Il y a dans Je testament de Saint-Yrieix (Ibid., t I, p. 139) la mention 
d'un Amaretus, dans le nom duquel il suffirait d'introduire un / pour avoir la 
forme Almaretus ou Amalretus. 

3. Nouvelle édition par A. Longnon, in-8°, 1886, p. 243. On sait que ce docu- 



58 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



rat, qui est dans Goklast 1 , sont bien approchants de la forme 
Amalretus. En outre, le thème Amal est entré dans La composition 
d'un grand nombre devocables mérovingiens 9 . C'est pourquoi, sans 
faire un choixdétinitif entre les deux leçons indiquées, nous croyons 
devoir exprimer notre préférence en faveur de la seconde. 



XLIX bh 

BAGUE TROUVÉE A MÉRON (MAINE-ET-LOIRE 5 ) 




Au cours de fouilles pratiquées, en 1897, sur le territoire de la 
commune de Méron, on a découvert, dans un champ appelé le champ 
des Fourneaux, l'anneau en bronze que nous reproduisons ici. Il a 
été recueilli dans les substructions d'un monument de forme 
étrange, qui paraît être d'origine gallo-franque el remonter au 
vu ou au viu e siècle 1 . 

M. l'abbé Urseau, secrétaire de l'évêrhé d'Angers, a publié dans 
la Revue de l'Anjou, une notice où il a fait l'historique des dites 
fouilles et décrit les objets en provenant; mais il n'a consacré à 
noire anneau que quelques lignes, où je relève cetto particularité 
qu'il présente des traces de dorure 5 . 

Ce bijou ail millimètres d'ouverture entre le chaton et la partie 

ment a été rédigé à la fin du règne de Charlemagne ou au commencement du 
règne de Louis le Pieux. 

1. Rer, Alamannicar. scriptores, in-fol., 1739, t. II, p. 120. 

2. Tels que Amal-garius, Amal-gis, Amal-ricus, Amal-trudis, etc., etc. 

3. Méron esi une commune du canton de Monlreuil-Bellay, arrondissement de 
Saumur. 

4. « C'est un travail gallo-franc : œuvre d'art inférieur, élevée, au vu ou 
vin' siècle, par des ouvriers malhabiles, qui semblent avoir perdu jusqu'au sou- 
venir dos anciens procédés. » L'abbé Ch. Urseau, Les fouilles archéologiques de 
Méron (extrait de la Rev. de l'Anjou), Angers, 1897 ; p. 10. — Rapport au préfet 
de Maine-et-Loire par la Commission chargée de continuer les fouilles de Meron 
et composée de MM. Cél. Port, A. Michel et Ch. Urseau. Angers, 1897, p. 7. 

5. L'abbé Urseau, Les fouilles archéol. de Méron, p. 8. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



59 



opposée, et 15 enlre les autres cotés, ce qui indique bien qu'il était 
à l'usage d'une femme. 

Le chaton, pris dans la masse, a la forme d'un carré de 12 milli- 
mètres de large sur 10 de haut. La tige, large de 10 millimètres 
près du chaton, va se rétrécissant jusqu'à 4 millimètres seulement 
du côté opposé. 

Sur le plat du chaton sont gravés, entre deux rangées de points, 
des caractères où M. Michel conservateur du Musée Saint- Jean et 
Toussaint d'Angers 1 , et M. l'abbé Urseau* ont lu PIA, sans tenir 
compte d'une entaille qui, partant de la base de 1*1, a été considérée 
par un des archéologues qui ont suivi les fouilles de Méron, comme 
formant un L 3 . 

On ne voit pas, dans l'hypothèse conçue par ce dernier, quel 
vocable de formation acceptable on pourrait obtenir même en re- 
gardant le dernier caractère comme étant, à raison de la barre ho- 
rizontale du sommet de l'A, un A et un T liés. Cette forme de la lettre 
A se rencontre dans les inscriptions lapidaires* et dans les légendes 
de monnaies mérovingiennes. 

J'adopte donc sans hésiter la lecture 

PIA 

Ce nom, qui est celui d'une sainte martyre 5 , fut d'un usage assez 
commun dans le haut moyen âge. 

L 

anneau avec monogramme, trouvé a saint-pierre-du-lac 
(maine-et-loire) 8 

Cette bague, qui est en bronze, appartient à la collection de 
M. Bonvous, à Angers 1 . 

1. Lettre du l«r novembre 1897. 

2. Ubi supra. 

3. Lettre précitée de M. A. Michel. 

4. E. Le Blant, Paléographie des inscript, latines, dans Rev. archéol., année 
1896, t. II, p. 187, lignes 11 et 15. — A. Engel et Serrure, Traité de numismat. du 
moyen" âge, t. I, p. 99. 

5. t'olland. Acta SS., mens, jan, t. II, p. 220. 

6. Le village de Saint-Pierre-du-Lac est situé dans les commune et canlonde 
Beauf'ort-en-Vallée, arrondissement de Beaugé. 

7. Lettre de M. A. Michel, du 15 décembre 1887. Les dessins, qui ont servi h 
la reproduction de cette bague, sont de M. Michel. 



GO 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Elle a 20 millimètres d'ouverture; la lige a, du côté du chaton, 
4 millimètres d'épaisseur, et du côté opposé, 2 millimètres seule- 
ment. Le chaton, pris dans la masse, a la forme d'un carré long de 
10 millimèlres sur 8 de hauteur; il est décoré d'un monogramme 
comprenant, en partant de la gauche du lecteur, un I isolé, puis 
un V formé par l'angle inférieur du N : le N ; un A non barré formé 




par l'angle supérieur de la même lettre, et le S final, ce qui donne, 
pour l'ensemble, IVNANVS et avec le I redoublé IVNIANVS, c'est-à- 
dire un nom assez usité dans la période gallo-franque, et qui est 
celui de deux saints dont l'un, solitaire en Limousin, mourut vers 
500 et l'autre, abbé de Mairé (Deux-Sèvres), mourut en 587 2 . 

Le S posé en travers de la harre centrale a, en outre, la valeur des 
initiales de Signavi et il faut lire conséquemment : 

IVNIANVS S\{gnavi) 



LI 

ANNEAU d'aNTONINUS, TROUVÉ PRÈS DE CKàON (MAYENNE) ' 




Voici un bijou en or, qui, après avoir fait longtemps partie de la 

1. Rolland., Acta SS., mens, octobr., t. VII, p. 835. 

2. Jbid., mens. aug.,t. III, p. 32. 

3. Craon est un chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Châleau-Gon- 
tier. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE t>l 

collection de M. Mordret, à Angers, est aujourd'hui en la posses- 
sion de \J. Toutain, qui réside dans la même ville 1 . 

Il pèse 12^,50 et a 20 millimètres d'ouverlure; 1 épaisseur de la 
baguette est de 2 à 3 millimètres; le chaton, soudé sur la tige, est 
de forme ronde, a 18 millimètres de diamètre, et est accosté, aux 
deux points de soudure, de trois globules ou cabochons en or, dis- 
posés en feuilles de trèfle, qui sont, suivant une observation fré- 
quemment répétée, un des signes caractéristiques de l'orfèvrerie 
mérovingienne. 

Au cenlre du chaton est gravé un buste habillé, semblable à celui 
que l'on voit sur la plupart des tiers de sou d'or de la première 
race. La tète, de profil, porte, relevé sur la nuque, un appendice 
pareil à celui qui, à la même place sur ers monnaies, représente 
l'extrémité du bandeau royal. 

x\ulour du buste est inscrit un nom, probablement celui du 
propriétaire de la bague sigillaire : 

ANTONIN03 

Le tout est dans un cercle perlé, qui sert de bordure au chaton. 

M. Godard-Faultrier adressa, en 1865, au Comité des travaux 
historiques, une empreinte du chaton, et, dans la note qu'il y joi- 
gnit, il exprima l'opinion que le bijou appartenait à l'époque mé- 
rovingienne; le procès-verbal de la délibération du Comité sur ce 
sujet se termine ainsi : « Examen fait de cette empreinte, on s'ac- 
corde à reconnaîlre que M. Godard-Faultrier ne s'est pas trompé. 
La gravure de cet anneau semble être une copie de quelque camée 
antique, exécutée vers le vn e siècle de notre ère 2 . » 

Cette dernière appréciation est d'autant plus étrange, que, d'une 
part, l'effigie, d'un dessin grossier et d'un travail barbare, n'offre 
rien qui permette un rapprochement avec les produits de l'art an- 
tique, et qu'elle est, au contraire, un type assez usité dans le mon- 
nayage du milieu du vu e siècle 3 . 

La terminaison -os, du nom A'Antoninos est là pour us. A cette 

1. Loltre de M. A. Michel, du 15 décembre 1887. Les dessins reproduits en 
tête de cette notice sont l'œuvre du savant antiquaire. 

2. Rev des Soc. sav., 1865, t. 1 er , p. 145. 

3. On peut notamment la comparer aux n 03 73 et 74 des monnaies mérovin- 
giennes du Limousin. Voir notre Description de ces monnaies, in-8°, 1853, 
p. 173 et les planches. 



62 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

époque « la prononciation vacille à ce poinl entre les lettres o et //, 
que l'on écrit omnevos pour omnibus ai vocabetor pour vocabilur 1 . » 
Cette terminaison se rencontre fréquemment dans les vocables de 
monnayeuis de l'époque mérovingienne*. 

DIOCÈSE DE NANTES 



LU 

ANNEAU d'oEXEOS PROVENANT DE SAINT-JEAN-DE-CORCOUÉ (LOIRE- 

inférieure) 3 




Cet anneau a été trouvé, en 1888, près du cimetière actuel de 
Saint-.lean-de-Corcoué ; il y a, en cet endroit, qui porte le nom de 
cimetière ou champ de Sainle-Rartegonde, de nombreuses tombes en 
calcaire coquillier, que le temps a désagrégées et que le soc de la 
ebarrue a brisées. C'était un lieu très vénéré, où les hauts person- 
nages de la contrée tenaient à avoir leur sépulture. 

Lors de la découverte de la bague dont il s'agit ici, il y avait 
deux tombeaux juxtaposés, distants de ra ,20; ils étaient intacts; 
les ossements qu'ils renfermaient paraissaient être ceux d'hommes 
dans la force de l'âge. Mais nul autre objet que notre anneau n'y a 
été recueilli. 

Tels sont les renseignements que nous trouvons dans une note 

1. Le Riant, Nouv. rec. des inscript, chrét. de la Gaule, préface, p. xvin. Voir 
un exemple semblable, n° CXXVIII, ci-dessous. 

2. Ainsi Aegulfos, Alafredos, Beroaldos, Esperios, Gemellos, Launoveos, Leo- 
nardos, Maretomos, Niviardos, Ricomevios, Teodufos et Tottos (Bibliotk. de l'École 
des Chartes, 6 e série, t. I er . Liste des noms d'hommes sur les monn. mérov., par 
Anal, de Barthélémy). 

3. Saint-Jean-de-Corcoué est une commune dépendante du canton de Légé, 
arrondissement de Nantes. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



63 



de M. le docteur Guiborteau, maire de Saint-Jean-de-Corcotié, 
possesseur actuel du bijou qui nous occupe, et principalement 
dans plusieurs lettres de M. le docteur Mignen, médecin à Mon- 
taigu (Vendée) 1 , qui nous en a procuré des dessins. 

C'est une bague en bronze, dont l'ouverture est de 18 milli- 
mètres de diamètre. La tige a 3 millimètres do largeur, et présente, 
aux deux points de réunion avec le chaton, deux renforts rappe- 
lant les deux et plus souvent trois cabochons que l'on rencontre 
fréquemment, à cette place, sur les anneaux de l'époque mérovin- 
gienne. 

Le chaton, ménagé à même le métal, est de forme octogone, et 
mesure 14 millimèlres d'un de ses angles à l'angle opposé. Dans 
un encadrement également octogonal, il y a une inscription cir- 
culaire, et, au centre, un objet dans lequel le graveur paraît avoir 
voulu représenter un marteau. 

Cette inscription se compose de six lettres, que nous lisons ainsi, 
en commençant par la gauche (pour le lecleur) du manche du mar- 
teau : un O quadrangulaire (0); puis un E couché, suivi d'un N, 
d'un second E, d'un second O quadrangulaire; et enfin un S rétro- 
grade couché ; soit pour l'ensemble 

OENEOS 

Une circonstance à noter et qui est de nature à confirmer cette 
leçon, c'est qu'on l'obtient en commençant indifféremment par 
l'un ou l'autre des deux O de l'inscription. 

Nous n'avons pas encore rencontré, dans les listes du moyen âge, 
le nom d'Oeneos; mais, comme il fut porté par un personnage cé- 
lèbre de l'antiquité 1 , il a bien pu être porté, à l'époque gallo-tïanqiie, 
par le propriétaire d : noire anneau. 

Remarquons, pour terminer, que nous avons ici un second 
exemple de la terminaison en OS du nominatif de la deuxième 
déclinaison, qui devint assez fréquente, aux temps mérovingiens, 
dans les inscriptions et les monnaies 3 . 

t. Lettres de M. Mignon, des 29 mai, 17 juillet, 20 septembre et 6 octobre 1889. 

2. Oineos, roi de Calydon, fut le père de Tydée et l'aïeul de Uiomède, roi 
d'Élolie, un des héros grecs au siège de Troie. 

3. Voir ci-dessus le n° LI et la note 2 de la page 62. 



64 ÉTUDE SUR J,ES ANNEAUX 

DIOCÈSE DE COIïSEUL 
LUI 

DAGUE TROUVÉE A BRÉHAN (cÔTES-DU-NORd) 4 




Cette bague, qui esl en argent, appartient à M. du Châtelier, sa- 
vant archéologue résidant au château de Kernuz, près Pont-FAbbé, 
qui l'a achetée à un horloger de Moncontour, lequel ne savait rien 
des circonstances de la trouvaille. La pierre qui était probable- 
ment enchâssée dans le chaton n'a pas été retrouvée 5 . 

L'anneau a une ouverture de 20 millimètres. 

Le chaton, de forme circulaire et denteié, a 5 millimètres de 
relief au-dessus de la tige. Celle-ci est ornée, des deux côtés, de 
figurines grossièrement gravées, dont la tète se détache sur le profil 
de la bague. 

Elle a 20 millimètres d'ouverture; la baguette a 3 millimètres 
d'épaisseur, et est ornée de fleurons au point de réunion avec le 
chaton. 

Le chaton, pris dans la masse, a i millimètres de hauteur. 11 est 
de forme ovale, avec 24 millimètres dans le sens longitudinal, et 
15 dans la hauteur. 

Sur le plat du chaton, l'on voit gravé un cartouche, au-dessus et 
au dessous duquel des traits insignifiants sont tracés. Dans le car- 
touche, deux lettres I et S, qu'il faut lire SI, et qui sont les deux 
initiales de Signum. 

1. Canton de Moncontour, arrondissement de Sainl-Brieuc. 

2. Letlre de M. du Châtelier, du 5 juin 1890. C'est à cetértidit que je suis re- 
devable des dessins de noire bague et des trois numéros suivants. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



65 



LIV 



ANNEAU TROUVÉ A M A ROUÉ (cÔTES-DU-NORd) 1 





Cet anneau d'or a 20 millimètres d'ouverture. Le chaton, de 
forme ronde, a un- relief de 3 millimètres 1/2 au-dessus de la 
tige, sur laquelle on remarque des ornements. Dans chacune 
des petites perles qui l'entourent, est enchâssée une petite pierre 
rouge. 

Sur le plat du chaton, on voit une profonde excavation circu- 
laire, au centre de laquelle il y a un vide, qui devait être garni 
d'une pierre ou, plus vraisemblablement, d'un émail, car il n'y a 
pas de dentelure qu'on pût rabattre sur la pierre qui y aurait été 
enchâssée. 

M. du Châtelier l'a acheté à un bijoutier de Lamballe, qui lui- 
même le tenait d'un cultivateur de Maroué. 



BAGUE AVEC LES LETTRES SI, TROUVÉE A KERITV (FINISTÈRE) 5 

L'inventeur de cette bague, en la portant à son possesseur actuel, 
M. du Châtelier, lui a dit l'avoir recueillie parmi des cendres et des 
pierres, en faisant un défrichement. M. du Châtelier ajoute qu'elle 

1. Canton de Lamballe, arrondissement de Saint-Hrieuc. 

2. Commune de Penmarcb, canton de Pont-l'Abbé, arrondissement de Quim- 



DIOCÈSE DE CORNOUAILLES 



LV 



per. 



5 



66 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

était toute noire quand elle lui a été remise, et qu'elle avait cer- 
tainement passé au feu 1 . 

Elle est en argent; elle a 20 millimètres d'ouverture; la baguette 
a 3 millimètres d'épaisseur, et est ornée de fleurons au point de 
réunion avec le chaton. 

Le chaton, pris dans la masse, a 4 millimètres de hauteur. 11 est 




de forme ovale, avec 24 millimètres dans le sens longitudinal, et 
15 dans la hauteur. 

Sur le plat du chaton, l'on voit gravé un cartouche, au-dessus 
et au-dessous duquel des traits insignifiants sont tracés. Dans le 
cartouche, deux lettres i et S, qu'il faut lire SI, et qui sont les deux 
initiales de Signum, ou bien l'initiale de Signum accompagnée de 
celle du possesseur de l'anneau. 



LV1 

ANNEAU TROUVÉ A KERLAND (FINISTÈRE^ 1 




Voici un autre anneau d'argent, trouvé, en 1879, dans un champ, 
au nord du village de Kerland. La femme qui l'a porté à M. du 
Châtelier, son possesseur actuel, l'avait trouvé au cours d'un tra- 
vail de culture maraîchère. La commune de Penmarc'h est très 

1. Lettre du 5 juin 1S90. 

2. Kerland est une dépendance de la commune de Penmarc'li, canton de 
Pont-l'Abbé, arrondissement de Quimper. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



07 



riche en monumeni s de Ions les temps, depuis l'époque néolithique '. 

L'ouverture de notre bague est de 24 millimètres ; la tige a, près 
du chaton, 9 à 10 millimètres de largeur. 

Le chaton, de l'orme ronde, a 15 millimètres de diamètre. 

On y voit, gravée en creux et entourée d'un grènetis, une croix 
fichée dans une couronne, et dont les bras sont doubles et le som- 
met muni d'une croisette : deux traits, partant du grènetis circu- 
laire, sont dirigés vers le deuxième canton de la croix. 

11 y a, à la hauteur du bras gauche (pour le lecteur), un R, et à 
droite, un D oncial ; ces deux lettres sont assurément les deux con- 
sonnes ou les deux premières consonnes du nom de la personne 
pour laquelle notre anneau-cachet a été confectionné*. 

LVII 

ANNEAU DE SABUNUS, AVEC DEUX FIGURES ET L'ACCLAMATION Vivas, 
TROUVÉ A CARHA1X (FINISTÈRE) * 




Cet anneau, trouvé, en 1890, dans le jardin du couvent des Ur- 
sulines de Carhaix, appartient à M. L'abbé Téphany, chanoine du 
diocèse de Quimper. Il a été décrit par M. le commandant Faty, 
dans une notice, insérée au Bulletin de la Société archéologique de 
Quimper lé '. 

Il est en or pur, sans soudure ; le chaton que, grâce à une excel- 
lente empreinte qui m'a été procurée par mon savant confrère et 
ami Anal, de Barthélémy, j'ai pu faire reproduire exactement, est 
pris dans la masse, et a la forme d'un carré long, mesurant 7 mil- 
limètres de haut sur 9 de large. Un buste d'homme et un buste de 

1. Lettre du M. du Châtelicr, du 5 juin 1890. 

2. Peut-être aussi devrait-on donner la valeur d'un au globe sur lequel est 
fichée la croix 

3. Carhaix est un chef-lieu de canton de l'arrondissement, de Chàteaulin. 

4. Année 1892, p. 338-34 4. 



(38 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 

femme affrontés, inhabilement gravés sur le plat du chaton, sont 
accostés des deux mots 

SABINE — VIVAS 

C'est probablement une bague que la fiancée de Sabinus a fait 
confectionner, et a donnée à celui-ci au moment des fiançailles ou 
du mariage. 

Nous avons d'autres exemples de la formule acclamatoire Vivas ; 
mais elle y est toujours suivie des mots in Deo ou mecam in Deo, 
mihi ou mil à diu. 

Quant au nom de Sabinus, il a été, dans le haut moyen âge, d'un 
emploi t rès fréquent, et porté par de saints personnages, que l'Eglise 
honore '. 

La forme de l'anneau et la décoration du chaton ont le caractère 
romain ; mais, d'autre part, le travail fort grossier des deux figures 
et les caractères de l'inscription dénotent une très basse époque. 

1. Nous trouvons, dans les Acla SS. des Bollandistes, les Vies de cinq évêques 
et d'un confesseur (celui-ci du Poitou), nommés saints Sabin, aux \», vie, vn e et 
vm e siècles (mens, jan., t. II, p. 163; l'ebr., II, 310 et 336; jul., III, 189: oct., 
VII, 65). 



QUATRIÈME LYONNAISE 



DIOCÈSE DE CHARTRES 



LVIII 



IÎAGUE AVEC TËTli d'aNIMAL, TROUVÉE A SAIXT-BRICG (E(JRE-Er-L01R} 1 



Cette bàgue, trouvée à Saint -Brice, village voisin de Chartres, 
est conservée au Musée de cette ville, où elle est cataloguée sous 
le n" 752. 

Elle est en bronze : elle a 20 millimètres d'ouverture mesurée 
entre le chaton et la partie opposée, 19 entre les deux côtés. Le 
chaton, pris dans la masse et de forme ronde, a 13 millimètres de 
diamètre ; à droite et à gauche, sont burinées dans le métal deux 
saillies qui rappellent les deux globules ou cabochons, qu'on voit 
fréquemment sur les anneaux de cette époque. 

Sur le chaton est gravée grossièrement la tête d'un animal (peu! - 
être un lion) dont l'inhabile artisan a voulu représenter les larges 
mâchoires garnies de dents à découvert. 



ANNEAU DE RAGNETHR AMNUS , PROVENANT DE BLOIS (lOIR-ET-CHKr) 

Cet anneau, conservé au Cabinet des médailles de la Bibliothèque 
nationale 2 , est d'or pur; il a été trouvé à Blois, dans les sables 

1. Saint-Biice est dans la commune de Chartres. 

2. Il est catalogué au Cabinet des médailles sous le n° 7593. 




LIX 



70 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



de la Loire. 11 a 18 millimètres d'ouverture entre le chaton et le 
côté opposé, et 23 millimètres dans l'autre sens : il est pourvu d'un 
chaton rond, de 15 millimètres de diamètre, avec bordure de perles 
ou globules d'or, lequel est accosté, aux points de soudure sur la 
baguette, d'un gros cabochon. Des fils d'or sont enroulés autour 
de la tige, dont ils couvrent une grande partie. 



Au centre du chaton est grossièrement gravée en creux une tête 
barbare de profil, tournée à gauche, et dont la chevelure se confond 
avec une barbe longue et épaisse. Autour, une légende, où les pré- 
cédents éditeurs ont vu à tort. 



et qui est en réalité 

RAÇNETHRAMNVS {Rdgnethramnus) 
précédé d'une petite croix, fourchue aux quatre extrémités. 



BAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE A VERDES (LOIR-ET-CHER) ~ 

La bague en bronze ici reproduite a été trouvée à Verdes, dans 
un sarcophage en maçonnerie, qui renfermai^ avec une boucle et 
des clous en 1er, des débris d'ossements qu'on a jugés être ceux 
d'un homme 3 . Elle appartient à M. J. Vallée, secrétaire de la 

1. Voir Cbabouillet, Catalog. raisonné des camées et pierres gravées de la Biblioth. 
imp., p. 389. — L'abbé Cochet, Tombeau de Childéric p. 378. — E. LeBlanl, 
Inscrip.chrét. de la Gaule, t. I, p. 225, n« 164, pl. XXII, tig. 137. — L'abbé Mar- 
tigny, Des Anneaux chez les premiers chrétiens, p. 38. 

2. Verdes est dans le canton d'Ouzouer, arrondissement de Mois. 

3. Lettre de M. Vallée fils, professeur de mathématiques au collège de Chàteau- 
dun (Eure-et-Loir), du 20 octobre 1890. 




RACNETHRAMNVS 



LX 



DBS PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



71 



mairie de Mont-l'Héry (Seine-et-Oise), qui me l'a très obligeamment 
communiquée. 

Cet anneau a 22 millimètres d'ouverture entre le chaton et le 
coté opposé de la tige, 20 seulement dans l'autre sens. La tige a, 
près du chaton, 5 millimètres de hauteur, 3 1/2 du côté opposé. 
Le chaton, soudé sur la tige, etde forme presque ronde, a 14 mil- 
limètres 1/2 de hauteur sur 13 de large entre les globules ou cabo- 
chons géminés dont il est accosté. 




Au centre du chaton, entre divers ornements rudimentaires, 
sont gravés des caractères difficiles à définir, dans lesquels on peut 
distinguer avec quelque probabilité : 1° un E, dont la barre hori- 
zontale, partant du centre de la haste verticale, se termine par un 
crochet qui en ferait peut-être L; 2° au-dessous de cette lettre (E) 
un C couché, dont les crochets enserrent la partie inférieure de la 
haste; 3° au-dessous du C, des traits qui semblent former un X et 
un I; 4° enfin, au-dessus de la lettre E, un ou deux caractères mal 
tracés, au sujet desquels nous omettrons de faire aucune suppo- 
sition. 

A plus forte raison devons-nous nous abstenir de toute conjec- 
ture relativement au nom propre que l'on a voulu assurément 
inscrire sur le chaton de notre anneau. 

DIOCÈSE D'A UXERRE 

LXI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A SAINT-MORÉ (YONNE) 1 

M. l'abbé Poulaine a récemment découvert six sarcophages en 

\. La commune de Saint-Moré dépend du canton de Vézelay, arrondissement 
d'Avallon. 



7-2 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



pierre monolithe, dans le cimetière actuel de la paroisse de Saint- 
Moré, qu'il dessert en môme temps que celle de Voutenay. 

L'un de ces sarcophages que, d'après les ossements du person- 
nage qui y était inhumé, on suppose èire celui d'une femme, con- 
tenait l'anneau d'or reproduit ci-dessus, ainsi qu'une fibule cir- 
culaire, décorée de grenats et de filigrane en or'. 

Cette bague, dont la tige est très mince, a 18 millimètres seule- 
ment d'ouverture, ce qui indique bien qu'elle était à l'usage d'une 
femme, et confirme l'idée suggérée par l'examen des restes du 
squelette \ 



Le chaton de notre anneau et les trois globules qui l'accostent 
à droile et à gauche « sont, dit M. l'abbé Poulaine, d'un seul jet, 
d'un seul et même morceau; par conséquent il n'y a point de sou- 
dure 5 . » Le fait est d'autant plus important à noter qu'il est assez 
rare; les globules ou cabochons qui accompagnent le chaton sont 
le plus souvent soudés à part. 

Sur le chaton, de forme ronde, dont le diamètre est de 19 mil- 
limètres, il y a, gravé en creux, un monogramme surmonté d'une 
croisette, et qu'on peut déchiffrer aisément. On y voit, tout d'abord, 
un m, à la partie supérieure un A. puis au centre un N et un D 

1. C'est M. Salomon Reinach, le conservateur adjoint du Musée de Saint-Ger- 
main, qui, a\ec son obligeance ordinaire, m'a signalé cet intéressant bijou et 
m'en a adressé un fac-similé d'après le moulage que possède le Musée. Grâce à 
son intervention, M. l'abbé Poulaine m'a autorisé à publier ce pelit monument 
et m'a adressé des renseignements qui m'ont servi pour la préparation de mon 
travail. 

2. Les dents qu'on a recueillies dans la sépulture sont toutes petites et du 
plus bel émail; d'où il y a lieu d'inférer en outre que le sujet était jeune. 

Ajoutons que, dans les autres sarcophages (ils se touchaient), on a trouvé une 
plaque de ceinturon en fer forgé, plaquée d'argent, une belle intaille sur agate 
et des débris d'épées, tandis que, dans la tombe qui contenait l'anneau, on n'a 
recueilli qu'une élégante fibule. (Lettre de M. l'abbé Poulaine, du 16 février 
1894.) 

3. Lettre précitée. 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 73 

triangulaire {<)', attaché à la haste du E final, ensemble le mot : 

MANDE 

génitif d'un vocable féminin germanique, usité dans le haut 
moyen âge; il est, notamment, entré dans la composition du nom de 
Leudo-manda,([\\e Fôrstcmann cite comme mentionné au vi e siècle '. 
Il est à peine besoin d'ajouter que le génitif de Manda implique 
ici le sous-entendu de sigmim. 

DIOCÈSE DE TROYES 



LXII 

ANNEAU AVEC C CARRÉS LIÉS (?), PROVENANT DE VERRIÈRES (AUGE) ' 




Nous avons là une bague en bronze, trouvée dans le cimetière 
de Verrières et appartenant au Musée archéologique de Troyes*. 

Bien que nous n'ayons que la moitié de la tige, on peut aisé- 
ment constater qu'elle n'avait qu'une faible ouverture (17 milli- 
mètres), laquelle indique que le bijou était à l'usage d'une femme 
ou même d'une jeune fille. Cette tige, fort mince, avait 2 milli- 
mètres 1/2 près du chaton. 

1. Les deux côtés de gauche du triangle ont été visiblement gravés de manière 
à servir au double emploi qu'ils ont dans le monogramme. 

2. Personennamen, col. 906. Le radical mand se retrouve dans un grand nom- 
b e de noms propres germaniques, tels que Austrc-mandus, Gari mandus, Wer- 
mandus, etc., etc. Ibid., col. 915. 

3. Verrières est un chef-lieu de commune, dans le canton de Lusigny, arron- 
dissement de Troyes. Les détails relatifs à cette découverte sont consignés dans 
les Mémoires de la Société académique de l'Aube, année 1853, p. 556. 

4. Nous la reproduisons, ainsi que les huit suivantes, d'après les dessins de 
M. L. Leclert, conservateur du Musée archéologique de Troyes. 

5 * 



'4 ÉTUDE SUR LES ANMEAUX 

Le chaton, ménagé à même le métal, a la forme d'un carré long, 
de 7 millimètres 1/2 sur 6 de haut. 

11 porte, gravés en creux, des ornements en forme de grecques, 
ou peut-être deux C carrés entrelacés, qui seraient, dans ce der- 
nier cas, les initiales de la personne pour laquelle l'anneau avait 
été fabriqué : nous aurions ainsi un exemple de l'emploi de l'ini- 
tiale du nom pour la souscription des actes. 

LX111 

AUTRE ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A VERRIÈRES (AUBE) 




Ce bijou en bronze provient également du cimetière de Verrières. 
11 renfermait encore, lorsqu'il a été découvert, l'os du doigt de la 
personne qui le portait. On y voit des traces de dorure. 

La tige est tellement déformée, qu'il est impossible d'en déter- 
miner exactement l'ouverture : on peut néanmoins constater 
qu'elle ne devait guère dépasser 18 millimètres : sa hauteur est de 
10 millimètres près du chaton, où elle présente des ornements en 
zigzags grossièrement gravés, avec un trait en bordure. 

Le chaton, pris dans la masse, est un carré irrégulier, de 10 mil- 
limètres de haut sur 9 de large, sur lequel on voit, tracés d'une 
main inhabile, des caractères indéchiffrables, qui peut-être n'ont 
aucune signification et étaient simplement destinés à assurer le 
secret de la correspondance. 

LXIV 

AUTRE ANNEAU AVEC CROIX FOURCHUE, TROUVE A VERRIÈRES (AUBE) 

Voici un autre anneau en bronze, qui, d'après la conjecture de 
M. L. Leclert, provient peut-être, de même que les deux précé- 
dents, du cimetière de Verrières (Aube) '. 

1. Lettre du 7 mai 1883. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 75 

La tige a été dessoudée, et l'on ne saurait en déterminer l'ouver- 
ture avec une entière précision; mais on peut, sans s'écarter beau- 
coup de la réalité, lui attribuer 18 à 19 millimètres. Elle a 7 milli- 
mètres de hauteur près du chaton. 




Celui-ci, ménagé à même le métal, et distingué de la tige par 
des échancrures sur quatre côtés, est de forme irrégulière, et pré- 
sente 9 millimètres dans sa plus grande hauteur. 

Sur le chaton, est gravée en creux une croix fourchue aux quatre 
bras. 

LXV 

ANNEAU SIGILMIRE d'hÉVA, TROUVÉ A POUAN (AUBE) ' 




Cette bague, découverte en 1842 à Pouan, est en or pur et a 
20 millimètres d'ouverture. Le chaton, de forme ovale, ménagé à 
même le métal, a, dans sa plus grande hauteur, 10 millimètres sur 
une longueur de 14 millimètres, il porte, gravé en creux, le nom 
de 

HE VA 

M. l'abbé Corblet. qui, en 4849, a publié ce bijou dans l'Art 
chrétien' a pensé que le vocable qui y est inscrit pouvait bien, 
malgré sa terminaison féminine, être celui d'un chef barbare con- 
temporain de Chilpéric, car, dit-il, les Saxons affectionnaient cette 
terminaison. 

1. La commune de Pouan dépend des canton et arrondissement d'Arcis-sur» 
Aube. 

2. T. m, p. 479, fi-. 13. 



76 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



II nous parait très probable que c'est là uue bague de femme 
e nom d Hev. ou Eva est inconnu comme nom d'homme, tând s 
quon le voit, au moyen âge, assez fréquemment porté par des 
femmes. L'Eglise honore deux saintes ainsi appelées'. Le „„„ 
vof b,:; ;"r; S * SerVi J ^™P°^a composition de plusien" 
« S m ° yea *" Em - m '> 1 » 



LXVI 



BAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE A RAMERUPT (AUBE) 6 





Nous reproduisons ici une bague en bronze'. 

Quoique l'on ne possède qu'une partie de la tige, qui est très 
mince, elle suffit pour apprécier le diamètre de l'ouverture, qui 
est de 19 millimètres 1/2. 

Le chaton, qui a été pris dans la masse, est de forme ovale avec 



1. L'une est vierge et martyre, patronne de la ville de Dreux, l'autre recluse 
de Saint-Martin de Liège. (Vivier, Notice sur Eva, patronne de Dreux; Henriquez, 
Liiia Cisterc, t. I, p. 145.) 

2. « Bahalot, filius Evane. » Aur. de Courson, Cartulaire de Redon, charte 
CGGXX1V, ann. 1091, p. 276. Peut-être même Evanc est-il le génitif d'Eva, 
comme, dans une charte du Cartulaire de Beaulieu, de 860, Agine (pro Aigane) 
est le génitif d'Aiga, mentionnée dans d'autres chartes de S23 et 856. Voir 
notre édition de ce cartulaire, p. 7, 37 et 257. On trouve aussi fréquemment 
dans ce cartulaire le nom d'Evenus, qui provient sans doute aussi d'Eva. 

3. « Hujus tempore et Evarix rex Gothorum, etc ». Greg. Tur., Hist. Fr., II, 
25. 

4. Évéque de Tours, mentionné dans un diplôme de Childéric III, de 697 
(I). Bon*]., Hist. de Fr., t. IV, p. 670, not.). 

5. Saint Evariste, pape, mort en 109. Bolland., Acta SS., mens, oct., t. XI, 
p. 7^9. Il y a aussi un saint Evareslus, abbé à Constantinoplc, mort vers 825. 

6. liamerupt est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bar-sur-Aube. 

7. Près du village, il y a une ancienne voie appelée le chemin des Romains; l'on 
a découvert, dans le voisinage, des sarcophages en pierre, et un cimetière, où 
ont été recueillis des poignards, des fragments de lances et 'les monnaies ro- 
maines 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



77 



12 millimètres de haut sur 13 i/2 de large : il est accosté de deux 
renforts. Il est orné d'une monogramme, gravé en creux, encadré 
dans un cercle de grènetis, et comprenant un D initial, un A non 
barré, un N, dont le trait oblique intérieur relie les deux parties 
du monogramme ; et un E final, ce qui nous donne DÀNE, génitif 
de DANA; le S posé sur la barre oblique du N, a ici, comme dans 
beaucoup de nos anneaux sigillaires, la valeur du S barré (g), abré- 
viation de S\(gnxcm). Nous avons ainsi pour l'ensemble 

S\{gnum) DANE- 

Il est fait mention, à la date de 817, dans le recueil des Tradi- 
tiones et possessiones du monastère de Wissembourg, d'un person- 
nage féminin appelé Danna 1 c'est-à-dire, avec le redoublement 
du n, le nom même que nous fournit notre monogramme. 

LXYII 

AUTRE ANNEAU AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DE RAMERUPT (AUBE) 




Cette bague en bronze a été trouvée avec l'os du doigt qui l'a- 
vait portée et qui y est encore enfermé. 

Elle n'a que 17 millimètres d'ouverture, ce qui indique qu'elle 
était à l'usage d'une femme. La tige a 7 millimètres de hauteur, 
et présente des ornements près du chaton ; elle a 2 millimètres 
J /2 du côté opposé : 

Le chaton, ménagé à même le métal, a la forme d'un carré 
long, de 7 millimètres de haut sur 11 1/2 de large. 

Sur le chaton, il y a un monogramme, où l'on voit, en allant 
de gauche à droite du lecteur, un E, un L, dont la haste penchée 
coupe obliquement le S du centre, un I, ce qui, avec le redouble- 

1. N° 127 de ce recueil, dans l'édition de Zeuss (Spire, ISi?, p. 4), citée par 
Forslemann, Personcnnamen, col. 331. 



78 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



ment du E, nous donne les éléments du nom de ELISE, génitif de 
ELI SA; cette déclinaison impliquant la présence de Signum; le S, 
coupé par la haste du L, de même qu'il est entré dans la for- 
mation du vocable, a ici la valeur du S barré, il faut donc lire : 

S\{gnum) ELISE- 

Ce vocable a été d'un usage assez fréquent au moyen âge. Il fut 
porté, au xm e siècle, par une religieuse d'un monastère de la 
Grande-Bretagne, mentionnée par les historiens anglais', et au 
xiv e siècle, par une noble dame qui épousa successivement un 
comte de la Marck et le prince électeur Kupert Pipan 8 . 

LXVIIt 

BAGUE AVEC FIGURE CASQUEE (?), PROVENANT DE DIENVILLE (AUBE) » 




La bague en bronze reproduite ci-dessus a été trouvée par 
M. Lépreux, qui en a fait don au Musée. 

Notre anneau a de 20 à 21 millimètres d'ouverture; sa tige est 
ronde et a une épaisseur de 2 millimètres 1/2. Le chaton, de forme 
ronde, qui est pris dans la masse, a 11 millimètres de diamètre, 
et est accosté de trois cabochons, soudés à droite et à gauche, et 
disposés en feuilles de trèfle, comme nous les avons souvent ob- 
servés dans les bagues de l'époque mérovingienne. 

Sur le chaton est gravée une figure, où l'on peut voir, grossière- 
ment indiquée, une tête de profil, coilïée d'un casque surmonté 

1. Voir dans Tanner, Bibl. BrU-Hib., p. 368. 

2. Voir, pour les noms germaniques Ella, Elso, Eisa, Fôrstemann, Personen- 
namen, col. 173. 

3. Dienville est un chef-lieu de commune, dans le canton de Brienne, arron- 
dissement de Bar-sur-Aube. On ne possède aucun renseignement sur l'époque 
et les circonstances de la découverte de cette bague. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



79 



d'un haut et long cimier. C'est peut-être l'essai d'une représenta- 
tion personnelle du propriétaire primitif du bijou, (elle que nous 
l'avons observée sur plusieurs de nos bagues. 

LX1X 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DU LIEU DIT SOMME -FONTAINE OU 

SAINT-LUPIEN (aURE)' 




Ce bijou en bronze a été recueilli par le service des ponts et 
chaussées, qui l'a déposé au Musée archéologique de Troyes. 

Notre bague a 15 millimètres seulement d'ouverture, ce qui 
indique qu'elle était à l'usage d'une femme. La tige a 7 millimètres 
de hauteur près du chaton, et est ornée, au môme endroit, de 
chaque côté du chaton, de trois petits cercles renfermant chacun 
un point ou globule et disposés en feuilles de trèfle, qui remplacent 
les trois cabochons signalés par nous comme un des traits les 
plus caractéristiques de la fabrique mérovingienne. 

Le chaton, ménagé à même le métal, est un carré long, bordé, 
sur les quatre faces, d'un trait gravé, qui encadre un monogramme. 

Ce monogramme comprend un E ; un V, qui est à l'angle formé 
par le premier trait perpendiculaire et la ligne oblique intérieure : 
un A non barré, formé par cette même ligne et la deuxième per- 
pendiculaire; le N intérieur, et par redoublement de la première 
1 ettre, un E final : ce qui donne le nom d'EVANE, génitif d'EVA, 
génitif formé par l'addition du groupe ne, comme on le voit dans 
un grand nombre d'actes de la période gallo-franque'. Le S, posé 

1. Somme-Fontaine ou Saint-Lupien est un chef-lieu de commune, dans le 
canton de Marcilly-le-Hayer, arr. de Nogent-sur-Seine. 

2. Notamment dans le célèbre testament d'Erminetrudis, de l'an 700 (Par- 
dessus, Ch. et diplôm., t. II, p. 257); dans le Cartulaire de Beauiieu, où une 
noble matrone esl nommée, au début d'une charte de 823, Aiga, et souscrit 
dans ces termes : « S. Aigane. » (Ch. CLXXXV, p. 257 et 259 de notre édition); 



80 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



en travers de la barre oblique intérieure, a ici la signification du 
S barré (S), abréviation de S\(gnu?n). Nous avons ainsi, pour 
l'ensemble du monogramme. 

S\{gnum) EVANE. 

Le nom d'Eva, fort usité au moyen âge, est celui de deux saintes : 
l'une, vierge et martyre, est la patronne de la ville de Dreux 1 , 
l'autre fut une religieuse du monastère de Saint-Martin de Liège 2 . 
Le Cartulaire de l'abbaye de Redon contient, à la date de 1091, 
la mention d'un personnage appelé « Babalot films Evane » 3 , où 
l'on constate l'emploi du nom d'Eva avec sa déclinaison au géni- 
tif, dans la forme même que nous offre notre monogramme. 



DIOCÈSE DE PARIS 



LXX 

BAGUE TROUVÉF- A ERMONT (SEINE-ET-OISE) 4 




Cette bague en or provient d'une des sépultures mérovingiennes 
explorées, il y a sept ou huil ans, à Ermont : elle a été recueillie dans 
le cercueil en pierre d'une femme, et a été décrite par M. Albert 
Meignan dans la Revue archéologique 5 . 

L'anneau a H millimètres seulement d'ouverture, ce qui indique 

iine autre matrone y est nommée Ava au début d'une charte de 868, et souscrit 
ainsi : « S. Avana. » (Ch. LI, p. 93 et 94). 

1. Vivier, Notice sur Eva, de Dreux. 

2. Ilenriquez, Lilia Cisfrrcensia, t. I, p. 145. 

3. Ch. CCCXXIV, édit. d'Aurélien de Courson, p. 276. 

4. Ermont est une commune dépendante du canton de Montmorency, arron- 
dissernent de Pontoise. 

5. Année 1890, t. II, p. 354. 



Ces premiers siècles du moyen âge 



si 



qu'il appartenait à une toute jeune fille, ou à une femme dont la 
main était extraordinairement petite. La tige en est forte, et a été 
soigneusement forgée, puis retouchée à la lime de façon à recevoir 
à l'extérieur la forme d'un hexagone. 

Le chaton, soudé sur la tige, se compose d'une verroterie ronde, 
imitant le grenat, et sertie dans une cuvette en or; une deuxième 
enveloppe, ornée, sur ses bords, de petites dents, est rabattue sur 
la première, qui la dépasse de quelques millimètres. 



LXX1 

bague avec figures en partie indéfinissables et deux groupes de 
lettres, trouvée dans le département de seiine-et-olse 




Cette bague, que nous reproduisons ici d'après les dessins que M I 
Mayor en a donnés «, a été découverte dans le département de Seinc- 
ct-Oise, et appartient, depuis Tannée 1889, au Musée archéologique 
de Genève' Elle est en bronze et parait présenter, en certains en- 
droits, des traces de dorure ■. Elle a 18 millimètres d'ouverture (ce 
qui dénote qu'elle était à l'usage d'une femme) et une hauteur par- 
tout égale de 5 millimètres. Elle est, à l'extérieur, de forme octo- 
gonale et chacune des huit faces porte, des caractères ou des figures 
grossièrement gravées dans des encadrements rectangulaires 

Sur la première face, en partant de la gauche (du lecteur), il v a 
un personnage masculin tracé en graffitti,dont une jambe relevée en 
arrière, indique un mouvement de marche ou de dansé. Dans les 

1. Rev. archéol., année 1893, t. II, p. 96. 

2. Où elle est cotée E, 338, sur le catalogue ms. 

3. Lettre de M. J. Gosse, du 30 octobre 1892. 



6 



82 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



quatre pans suivants, des signes indéfinissables; dans le sixième, les 
lettres IN; dans le septième, un oiseau, probablement la colombe 
symbolique ; enfin au huitième, des caractères où M. Mayor pense 
qu'on « peut, à la rigueur, reconnaître un G mérovingien ou un Q, 
un T lié par la base avec un U, et un I incline formé par le second 
jambage del'U 1 ». Rien ne prouve d'ailleurs, suivant l'observation 
de M. Mayor, que Tordre dans lequel sont décrites les huit faces de 
l'anneau soit le vrai, et il est impossible de proposer une explica- 
tion des figures (l'oiseau excepté) ni des deux groupes de lettres, 
dont l'un est môme, en partie, d'une lecture incertaine. 

Lorsque j'ai publié pour la première fois la bague qui nous 
occupe % c'est à l'aide de dessins moins exacts que ceux de M. Mayor, 
et j'avais été conduità liresur la huitième face le vocable germani- 
que d'Ato; mais j'ai dû renoncer, depuis, à cette leçon, que n'auto- 
rise point l'état réel du bijou, et me borner à reproduire, comme 
je viens de le faire, la description et les observations du savant ar- 
chéologue de Genève. 



ANNEAU AVEC UNE C10IX ACCOSTÉE DES CARACTÈRES V ET A >'ON BARRÉ OU A 
NON BARRÉ ET Y, TROUVÉ DANS LE DÉPARTEMENT DE SE1NE-ET-OISE 



Cet anneau de bronze, découvert, comme le précédent, dans le 
département de Seine-et-Oise, appartient, depuis l'année 1889, au 
Musée archéologique de Genève 3 . 

Nous le faisons figurer en tète de la présente notice, d'après les 
dessins que M. J. Mayor en a donnés' et par lesquels nous rem- 

ï. Loc. cit., p. 97. 

2. Rcv. archéol., année 1893, t. I, p. 275-276. 

3. Coté E, 339, sur les catalogues ms. du Musée. 

4. Rcv. archéol., année 1893, t. II, p. 94. 



LXXH 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



83 



plaçons ceux, moins exacts, à l'aide desquels nous l'avons décrit 
pour la première fois en 1893 '. 

Il a 20 millimètres d'ouverture. La tige, plate à l'intérieur et 
ronde à l'extérieur, a 5 millimètres de largeur à la naissance du 
chaton, indiquée de chaque côté, par deux fortes entailles. Le cha- 
ton ainsi délimité a 29 à 30 millimètres de largeur sur 10 de hauteur. 
On y voit gravée une croisette, dont la branche de droite (pour le 
lecteur) est accostée de deux traits formant angle et représentant 
un A non barré. La branche de gauche se termine par un trait for- 
mant avec elle un V. 

Les lettres V A ou A V sont peut-être et même assez vraisembla- 
blement les initiales du nom du propriétaire de notre anneau. 

DIOCÈSE DE ME A UX 

LXXil bis 

ANNEAU d'aGILDEBTUS, TROUVÉ A JOUAItUE (SEINE-ET-MARNE) 2 

Cet anneau a depuis longtemps disparu, et malheureusement il 
n'en reste aucun dessin, mais seulement une description qu'André 
du Saussay a insérée dans sa Panoplia episcopàUs Ml a été trouvé, 
en 1636, dans un des sarcophages de la crypte de l'ancienne abbaye 
de Jouarre, celui d'Agiibertits, évèque de Paris vers 670. C'est là 
que Du Saussay déclare l'avoir vu et étudié; on peut donc avoir 
pleine confiance en la notice qu'il a consacrée à ce précieux monu- 
ment, et que je reproduis ici en la traduisant : 

« Il y a dix ans à peine, dans l'antique monastère de religieuses 
de l'ordre de Saint-Benoît, existant à Jouarre, au diocèse de Meaux, 
on découvrit, dans une crypte sur laquelle a été construite une châ- 
pelle consacrée à saint Paul ermite, le corps de saint Agilbert, évè- 
que de Paris vers 670, il était encore revêtu des ornements ponti- 
ficaux, parmi lesquels son anneau épiscopal, en or, muni d'une pierre 

1. Rev. archéol, année 1893, t. I, p. 276-277. 

2. Jouarre est une commune dépendante du canton de La Ferté-sous-Jouarre, 
arrondissement de Meaux. 

3. II, 2, p. 183, in-fol., Paris, 1 16. 



84 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN ACE 



précieuse, non transparente, mais opaque, qu'on appelle agate. 
Sur cette gemme est gravée la figure de saint Jérôme se frappant la 
poitrine avec une pierre devant l'image du Christ suspendu à la 
croix. L'anneau est décoré de peintures en émail à la partie supé- 
rieure 1 de la tige, du milieu de laquelle se détache une cuvette, 
élevée sur des griffes rocourhées, entre lesquelles la gemme est 
enchâssée. Cet anneau est d'un travail si exquis, qu'on a peine à 
croire qu'un autre bijou semblable pût être fabriqué avec plus d'art 
et d'élégance. Je l'ai tenu dans mes mains, car j'étais présent sur les 
lieux mômes peu de temps après cette découverte, ayant été appelé 
par l'illustrissime princesse, révércndissime dame Jeanne de Lor- 
raine, abbessedu célèbre monastère, à la prière de laquelle j'ai ré- 
digé l'office particulier de saint Agilbert... *. » 

1. << In superiori parte circuli ». L'auteur a sans doute voulu désigner « !a 
partie extérieure de la tige. 

2. « Vix effluxit decennium, cum in anliquissimo monasterio Iotrensi sancti- 
moniali.um Ordinis Sancti Uenedicti in dioecesi Meldensi, in crypta cui vetus- 
tissima superstructa est aedicula sancti Pauli Eremitae, corpus sancti Agi Iberli 
episcopi Parisiensis, qui circa annum 670 sedebat, reperluin est, pontificalibus 
adhuc ornamentis insignilum, inter quae anulus ejus pontificalis erat, aureus, 
pretioso ot non diaphano sed opaco lapide (quem Achaten vocitant) in-lructus, 
cui S. Hieronymi, pecttis silice percutientis, ante imaginem Christi penduli in 
cruce, imago paret insculpta. Encausto anulus in superiori parte circuli deco- 
ratur, eminetque e medio ejus vasculum falcalis quasi unguiculis evectum, quibus 
ipsa gemma stringitur. Adeoque exquisito artilicio fabrefactuiii opus est, ut vix 
elegantiori forma confeelum aliud proferri possit. 

Contrectavi illum ipsum anulurn manibus meis,num hic aderam paulopost accon- 
tigerat Ma inventio, evocatus ab illustrissima principe reverendissima D. Joanna 
a Lotharingia, inclyti hujus monasterii abbatissa : cujus rogatu, etiam proprium 
officium ejusdem sancti Agilberti contexui, ac typis paulo post edidi, a primoris 
notae doctoribus Facultatis Theologicae Parisiensis, priusquam inlucem prodiret. 
examinatum ac probatum » (Panoplia episcopalis, in-fol., Paris, 1646, p. 183.) 



PREMIÈRE BELGIQUE 



DIOCÈSE DE TREVES 
LXXII 

BAGUE d'oPTATA, AVEC L* ACCLAMATION VivdS mihi, DE PROVENANCE 

INCONNUE 

Le Musée provincial de Trêves possède une bague en or', sur 
laquelle sont gravés un griffon et un lion, et qui porte cette ins- 
cription : VIVAS Ml PIA OPPTATA ( Vivas mi(hi) pia Opptata)*. 

Cet exemple et celui que je reproduis plus bas a , m'ont servi 
à expliquer l'inscription d'un autre anneau, où le mot mihi est 
réprésenté parla seule initiale m". 

DIOCÈSE DE METZ 
LXXIII 

BAGUE AU SYMBOLE DU POISSON, ATTRIBUÉE A SAINT ARNOUL, 
ÉVÉQUE DE METZ 

Il existe dans le trésor de la catbédrale de Metz suivant les uns 3 , 

1. N° 1261 du catalogue. 

2. Kraus, Die Christlichen Inschriften der Rheinlande, t I, p. 121, n° 253. 

3. LXXIII bis. 

4. XXXIX ter. 

5. E. Le Blant, Inscrip. chrét. de la Gaule, t. I, p. 420, n° 321 A. Ce bijou avait 
été déjà décrit et figuré dans VHist. de Metz, par les Bénédictins; Bégin, Metz 
depuis dix-huit siècles, t. II, p. 205: le Spicileg. Solesm., t. III, tab. nr, n° 4, et 
p. 578; et l'abbé Chaussier, De l'origine apostolique de l'Église de Metz, p. 57. Il 
est aussi reproduit dans R, Garrucci, Hist, de l'art, chrétien, t. VI, planche 478, 
fig. 2- 



86 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



au Musée de la ville de Metz suivant d'autres 1 , une bague qui, 
d'après une légende rapportée par Paul Diacre 2 , aurait appartenu 
à saint Arnoul (Arnulphus), évêque de la cilé messine de 614 à 
626 3 . 

Voici cette légende telle qu'elle nous a été transmise : Arnoul, 
alors déjà évêque, passant sur un pont, jota sa bague dans la Mo- 
selle et dit : « Je croirai mes péchés ellacés lorsque cette bague me 
sera rendue. » Un de ses serviteurs la trouva quelques années 
après dans les entrailles d'un poisson. Le bijou fut conservé pré- 
cieusement, et, ayant échappé en 1793 à la destruction, il devint 
plus tard la propriété de l'abbé Simon, grand archidiacre de la ca- 
thédrale, qui la réintégra dans le trésor. 

E. Le Blant, à qui nous empruntons ces détails, a publié le 

chaton de notre anneau, dans le tome I er de son ouvrage paru en 
1 856, au moyen d'une empreinte qui lui avait été fournie par M. 
Victor Simon, en ce temps conseiller à la Cour d'appel de Paris. 

On y voit un poisson engagé dans une nasse formée d'un filet; 
à droite et à gauche, deux petits poissons, paraissant se diriger 
vers fouverture de la nasse. On a reconnu là, avec raison, une al- 
lusion à l'initiation chrétienne, qui a donné lieu aux poètes de 
nommer le Christ « Rete, filet S>; appellation que l'un d'eux a net- 
tement expliquée dans ce vers : 

« Relia eur? Sparsas quoi) eolligat ûndique genle> 8 . » 

1. De Marsy, Bulletin de la Soc. hist. de Compicgne, t. V, année 1883. 

2. Dons D. Calmet, Hist. de Lorraine, t. I, preuves, col. 58. Cf. ibid., p. 378. 

3. Saint Arnoul, ("lové au siège épiscopal de Metz en 61 i, résigna cette dignité 
en 625, et mourut en 640. 

4. Saint Damase (C«rm., VI) : « Vcrbum, Homo, Rete, Lapis, Dormis, omnia 
Christ us Jésus. » 

Knnodius (Carm., lib. I, eap. ix) ; « Hastia, Virgullum, Pastor, Mons, Re(e } 
Columba. » 

Orientais (dans Martène et Durand, Thesaur. anecdod., t. V, col. 40) : « Retia, 
Sol, Sponsas, Scmcn, Mons, Stella, Magister. » 

5. Orientius, dans Martène, loc. cil., col. 43. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



87 



Lo sujet symbolique représenté sur le bijou qui nous occupe, a 
été exécuté assez grossièrement pour qu'on doive le faire descen- 
dre à une époque fort basse, où les notions et les traditions de l'art 
romain étaient à peu près perdues. Néanmoins, E. Le Blant l'a 
jugé antériemr à la fin du rv° siècle, sans doute parce qu'au mo- 
ment où il composait et publiait la première partie de son livre, il 
était enrorc sous l'empire de colle idée que l'emploi de l'emblème 
du poisson ne s'était pas continué au delà de cette époque. Notre 
savant confrère a reconnu depuis qtiè si cet usage avait, en effet, 
disparu de Rome, il avait persisté bien plus longtemps dans les 
provinces, et il eu a môme constaté un exemple dans la bague mé- 
rovingienne qui a fait l'objet de notre précédente notice; il n'y a 
plus, îles lors, à ce point de vue, aucune difficulté à admettre l'at- 
tribution de notre anneau à un personnage de ce temps. 



DIOCÈSE DE TOUL 



LXXIII »'» 

BAGUE AVEC t/aCOHMATION VÏVCIS mi(fli) (fia, PROVENANT DE NAIX 

(meuse) ' 




Cette bague en or, trouvée à Naix, appartient à la collection 
de M. Marnod, habitant de Bar-le-Duc. J'en fais figurer ici le chaton, 
d'après les dessins que mon savant confrère à la Société des Anti- 
quaires de France, M. Maxe-Wcrly, en a publiés en 1883 3 , et je ne 

1. Naix, l'ancien castrum Nashua, est dans le canton de Ligny, arrondissement 
de Bar-le-Duc. 

2. Collect. des monum. épigraph. du Barrois, in-8, Paris, Champion, lilir. édit., 
p. 54, 1S83. 



88 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



puis mieux faire que de reproduire la description et les commen- 
taires qu'il a donnés de cet intéressant bijou : 

« Cette bague porte dans son cbaton un grenat à deux couches, 
de forme hexagonale, présentant sur la surface des traits effacés 
par le temps; sur les facettes latérales figurant chacune un trapèze, 
on lit une inscription, composée de dix lettres en relief dans un 
petit carré creusé jusqu'à la seconde couche, et tracée ainsi : 

VI-V-AS-MI-D-IV (Vivas mi[hi] diu). 

« J'ai rencontré, au Musée d'Épinal, une pierre gravée qui me 
paraît sortir du môme atelier que celle de Naix. Sur la face princi- 
pale, j'ai cru reconnaître l'image d'un personnage debout s'ap- 
puyant sur une hache; par suite d'une inversion, l'inscription avait 
été lue : 

MI-D-IV-Vl-VA 1 - 

De son côté, E. LeBlant, après avoir reproduit ces formules accla- 
matoires, en cite un troisième exemple. 

LXXI1I <«■ 

ANNEAU DE COMODUS (POUR COMMODUS) PROVENANT DU DÉPARTEMENT DE LA 

MEUSE 

M. Maxe-Werly, le savant archéologue du Barrois, a décrit ce 
bijou de la manière suivante : « Dans le trésor découvert en 1809 
par Maulan, l'inventeur des colliers d'or qui occupent aujourd hui 
une place d'honneur dans les vitrines de la Bibliothèque Nationale, 
se trouvaient plusieurs bagues en or eten argent 2 . Sur l'une de ces 
dernières, dont la pierre était d'un gris perle, se lisait en trois lignes, 
l'inscription suivante gravée en creux : 

C O 
M O 
D 

« Je n'ai, ajoutait M. Maxe-Werly, aucune explication à propo- 
ser pour ce groupe de. lettres \ » 

1. Annuaire île la Suc. d'Émulation des Vosges, 1865, p. 712. 

2. Voir lo Narrateur de la Meuse, n° 363, du 26 février 1809. 

3. Collect. des monuments épigraphiques du Barrois, in-8, Paris, 1»83, p. 55. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



80 



E. Le Blant a lu, avec raison je crois, dans cette inscription, 
qu'il a rangée parmi les inscriptions chrétiennes, le nom de 

COMODO- 

Et il ajoute : « pour Commodus, avec changement de l v en Q et 
suppression de l'S final 1 ». Cette dernière observation me paraît 
manquer d'exactitude. Le nom gravé sur le chaton de la bague, la- 
quelle sans aucun doute a servi de sceau, est ici à l'ablatif, comme 
dans plusieurs de nos anneaux et au bas d'un grand nombre de 
chartes et de diplômes 2 . 

DIOCÈSE DE MAY EN CE 
LXX1Y 

bague avec personnage a cheval, trouvée a oberolm (grand-ducné de 

hesse-darmstadt) 




Cette- bague, qui est conservée au Musée des antiquités de 
Mayence, a été recueillie avec un peigne, des boucles d'oreilles, 
une petite boucle de ceinturon en bronze, un peson en verre cl 
deux tasses en verre. Elle a été publiée par M. Lindenschmit, dans 
son savant ouvrage sur les antiquités germaniques 5 . 

Elle est en bronze et se compose d'une tige assez mince et d'un 
chaton ménagé à même le métal; ce chaton, qui est de torme 
ronde, mais assez irrégulière dans sa partie principale, a 22 milli- 
mètres de large sur 16 de hauteur. On y voit gravé un personnage 
à cheval, du dessin le plus barbare et du travail le plus grossier. 

1. 750 inscriptions de pierres gravées inédites ou peu connues. n° 386, p. 141. 

2. Voir LXXXVIII, CCXLV, GGLXV, CGXGVIII; et deux cachets reproduits à 
l'Appendice, n 06 III et VII. 

3. Hnndbuchder deulschen Aller thumskunde, première partie (Antiquités mé- 
roving.), pl. XIV, fig. 11. Les renseignements que nous donnons en lôle decette 
notice, nous ont été obligeamment fournis par M. Lindenschmit dans une lettre 
du 18 avril 1838. 



no 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



LXXV 

AÏTRE ANNEAU THOUVÉ A OBÉROLM (GRAND-DUCHÉ DE HESSE-DARMSTADT) 




Cet anneau, conservé ainsi que le précédent au Musée de 
Mayence, a été recueilli dans une sépulture franque, où l'on a 
trouvé en même temps divers objets qui ne permettent pas de 
douter que ce ne fût celle d'une femme, savoir : deux bracelets en 
perles, un collier de perles, une fibule ronde, des boucles d'oreilles 
et un étui en bronze'. 

Le bijou dont il s'agit et qui a été publié par M. Lindenschmit 2 
se compose d'une mince tige et d'un cbaton ménagé à même le mé- 
tal, de forme ronde quelque peu irrégulière, ayant un diamètre de 
18 millimètres. Au centre sont gravés des groupes de lignes en 
divers sens, danslesquels on peut distinguer la figure d'une pioche 
ou d'un marteau, et qui sont encadrés dans un double cercle for- 
mant bordure. 

Les traits gravés sur cette bague n'ont aucune signification et 
servaient seulement à assurer le secret de la correspondance. 

LXXVI 

ANNE \U D'itUNTLA, TROUVÉ A LAUBENHEIM (ilR AND DCCHÉ DE 

hesse-darmstadt) 

Nous reproduisons ici une belle bague en or, trouvée à Lauben- 
beim, près de Bingen, ancienne ville forte du duché de ITesse- 
Darmstadt. La sépulture franque où elle a été recueillie contenait, 
en outre, deux boucles d'oreilles en or, ornées de verres colorés, 
une fibule ronde en or, une chaîne de perles d'améthyste et d'am- 
bre jaune. 

1. Lettre précitée de M. Lindenschmit. 

2. Oper. cit., pl. XIV, fig. 14. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



91 



Ce bijou, qui est conservé au Musée de Mayence, a été publié 
par M. Lihdenschmit, dans son ouvrage déjà cité sur les Anti- 
quités germaniques '. 

11 est composé d'une mince tige ronde et d'une lame plate en 
or, sur laquelle viennent se poser les deux extrémités de la lige, et 
qui est accostée, à ses deux bouts, de deux pattes en forme de S, 
sur lesquelles est appliqué et soudé un large chaton de forme ronde 
de 14 millimètres de diamètre. Au centre de ce chaton est gravé le 
buste d'un personnage féminin; la tète, de profil, tournée à droite, 
est ceinte d'un bandeau terminé, au sommet, p a r u il nœud de 
perles, et, sur la nuque, par deux bandelettes. Autour du buste, une 




légende dont nous nous occuperons bientôt. Le tout est entouré 
d'un cercle et de trois rangées concentriques de grènetis. Au re- 
vers, le chaton est également bordé d'un triple rang de grènetis, 
et porte, à gancho, entre deux pattes en volutes, les caractères sui- 
vants, surmontés du signe de l'abréviation : 

Tv 

Enfin, aux deux points de réunion de la baguette et du chaton, 
l'on remarque trois globules ou cabochons en or, déjà signalés 
comme un des traits caractéristiques de la fabrique mérovingienne. 

Voici maintenant la légende inscrite autour du buste : 

HVNILA I2TOI 

Le nom d'Hunilaest bien connu : c'est celui d'une femme gothe 
d'origine et de sang royal, que l'empereur Aurélien, dans un 
intérêt politique, fit épouser à Q. Bonosus ou Bonosius, l'un des 
trois tyrans qui s'élevèrent sous le règne de Probus (280-281)*. 

1. Pl. XIV, n°» I et 2. 

2. Vopiscus sur Bonosus : « Fuisse enim dicilur (ut et avns meus dicebaf) 
foemina (uxor Donnai) singularis exempli, et familiae nobilis gentis GoUhicac : 



92 



ÉTUDE SUft LES ANNEAUX 



La femme qui, à la fin du vi* siècle ou au commencement duvn , 
possédait le riche et élégant bijou figuré ci-dessus, était évidem- 
ment l'épouse d'un souverain ou tout au moins de lignée royale, 
et très probablement de race gothique. Mais il esl à peine besoin 
d'ajouter que je n'entends établir ni même conjecturer de lien de 
patenté entre elle et YHunila du m e siècle. 

J'ignore la signification de la deuxième partie de l'inscription, 
comme absides caractères gravés au revers du chaton. 

LXXYII 

BAGUE TROUVÉS A DIETERSHEIU (GRAND-DUCHÉ DE IIESSE-DARMSTADt) 




Voici une bague en bronze, conservée au Musée de Mayence\ 
auprès de laquelle on a trouvé un peigne, un étui également en 
bronze, deux colliers de perles et une boucle d'oreille', tous objets 
qui sont la marque d'une sépulture féminine. 

Le chaton de cette bague, pris dans la masse du métal, est rond 
et a (la bordure comprise) 16 millimètres î/2 de diamètre. En de- 
dans de la bordure en forme de torsade, il y a un cercle tracé au 
burin ; à l'intérieur, des traits et des signes dont le sens nous 
échappe, et dans lesquels on distingue seulement un T. 

À droite et à gauche du chaton, au point où commence la ba- 
guette, on a ménagé le relief d'un cabochon, comme nous l'avons 
observé sur plusieurs anneaux de la période mérovingienne. 

qunm illi Aurelianus uxorem ideirco dederat ulpor eum a Gotthis cuncta cog- 
nosceret. Erat enim virgo regalis. Extant literae ad legatum Thraciarum scrip- 
lae, de iis nuptiis et donis quae Aurelianus lîonoso dari nuptiarum causa jussit : 
« .... Nunc tamen quon'iain plaçait Bonoso IIunilam dari, datas eijuxta brève infra 

scriptum omnia quae praecipimus » (Historiae Auyustae seviptores, edit. 

Hackiana, t. II, p. 770-771.) 

1. Lindenschmit, Handbuch der dcuUchen Alterthumskunde, pl. XIV, fîg, 17. 

2. Lettre de M. Lindensclimit, du 18 avril 1888. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 93 

LXXVIII 

BAGUE TROUVÉE PRÈS DE WORRSTADT (GRAND-DUCHÉ DE HESSE-DARMSTADT) 




Cette bague en bronze, qui appartient au Musée de Mayence, 
a été publiée par M. Lindenschmit '. Elle se compose d'une forte 
tige et de deux chatons de dimensions très inégales et pris tous 
les deux dans la masse du métal. La tige est ornée, à droite et à 
gauche, de bourrelets. 

Le plus grand des chatons est un carré irrégulier aux angles lé- 
gèrement arrondis, de 12 millimètres de large sur 9 de hauteur. 
Dans un cadre tracé ui burin, on voit des lignes gravées en di- 
vers sens et qui paraissent être, non des caractères significatifs, 
mais de pure fantaisie. Notre bague était probablement néanmoins 
destinée à servir de cachet. 

A côté de ce bijou, on a trouvé deux boucles d'oreilles en bronze, 
une chaîne de perles, un bracelet en bronze et deux étroites 
languettes de courroie 2 , qui ont du être à l'usage d'une femme. 

LXX1X 

BAGUE TROUVÉE A UDENHEIM (GRAND -DUCHÉ DE nESSE-DARMSTADT) 




Nous reproduisons ici une bague en bronze, qui appartient 
"™ ' eS P-«entes, ■» Musée de Mayenee, et auprès de^utué 

1. Oper. cit., pl. XIV, flg. 12. 

2. Lettre précitée de M. Lindenschmit. 



94 



ÉTUDE SUK LES ANNEAUX 



on a recueilli deux boucles d'oreilles et un ornement en forme de 
disque, également en bronze, qui dénotent la provenance d'une 
sépulture de femme, et de femme franque suivant l'observation de 
M. Lindenschmit 1 . 

Cet anneau a 19 à 20 millimètres d'ouverture; la tige en est 
assez forte ; il est décoré de deux chatons ménagés à même le mé- 
tal, dont un seul, le plus grand, nous est connu : c'est un carré 
long de 14 millimètres de large sur 10 de hauteur. On y voit un X 
ou bien une croix de Saint-André, gravée entre deux traits perpen- 
diculaires, avec deux demi-cercles aux points d'intersection des 
1eux barres obliques ; des deux angles latéraux du X se détachent 
deux pointes, qui se relient aux traits perpendiculaires. 

Ces dessins n'ont sans doute aucun sens; le bijou semble néan- 
moins avoir eu la destination et l'emploi d'un cachet. 

LXXX 

BAGL'E AVEC CROIX GRECQUE, TROUVÉE A RUDESHEIM, 
PROVINCE DE NASSAU (ALLEMAGNE) 




Nous faisons figurer ici une bague en bronze, sur le chaton de 
laquelle est gravée une croix grecque. Ce bijou, qui appartient au 
musée de Mayence.aété publié par M. Lindenschmit 2 , d'après le 
témoignage de qui il provient d'une sépulture franque. Il se com - 
pose d'une tige assez forte et d'un chaton [tris dans la masse, le- 
quel a 15 millimètres dans sa plus grande hauteur. 

1. Op. cit., p. 401, pl. XIV, fîg. 18. — Lettre du 18 avril 1883. 

2. Op. cit., p. 404', pl. XIV, ir 15. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



95 



DIOCÈSE DE MAYENCE OU DIOCÈSE DE WORMS 

LXXXI 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DU DUCHÉ DE HESSE-DARMSTADT 




Cette bague en bronze a été trouvée dans uue sépulture qui con- 
tenait, en outre, un p son et une chaîne de perles. Elle appartient 
au Musée de Darmsladt et a été reproduite par M. LimlenschmitJ 
dans son ouvrage déjà cité 1 . 

Notre anneau a 10 millimètres d'ouverture ; la tige a 5 milLimè- 
ires de hauteur près du chaton, qui est. un carré long, ménagé à 
même le métal, et mesure 8 millimètres de large sur 7 de haut. 

Sur ce chaton est gravé en creux un monogramme, dont l'aspect 
suggère tout d'abord l'idée d'une croix gammée, et dans lequel, 
après un examen plus attentif, on découvre au sommet un F couché 
et renversé; en bas, à gauche, un A ; à droite le caractère \, que 
je crois être une des nombreuses formes du G à l'époque mérovin- 
gienne; enfin plus bas, à droite, un Li ce qui, pour l'ensemble 
donnerait, en répétant la lettre A, la leçon : 

FAGALA 

Ce nom féminin, mentionné dans les Gesta eptscoporum Came- 
racensium 1 , convient bien à un bijou provenant d'une tombe qui, 
d'après la nature des autres objets qui y ont été découverts, devait 
être celle d'une femme fianquc'. 

1. Uandbuch der deulschen Aller ■Ihumskunde, l'° partie (Époque mérovingienne), 
pl. XIV, n° 13 

2. Dans Perlz, Mon. Germ. hist. SS., t. IX, p. 484. Ce vocable se lit, chez les 
Bollandisles, sous la forme Phagala (Acta SS., mens, januar., t. II.) 

3. Lettre précitée de, M. Lindenschmit. 



96 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



DIOCÈSE DE WORMS 



LXXXII 

ANNEAU TROUVÉ A WORMS (GRAND-DUCHÉ DE IlESSE-DAUMSTADT) 




Cet anneau en bronze, conservé an Musée de Mayence, figure 
dans l'ouvrage déjà cité de M. Lindenschmit 1 . Il se compose d'une 
mince tige et d'un chaton, au point de réunion desquels on remar- 
que un cabochon ou globule. Lo chaton, qui est de forme ronde 
assez irrégulière, a 1G ou 17 millimètres de diamètre : au centre 
sont gravés cinq boutons, entourés chacun d'un petit cercle, et sé- 
parés d'un cercle servant de bordure au chaton par des courbes 
reliées les unes aux autres et dessinant des sortes de compartiments. 

A côté de cette bague, on a recueilli deux boucles d'oreilles avec 
ornements en verre bleu, et une chaîne de perles, qui faisait sans 
doute partie d'un collier 2 ; ces bijoux dénotent la provenance d'une 
sépulture féminine. 

Les dessins tracés sur le chaton, dépourvus d'ailleurs de toute 
signification, avai nt sans doute pour but de constituer un cachet 
destiné à assurer le secret de la correspondance, peut-être aussi 
l'authenticité de la souscription de la personne qui en était pro- 
priétaire aux actes où elle figurait. 

Il en était probablement de môme pour les anneaux que nous 
décrivons dans les deux notices suivantes. 



1. Hundbuch der deulschen Altt rhumskunde, pl. XIV, fig. 15. 

2. Lettre de M. Lindenschmit, du 18 avril 18 33. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



97 



DIOCÈSE DE COLOGNE 
LXXXill 

ANNEAU AVKC MONOGRAMME, PROVENANT DES ENVIRONS DE RONN 
(PRUSSE RHÉNANE) 




Ce bijou, qui est en or, appartient au Musée de la ville de Bonn 
et provient assurément de la Prusse Rhénane. Il a été publié par 
M. Lindenschmil', d'après les dessins duquel nous le reproduisons 
ici. 

Il se compose d'une tige et d'un chaton de forme ronde, qui est 
soudé sur la tige et a 24 millimètres de diamètre, y compris la bor- 
dure. Le monogramme dont il est orné est surmonté d'une petite 
croix, et en présente une deuxième à la partie inférieure. En par- 
tant de la droite (pour le lecteur), on y voit, gravé à part, un C 
rétrograde ; puis, dans le corps du monogramme, un O attaché à 
la première des deux barres perpendiculaires; le N figuré par les 
deux barres et le trait oblique qui les relie ; le A non barré du som- 
met, et le E rétrograde, ce qui donne le nom de CONAE, et, avec le 
redoublement du N, CONANE. Le S rétrograde posé sur le trait 
oblique intérieur, qui est si souvent le siglc de Signum, a ici, 
croyons-nous, cette valeur, et nous lisons conséquemment : 

S{ignum) CONANE- 

De Cona, vocable d'origine germanique mentionné au x° siècle 2 , 
est dérivé le nom de Covanus, duc des Bretons, qui figure si souvent 

1. Op. cit.. pl. XIV, n» 10. 

2. C'est le nom du (ils de Bérenger II, roi d'Italie, mentionné dans la [relation 
de l'ambassade de l'évèque Luidprand à Gonstanlinople, en 968 (Pertz, Monum. 
germm. historié. SS., t. III, p. 253). 

7 



98 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

dans la Chronique de Richer et implique naturellement l'existence 
du féminin correspondant, dont nous avons sur notre anneau l'em- 
ploi au génitif. 

LXXX1V 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, PROVENANT d'aNDERNACH 
(PRUSSE RHÉNANE) 




Nous reproduisons ici la plateforme du chaton d'une bague prove- 
nant d'un tombeau découvert près d'Andernach (Prusse Rhénane), 
Y Antunnacum des itinéraires romains 2 et d'Ammien Marcellin 3 . 

En 1886, M. Schaaffhausen, conservateur du Musée de Bonn, a 
adressé à mon savant confrère M. Alex. Bertrand, pour m'ètre 
communiqué, un dessin du monogramme dont 11' chaton du dit 
anneau est décoré. 

Ce monogramme est des plus compliqués. Nous y avons reconnu 
la présence des lettres suivantes, en allant de gauche à droite : E, 
T, A, V, N, I, 7, C, et un second E, auquel il faut peut-être joindre 
un L rétrograde. Il nous a été impossible de grouper ces caractères 
d'une façon rationnelle et d'obtenir une explication même conjec- 
turale. 

Nous devons noter, à ce propos, que les monogrammes inscrits 
sur les bagues des régions du nord, du nord -est, et particulière- 
ment de celles qui bordent le Rhin, sont assez souvent compliqués 
et d'un déchiffrement très ardu. Ajoutons toutefois que nous n'en 
avons pas encore rencontré dont l'étude présentât autant de diffi- 
culté que eclui de l'anneau d'Andernach. 

1. III, 80, 91 (Pertz, Ibid., p. 650-652). 

2. Voir E. Desjardins, La Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutln- 
ger, p. 54. 

3. XVIII, ii, 5; collecl. Teubner, p. 122. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



DU 



DIOCÈSE DE TONGRES 



LXXXV 



BAGUE DE WABLEGYSUS, PROVENANT d'aULCHIN, PROVINCE DE BELGIQUE 



Cette bague, trouvée en 1850, dans le cimetière franc de Ilaulchin, 
fut déposée au Musée royal d'armures et d'antiquités de Bruxelles. 
D'après des renseignements que j'ai reçus de M. Destrée, conserva- 
teur-adjoint de ce Musée, l'anneau ou plus exactement les frag- 
ments d'anneau qui y avaient été recueillis, sont perdus depuis 
déjà longtemps :« Cet objet, m'écrivait-il récemment 1 , est décrit 
dans le catalogue de 1854, mais, lors du recolement fait eu 18.V.I, 
il ne fut pas retrouvé ; aussi ne figure-t-il plus dans le catalogue 
imprimé en 186i. » 

Notre anneau a été publié pour la première fois, peu après sa 
découverte, par M. Scbayes, alors conservateur de la précieuse 
collection belge 2 , et depuis par plusieurs archéologues, notamment 
par notre regretté confrère, E. Le Blant, qui avait eu des em- 
preintes, d'après lesquelles le bijou a été reproduit dans son Recueil 
des inscriptions chrétiennnes de la Gaule s . 

Il est en argent et se compose d'un chaton de forme ronde, de 
1S millimètres de diamètre (y compris la bordure de grènetis), 
soudé sur une mince tige, qui se prolonge sous le chaton en une 
double patte. A droite et à gauche du chaton, il y a trois globules 
ou cabochons en argent, soudés au point où il se réunit à la ba- 
guette. 

Il porte, en légende circulaire, et très légèrement gravé à la 
i Lettre de M. Destrée, du 29 mars 1887. 

2. Notice sur la découverte d'un cimetière franc à Haulchin, p. 4, pl. II, fig. 4 ; 
Bulletin de l'Acad. de Belgique, t. XXI, l re partie, p. 120, et pl. II, fîg. 1G. 

3. T. I", p. 425, n° 321, pl. XXXV, n° 219. Ou le trouve encore dans Cochet, 
Normandie souterraine, 2° édit., p. 252, et Le tombeau de Childéric l", p. 377. 




100 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



pointe, un nom, où les auteurs qui se sont occupés de cet objet ont 
lu + WABVETVSVS. 

Cette leçon ne nous paraît pas exacte. Telle était aussi l'opinion 
d'un habile paléographe, le regretté Julien Havet. 

Le premier groupe WAB est suivi d'un L et d'un E, puis d'une 
lettre qu'on a prise à tort pour un T et oîi j'ai vu, avec J. Havet, 
une des nombreuses formes du G à l'époque mérovingienne ; vien- 
nent ensuite un Y (qu'on a pris pour un V) et le groupe final SVS. 

L'ensemble de l'inscription nous donne 

WABLEGYSVS- 

Si le S du centre a, à raison de la place qu'il occupe, uue deuxième 
signification, il représente l'initiale de Signavi ou Subscripsi, et, 
dans ce cas, il faudrait lire : 

+ WABLEGYSVS S(ignavi) ou S(ubscripsi). 

Les deux dernières syllabes de ce nom sont bien en rapport avec 
l'onomastique gallo franque ', et le Y remplace assez souvent le | 
dans les chartes et diplômes de cette période 3 . 

LXXXVI à CXIV 

VfNGT-NEUF ANNEAUX PROVENANT DE LA PROVINCE DE NAMUR (BELGIQUE) 

M. Alfred Bêquet 5 , vice-président de la Société archéologique de 
Namur et conservateur du Musée de cette ville, m'a fort obligeam- 
ment envoyé les dessins d'une nombreuse série d'anneaux francs 
appartenant audit Musée et provenant des fouilles exécutées parles 
soins de la Société de Namur, sur la rive droite de la Meuse et de 
la Scarpc, dans les limites de la province. Mais il me parait utile de 

1. Nous voyons en effet, dans les actes de celte période, des noms comme 
ceux d'Adalgisus, Adregisus, Alagisus, Amalgisus, Andegisus, Ansigisus, Bere- 
gisus, Bcrdegisus, Bretegisus, Carothgisus, etc., etc. (Pardessus, Dipl et ch., 1. 1, 
p. 213; t. II, p. 37, 83, 89, 149, 202,203, 213, 221, 437, 440, 447, 461 et passim.) 

2. Ainsi l'on trouve Aigulfus et Aygulfus, Ghislemarus et Ghyslemarus, Hidul- 
fus et Hydulfus, Hippolytus et Yppolitus, etc. (Pardessus, Diplom. et ch., t. II, 
p. 33, 35, 35, 43, 47, 49, 53, 81, 118, note 3, 199, 218 etpassim. 

3. Lettre de M. A. Bé^uet, du 8 avril 1889. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



101 



faire précéder cette description, do notions générales que, sur ma 
demande, le savant archéologue a bien voulu formuler touchant 
l'âge probable et les procédés de fabrication de ces petits monu- 
ments. 

Point n'est besoin de signaler à nos lecteurs la haute valeur d'ob- 
servations émanées d'un érudit aussi profondément versé dans 
la connaissance des antiquités de la province de Namur. 

« Age probable des anneaux. 

« Les Francs ensevelis dans les cimetières de Samson et de 
Spontin portaient la grande épée, la francisque, la framée, le bou- 
clier et de belles boucles en bronze. Leurs compagnes portaient 
des colliers en or, en ambre ou en verroterie, des bracelets en 
argent et en verre, des pendants d'oreilles, des épingles à cheveux 
en or et en argent. Leurs coiïrets à bijoux ont des ornements de 
style romain ; presque tous les vases sont en terre rouge, et 
imités des vases dits samiens ; les vases en verre sont nombreux. 

« Bien que le "mobilier de ces sépultures ait un caractère germa- 
nique parfaitement prononcé, on constate, dans la plupart des 
objets d'équipement et de toilette, une influence romaine évidente. 

u Ces hommes libres s'étaient assurément trouvés en contact 
avec la civilisation romaine, soit clans les grandes villes riveraines 
de l'Escaut, de la Meuse, de la Moselle et du Rhin, ou bien dans 
les armées impériales, où ils avaient servi comme auxiliaires. 

<( Bien dillérent est le mobilier sépulcral des nécropoles de date 
postérieure; il a un caractère plus rude, plus franchement ger- 
manique; on n'y voit aucune trace de contact avec une civilisation 
plus avancée. Les bijoux en métal sont rares et consistent princi- 
palement en bractéates analogues à celles qu'on trouve en Scandi- 
navie. Les objets de parure sont de facture bien barbare ; les signes 
du christianisme sont mêlés aux amulettes païennes; les anneaux 
ont des signes et des monogrammes. 

« Deux ou trois tombes seulement renfermaient la francisque, 
la framée et même la grande épée : ce sont les restes d'hommes 
libres, propriétaires du sol sur lequel ils se sont définitivement 
fixés après la conquête. 

« Les sépultures qui les entourent appartiennent à leurs serfs. 
On n'y rencontre que dos scramasaxes, des couteaux, des boucles 



102 



ÉTUDE SUU LES ANNEAUX 



de ceinturon en fer, des objets de toilette d'un style très barbare 
et de petites urnes noires couvertes d'ornements bizarres. 

« Au mois de nui 1890, il a été découvert, à Suarlée près Namur, 
une sépulture précieuse au point de vue de l'épo jue à assigner à 
l'usage des anneaux qui nous occupent parmi les populations fran- 
ques. A côté des objets formant l'équipement habituel du guerrier 
germain, se trouvaient deux bagues en or. 

« Ce qui donne à cette trouvaille une valeur particulière, c'est 
que la sépulture renfermait en outre sept monnaies impériales en 
or, savoir : 1 de Valens (364-378), 1 de Gralicn (367-383), 2 de 
Valentinien II (375-392), 1 de Théodose (379-395), 1 d'Arcadius 
(383-408), et 1 d'Honorius (395-423). Une aussi remarquable série 
d'empereurs, dont tous les règnes se suivent, permet sans doute de 
considérer comme très probable que la date de l'enfouissement de 
ces médailles avec le corps du guerrier remonte à Honorius ou à 
un de ses successeurs immédiats. 

« Procédés de fabrication. 

« L'or employé par les orfèvres francs pour l'exécution de ces 
bijoux avait été laminé par le martelage. 

« Toutes les soudures étaient faites à l'or avec beaucoup d'ha- 
bileté. 

« La tige de ces bagues consiste, soit en une corde unie, ou gra- 
nulée ou striée, soit et plus souvent en un cercle d'or, sur lequel 
on gravait quelques dessins ou l'on appliquait par la soudure des 
ornements consistant en globules, grènetis, fils tordus, lamettcs, 
etc., etc. 

« Le chaton a généralement la forme d'une capsule carrée, rondo 
ou ovale, faite de lames d'or assez minces et soudées. Il enchâsse 
une améthyste, un cristal de roche, rarement une intaille ou un 
camée. Mais les orfèvres barbares, qui n'avaient pas toujours ni 
même fréquemment à leur disposition des pierres dures, les rem- 
plaçaient bien souvent par des imitations en verre. 

« On ne trouve pas sur ces genres d'anneaux les trois globules 
ou cabochons en métal, disposés en feuilles de trèfle, qui, ainsi 
que le dit très justement M. Deloche, sont un des ornements ca- 
ractéristiques des anneaux mérovingiens'. 

1. Il convient toutefois de noter à cet endroit que, d:ins plusieurs de nos an- 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



103 



« A côté des bagues en or, celles que l'on rencontre le plus com- 
munément chez les Francs des premiers temps de l'occupa! ion, 
sont do simples anneaux d'argent ou de bronze, semblables aux 
alliances que portent encore aujourd'hui les gens mariés. Le seul 
cimetière franc de Samson en a donné une vingtaine. 

« Un large anneau d'argent, trouvé tout récemment dans une 
sépulture franque, à Ilans-snr-Lesee, province de Namur,est décoré 
d'un chaton, dans lequel est sertie nne intaille romaine sur corna- 
line, d'un excellent effet. 

« Pour me résumer, je pense que les anneaux, chez les Francs 
du v c siècle et peut-être du commencement du vi e , étaient encore 
dépourvus de signes et de monogrammes. Ces peuples avaient 
emprunté aux Romains l'usage des pierres précieuses pour orner 
leurs bagues, et, à défaut de gemmes, les ont imitées avec des 
verroteries. Je crois que l'usage du monogramme et des figures 
n'est venu que plus tard, lorsque le christianisme fut répandu 
parmi les Mérovingiens. » 

1° LXXXVI. — ANNEAU AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DE JUMELLE, 
PROVINCE DE NAMUR (BELGIQUE) 




Cet anneau en argent a été trouvé, en 1882, dans la sépulture 
d'une femme. On recueillit dans la même tombe des grains de col- 
lier en ambre et en verroterie; sur la poitrine de la défunte, il y 
avait une fibule semblable aux broches que les femmes portent de 
nos jours; à ses pieds, une petite urne de terre noire, ornée de des- 
sins faits à la roulette. 

Notre anneau a été déjà publié par M. Béquet, dans les Annales 
de la Société archéologique de Namw-'. 

neaux, on voit deux petits globules ou cabochons de métal disposés à droite et 
à gauche des points de jonction de la tige et du chaton. M. D. 

1. T. XVI, p. 30; l'article est intitulé : Nos fouilles en 1882. 



104 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Il a 18 millimètres d'ouverture et se compose d'une tige de 2 mil- 
lim. d'épaisseur et d'un chaton rond, de 20 millim. de diamètre, 
soudé sur la tige, laquelle se prolonge sous le chaton dans la forme 
de deux pattes, divisées chacune en deux volutes divergentes. Aux 
deux points de réunion de la tige et du chaton, on a soudé trois 
cabochons ou globules, disposés en feuilles de trèfle. 

Le chaton, bordé d'un cordon perlé, a conservé quelque traces 
de dorure : il est orné d'un monogramme, gravé légèrement a la 
pointe à la façon des graffiti et parsemé de points. 

Etudions maintenant ce monogramme, dans lequel nous devons 
nécessairement trouver un nom de femme. 

En parlant de la droite (du lecteur), nous y voyons un B, un A 
non barré et surmonté d'une petite croix; un S, traversé oblique- 
ment par un I ; un N formé par ce trait oblique et les deux barres 
perpendiculaires; enfin, un E rétrograde: ce qui nous donne, pour 
l'ensemble, le nom de 

BASINE 

La déclinaison de ce vocable au génitif implique la présence du 
mot Signvm, et telle est assurément la signification du S barré, 
qui a conséquemment ici, comme dans plusieurs autres bagues 
contemporaines, un double emploi, puisqu'il enlre aussi dans la 
composition du nom de la personne propriétaire du bijou. 

Nous lisons donc : 

SI(,9num)BASINE. 

Le nom de Basina est célèbre dans les annales des Francs méro- 
vingiens, car il fut porlé : 1° par la femme du roi de Thuringe, qui 
abandonna ce prince pour venir s'offrir au roi Childéric I eJ , dont 
elle eut Clovis I er '; 2° par une fille de Gbilpéric, qui fut religieuse 
dans le monastère de Sainte-Croix de Poitiers, où elle causa des 
troubles et des scandales rapportés par Grégoire de Tours 2 . 

Il existe un autre anneau sigillaire portant le môme mono- 
gramme de Basina, qui fait l'objet de la notice suivante. 

1. Greg. Tur., Hist. eccles. Fiancor., Il, 12 ; Epilom., 12, édit. Guadet et Taranne, 
t. I ct , p. 80 et t. II, p. 29. 

2. Hist. eccles. Franco-., IX, 39; et X, 16; edit. laud., t. II. p. 187 et 243. Le 
masculin Basinus, correspondant au féminin Basina, se renconlre assez fréquem- 
ment dans la période mérovingienne. Voir dans Pardessus, t. II, p. 83, 88, ( J3, 
221, 250-253, 2G4 et 358. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



105 



2° LXXXVIL — AUTRE ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A 
FRANCHTMONT, PROVINCE DE NAMUR 




Voici un deuxième anneau, en bronze, portant le monogramme 
de .Basina, provenant, comme le premier, d'une sépulture franque, 
et publié par M. Alf. Béquet, dans les Annales de la Société archéo- 
logique de cette ville'. Il en diffère toutefois sous plusieurs rap- 
ports. 

Il a 20 millimètres d'ouverture, cl la tige en a 4 de largeur. Le 
chaton, de forme ronde, a 12 millim. de diamètre; il n'est pas 
accosté des trois cabochons en Heur de trèfle qu'on observe sur le 
numéro précédent. 

Le monogramme dont il est orné, presque identique à celui du 
premier anneau, est gravé plus habilement au burin el en traits 
plus profonds et plus pleins. C'est, nous l'avons dit, le même nom 
de Basina au génitif, avec le S barré (%), abréviation de Signum, 
comme au numéro précité : 

+ S{ignum) BASINE. 

Une circonstance à signaler, c'est que ce bijou a été recueilli, 
à Franchimont, dans une tombe dont le mobilier dénonce la sé- 
pulture d'un guerrier: il comprend, en ellet, une francisque, une 
framée, une boucle en fer avec plaque et contre-plaque garnies 
d'argent, des flèches pour la chasse et divers menus objets \ 

Il est fort difficile d'expliquer comment deux bagues portant le 
môme nom féminin en un monogramme de composition presque 
identique, se sont trouvées en deux endroits et dans des sépultures 
différentes : l'une dans une tombe de femme, l'autre dans la tombe 
d'un guerrier. On ne pourrait imaginer, à cet égard, que des con- 

1. T. XV, p. 289; l'article est intitulé : Nos fouilles de 4880. 

2. Tels que briquet, pince à épiler, perçoir. Il y avait aussi deux vases en po- 
terie et un vase en verre. 



106 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



jectures sans base sérieuse et qu'il est conséquemment inutile 
d'exposer. Nous nous bornerons à faire observer que, des deux 
bagues, l'une a 18 millimètres et l'autre 20 millim. d'ouverture, 
ce qui donnerait à penser qu'elles avaient été fabriqués pour deux 
personnes ditférentes. 

Il est inléressant de les rapprocher d'un autre anneau des 
contrées rhénanes, décrit plus haut sous le n° LXXXIII. 

3° LXXXV1II. — BAGUÉ DE ISOLUS OU BOBOLUS, TROUVÉE AU TOMBOIS, 

PROVINCE DE NAMUR 




La bague en bronze que nous repro luisons ici, a été recueillie 
dans un cimetière franc, découvert au lieu dit le Tombais, dépen- 
dance du hameau d'Esclayc, commune de Pondrôme, canton de 
Beauraing; elle était au doigt d'un personnage qui avait été ense- 
veli tout éperonné. 

L'ouverture de l'anneau est de 22 millimètres; la tige, qui est 
massive, a 7 millim. et dé ni près du chaton. Ce chaton, ménagé 
à même le métal, est de forme ronde et a 12 millim. de diamètre; 
il présente, gravées en creux, deux petites croix, avec trois lettres 
dont nous nous occuperons bientôt. 

En publiant ce bijou, en 1887, la Société archéologique de 
Namur a fait connaître que les sépultures du Tombois, dans l'une 
desquelles il a été recueilli, contenaient divers objets à l'usage des 
Francs, tels que boucles en bronze, coutelas, éperons en fer, peignes, 
bracelets, broches ornées de verroleries, etc. 1 . Quant à l'inscrip- 
tions du chaton, l'auteur de l'article descriptif de notre anneau 
déclarait ne pouvoir en indiquer le sens 2 . 

La lettre gravée à la droite du chaton (gauche du lecteur) est 
certainement un B cursif (b), dont la base, au lieu d'être arrondie, 

1. Annales de la Soc. archéol. de Namur, l. XVII, p. 242-243. Sur un grand 
coutelas contenu dans une de ces sépultures, on lit l'inscription VICSVS FICIT. 

2. Il a cru voir, mais à tort, dans une de ces lettres, un « I avec un crochet, 
qui lui donnerait l'apparence d'un J » ; c'est assurément un 15 cursif. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



107 



présente un angle aigu; les deux lettres de gauche sont O et L. En 
redoublant le O, on trouve le vocable bOLO, an nominatif, men- 
tionné, au viu e siècle, dans une charte de l'abbaye de Lorsch '. En 
redoublant les deux premières lettres, nous avons le nom de 
bObOLO. qui est celui d'un monnayer inscrit sur un tiers de sou 
d'or fabriqué au milieu du vn° siècle 5 . Il est même à remarquer 
que le B y est, comme sur la bague du Tombois, en la forme cur- 
sive \ Dobolus est le diminutif au 'I er degré de Bobo, d'où est dérivé 
le diminutif au 2 e degré Bobolenus, dont l'emploi fut fréquent dans 
le haut moyen âge'. 

En résumé, les caractères inscrits sur le chaton de notre bijou 
nous paraissent devoir être lus ainsi : 

+ bOLO H- ou + bOfbO)LO + 

On pourrait admettre aussi l'hypothèse d'un nom de la deuxième 
déclinaison, décliné ici au datif ou plutôt à l'ablatif, ce qui n'au- 
rait rien de surprenant, car ou en rencontre de nombreux 
exemples dans les souscriptions des chartes et des diplômes de la 
période mérovingienne, el nous en avons d'autres exemples sur 
nos anneaux. 

1. Bolo, gén. Bolonis, dans Cod. Laureshamens . diplomat., t. 111, p. 77. 

2. Celle pièce a été, suivant nous (Descript. des monn. méroving. du Limousin, 
n° 80, p. 183), frappée h Ajain (Creuse); Adr. de Longpérier (Collect. Rousseau, 
p. 87, pl. II, n° 197) l'a attribué à Agen (Lot-et-Garonne). En voici les légendes : 

AGENNO FIT — + BOBBOLO MONI(tow). 

3 Voir notamment Revue numismatigne, l r ° série, t XF, p 100 et 227; I ong- 
périer, Collect. Rousseau, n° 154, p 62. De nombreux personnages sont ainsi 
appelés dans Grégoire de Tour-, llist. Franc., V, 40, cl VI, 45; édil. Guadet et 
Taranne, t. I, p. 438 et 453; et dans Pardessus, Dipl. et ch., t. II, p. 82, 83. 89, 
100, 264, 346 et 45 4. 

4. On connaît des monnayers mérovingiens de ce nom qui ont signé des 
pièces sorties de trois ateliers. Voir An. de Barthélémy, Liste des noms d'hommes 
graves sur l's monnaies d: l'époque mérovingienne, p. 9. Mentionnons aussi un 
abbé de Saint-Bénigne de Dijon (an. 814) et un fonctionnaire du Palais, qui 
assista, en 719, à un plaid tenu parle maire du Palais Charles Martel (Pardes- 
sus, Dipl. et ch., t. II, p. 209, 300 et 316). Grégoire de Tours fait mention d'un 
Bobolenus, référendaire de la reine l'rédégonde (llist. Franc., VIII, 32; t. II, 
p. 112). Les Bollandistes ont donné la Vie de deux saints du même nom, qui 
lurent évêques de Vienne, l'un au vu siècle, l'aulre au vuic (Ai ta SS , mens, 
maii, t. VI, p. 446). 



ÉTUDE SU» LES ANNEAUX 
ANNEAU D'AIRINSUStlS, TROUVÉ AU TOMBOIS 




Voici un anneau sigillaire en bronze, qui provient, comme celui 
dont nous nous sommes occupé ci-dessus, du cimetière franc du 
ïombois, dans le hameau d'Esclaye, commune de Pondrôme. Il a été 
également publié, en 1887, par la Société archéologique de Namur 1 . 
Il a 20 millimètres d'ouverture, et se compose d'une tige assez 
mince et d'un chaton, qui paraît y être soudé; il existe, aux deux 
points de réunion de la tige et du chaton, trois cabochons ou glo- 
bules, disposés en feuilles de trètlc, comme on les rencontre si fré- 
quemment sur les anneaux de fabrique mérovingienne. Au centre 
du chaton, qui est de forme ronde et a 1G millimètres de diamètre, 
on remarque un gros bouton pris dans le métal et isolé par un trait 
circulaire profondément creusé au burin; autour de ce bouton, 
sont gravées une croisette et une légende en lettres bouletécs très 
lisibles : 

-f AIRINSVc/)| 

Signum étant sous-entendu 5 . 

Peut-être aussi faudrait-il, à raison de la forme étrange du mot 
Airinsusi, admettre que la dernière syllabe doit être ici détacebé 
du vocable, comme cela a lieu pour deux autres noms inscrits sur 
nos anneaux (ABBONE SO et ROCCOLANE SV), dont les terminales 
SV et SO ont, suivant nous, la signification de SV{àscripsi) 
Dans l'espèce présente, la syllabe SI aurait le sens de S\{f/navi) ou 

1. Annales de la Soc. archèol de Namur, t. XVII, p. 243. 

2. Quand j'ai publié pour la première fois cet anneau [l\ev. archcolog., année 
1888, t. II, p. 180), j'ai pensé que le nom qui y est gravé était Airinsus et que 
le deuxièmes de ce nom avait, avec le I final, la valeur de silgnavi). Mais, après 
mûre réflexion, je crois qu'il est préférable de voir là le génitif d'Airinsusw. 

3. Voir plus loin les n os CCLXV et CCbXVIII et les notes. 



108 

4° LXXXIX — 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



109 



5° XG. — BAGUE A DEUX CHATONS ORNÉS DE CROIX, TROUVÉE A RESTEIGNÉ, 

PROVINCE DE NAMUR 




Autre bague en bronze. Elle provient du cimetière franc de Res- 
teigné, et d'une tombe où l'on a recueilli en même temps divers 
objets qui nous semblent dénoter une sépulture masculine 1 . 

Cet anneau a 22 millimètres d'ouverture ; la tige, qui est ondulée, 
relie deux cbalons de dimensions inégales; le plus grand de ces 
ebatons est un carré de 1 1 millimètres de côté, et porte une croix 
pattée, dont les deux bras sont accostés chacun de deux en/ailles 
faites au burin. 

Le deuxième chaton, déforme ronde, à 8 millim. 1/2 de diamè- 
tre, et présente une petite croix à branches égales, pattées et four- 
chues. 

6° XGI. — BAGUE d'aILLA, TROUVÉE DANS LA PROVINCE DE NAMUR 




Nous faisons figurer, à cette place, une bague en bronze, prove- 
nant, comme les précédentes, d'une sépulture franque de La pro- 
vince de Naraur. 

Elle a 18 millimètres d'ouverture; la tige est ronde et a 2 millim. 
d'épaisseur. Elle est munie d'un chaton déforme ronde, de 11 mil- 

i. Ce sont : la plaque en os d'une boucle de ceinturon, garnie de trois grosses 
tètes de clous en bronze; une grande fibule ansée en bronze à deux pattes, et 
une petite balance également en bronze. (Lettre de M. Alf. Béquet, du l i mars 
1889). 



110 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



lim. de diamètre, sur lequel est gravée une croix à branches égales, 
fortement potencée et cantonnée de quatre lettres. 

Dans quel ordre doivent être lues ces quatre lettres, où nous 
devons trouver le nom de la personne propriétaire du bijou, et qui, 
d'après la faible ouverture de l'anneau, était sans doute une femme? 

En matière de numismatique mérovingienne, lorsqu'une croix 
gravée sur une des faces de la monnaie, présente ainsi des carac- 
tères alphabétiques à ses quatre angles ou cantons, ces caracètres 
sont lus dans l'ordre même de ces cantons, c'est-à-dire en par- 
tant de la gauche (du lecteur) des deux angles supérieurs, et 
puis, en partant encore de la gauche des deux angles inférieurs. 
On en trouve des exemples nombreux 1 . 

Il est conforme à la logique de procéder pareillement pour la 
lecture des inscriptions des anneaux de la même époque. 

D'après cela, les quatre lettres de notre bague doivent être lues 
ainsi : AILL- et avec le redoublement de A. 

AILLA- 

Le Polyptique de Saint- Pcmi de Reims contient la mention des 
noms masculins Ai/as et Ailo°, et du vocable féminin Aila 3 , qui 
permet d'admettre à priori l'emploi, chez les Francs mérovingiens, 
de la forme Ail/a, qui n'en diffère que par le redoublement du /'. 
Nous trouvons enfin dans une notice de plaid de 750, le nom fémi- 
nin d'Aillerta* , dont le thème principal paraît être Ailla. 

7° XC1I. — ANNEAU A CROIX ÉGALE CANTONNÉE DE POINTS, PROVENANT DE 

LA PROVINCE DE NAMUR 

Voici un aulrc anneau en bronze, trouvé dans la province de i\a- 
mur. 

Cet anneau, qui est visiblement de la même fabrique que le pré- 

1. Voir notamment Deloche, Descript. des monnaies mérov. du Limousin, 
n'" LXVIII, LXIX, LXX, LXXV, LXXX'III et GXXIV des planches. 

2. Polyptique de Saint-Remi de Reims, édit. de R. Guérard, p. 54, 64 et 10G. 

3. Ibid., p. 87. On trouve aussi le nom d'Ailitia, p. 104. 

4. Le Polyptique de Sainl-Germain-des l're's, édit. d'Aug. Longnon, n° 21, 
p. 242, nous l'ait connaître le nom A' Alla, où se produit le redoublement du /. 

5. Pardessus, Dipl. et ch., t. II, p 415. 



DES PREMIERS SIECLES DU MOYEN AGE 



111 



cèdent, a 20 millim. 1/2 d'ouverture, et se compose d'une tige de 
2 millini.de hauteur, sur laquelle est soudé un chaton de forme 
ronde, de 11 millim. de diamètre. Sur ce chaton est gravée une 




croix égale, fortement potencée aux quatre branches, et cantonnée 
de quatre points ou globules, au lieu des quatre lettres qu'on lit 
dans le? angles de la croix de la bague à' Ailla. 

8° XCIII. — BAGUE AVEC INSCRIPTION, TROUVÉE AU LIEU DIT (( LE BOIS DES 
SORCIÈRES », PROVINCE DE NAMUR ' 




Nous publions ici une autre bague en bronze, trouvée dans une 
sépulture franque. où l'on a recueilli en même temps une framée, 
une grande boucle en bronze avec plaque el contre plaque, sur les- 
quelles sont tracés au burin des serpents enlacés. 

Cette bague a 20 millim. d'ouverture; la largeur de la tige est 
de 3 millim. ; le chaton qui y est soudé est accosté de trois cabo- 
chons ou globules, disposés en feuilles de trèfle, qui sont, comme 
nous l'avons souvent remarqué, une des particularités distinctives 
de la fabrique mérovingienne. Ce chaton est de forme ronde et a 
19 millim. de diamètre. La croix à branches égales qui en occupe 
le centre, est cantonnée des quatres lettres A E C-E ou C'E A E, ou 
en lisant à la place des deux E, deux M cursifs, A-M C M ; ou bien 
enfin, en prenant l'un de ces deux caractères pour un M cursif et 
l'autre pour un E, AMCE, ou E C-M A- 

Incertain à la fois sur la valeur des lettres de l'inscription et sur 



1. Celte localité est située dans la commune de Florennes. 



112 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

Tordre dans lequel elles doivent être lues, nous sommes dans l'im- 
possibilité d'en proposer une interprétation plausible. 

9°XCIV. — ANN EAU-CACHET AVEC LE S BARRÉ, PROVENANT DE LA PROVINCE 

DE NAMUR 




Voici une bague en bronze, qui a 18 1/2 millimètres d'ouverture ; 
la tige a 2 1/2 millimètres de hauteur. Le chaton, de forme ronde, 
qui y est soudé, a 9 millim. de diamètre et porte, gravé en creux, 
un S, que coupe obliquement une barre, terminée, à ses deux extré- 
mités, par un trait, où il ne nous paraît pas qu'on doive voir un 
caractère alphabétique. 

C'est un nouvel exemple d'anneau, décoré seulement, au chaton, 
du siglc abréviatif de Signum. 

10° XCV. — BAGUE AVEC LA LETTRE A RÉPÉTÉE, PROVENANT DE LA 
PROVINCE DE NAMUR 



Cette bague en bronze a 20 millimètres d'ouverture; la tige, qui 
est renforcée près du chaton, a en cet endroit 7 millim. de hauteur. 
Ce bijou est décoré de deux chatons de dimensions inégales, dont 
le moins important, de forme ovale, a 7 millim. dans sa largeur, 
et 4 1/2 dans sa hauteur; il est orné d'une croix grecque pattée. Le 
plus important des deux chatons est un carré long, de 10 millim. 
de hauteur sur 19 de largeur, avec un double encadrement, où 
sont figurés deux A- 

Ces deux lettres sont indubitablcmeni l'initiale répétée du nom 
du propriétaire de l'anneau. 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



113 



11° XGVI. — AUTRE ANNEAU AVEC L'iNITlALE N RÉPÉTÉE (?), TROUVÉ 
DANS LA PROVINCE DE NAMUR 




C'est un anneau en argent, provenant de la tombe d'une femme 
franque. 

Il a 19 millimètres d'ouverture et une hauteur de 4 millimètres, 
la môme dans tout le pourtour. 11 est dépourvu de chaton et présente 
des ornements, qui sont séparés par des traits perpendiculaires, 
où l'on peut voir la lettre N répétée, laquelle serait, comme sur le 
n° XC111 ci-dessus, l'initialede la personne propriétaire de ce bijou. 

12° XCVII. — ANNEAU AVEC UN SIGLe'dE SIGNIFICATION DOUTEUSE, 
PROVENANT DE LA PROVINCE DE NAMUR 




Cet anneau, trouvé dans une sépulture franque, a 17 millimétrés 
seulement d'ouverture. La lige en est mince et ronde; aux deux 
points où elle se relie au chaton, elle est ornée de deux globules ou 
cabochons. 

Le chaton, ménagé à même le métal, est de forme ronde et a 
12 millimètres de diamètre; il est décoré de deux cercles concen- 
triques tracés au burin, au centre desquels on a gravé trois traits 
pareils à des clous qui seraient réunis à leurs pointes. Quand j'ai 
publié pour l'a première l'ois ce bijou 1 , j'ai exprimé la pensée que 
les traits qui y sont figurés, pourraient être une allusion aux clous 
du crucifiement de Jésus-Christ. 

Mon savant confrère M. R. de Lasteyric m'ayant fait part de 
ses doutes sur le point de savoir si la figure dont il s'agit ne serait 
pas plutôt un shin hébreu; j'ai consulté sur ce sujet un autre de 
mes confrères, dont la compétence et l'autorité en cette matière sont 

1. Rev. archéolog., année 1889, t. II, p. 321. 

8 



114 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



reconnues, M. Philippe Berger, professeur de langue hébraïque au 
Collège de France, et sa très intéressante réponse, dont on trou- 
vera le texte à l'Appendice 1 se résume ainsi : 

L'aspect général du siglc qui nous occupe est celui d'un shin 
hébreu, et M. Berger serait d'autant plus disposé à l'y reconnaître 
que l'usage des abréviations était commun chez les Juifs au moyen 
âge. On en trouve sur leurs cachets et sur leurs alliances. On voit 
dans les inscriptions juives des catacombes la lettre W comme abré- 
viation de pax, mais elle ne se rencontre que sur les monuments 
funéraires. Ces graffites, tracés par des pèlerins nabatéens sur les 
rochers du ïSinuï, commencent par la formule « paix à un tel », qui 
se termine par cette lettre, et dont le sens pourrait convenir ici; 
mais il serait bien étrange de trouver cette légende juive dans une 
sépulture franque. 

M. Berger estime donc que, dans l'état de nos connaissances, 
l'idée qui lui était venue à l'esprit est trop douteuse pour qu'on la 
substitue à celle que j'ai émise en 1889. 

De ce qui précède il résulte que la question d'interprétation de 
la figure gravée sur notre anneau reste ouverte. 

Je me bornerai à faire remarquer : 1° que le mot Pax dont le 
shin hébreu est l'abréviation fréquente dans les inscriptions juives 
des Catacombes, a été aussi une formule usuelle dans les épitaphes 
chrétiennes 3 ; 2° qu'il est aussi dans les formules liturgiques des 
offices catholiques 3 . 

13° XCV111. — BAGUE AVEC ANIMAL FANTASTIQUE AU CHATON, PROVENANT 
DE LA PROVINCE DE NAMUR ' 

Cette bague en bronze a 20 millimètres d'ouverture; sa tige, 
ronde, a partout 2 à 3 millimètres d'épaisseur. Le chaton, soudé 
sur la tige, est accosté, aux deux points de jonction avec celle-ci, 

1. Append. n° IX. 

2. Voir la formule Pax tecum dans E. Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, 
t. II, n°s 495, 497, 499,519, 520, 522, 533, 541 et suiv. Voir aussi la formule In 
pace, dans le même tome dudit recueil. 

3. A l'office de la Messe, à la suite de l'Oraison Dominicale dite à haute voix, 
et à la fin de l'oraison dite à voix basse, le prêtre ajoute : « Pax Domini sït sem- 
per vobiscum ». 

i. Daprès un dessin de M. AU', béquet. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



115 



de trois cabochons ou globules, également soudés et disposés en 
feuilles de trèfle. 




Sur le chaton, de forme ronde et de 18 millimètres de diamètre, 
est gravé un animal fantastique enroulé sur lui-même, dont la 
gravure ci-dessus ne donne qu'une idée imparfaite. 

14° XCIX. — ANNEAU AVEC REPTILE AU CHATON, TROUVÉ DANS LA 
PROVINCE DE NAMUR 




Cette bague en bronze a une ouverture de 18 millimètres ; la 
tige a 2 millim. d'épaisseur; le chaton, de forme ovale, a 10 millim . 
de hauteur sur 7 de largeur, et présente un reptile, grossièrement 
figuré par un trait surmonté d'un petit globule représentant la 
tête de l'animal, et accosté, à droite et à gauche, de quatre traits 
obliques. 

15° C. — AUTRE ANNEAU AVEC REPTILE AU CHATON, PROVENANT DE LA 
PROVINCE DE NAMUR 




Cet anneau en bronze a 17 1/2 millimètres d'ouverture, et se 
compose d'une mince tige de 2 millim. et d'un chaton, pris dans 
la masse, lequel a la forme d'un losange et a 17 1 [2 millim. de lar- 
geur sur 8 1/2 de hauteur. 



11*» ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

On y voit un reptile (?), grossièrement figuré par un trait hori- 
zontal coupé par trois traits perpendiculaires. 

16° CI. — ANNEAU AVEC CROIX ÉGALE, TROUVÉ DANS LA PROVINCE 

DE NAMUR 




Cet. anneau en bronze a 9 millimètres d'ouverture; la tige a 
2 millimètres de hauteur. Le chaton, de forme irrégulière, qui est 
pris dans la masse, a H millim. de haut sur 13 millim. de large. 
Il présente une croix à branches égales, fortement potencées. 

Ce bijou sort évidemment de la même officine que ceux qui ont 
fait l'objet des notices XCVIII et XCIX ci-dessus. Il diffère seule- 
ment de ces derniers en ce qu'il n'a, dans les angles de la croix, 
ni les quatre lettres du premier, ni les quatre points du second. 

17° CH. — BAGUE AVEC SIGNES NON DÉFINIS, PROVENANT DE LA 
PROVINCE DE NAMUR 




Voici une bague en bronze, qui a 18 millim. 1/2 d'ouverture; sa 
tige a 2 millim. de hauteur; elle est ornée d'un chaton ovale de 
14 millim. de large sur 12 1/2 de hauteur. Sur ce chaton, qui est 
ménagé à même le métal, et dans un cercle tracé au burin, on a 
gravé, au centre, une feuille ou un fruit à trois lobes, entouré de 
trois palmettes. 

Ces dessins, qui présentent une grande analogie avec ceux d'un 
anneau en bronze du Musée de Mayence, trouvé près de Woerstadt 
(grand-duché de Ilesse-Darmstadt) l , ne paraissent avoir aucune si- 

1. Voir ci-dessus le n° LXXVIII. 



DES PREMIERS SIECLES DU MOYEN AGE 



117 



gnification; et néanmoins ils constituaient probablement un ca- 
chet. 



18° CI II . — ANNEAU ORNÉ DE POINTS OU GLOBULES DANS DES CERCLES 
PROVENANT DE LA PROVINCE DE NAMUR 




Cet auneau en bron/e, formé tout d'une pièce, a 9 millim. de 
hauteur près du chaton, 2 seulement du côté opposé. Le chaton, 
ménagé à même le métal, est un carré long de 12 millim. sur 9 de 
hauteur. On y a tracé, au burin, un encadrement à pans coupés, 
au centre duquel il y a un point ou globule dans un cercle. A 
droite et à gauche du chaton, il y a deux ornements semblables, 
mais de moindres dimensions. 

Ce mode de décoration de notre bijou se remarque sur un an- 
neau provenant de la Suisse romande, que nous avons décrit plus 
haut'. 



19° CIV. — BAGUE PROVENANT DU CIMETIÈRE FRANC DE SPONTIN, 
PROVINCE DE NAMUR 2 




Cette bague, qui est en or, a 21 millimètres d'ouverture ; sa tige 
est une bande plate de métal, large de 8 millimètres, recouverte, 
à l'extérieur, de deux torsades, bordées et séparées, l'une de l'autre, 
par des cordons de grènetis. 

Le chaton, soudé sur la tige, a 25 millimètres de saillie, y 

1. Voir n° XXXIII. 

2. Décrite dans les Annales de ta Société archéologigue de Namur, t. V1H, 
p. 327 et suiv., article de M. Aug. Limelctte. 



118 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



compris la torsade dont il est bordé sur ses quatres côtés; c'est un 
carré de 12 millimètres de hauteur sur 10 millimètres do large, 
formé de plaques d'or battu, et sertissant une pâte de verre en 
table, imitant l'émerande. Aux points de jonction avec la tige, il est 
accosté de deux globules ou petits cabochons en or. 

Ce remarquable spécimen de l'orfèvrerie franque a été trouvé 
dans une sépulture féminine, avec l'anneau décrit dans la notice. 
suivante 1 . 

20° CY. AUTRE ANNEAU PROVENANT DE SPONTIN, PROVINCE DE NAMUR* 




Ce bijou, également en or, bien qu'il provienne de la tombe 
féminine où a été trouvé celui que nous avons précédemment 
décrit, diffère beaucoup de celui-ci. Il a en etfel 14 millimètres 
seulement d'ouverture, ce qui ne convient guère qu'aune main 
d'enfant ou de jeune fille. 

La largeur de la tige est de 3 millimètres. Le chaton de forme 
ronfle qui y esl soudé, et qui a 9 millimètres de diamètre, sertit un 
quartz hyalin, reposant sur une feuille d'or enduite d'une couleur 
violette, probablement afin de donner au quartz l'aspect de l'amé- 
thyste. 

Aux deux points de jonction du chaton et de la tige, il y a deux 
globules ou cabochons en or. 

1. Celle tombe renfermait en oulre les objets suivants : un peigne en os; 
;in cou, des grains de collier et sept jolis boutons en jais, cerclés d'or; les débris 
d'un coffret à bijoux en bois revêtu de plaques de bronze décorées d'une tète 
de Méduse de facture romaine, et de divers ornements, une cruche et un pla- 
leau en terre rouge. 

2. Ce bijou a été décrit et reproduit dans l'article précité des Annales de la 
Soc. archëol. de Namur, t. VIII, p. 327 et suiv. 



21° CVI. — 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 119 
AUTRE BAGUE PROVENANT DE SPONTIN, PROVINCE DE NAMUR ' 




Colle bague en or a 18 millimètres d'ouverture ; la tige, plate et 
large de 6 millimètres, présente deux fortes bandes d'or en zig-zags, 
encadrées entre trois filets saillants. 

Le chaton, de forme ronde, a 15 millimètres de diamètre, est 
bordé d'un cordon de perles ou petits cabochons, et sertit une ver- 
roterie noire. 

On remarque deux globules ou cabochons en or aux deux points 
de réunion du chaton et de la tige. 

Ce bijou a été recueilli dans la tombe d'une femme, avec deux 
bagues très simples en argent et divers autres objets 2 . 

22° CVII. — BAGUE PROVENANT DU CIMETIÈRE FRANC DE SAMSON, 
PROVINCE DE NAMI'R 3 

Celle bague, en argent, trouvée dans une sépulture de femme ', a 
19 millimètres d'ouverture; la tige, large de 9 millimètres près du 
( bâton et de 4 à la partie opposée, présente divers ornements el en 

1. Ce bijou a été décrit et reproduit dans l'article précité des Annales de la 
Soc. archéol. de Hfamur, t. VIII. p. 327 et suiv. 

2. Savoir : trois bracelets dont un en bronze, un en verre noir elle troisième 
en verre d'un vert clair; une boucle ronde en métal blanc, et 84 monnaies, 
petits bronzes postérieurs à Constantin. Il y avait, à la ceinture, un coutelas et 
des ciseaux, et, aux pieds, un vase à fossettes de poterie rouge et un grand 
bassin en bronze à bordure perlée. 

3. Ce bijou a été décrit el reproduit dans les Annales de la Soc. archéol. de 
JSamur, t. VI, p. 345, article de M. Eug. del Marmol, intitulé ; Fouilles dans un 
cimetière de l'époque franque à Samson (Namur). 

4. Cette tombe renfermait en outre deux bracelets de bronze, trois vases en 
verre et deux vases en terre. 



120 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



particulier, de chaque côté, six petits cercles avec un puint ou glo- 
bule au centre '. 




Le chaton, pris dans la masse et de forme ronde, a 12 millimètres 
de diamètre, et se compose d'une grosse perle cabochon en véri- 
ahle améthyste, bordée d'un cordon perlé ou strié. 

23° CVIII. BAGUE PROVENANT DE SAMSON, PROVINCE DE NAJ1UR 2 




Ce bijou en or, trouvé, comme le précédent, dans une tombe fémi- 
nine 3 , a 20 millimètres d'ouverture ; la tige est ronde et formée 
d'un filet granulé. 

Le chaton, qui est rond et soudé sur la tige, a 14 millimètres de 
diamètre, y compris une collerette en fil tordu; il est formé de 
plaques d'or battu, soudées, sertissant un disque en pâte de verre 
bleu et noir, imitant une agate. 

Au deux points de réunion avec la tige, le chaton est accosté de 
deux globules ou petits cabochons. 

1. Ce genre d'ornements, que nous avons déjà noté sur un autre anneau du 
Musée de Namur (voir ci-dessus, n° Clll), se voit aussi sur une bague de la 
Suisse romande (n° XXXIII), et sur beaucoup d'objets d'équipement et de toi- 
lette du pays habité par les Burgundions. 

2. Décrite et reproduite dans l'article précité des Annales de la Soc. archéol. 
(k Namur, t. VI, p. 345 et suiv. 

3. Avec une quantité de petites perles en verroterie, une épingle-style en 
argent, trois écuelles en terre rouge commune et un grand bassin en bronze à 
bordure perlée. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 12 I 

24 e CIX. — AUTRE BAGUE PROVENANT DE SAMSON, PROVINCE DE NAMUR 1 




Cette bague en or, recueillie dans une sépulture de femme, a 
20 millimèlres d'ouverture; la tige, qui est plate et a partout5 mil- 
limètres de large, est ornée de trois filets ou cordons de grènetis 

Le chaton, de forme ronde et composé de plaques d'or battu, sou- 
dées, a 12 millimètres de diamètre, y compris une petite collerette 
plissée. Une perle en verre, imitant l'émeraude, est sertie dans la 
partie supérieure. 

Aux deux points de jonction de la tige et du chaton, celui-ci est 
accosté de deux globules ou cabochons de métal. 

Ce bijou était au fond d'un vase en bronze, à côté d'une petite 
bague en argent, de trois bracelets du même métal, d'un quatrième 
en verre noir, et de vingt gros grains de collier en ambre 2 . 

25° CX. — BAGUE PROVENANT DE SAMSON, PROVINCE DE NAMUR * 




Cette bague d'argent, recueillie dans la tombe d'une femme *, a 

t. Décrite et reproduite dans l'article précité des Annales de la Soc. archéol. 
de Namur, t. VI, p. 345 et suiv. 

2. Près de la têle, il y avait une épingle à cheveux en argent, trois perles de 
collier en or, et une monnaie en argent de Faustina sen. 

3. Décrite et reproduite dans l'article précité des Annales de la Soc. archéol. 
de Namur, t. VI, p. 345 et suiv. 

4. On a recueilli en même temps de nombreux grains de verroterie et d'am- 
bre, des boucles d'oreilles en argent, une grosse perle amulette en verre noir, 
les restes de la garniture en fer d'une grande bourse ou sacoche, un vase en 
verre et deux vases en poterie rouge. 



122 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

18 millimètres d'ouverture. La tige, plate e! unie, a 7 millimètres 
près du chaton, 4 seulement du côté opposé. 

Le chaton, soudé sur la tige et de forme ronde, a 9 millimètres 
de diamètre et sertit un disque en verre rouge taillé en table. 



26° CXI. — BAGUE DORÉE, PROVENANT DE SAMSON, PROVINCE DE NAMUR ' 




Cet anneau d'argent a été trouvé dans une sépulture féminine, 
à la main gauche du squelette, à côté d'une autre bague très simple 2 ; 
il a 17 millimètres d'ouverture; la tige, qui est plate, et a partout 
4 millimètres de largeur, est ornée de ( rois filets ou cordons. 

Le chaton, de forme ronde, soudé sur celte tige et doré, a 15 mil- 
limètres de diamètre à sa base. Il présente sur la face six raies 
d'argent, sertissant, sans rabattu, un nombre égal de verroteries 
rouges taillées en table et posées sur feuilles d'or hachées; le centre 
du chaton est occupé par une perle en pâte vitreuse d'un blanc 
laiteux 3 . 

27° CXII. — BAC.UE TROUVÉE A SUARLÉE, PROVINCE DE NAMUR 

Cette bague en or, qui a été recueillie dans une sépulture fran- 

1. Ce bijou a été décrit et reproduit dans l'article, précité des Annales de la 
Soc. arehi'ol. de Namur, t. VI, p. 345. 

2. Le même bras possédait deux bracelets en argent : il y avait, à la main 
droite, une bague en argent ordinaire, et, au bras, un bracelet en bronze; au 
cou, de nombreux grains de collier en ambre et en verre : plusieurs de ces der- 
niers sont dorés ; la tombe renfermait encore une épingle à cbeveux en argent, 
dont la tète était un oiseau à gros bec, doré et orné de trois verroteries rouges ; 
deux boucles d'oreilles en argent, formées d'un anneau traversant un cube à 
angles rabattus et sertissant des verrres rouges embattés ; deux écuelles en 
poterie rouge, une coupe en verre et un petit couteau. 

3. Il convient de rapprocher de ce bijou une bague trouvée à Artres (Nord). 
Voir le n° CLXXVI. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 123 

que, à Suarlée, près de la ville de Namur 1 , a 20 millimètres d'ou- 
verture; sa tige, légèrement bombée à l'extérieur et plate à l'inté- 
rieur, a 3 millimètres d'épaisseur 2 . 

Le chaton est accosté, à ses deux points de réunion avec la tige, 
de deux globules ou cabochons en or, comme dans plusieurs des 
bagues ci-dessus décrites. 




La capsule de métal de ce chaton, qui a 3 millimètres de saillie 
sur la tige, renferme un disque «le verre rouge en table, imitant le 
grenat, qu'on a posé sur un paillon en métal doré et quadrillé afin 
d'en augmenter l'éclat 3 . 



28° GXI1I. — AUTRE BAGUE TROUVÉE A SUARLÉE, PROVINCE DE NAMUR 




Cette bague en or, recueillie dans la même tombe que la précé- 
dente', a 20 millimètres d'ouverture. La tige, qui a 6 millimètres 
de largeur y compris deux bordures perlées, est ornée entre les 
bordures de deux blets ou cordons de métal. 

Le chaton, de forme irrégulière, presque ovale, el soudé sur la 
tige, a 10 millimètres de haut sur 14 de large, non compris une large 

1. Leltre de M. Alfred Béquet, du 4 juillet 1890. 

2. On a trouvé dans la même sépulture : 1° les armes et objets divers formant 
l'équipement ordinaire des guerriers francs ; 2° l'anneau que nous décrivons 
plus bas; 3° de nombreuses monnaies en or de Gratien, Valentinien II, Théo- 
dose, Arcadius et Honorius. (Lettre précilée de M. A. Béquet.) 

3. Lettre précitée de M. A. Béquet. Nous avons signalé l'emploi d'un procédé 
semblable sur un autre de nos anneaux. (Voir le n° CXI.) 

4. Voir ci-dessus, n° CXI, la note contenant l'énumération des autres objets 
trouvés dans la même sépulture. 



124 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



collerette de 4 millimètres en fil tordu. Il est formé de plaques d'or 
battu, sertissant un disque en verre bleu et noir imitant une agate, 
et sur lequel on a imprimé ou tenté d'imprimer, avant le refroi- 
dissement de la pâte, un camée ou plus probablement le surmou- 
lage d'une intaille antique, car la figure est mal venue et se dis- 
tingue à peine. 

29° CXIV. — ANNEAU AVEC INTAILLE ANTIQUE, TROUVÉ A ÉPRAVE, 
PROVINCE DE NAMUR 




Cet anneau d'argent provient d'une des sépultures d'un cime- 
tière franc, situé à Eprave. Sa tige, ornée, à l'extérieur, de trois 
moulures, a 6 millimètres de largeur. 

Le chaton, soudé sur cette tige, est un ovale de 10 millimètres 
dans sa plus grande hauteur sur 15 millimètres de large; il est 
formé d'une capsule, striée sur ses bords et contenant une intaille 
antique sur cornaline, représentant un guerrier casqué, qui tient 
de la main droite le sommet d'un bouclier posé à terre, et de la 
gauche une lance, dont la haste est également posée sur le sol. Der- 
rière ce personnage, sont gravées les trois lettres IVL [Julius). 



DEUXIÈME BELGIQUE 



DIOCÈSE DE REIMS 



CXV 



ANNEAU AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DE MUtZON PRÈS REIMS (MARNE) 



Voici un anneau on bronze, qui a été trouvé en 1882, à Muizon, 
village situé près de Reims, et qui appartient à M. E. Payard, ré- 
sidant à Baccarat (Meurthe-et-Moselle), correspondant de la Société 
des Antiquaires de France. 

Il a 19 millimètres d'ouverture, mesurés du chaton à la partie 
opposée, et 20 dans l'autre sens. 

Le chaton, ménagé à même le métal et de forme ronde, a 17 mil- 
limètres de diamètre. Au point où commence le chaton, on a pra- 
tiqué, au burin, trois entailles, qui rappellent les trois globules ou 
cabochons fréquemment signalés sur nos bagues. 

Sur le plat du chaton, daus un cadre tracé au burin, il y a un 
monogramme, dont une partie est difficile à définir et qui parait être 
composé des lettres suivantes : un E rétrograde, au bas de la 
haste duquel est attachée la barre inférieure semi horizontale d'un 
|_; un A au sommet du monogramme; un N au centre; un V formé 
par l'angle supérieur du N ; le S posé sur le trait oblique de cette 
dernière lettre; enfin un caractère placé à la suite du S et qui fst 




126 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



peut-être un |. Ces lettres donneraient, pour l'ensemble, le nom de 

ELANVS ou ELANIVS- 

Le vocable Elanus est celui d'un des témoins d'une charte attri- 
buée à Théodechilde, fille de Clovis 1 er , pour le monastère de Saint- 
Pierre-le-Vif de Sens, et datée d'environ 570; charte reconnue 
fausse mais ancienne'. La lettre |, qui accompagne le S, a peut-être 
ici, comme nous l'avons souvent conslaté, dans d'autres mono- 
grammes, la signification de S\(gnavi) ; et, dans ce cas, il faudrait 
lire : 

ELANVS S\(gnavi). 
CXVI 

ANNEAU DE CUNDOBERTUS, TROUVÉ PRÈS d'aVENAY (MARNE) 2 




Voici une bague en or, découverte par un cultivateur, qui re- 
cueillit en même temps des poteries gallo-romaines. Après avoir 
passé entre plusieurs mains, elle a été finalement recueillie dans 
la collection de feu le baron Pichon. 

Elle est octogonale, même à l'intérieur, ce qui en rend l'ouver- 
ture inégale : entre le chaton et le côté opposé, cette ouverture 
est de 21 1/2 millimètres. 

Le chaton, de forme ronde, a 16 millimètres de diamètre à sa 
surface, et S millimètres de hauteur au-dessus de la tige sur la- 

1. Pardessus, Dipl. et ch., t. I, p. 133. Forslmann mentionne Ella, dans son 
livre des Pcrsonennamen, col. 373. 

2. Avenay est une commune du canton d'Ay, arrondissement de Reims. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



127 



quelle il est soudé ; il est orné, dans tout le pourtour de cette sail- 
lie, de zigzags perlés entre deux rangs de grènetis, formant un ban- 
deau qui n'est pas sans élégance. 

La tige, décorée, dans les parties les plus rapprochées du cha- 
ton, d'ornements un peu confus, a, dans ces parties, une largeur 
qui va s'amoindrissant, et n'est plus, du côte opposé, que de 5 mil- 
limètres. 

Sur la bande de métal, au centre de laquelle était sertie une 
gemme, est gravée une inscription, où feu le baron Pichon a lu ces 
caractères : 

GVNDOBTIVS SVAVIS C <EO (Gundobertus suavis cum Deo). 

M. Louis Paris, qui, le premier, a publié ce curieux bijou dans 
son Histoire de l'abbaye cïAvenay, a considéré cette leçon comme 
certaine et définitive : il a, en outre, identifié le nom inscrit sur la 
bague avec celui de saint Gomberl, qui, d'après des légendes his- 
toriques, aurait subi le martyre suus le règne de l'un des descen- 
dants de Clovis, et dont les reliques auraient été transférées dans 
l'abbaye d'Avenay, qui avait reçu de lui de grandes libéralités 1 . 

E. Le Blant, en reproduisant le bijou qui nous occupe dans 
son Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule*, 
rectifie, en ces termes, la leçon proposée par le baron Pichon : 
« L'examen de l'objet même m'a permis de constater qu'à la suite 
du nom, dont la fin est assez trouble, il faut lire la formule cou- 
rante VIVAT DEO. Après les lettres VIV, très apparentes, vient un 
A non barré, puis un T cursif, que l'on avait pris pour un C sur- 
monté d'une barre d'abrévation et représentant le mot cum. Le T, 
fait de cette manière, se rencontre souvent dans les inscriptions. » 

Cette lecture et cette explication nous paraissent exactes, sauf 
en ce qui touche la première lettre du nom, qui n'est point un G, 
comme l'on cru notre savant confrère et M. Louis Paris, mais un C 
mérovingien, qui se rencontre sur les monnaies de la première race, 
tandis qu'il n'y existe pas, à notre connaissance, d'exemple de la 
lettre G ainsi écrite 3 . La véritable légende de notre bague est donc : 

1. Hist. de l'abbaye d'Avenay, in-8», 1879, p. 64-67. 

2. P. 82, n° 59. 

3. Voir : 1° Combrouse, Monétaires des rois mérovingiens, in-4°, 1843, pl. 62. 
Alphabet des monétaires; 2<> dans A. Engel et R. Serrure, Traité de numisma- 
tique du moyen âge, p. 99-101, l'alphabet plus complet, dressé par ces auteurs. 



128 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



+ < VNDOBERTVS VIVAT ŒO {Cundobertus vivat Deo). 
Cund et Gund sont, avec la variante de l'initiale, un seul et 
même radical germanique employé, sous ces deux formes, dans la 
composition de nombreux vocables et spécialement de celui qui 
nous occupe '. 

DIOCÈSE DE SOISSONS 



CX VII 

ANNEAU DE RUSTICUS, TROUVÉ A ARCY-SAINTE-BESTII UTE (aISNe) 



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1T 



Parmi les objets provenant de fouilles opérées, en 1880, dans 
une sépulture mérovingienne d'Arcy-Sainte-Restilute*, sous la di- 
rection de feu Frédéric Moreau et qui font partie de sa collection, 
se trouve le bijou représenté en tête de la présente notice. 

C'est une bague en argent, qui a 21 millimètres d'ouverture, 
avec une hauteur de 3 à i millimètres, égale sur tout le pourtour. 
Elle a huit facettes, dans l'une desquelles (la deuxième) on voit 
une petite croix latine avec la lettre grecque p qui forme, avec la 
croix représentant le X des Grecs, les initiales du nom du Christ. 
Dans les six facettes suivantes, sont gravées des lettres formant en- 
semble les deux mois : VSTICVS FICIT. 

Le nom de Usticus élant inconnu, on s'est demandé s'il ne fallait 
pas voir dans le sommet de la croix chrismée la lettre initiale de 

1. Ainsi, on trouve notamment la mention : 1° d'un Cundobcrt, en l'an 700, 
dans Zcuss, Traditiones possessionesque Wizenburgcnses, n° 243; 2° de Cundbcr 
et de Cundpert, dans Neugart, Cod. diplomat. Alamanniae, années 778, 797 
et 813. La forme Gundobert se rencontre aussi fréquemment dans les docu- 
ments des mêmes époques ( Korstemann, Personennamen, col. 559-560). 

2. Arcy est un chef-lieu de commune, situé dans le canton d'Oulehy, arron- 
dissement de Soissons. 



DES PREMIERS SIECLES UU MOYEN ACE 



dans le haut moyeu âge 1 . Rusticus, vocable d'un usage si fréquent 
Après avoir indiqué cette hypothèse, E. Le Blant, qui avait été 
consulté à ce sujet, a fait remarquer 2 que le premier V n'occupe 
pas le milieu, mais la droite de la facette, et qu'il y a, à gauche, 
assez de place pour un caractère disparu, lequel serait le R initial, 
et qu'en cet endroit précisément, le frottement a usé profondément 
le métal. « Toutefois, ajoutait notre regretté confrère, il n'est pas 
impossible que cette première lettre soit contenue dans le mono- 
gramme, car Bobletti a trouvé aux catacombes le sceau suivant : 




dans la légende duquel le P de SPES DEI est formé par la tête du 
monogramme ". » 

Nous considérons, quant à nous, cette deuxième hypothèse 
comme dénuée de vraisemblance 

On comprend, en effet, que, sur le cachet provenant des cala- 
combes, on ait utilisé, pour la composition de la légende latine, 
le P du chrisme, parce que ce caractère, qui est là un piï> (R des 
Grecs), avait la forme du p latin et se combinait avec les autres 
lettres latines de la légende. Mais il est difficile d'admettre que le 
fabricant de la bague de Rusticits eût employé comme iniliale de 
ce vocable latin, une lettre grecque, qui avait, en latin, la valeur 
d'un Pet non d'un R; en un mol, qu'il ait mis une initiale grecque, 
avec sa valeur grecque, en tète d'un nom latin. 

En outre, le P du chrisme étant gravé horizontalement, il se 



1. Ou trouve, dans Pardessus, des chartes ou des souscriptions d'évêques de 
Narbonne, Lyon, Cahors et Viviers, qui portaient ce nom, aux années 442, 494, 
533,630,683; et d'un personnage qualifié vir clarissimus, à l'année 739 (Dipl. 
et ch., t. I, p. 11, 28, 92, et t. II, p. 7, 195, 196, 378). Grégoire de Tours men- 
tionne deux Rusticus évêques (Rist. Fr., II, 13 et 16; VII, 31). Enfin, l'Église 
honore plusieurs saints de ce nom. (Cf. Bolland., Acta SS., mens, april , sept, 
et oct.) 

2. Dans une note insérée par l'eu F. Moreau à V Album Caranda, fouilles de 
Brény, année 1880; nouvelle série, planche 8, fig. 11, et texte correspondant. 

3. Bobletti, Osservazioni sopra i cimiteri de SS. martiri dei Roma, p. 336. 

9 



130 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



trouverait que l'initiale du nom aurait été disposée autrement que 
toutes les autres lettres. 

Comment d'ailleurs, dans l'hypothèse dont il s'agit, expliquerait- 
on l'isolement du premier V sur la facette où il est inscrit, alors 
que tontes les autres facettes contiennent deux ou trois lettres? 

Comment enfin expliquerait-on le vide laissé à gauche de ce 
même caractère? 

La deuxième conjecture est donc, sous tous les rapports, inac- 
ceptable. 

La première, c'est-à-dire celle de la disparition par l'usure du 
R initial à la place vide en avant du premier V, est au contraire 
entièrement satisfaisante, et il convient de s'y fixer. 

Nous proposons, en conséquence, de lire ainsi l'inscription : 

°HR]VSTICVS FICIT + 

11 reste maintenant à en rechercher la signification. 

Quand j'ai publié pour la première fois ce bijou 1 , j'ai émis la 
pensée que Rusticus était un médecin pbarmacopole, qui l'em- 
ployait comme cachet pour certifier de son nom une composition 
sortie de son officine. 

Je renonce à cette opinion par le motif que la légende gravée 
autour de l'anneau, n'aurait pu que très difficilement se prêtera 
cet usage. 

Je crois donc que le personnage nommé était un orfèvre, à la 
fois l'artisan et le possesseur de ce petit monumenl, affirmant que 
c'était son œuvre 2 . 

1. Rev. archcolog., année 1886, l. I, p. 341 et suiv. 

1. On a trouvé, près de Savigliauo, une épitaphe portant ce qui suit : 

EGO GENNA 
RIVS FICI 
QVI IN EO TEMPORE 
FVI MAGESTER 
MARMORARIV S 

(Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, l. II, p. 190.) On comprend la fantaisie 
d'un maître marbrier, qui a gravé à l'avance sa propre épitaphe: mais il n'y a 
aucune analogie à établir entre ce l'ait et celui qui nous occupe. . 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



131 



CXV11I 

ANNEAU DE DIANA ET AVIUS, TROUVÉ A BRÉNY (AISNE) ' 




Au cours des fouilles opérées à Brény, sous la direction de 
l'eu Frédéric Moreau, on découvrit, le 21 octobre 1880, dans une 
sépulture franque et à l'un des doigts de la main droite du sque- 
lette, la bague eu bronze que nous reproduisons d'après les dessins 
publiés par cet archéologue distingué*. Cetle lingue a 20 millimè- 
tres d'ouverture; elle est ornée de deux chatons, placés aux deux 
côtés opposés de l'anneau. Le plus petit, de forme ovale et ménagé 
à môme le métal, a S millimètres dans sa plus grande hauteur; le 
plus grand, qui est de forme ronde el a 15 millimètres de diamè- 
tre, est soudé sur la tige, avec deux petits cabochons aux points 
de rencontre. On y a grossièrement gravé en creux une tète, au- 
tour de laquelle ?e lit cette inscription : 

DIANA + AVIVS- 

Diana est un nom assez fréquemment employé au moyen âge; 
l'Église honore une sainte ainsi appelée, qui fonda, à Bologne, un 
monastère de dominicaines et mourut en 1236 \ Avius est un vo- 
cable qu'il ne faut pas confondre avec Avitus. Nous n'eu avons pas 
encore rencontré d'exemple dans les documents du moyeu âge, 
mais on connaît celui à'Av/a, qui est dans une inscription chré- 
tienne de Marseille v , et qui implique, comme nous l'avons déjà 
dit, l'usage du nom masculin correspondant. 

Nous avons donc là un anneau de fiançailles ou de mariage; el 
ce bijou était porté par le fiancé ou l'époux Àvius, la sépulture 

1. Bréuy dépend du canton d'OuIchy-Ie-Châleau, arrondissement de Soissons. 

2. Album Caranda, fouilles de Brény, nouvelle série, planche VI II, fit?. 10. 

3. Kolland., Anta SS., mens, jun., t. II, p. 363. 

4. E. Le Blant, Inscript, ehrét. de la Gaule, t. II, p. 30P, n° 551 A, et lig. 442 
des planches. 



132 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

étant, d'après un des autres objets qui ont été trouvés l , celle d'un 
personnage du sexe masculin. 

CXIX 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ A ARMENTIÈRES (AISNE) 2 




Ce curieux anneau, provenant des fouilles opérées en 1881, dans 
le cimetière mérovingien d'Armentières, sous la direction de 
M. Frédéric Moreau, est en argent, fabriqué tout d'une pièce, avec 
un chaton carré, ménagé à même le métal. Sur cechaton est gravé 
en creux un monogramme, accompagné d'une croisette. Adroite 
et à gauche, se déroule une guirlande, dont le dessin ne manque 
pas d'élégance. 

La bague, dans sa plus grande hauteur au milieu du chaton, a 
8 millim.; dans sa plus faible hauteur, du côté opposé, elle a 
4 millim.; son diamètre, d'un bord intérieur à l'autre, est de 
17 millim., l'épaisseur du métal est partout de 1 millim. et demi. 

A défaut de la preuve qui résulte de sa provenance certaine 
d'une sépulture gallo-franque do la première race, les caractères 
du monogramme et le style des ornements de notre bijou atteste- 
raient suffisamment l'époque de sa fabrication. 

En le décrivant et en le reproduisant dans l'album dit Caranda*, 

1. Ces objets sont : une boucle en bronze, des ornements de ceinturon el un 
vase en terre. 

2. Armenlières est une commune du canton de Neuilly-Sainl-Front, arron- 
dissement de Cbâteau-TIrierry. 

3. Album Caranda (Les Touilles d'Armentières), in-fol. Saint-Quentin, 1882. 
Cette importante el luxueuse publication a emprunté son nom à la localité où 
M. Moreau avait exploré un cimetière mérovingien avant de fouiller celui 
d'Armentières. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



133 



M. F. Moreau s'est borné à dire que « l'on croyait lire dans le mo- 
nogramme BENE ESTE (pour ESTOTE )'. » 

De son côté, mon savant confrère, M. Héron de Villefosse, en 
présentant à la Société des Antiquaires le fascicule du dit album 
où la bague d'Armentières est reproduite, a fait observer que l'in- 
terprétation indiquée était" très discutable. » « Il paraît beaucoup 
plus probable, ajoutait-il, qu'il faut y lire un nom d'homme, quel- 
que chose comme BEN ESI, génitif de Bcnesas ou Benenus 2 . » 

L'explication par BENE ESTE n'est pas seulement'disculable ; 
elle est absolument inadmissible, parce qu'il n'y a point de T 
parmi les caractères dont se compose le monogramme; parce que 
l'I couché, qui se remarque dans le monogramme, resterait sans 
emploi, et sa présence injustifiée; et qu'enfin les monogrammes 
inscrits sur des anneaux-cachets ne sauraient guère être autre 
chose que les noms des propriétaires de ces bijoux, et non pas des 
formules de salutation, de souhait ou d'invocation, qui, lorsqu'elles 
se rencontrent (le fait est assez rare) sur ces petits monuments, 
sont inscrils en toutes lettres. 

La leçon que M. Héron de Villefosse a proposée, en termes d'ail- 
leurs dubitatifs, n'est pas non plus acceptable, par cette raison 
péremptoire que la bague qui nous occupe appartenait à une 
femme et ne devait point conséquemment porter un nom d'homme. 

Nous trouvons, en effet, dans la notice relative à la planche XVI 
de Y Album Caranda, les détails suivant touchant la sépulture 
fouillée le 12 octobre 1881 : 

« A m ,30 du sol, reposait une Mérovingienne, portant au cou 
un remarquable collier 

« En descendant vers les bras, on retirait de l'un des doigts de la 
main droite un élégant anneau en argent avec monogramme. Pl. XIX, 
nouvelle série, fig. 7. <> 

C'est de cet anneau qu'il s'agit ici : il ne faut donc pas y cher- 
cher un nom d'homme, mais un nom de femme. 

1. Ce bijou est figuré sur la planche XIX de la nouvelle série, n° 7. La notice 
descriptive est dans la partie du texte intitulée : Planche seizième, nouv. série. 
Sépultures mérovingiennes . L'essai d'explication du monogramme est dans la 
partie de ce texte concernant la planche dix-neuvième. 

2. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, année 1882, 4° trimestre, 
p. 314. Voir aussi H. de Villefosse, Mélanges archéologiques, 2 e série, p. 5. 



134 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Ce nom n'était point malaisé à découvrir, et MM. Moreau et de 
Villefosse l'auraient sans doute découvert si, au lieu d'étudier 
exclusivement, comme ils l'ont fait, la bague d'Armentières, dans 
un sens où le monogramme commençait par un B rétrograde, avec 
la petite croix en bas et l'I couché en haut, ils l'avaient étudiée 
dans le sens opposé, qui est celui où nous l'avons reproduite en 
tête de cette notice. 

Peut-être ont-ils cru que la position de la croisette devait être 
obligatoirement fixée à la partie inférieure du chaton et faisait 
obstacle à ce mode de lecture. S'il en était ainsi ils auraient obéi 
à un scrupule mal fondé. 

Ce signe religieux se plaçait indifféremment au-dessus ou au- 
dessous du monogramme 1 . 

Et même, lorsque les différentes parties du monogramme sont, 
dans un cachet ou dans une monnaie, appuyées sur une sorte d'ar- 
cature ou cadre cintré, la croisette est généralement gravée au 
sommet du cintre 5 . 

Puisque, d'ailleurs, les cachets avaient pour destination les 
souscriptions aux actes dans lesquels leurs propriétaires figuraient 
en qualité de parties ou de témoins, il était naturel, il était logique 
que la petite croix y précédât le nom du signataire, comme elle 
le précédait dans les actes écrits. 

Rien ne s'oppose donc, en principe, à ce que notre monogramme 
soit envisagé de cette façon. 

Mais il y a, dans le cas actuel, plusieurs raisons topiques pour 
procéder ainsi. 

Tout d'abord, l'aspect général du monogramme paraît plus nor- 
mal et plus satisfaisant que dans l'autre système. 

En second lieu, des deux courbures du S posé à cheval sur la 
transversale, celle qui est la plus courte et à plus petits rayons se 
trouve en haut, c'est-à-dire à sa véritable place. 

Enfin l'un des deux E du monogramme a sa plus longue barre 

1. Nous citerons un exemple delà croisette mise en haut, dans E. Le Blanl, 
Rec. des inscript, ehrêt. de la Gaule, t. I, planche XL1I, n° 247. 11 y a un exemple 
de la position de ce signe au bas du monogramme. Ibid., planche LVII, n° 450. 

2. Voir notamment : 1° dans l'Album Caranda, pl. XXXVI de la nouvelle 
série, fig. 2, une bague en argent; 2° dans la Revue numismatique, l' e série, 
t. XIX, pl. XII, n os 12 et 18; 3° dans Gombrouse, Ree. de d00 monétaires mérov., 
pl. XXIX, n» 1 ; XXX, 3;XXXIV, 18; Xl.T, 2. 



DFS PnmiTEBS 



siècles 



DU MOYEN AGE 



135 



horizontale attachée à la base de la haste, comme cela doit être, 
tandis que, clans le sens opposé, elle serait attachée au sommet 
contrairement à la règle et à l'usage. 

IVotre monogramme, ainsi envisagé, commence par un E rétro- 
grade et on y lit facilement, EVSE BIA avec un A non barré, ou bien 
EVSEBIE 1 . 

Dans cette dernière hypothèse, qui vaut la première, la décli- 
naison du nom au génitif impliquerait la présence d'un substantif 
tel que sigillum ou signiim, et nous avons précisément, très appa- 
rentes au centre du monogramme, les deux lettres SI, initiales de 
ces mots. D'où résulterait, pour l'ensemble du monogramme, la 
leçon suivante : 

+ EVSEBIE S\{gW-um) ou S\{gnum). 
Dans l'autre hypothèse, les lettres SI seraient les initiales des 
termes S\{gnavi) ou S\(gnavit), qui étaient, comme on le sait, fré- 
quemment employés dans les souscriptions d'actes mérovingiens. 
On lirait, dans ce cas : 

+ EVSEBIA S\{gnavi) ou Sl(gnavit). 

Ce nom, très usité dans la première période du moyen âge », fut 
porté par des femmes célèbres à divers titres. Nous citerons : 

1° L'impératrice Eusébie 360) , épouse de l'empereur Cons- 
tance II, renommée pour sa beauté et son espril brillant et cultivé'; 

2° Sainte Eusébie, abbesse d'ïïamay (f vers 673); 

3° Une sainte abbesse du monastère de Saint-Cyr à Marseille, qui 
vivait au vni° siècle. Lors d'une incursion de pirates sarrasins, 
elle se mutila le visage pour échapper à leurs outrages, et son 
exemple fut imité par les quarante religieuses soumises à sa di- 
rection 4 ; 

1. On voit, en effet, le premier E rétrograde adossé à un V, suivi d'un S, 
d'un deuxième E rétrograde et d'un B ; puis, en retour vers le centre, l'I couché ; 
etenûn, dans l'hypothèse EVSEBIA, la transversale formant avec la deuxième 
barre perpendiculaire un A non barré. Dans l'hypothèse EVSEBIE, le mot se 
terminerait par un des deux E du monogramme. 

2. Ce nom était porté à la fois par des matrones nobles ou riches, et par des 
personnes de condition inférieure, affranchies ou esclaves, comme celle dont il 
est fait mention dans le testament d'Erminétrudis (vers l'an 700). Pardessus, 
Diplorn. et chart., t. II, p. 257. 

3. Mabillon, Acta SS. ord. S. Bened., édit. 1669, t. II, p. 984. 

4. Inscription du musée de Marseille; dans E. Le Blant, Rec. des inscriptions 



136 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



4° La mère de saint Germain, évèque de Paris, laquelle vivail à 
la fin du v' siècle et au commencement du vi e siècle 1 . 

La matrone gallo-franque, ensevelie à Armentières et au doigt 
de laquelle a été trouvé notre anneau-cachet, élait assurément 
d'une condition élevée; car, outre ce bijou, sa tombe renfermait 
notamment un charmant collier, composé de trente-sept perles de 
fortes dimensions, en ambre, en pâte de verre, et en terre cuite 
rehaussée d'un émail de couleurs variées; et une fibule qui est une 
des plus belles de la riche collection de feu F. Moreau 2 . 

cxx 

ANNEAU AVEC. MONOGRAMME, TROUVÉ A CARANDA (AISNE) 3 




Cette bague, qui est en argent, a été trouvée dans une des tombes 
mérovingiennes de Caranda, explorées par feu Frédéric Moreau, et 
appartient à sa collection. 

Fort mince dans son pourtour, qui n'a que 2 millimètres d'épais- 
seur, elle est munie d'un chaton de forme circulaire, dont le dia- 
mètre est de 17 millimètres, y compris une bordure de grènetis de 
3 millimètres de largeur. 

Le chaton est soudé sur l'anneau et accompagné, de chaque 

chrétiennes de la Gaule, t. II, p. 380, n° 545. Il y a aussi, dans l'église d'Aoste, 
une inscription funéraire en l'honneur d'une autre religieuse appelée Emebia. 
Ibid., t. II, p. 32, n° 392. On connaît enfin l'épitaphe que Fortunat nous a con- 
servée d'une jeune femme du même nom, et où l'on glorifie sa beauté et ses 
talents. Ibid, p. 516, n° 642. 

1. « Dies dépositions patris ejus (sancti Germant), nomine Eleutherii, ka- 
lendœ novembris, matris vero nomine Eusebiae. » Polyptyque d'Irminon (vers 
810), X, 3 ; édit. de Guérard, p. 118 ; édil. de Longnon, p. 157. Saint Germain est 
né à Autun, en 496, et mort en 576. 

2. Voir, dans l'Album Caranda, la partie du texte qui se rapporte à la planche 
XVI de la nouvelle série. 

3. Caranda est situé dans la commune de Cierges, canton de Fère-e.n-Tar- 
denois, arrondissement de Château-Thierry. 



DES PREMIERS SIÈCLES PU MOYEN AGE 



côté, de trois globules ou cabochons en argent, groupés en feuilles 
de trèllc. Il présente un monogramme gravé en creux, dont les 
diverses parties sont appuyées sur un cadre cintré, surmonté d une 
petite croix. 

L'origine de cet anneau sigillaire est certaine, attestée qu'elle est, 
non seulement par sa provenance d'un cimetière gallo-franc de la 
première race, mais encore par les caractères et la forme du mono- 
gramme, puis encore par les trois globules posés en trèfle à droite 
et à gauche du chaton, et qui sont, comme je l'ai déjà fait observer, 
un des signes distinctifs de la fabrique de ces sortes de bijoux du- 
rant la période gallo-franque. 

Enfin l'arcature qui sert de support au monogramme, dénote le 
vi e ou le vii c siècle. 

M. Frédéric Moreau, en faisant figurer notre anneau-cachet sur 
une des planches de Y Album Caranda 1 , s'est abstenu de proposer 
aucune explication pour le monogramme. 

Nous y lisons EVTIKVS 2 ou EVTiKIVS; EVTICHVS ou EVTI- 
CHIVS 3 , vocables qui se rencontrent fréquemment dans les annales 
de l'Église. 

Un compte, en effet, dix saints appelés Euticus ou Eutichis * et 
seize saints du nom d'Eutychius*, parmi lesquels un évêque de 
Côme, un abbé de Norcia ou Norsia, en Ombrie et un patriarche 
de Gonstantinnple, morts, le premier en 539, le second versoiO, le 
troisième en 565. 

Dans l'hypothèse que nous venons d'envisager, la première let- 

1. Album Caranda, planche XXXVI, figure 17. 

2. Le monogramme, lu ainsi, commence par un E rétrograde; au sommet du 
cadre cintré, est appendu un V; vient ensuite le T qui est au bas du premier 
jambage de l'arcature, suivi de l'I qui est au-dessus en travers du même jam- 
bage, du K, dont les deux écartements parlent de la barre horizontale médiane 
qui sert de haste à cette lettre, puis du deuxième V accroché au pied du 
deuxième jambage de l'arcature, et enfin du S couché. 

3. On obtient EVTICHVS en considérant la barre médiane (qui est sans au- 
cun doute la haste du K) comme formant en outre un H, et EVTICHIVS en em- 
ployant deux fois la lettre I. 

4. Voir notamment Acta SS. Bolland., mens, jan., t. I, p. 823; maii, II, 299, 
et III, 458; julii, I, 20 et 306; aug., IV, 149; sept. VIII, 125. 

5. Voir notamment Acta SS. Bolland., mens, febr., t. I, p. 458; mart., III, 
620; april., I, 548 et II, 378; maii, VI, 734; jun., 1, 451; jul.. III, 187. 

6. Cette petite ville fut, au moyen âge, le siège d'un évèché. 



138 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



tre du monogramme serait un E rétrograde, donl los trois barres 
horizontales sont représentées par les trois saillies qui se voient à 
droite de l'arcature (à la gauche du lecteur). 

CXX1 

AUTRE ANNEAU AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DE CARANDA (aISNe) 1 




Cet anneau, trouvé, comme le précédent, dans le cimetière franc 
. de Caranda, appartient à la collection de M. J. Pilloy, à Saint-Quen- 
tin. 

Il est en laiton ou cuivre jaune : son diamètre intérieur est de 
19 millimètres; sa tige, qui est ronde, a 3 millimètres d'épaisseur. 
Le chaton, soudé sur cette tige et de forme ronde, a 17 millimètres 
de diamètre et est accosté, à droite, et à gauche, de trois globules 
disposés en feuille de trèfle, mais taillés en relief dans le métal, 
au lieu d'être soudés sur la tige, comme cela se voit dans un grand 
nombre d'anneaux par nous décrits. 

Le, chaton est décoré d'un monogramme, composé : 1° d'un H, 
sur la barre centrale duquel est posée une croisette; 2° d'un E ré- 
trograde; 3° d'un D; 4° d'un L, dont la haste se détache oblique- 
ment du premier jambage du H, et dont le trait horizontal infé- 
rieur rejoint le deuxième jambage de cette lettre'; 5° d'un A non 
barré, formé par la haste du L et le premier jambage du H. L'en- 
semble nous donne le mot HEDLA, et avec le redoublement de E, 
HEDELA 

1. Reproduit d'après un dessin de M. J. Pilloy. 

2. On pourrait, tout d'abord, voir à cet endroit un N; mais on ne s'explique- 
rait pas que la barre oblique de celle lettre se détachât du bas de la lettre H, et 
surtout qu'au lieu de rejoindre directement l'extrémité inférieure du deuxième 
jambage du H, elle prît auparavant une direction horizontale : celle-ci est, en 
réalité, le Irait inférieur d'un L. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 139 

Nous avons ainsi pour le tout : 

+ HEDELA 

nom de femme, mentionné dans la première moitié du xT siècle 1 . 

CXXII 

TROIS BAGUES, DONT UNE AVEC CROIX ÉGALE ET LES CLOUS DE LA PASSION (?) , 
TROUVÉES A A1GUISY (AISNE) 2 




Ces trois bagues, qui appartiennent à la collection de feu Frédé- 
ric Moreau, sont ici figurées telles qu'elles ont été trouvées, au 
mois d'août 1885, dans une des tombes mérovingiennes du cime- 
tière d'Aiguisy. Elles étaient au doigt d'une femme, qui avait, en 
outre, une épingle en bronze sur la poitrine s. 

Les deux anneaux placés à droite et à gauche de celui qui fait 
l'objet de la présente notice, sont en argent ; celui de gauche est 
un cercle uni, celui de droite est octogone. L'anneau du centre, 
qui est en bronze, a 17 millimètres d'ouverture; son chaton, de 
forme ovale et presque ronde, ménagé à même le métal, a 14 mil- 
limètres de longueur sur H de hauteur, et présente, gravée en 
creux, une croix à branches égales, fortement potencée, et super- 
posée à l'initiale grecque du chrisme. 

CXXIIl 

bague a crorx égale, suspendue a une chaînette, trouvée a aiguisy 

(aisne) 

Voici un second exemple du type décrit dans notre précédente 

1. Lacomblet, Niederrheinisches Urkunderbuch, n° 181, ann. 1045; cité par 
Forstemann, Personennttmem, col. 642. 

2. Aiguisy est un village dépendant de la commune de Villers-Agron, cant. 
de Fère-en-Tardenois, arr. de Château-Thierry. 

3. Album Caranda, sépultures mérovingiennes d'Aiguisy ; planche LVI, nou- 
velle série, n° 7. Voir aussi le texte explicatif de ladite planche. 



140 



ÉTUDE SUR DES ANNEAUX 



notice : comme le premier, il appartient à la collection de feu Fré- 
déric Moreau, et provient des fouilles d'Aiguisy. Il a été trouvé, 
au mois d'août 1885, dans la sépulture d'une personne dont on n'a 
pas déterminé le sexe '. 

Cette bague est en bronze et a 21 millimètres d'ouverture: sa 
tige est ronde. Le chaton, pris dans la masse ou ménagé à même 
le métal, est rond ou légèrement ovale, el a 10 millimètres de lar- 




geur sur 9 de hauteur; il est coupé en quatre parties à peu près 
égales par une croix gravée en creux. Il est accosté de trois glo- 
bules ou cabochons également en bronze, disposés en feuilles de 
trèfle 8 . 

1. Album Caranda, sépultures mérovingiennes d'Aiguisy; planche LVI, nou- 
velle série, fig. 2. Voir le texte explicatif de ladite planche. Aux pieds du cada- 
vre, il y avait un vase en terre et une petite amulette eu silex, d'un poli remar- 
quable. 

2. M. Fréd. Moreau, dans le texte explicatif précité, dit que ce dispositif lui à 
élé signalé « comme constituant une fabrication de bijouterie spéciale, diffé- 
rent essentiellement de celles qu'on rencontre dans les sépultures mérovin- 
giennes ». Nous avons souvent appelé l'attention de nos lecteurs sur la fré- 
quence, dans les bijoux mérovingiens, de ce dispositif, qu'il faut, à l'inverse de 
l'observation ci-dessus, considérer comme un des traits caractéristiques de la 
fabrique de celte époque. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



Ui 



Ce bijou est suspendu au milieu d'une chaînette de 30 centimè- 
de long, formée de petits anneaux doubles, tordus en forme de 8, 
et dont les extrémités sont liées à deux li billes en bronze de la forme 
appelée canon, qui servaient à l'attacher à deux parties du vête- 
ment. 

Nous avons donc là un spécimen curieux d'un anneau-cachet, 
que son possesseur tenait, non à son doigt, mais suspendu, de 
façon à pouvoir l'employer à sceller sa correspondance ou les acles 
dans lesquels il figurait. 

GXXIII bis 

anneau portant la formule acclamatoire vlvds, provenant de chouy 

(aisne) ' 




Cet anneau, trouvé en 4 883, dans l'ancien cimetière de Chouy 
(Aisne), à l'annulaire de la main droite d'un squelette d'homme, 
a été publié dans l'Album Caranda''. 

Il est en argent; il a 20 millim. d'ouverture et 6 millim. de hau- 
teur sur toute sa circonférence. Uni à l'intérieur, il présente, à l'ex- 
térieur, huit facettes ou compartiments dont six portent, dans des 
cadres de grènetis, diverses figures symboliques : une colombe te- 
nant un rameau, un agneau dont le dos est surmonté d'une étoile, 

1. Cliouy est une commune dépendante du canton de INeuilly-Saint-Fronl, 
anond. de Château-Thierry. 

2. Pl. XXXIX, fig. 7, page . Les autres objets recueillis dans la même sé- 
pulture sont les suivants : deux petits vases à droite et à gauche de la tète; un 
poignard; un grand plat de terre rouge; des boucles de bronze; une bague en 
fer; et une monnaie en argent de Valentinien le Jeune, placée dans la bouche 
du défunt : ces objets, comme le squelette, étaient dans un cercueil en bois. 



142 



ÉTUDE SUR DES ANNEAUX 



une palme debout, un cerf, un animal fantastique et un lièvre' ; 
sur les deux autres facettes, est gravé le mot 

VIV-AS. 

Mon savant confrère, E. Le Blant, tout en reconnaissant les ca- 
ractères chrétiens de la plupart de ces figures, trouvait des raisons 
de douter, au sujet de la foi du défunt, dans les deux circonstances 
suivantes : l'orientation d<> la tombe vers le nord, et la présence 
dans la bouche du défunt, de l'obole à Caron sous la forme d'un 
sou d'or de Valentinien II (.375-392). Il ajoutait toutefois que ce 
deuxième fait ne serait pas décisif, puisque la pratique païenne 
dont il témoigne se maintint longtemps après le triomphe définitif 
du christianisme". 

A l'appui de cette dernière observation, je dirai que nous avons 
deux exemples du fait dans deux de nos anneaux, provenant du ci- 
metière de Vermand (Aisne), c'est-à-dire de la même région. Dans 
l'un l'obole était un sou d'or de Valentinien 1 er (364-37S); dans 
l'autre c'était un petit bronze de Magnence (349-353). 

Il ne me parait donc pas que cette particularité soif un motif de 
mettre en doute le caractère chrétien de la sépulture de Chouy. 

Mais, à mon tour, j'en verrai un plus sérieux dans la légende 
Vivas inscrite sur notre anneau. 

Dans les exemples que j'ai recueillis jusqu à présent de cette for- 
mule acclamato ire Vivas ou Vivat 3 , elle est accompagnée des mots 
caractéristiques in Deo qui lui donnent cette signification : « Vis 
pieusement, saintement, en conformité des commandements de 
Dieu, de façon agréable à Dieu ». Le sens de Vivas, comme nous le 
lisons sur la bague de Chouy, n'est qu'un souhait dévie longue et 
heureuse, avec abstraction complète de toute idée religieuse. 

1. Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, p. 79, n° 56. 

2. A l'appui de son observation, E. Le Blant a cité un intéressant passage de 
Lebeuf : « J'ai connu, dit le savant abbé, des gens qui ont persuadé aux pay- 
sans d'un village proche d'Auxerre, de ne plus pratiquer cet usage qui parais- 
sait tenir du paganisme, d'autant plus que quelques-uns assuraient que c'était 
pour payer le passage de. la barque à Caron, qu'on munissait ainsi le mort d'un 
liard ou d'une autre pièce d'aussi petite conséquence. » Dissertation sur l'his- 
toire ecclésiastique et civile de Paris, 1789, p. 287 {Traité sur les anciennes sépul- 
tures). 

3. Voir les n os CXXX et CXXXV. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



143 



Celte différence remarquable est de nature à inspirer quelque 
hésitation. 

Néanmoins, si l'on considère que, sauf l'animal fantastique, les 
figures gravées au pourtour de notre anneau sont des symboles 
chrétiens \ et que, leur réunion ne pouvant être ici l'effet du ha- 
sard et étant au contraire manifestement intentionnelle, il faut 
admettre le caractère chrétien du bijou avec lequel le défunt fut 
enseveli. 

CX XIV 



ANNEAU DE LÉODENUS, TROUVÉ PRÈS DE COJIIMÈGNE (oiSEJ 




Voici une belle bague en or pur, trouvée eu 1880 dans le lit de 
l'Oise, en amont de Compiègne, et près du confluent de l'Aisne. 
Acquise, peu après la découverte, par M. le D r Lesguillons, elle a 
passé plus tard dans la collection de feu le baron Pichon. 

Elle a 19 millimètres d'ouverture^ et la tige a près de 4 millim. 
d'épaisseur. Elle est ornée d'un chaton, soudé sur les branches de 
l'anneau, et accosté, aux deux points de réunion, de trois cabo- 
chons en or, disposés en feuilles de trèfle. Ce chaton est composé 
d'une cuvette ovale, qui, à sa partie supérieure, a 17 millimètres 
sur 14. Dans cette cuvette est enchâssé un grenat ovale, traité en 
cabochon, de 18 millimètres dans son plus grand axe à sa base, et 
serti lui-même dans un cercle d'or. On y voit un oiseau grossière- 
mont gravé en creux. 

Sur la bande de la cuvette, restée libre autour du grenat, et qui 

1. Voir Abbé Martiyny, Diciiona. des antiquit. chrétiennes au mot Anneau. 



144 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



a 3 millim. de large, est également gravée en creux la légende 
suivante : 

+ LEODENVc/> VIVâ DO 

Leodenus x)ioat Deo (pour in Deo). 

M. le comte de Marsy, qui, en 1883, a publié une savante élude 
sur ce bijou l , l'ait observer qu'il a dû appartenir à un personnage 
important, de la seconde moitié du vn e siècle, et que ce personnage, 
par la formule acclamatoire qui accompagne son nom et par le 
choix de l'intaille, paraît avoir tenu à manifester ses sentiments 
religieux. M. de Marsy indique, à litre d'hypothèse, comme pou- 
vant être identifié avec le Léodenus, propriétaire de notre bague, 
un Leudinus ou Leuduinus, plus connu sous le surnom de Bodo, 
qui fut moine et puis évêque de Toul, depuis l'an G60 jusqu'à sa 
mort, dont la date ne peut être postérieure à 680 s . 

Nous reconnaissons qu'à raison de la richesse de la matière et 
de l'élégance de la mise en œuvre, le monument qui nous occupe 
a dû appartenir à un homme de condition élevée. 

Mais 1 identification du Léodenus de notre bijou avec l'évêque 
de Toul, saint Leudin, ne semble justifiée, même à titre d'hypo- 
thèse, par aucune raison sérieuse. 

11 y a même, au contraire, des motifs de la considérer comme 
peu admissible a priori. 

L'anneau sigillaire de Léodenus est de bonne et belle fabrication; 
les caractères de la légende en sont nettement et correctement 
gravés et il se place avec vraisemblance dans le premier tiers du 
vu e siècle, ce qui ne concorderait point avec le gouvernement épis- 
copal de Leudinus, dont le commencement se place en 660 et la 
fin vers 680. 

Nous savons en outre que, d'après une décision synodale de 
Milan, il ne devait y avoir sur l'anneau épiscopal ni inscription, ni 
représentation quelconque 3 , et la bague de Léodenus, décorée d'une 
légende, ne satisfait pas à cette condition. 

1. Ri'v. de la Société historique de Compiègne, l. V. 

2. De Marsy, loc. cit., p. 13 et 14. 

3. Voir, à ce sujet, mon mémoire sur le Port des anneaux dans l'antiquité ro- 
maine et les premiers siècles du moyen âge, dans Mèm. de l'Acad. des inscript, et 
bell.-letlr., t. XXXV, 2 e partie, p. 235, el tiré à part, p. G7. Toutefois, il a été 
dérogé à cette règle : nous en avons un exemple dans le n° LXX1I bis décrit 
(dus haul. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



145 



DIOCÈSE DE CHALONS-SUR-MARNE 

cxxv 

ANNEAU A CHATON TOURNANT, TROUVÉ A CHALONS-SUR-MARNE 




L'anneau d'or qui est reproduit ici d'après les dessins, que M. le 
baron de Mély a bien voulu me remettre \ a été recueilli dans une 
tombe, à Chàlons-sur-Marnc, et a été acheté par M. de Saint- Ange- 
Darde chez un orfèvre de cette ville. 

Il a 19 millimètres d'ouverture; l'épaisseur de la tige est de 
5 millimètres, et le poids total du bijou, de 12 grammes. Il est 
muni d'un chaton mobile, formé d'un petit cube en or, qui a 

millimètres à chacune de ses faces, et 6 de côté. Sur l'une des 
faces, on voit, gravées à rebours, les lettres ÛPP, dont nous n'a- 
vons aucun moyen de déterminer la signification. L'autre côté est 
dépourvu d'inscription. 



CXXVI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ PRÈS DE CHALONS-SUR-MARNE 




Cette bague m'a été communiquée, en 1885, par feu A. Dahicourt, 
qui la possédait depuis peu de temps". Elle est en bronze; elle a 

1. Quand j'ai publié ce bijou pour la première fois, en 1895, dans la Revue 
archéologique, (année 1395, t. II, p. 2), on a l'ail ligurer, par erreur, des dessins 
qui n'avaient nul rapport avec lui et ne répondaient aucunement à la description 
que j'en donnais. 

2. Ce bijou a sans doute été légué avec les autres parties de la collection de 
M. Danicourt, au Musée de la ville de Péronne (Sommé). 

lu 



146 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



18 millimètres d'ouverture ; le pourtour a 2 millimètres d'épais- 
seur, et 6 millimètres de hauteur du côté opposé au chaton. Ce 
chaton, de forme quadrangulaire, a de 11 à 12 millimètres de large 
sur 7 à 8 de hauteur. 

Nous voyons, en partant de l'angle inférieur de gauche (pour 
le lecteur), un L, de la haste duquel se détachent (rois barres ho- 
rizontales formant un E;à côté de la barre horizontale du L, un V 
renversé avec un petit point ; à droite un L renversé, et à côté de 
sa barre horizontale, un A renversé et accosté de deux points ; au 
centre un grand I, dirigé de l'angle gauche supérieur vers l'angle 
droit inférieur; enfin un S, posé en travers de cette dernière 
lettre. 

Nous avons là les composantes du nom d'EVLALIVS en redou- 
blant l'emploi de V, ou d'EVLALIE en redoublant l'emploi de E, le 
S étant, dans ce dernier cas comme dans d'autres précédemment 
signalés, l'initiale de Signum ou Sigillum. 

Les deux noms d'Etilalùts et d'Eulalia étaient très usités dans la 
période gallo franqne. 

Grégoire de Tours mentionne un personnage appelé Eulalim, qui 
déposséda violemment Nicétius du comté d'Auvergne 1 ; et plus bas, 
après l'avoir qualifié comle, il donne le récit de ses méfaits 2 . Un 
saint du même nom était évêque de Syracuse, au commencement 
du vi e siècle 3 , et l'on trouve en 670 un Eulalius, évèquc de Cyno- 
polis*. 

Les annales de l'Église nous font connaître deux saintes du nom 
d'Eulalia, mortes, l'une à Barcelonneen 30i 5 , l'autre à Mérida en 
404e. 

Au point de vue historique aussi bien qu'au point de vue de 
la composition du monogramme, l'une etrautre leçon seraient donc 
également admissibles. Mais une circonstance dont il faut tenir 
grand compte est la petite dimension et le faible diamèlre de la 
bagiu dont il s'agit : elle n'a que 18 millimètres d'ouverture, et a 
vraisemblablement appartenu à une femme, c'est pourquoi nous 

1. tlistor. Francor., VIII, 18; édit. GuadcL el Taraune, l. II, p. 91. 

2. lbid., X, p. 221-223. 

3. Bolland., Acta SS., mens, febr., t. Il, p. 888. 

4. Lelong, Biblioth. sucra, t. II, p. 717. 

5. Bolland., Acta SS., meus, febr., I. II, p. 575-58'). 

6. Bibliothèque de l'École des chartes, 5 e série, 1861, t. II, p. 237-255. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 147 

pensons qu'il convient d'adopter de préférence la leçon S(ignunC) 
ou S{igillum) EVLALIE. 

CXXV1I 

BAGUE AVEC LES .NOMS DE UAUBULEUS ET d'hAKICUBA OU HAR1CUFA, 
PROVENANT DE VITRY-LE-FKANÇOIS (MAR>e) 




^ T ous reproduisons ici une bague en or fin, trouvée en 1849, 
aux environs de Vitry-lc-François, et conservée au Cabinet des mé- 
dailles de la Bibliothèque nationale, dans le catalogue duquel elle 
est inscrite sous le n° 7596. Elle a subi un aplatissement qui ne 
permet pas ti en mesurer exactement l'ouverture. 

Du côté opposé au chaton, les deux branches de la tige oui été 
soudées l'une sur l'autre. Le chaton se compose de deux ovales, 
ménagés à même le métal, et qui ont chacun 14 à 15 millimètres 
de large sur 5 à 6 de hauteur. Ils portent, gravés en creux et en 
deux lignes, l'un, le nom de 

BA/ bVL — FVS 

l'autre, celui de 

HARICV^-.- A 

A la suite du V de cette dernière légende, il y avait une leltre 
qui est presque entièrement ellacée, mais dont on peut distinguer à 
l'aide d'une loupe, un fragment initial qui paraît être la baste per- 
pendiculaire d'un F, d'un I, d'un |_, d'un B <>u d'un D, plus vrai- 
semblablement d'un F. S'il en élait ainsi, le vocable féminin serait 
Haricufa. Des auteurs qui se sont occupés de ce bijou, les uns, 
comme MM. Chabouillct, Eug. Hucher et l'abbé Cochet, ont lu Ha- 
riculfa\ Mais cette leçon n'est pas admissible, par le motif que, 



1. M. Chabouillet, Rev. archéol., année 1849, p. 350, et Catalog . général et rai- 
sonné des camées, etc., de la Biblioth. impér., n" 3641, p. 389; M. Eug. Hucher, 
Bullet. monument., t. XVIII, p.30y, et Sigillographie- du Maine, 1855, p. 9; l'abbé 



148 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



dans la partie dégradée de l'inscription, il n'y a place que pour une 
seule lettre et non pas pour les deux lettres L et F qu'elle suppose. 
E. Le Blant, tout en déclarant que la tin du mot lui paraissait in- 
certaine, a proposé la leçon Haricuba 1 , ce qui serait plus accepta- 
ble : nous préférons, toutefois, celle de Haricufa. 

Quant au nom d'homme, les auteurs précités, à l'exception de 
E. Le Blant, l'ont traduit par Baudulfus, en attribuant à la qua- 
trième lettre de l'inscription la valeur d'un D; E. Le Blant l'a tra- 
duit par Baubulfus*, en laissant, comme il le faut, à la lettre en 
question, la valeur d'un b cursif 3 . 

Nous sommes donc d'avis de restituer ainsi les deux vocables : 

BAVBVLFVS - HARICVFA ou HARICVBA- 

Par sa fabrique, par la forme des caractères de la double ins- 
cription et par la composition des noms qui y sont gravés, notre 
anneau appartient à l'époque mérovingienne et à la fin de cette 
période. 

C'est évidemment un anneau de mariage ou de fiançailles. Les 
circonstances de la découverte de ce bijou nous étant inconnues et 
sa déformation ne permettant pas d'en déterminer l'ouverture, il 
est impossible île dire quelle est celle des deux personnes dont il 
porte les noms, à l'usage de laquelle il était affecté. 

CXXV11I 

ANNEAU AVEC S BARRÉ, TROUVÉ, A VILLEVENARD (MARNE) 4 

Cet anneau en bronze a été trouvé au cours de fouilles opérées 
par M. le baron J. de Baye, notre confrère à la Société des Anti- 
quaires de Fiance, dans le cimetière mérovingien de Villevenard. 

Cochet, Le tombeau de Chilpêric I er , in-8, 1859, p. 360 et.382; voir aussi l'Art 
chrétien, t. III, ann. 1859, p. 479, 0g. 20. 

1. Inscr. chrét. de la Gaule, t. I er , p. 451, n° 337, pl. XXXVI, fig. 221. 

2. lbid., t. II, p. 618. 

3. A la vérité, la forme liaudulfus est très normale dans l'onomastique gallo- 
franque. (Voir Forstemann, Personennamen, p. 216-218.) Il y en a des exemples 
notamment dans le testament d'Erminetrudis, de l'an 700 (Pardessus, Dipl. et 
ch., t. II, p. 257 et 258). Il n'en est pas de même de la forme Baubulfus, dont 
ou ne connaît pas d'exemple. 

4. Villevenard est situé dans Je canton de Monlmort, arrond. de tteims. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



149 



En m'adressant les dessins de ce bijou, qui appartient à sa col- 
lection, M. de Raye m'a fait connaître que la tombe où il a été re- 
cueilli ne contenait, avec des ossements, que ce petit monument 
et des grains de collier. 

La bague qui nous occupe est très mince; elle a 4 millimètres 




de hauteur, 17 millimètres d'ouverture, particularité qui, rappro- 
chée du fait de l'existence de grains de collier dans la sépulture, 
atteste que nous avons là une bague de femme. 

Rappelons ici que nous avons déjà décrit des anneaux pourvus 
du S barré, que l'on sait être l'abréviation de §ignum ou Signavi. 

DIOCÈSE DE NOYON, PLUS TARD DE SAINT-QUENTIN 
CXXIX à CXXXVII bis 

ANNEAUX PROVENANT DES ANCIENS CIMETIÈRES DE VERMAND (AISNE) 1 

Avant de décrire ces anneaux, je dois dire quelques mots de la 
date des sépultures d'où ils proviennent. 

Les anciens cimetières de Vcrmand appartiennent, pour une 
partie, à la dernière moitié du m e sièele, mais principalement au 

I. Veimand est un chef-lieu du canton dépendant de l'arr. de Saint-Quentin. 
Ces bijoux ont été publiés par M. J. Pilloy dans ses Études sur d'anciens lieux 
de sépulture du département de l'Aisne, t. II, p. 265 et suiv. et pl. 19; et par 
M. Th. Eck, dans les Mémoires de la Société académique de Saint-Quentin, année 
1889; et dans un livre intitulé : Les deux cimetières de Vermand et de Saint- 
Quentin. 



150 



ÉTUDE SUR DES ANNEAUX 



iv° siècle, et ne paraissent avoir été abandonnés qu'après la 
deuxième destruction de l'oppidum des Veromandui, laquelle eut 
lieu au commencement du v" siècle, lors des grandes invasions 
germaniques. 

M. J. Pilloy affirme, sans hésitation, que toutes les sépultures 
dans lesquelles nos anneaux ont été trouvés sont du iv e siècle, du 
commencement à la fin : « 11 n'y a pas, dit-il, à cet égard le moin- 
dre doute '. » Nous verrons, dans les notices descriptives qui vont 
suivre, que la bouche de plusieurs des possesseurs de ces bijoux 
avait reçu, comme obole à Caron, des monnaies d'empereurs ayant 
régné dans le dernier tiers du iv e siècle 2 . D'après M. Pilloy, les an- 
neaux eux-mêmes sont du môme lemps. 



1° CXXIX. — Bague avec le chrisme. 




Cette bague, qui provient d'une sépulture féminine, a 18 milli- 
mètres d'ouverture ; elle est en or; sa tige, ronde, est formée d'une 
série de petites perles d'or soudées ensemble 3 . 

Le chaton, de forme ovale, taillé en biseaux, a, dans sa plus 
grande hauteur, 15 à 16 millimètres à la base, 13 à la surface; 
dans sa plus grande largeur, 15 millimètres à la base, 9 à la sur- 
face. 

Dans ce chaton, soudé sur la tige, est sertie une pierre d'un vert 
noirâ I re, sur laquelle on voit, formées de fils d'argent incrustés dans 
de petits sillons entaillés ad hoc, la lettre grecque X, première lettre 
du nom du Christ, et une croix égale, à la haste de laquelle est ap- 
pendue la deuxième lettre du même nom. Les barres des deux figu- 
res se terminent par un fer de flèche ou de lance. 

1. Lettre du lévrier 1896. Cl. dans le t. II des Études précitées de M. Pilloy, 
le chapitre intitulé : Les cimetières de Vermand, du iv e siècle, p. 76 et suiv. 

2. Magnence (349-353) et Valentinien I" (364-375). 

3. Ce bijou, quand il a été dessiné par M. Pilloy, appartenait à M. Jumelle, 
avocat à Amiens (lettres de M. Pilloy, des 6 et 14 t'évrier 1896). 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 151 

Dans la main gauche de la femme qui portait cette bague à l'an- 
nulaire de la même main, il y avait un sou d'or frappé à Trêves, au 
nom de l'empereur Valentinien 1 er (364-375) '. 

2° CXXX. ■ — Anneau avec calcédoine. 




Ce bel anneau d'or, qui appartient à la collection de M. Th. Eck, 
a été trouvé dans une sépulture féminine; il a 17 à 18 millimètres 
d'ouverture; sa tige a, près du chaton, 12 millimètres de hauteur, 
2 à 3 du côté opposé. Le chalon ovale, qui a, dans sa plus grande 
largeur, 13 millimètres, sur 10 dans sa plus grande hauteur, est 
formé d'une cuvette de métal, soudée sur la tige, contenant une 
fausse calcédoine et décorée d'une large bordure de feuilles d'acan- 
the ciselées, laquelle est elle-même entourée d'un cordon de grè- 
netis. Le chaton est relié à la lige par un réseau de filigranes, dont 
les points d'attache sont munis de perles d'or, qui simulent les 
nœuds du réseau. 

La femme au doigt de laquelle on a recueilli ce magnifique bijou, 
avait, dans la bouche, pour obole à Caron, un sou d'or de Valenti- 
nien I er (364-375) \ 

1. On a recueilli dans cette même tombe un collier formé d'une chaînette en 
or, ornée d'émeraudes, des bracelets en argent aux deux poignets; et, aux 
pieds de la défunte, les débris d'un coffret à bijoux, une aiguière de bronze à 
bords godronnés, etc. Quand je publiai pour la première fois cet anneau (ftev. 
archéol., année 1896, t. I, p. 274), je me bornai à mentionner la présence du 
chrisme : une étude nouvelle m'a déterminé à donner ici une description plus 
précise. 

2. La même tombe contenait en outre six fibules, dont quatre en argent doré, 
ciselé et niellé, et deux en argent, ornées chacune d'une perle d'ambre, deux 
petites agrafes en argent et un collier de grosses perles d'or, 



152 

3° CXXXI 



Cette bague 1 , trouvée dans une tombe masculine, a 21 millimè- 
tres d'ouverture; sa tige, arrondie à l'extérieur,' a partout une 
hauteur de 12 millimètres. M. Pilloy croit qu'elle a été fondue; le 
chaton n'est donc pas soudé. Ce chaton, de forme ronde, a 13 mil- 
limètres de diamètre : « Il porte, dit M. Pilloy, gravée grossière- 
ment en creux, à la façon des intailles, la représentation d'une di- 
vinité, assise sur une cathedra, tenant de la main droite une hastc, 
et de la main gauche une patère. Dans l'objet informe placé der- 
rière le siège, on a cru voir 2 un aigle, et, comme conséquence, le 
personnage serait Jupiter. J'en doute, car il n'a pas les attributs 
dont il est ordinairement accompagné sur les médailles, le fou- 
dre 3 . » 

L'objection opposée par M. Pilloy à l'idée d'une représentation 
de Jupiter n'est point fondée. A la vérité, le Père des Dieux est 
figuré le plus souvent, sur les monnaies, avec la foudre dans la main ; 
mais, sur les pierres gravées, qui sont ici d'une autorité topique, 
Jupiter tient fréquemment dans sa main gauche une patère, tandis 
que la droite lient le sceptre. L'aigle est tantôt à côté, tantôt en 
face du dieu. 

Je citerai, parmi les intaillcs de notre Cabinet de médailles, les 
n os 1423, 1424 et 1425 *, qui, par leur dispositif comme par leurs 

1. Ce bijou est conservé dans le Musée archéologique, de Saint-Quentin. Il y 
avait en outre, dans cette tombe, une tablette en schiste ardoisé, des clous de 
chaussures, de petites amphores, un poculum avec sa soucoupe, et une ampulla 
en verre blanc. 

2. Cette explication a été proposée par M. Th. Eck, dans son livre précité Les 
deux cimetières de Vermand et de. Saint-Quentin, p. 249 et 340. 

3. J. Pilloy, Études précitées, t. II, p. 264. 

4. Catalogue général et raisonné des camées et pierres gravées de la Bibliothèque 
nationale (Cabinet des médailles), par Chabouillet, p. 204. 



étude sur les anneaux 
. — Bague en bronziî, avec figure de divinité au chaton. 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



153 



dimensions, doivent être évidemment rapprochées de notre anneau, 
dont le travail en est une visible dégénérescence. Telle est aussi 
l'opinion très nette, très décidée de MM. Rabelon et Maurice Prou, 
les savants conservateur et conservateur adjoint au Cabinet des 
médailles. 

Un exemple également déterminant nous est fourni par un des 
anneaux par nous décrits : on y voit, en effet, une intaille, où 
Jupiter est représenté assis, avec le sceptre, la patère et, en face de 
lui, l'aigle, qui le regarde'. 

A la vérité, dans l'espèce qui nous occupe, l'aigle, qui est très 
sommairement indiqué, serait derrière la cathedra. Mais, si Ton 
se reporte à l'Atlas du grand ouvrage de J. Overbeck sur l'art 
dans la mythologie hellénique, on y remarque deux figurations de 
Jupiter assis sur son trône, tenant d'unemain le sceptre, de l'autre 
une patère, avec un aigle à côté du trône, en retrait et hors de la 
vite du dieu', et l'on s'explique aisément qu'à une basse époque 
comme celle de notre anneau, et sur une grossière imitation de 
ces types, un graveur ignorant et inhabile ait pu placer l'aigle tout 
contre et en arrière de la cathedra. 

Quant à l'objet qui se détache du sceptre en arrière et à la hau- 
teur de l'épaule du dieu, il faut y voir un bout flottant de la chla- 
mydedu divin personnage. 

4° CXXXII. — Anneau avec fausse calcédoine gravée 



Voici un anneau d'argent"' trouvé dans la tombe d'une femme, 
au médius de sa main droite 4 ; il a 21 à 22 millimètres d'ouverture; 

1. Voir plus loin, n° CCLXXXVI. 

2. Griechischen kunttmylhologie, 1872; Atlas, Gemmentafel II, n° 2 et n° 48; 
la notice descriptive est p. 167 du texte. 

3. Cet anneau appartient à la collection de M. Th. Eck. 

4. On y a recueilli, en même temps que ce bijou, un petit coffret en bois et 
bronze avec clef bague, contenant un grand bronze de Postume (257-267), une 




ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



sa tige, légèrement bombée à l'extérieur, a 8 millimètres de bail- 
leur près du chaton, 3 seulement du côté opposé. 

Le chaton est formé d'une fausse calcédoine de forme ovale, 
taillée en biseaux, de 15 millimètres dans sa plus grande largeur 
à la base et de 13 à la surface; de 10 millimètres dans sa plus 
grande hauteur à la base, et de 8 à la surface. Sur cette pierre est 
gravé un animal au galop. « Le travail est tellement sommaire, 
dit avec raison M. Pilloy, qu'on ne saurait déterminer à quelle 
espèce cet animal appartient 1 . » 

5° CXXX1II. — Autre anneau d'argent 




Cet anneau trouvé dans une sépulture féminine, à l'annulaire 
de la main droite de la défunte 3 , a une ouverture de 18 millimètres ; 
sa tige, plate, a 7 millimètres de hauteur près du chaton, et 3 du 
côté opposé. 

Le chaton, formé d'une pâle ou fausse pierre verdâtre, est un 
carré long de 9 millimètres de haut sur 10 de large. 

6° GXXXIV. — Bague en argent 




Cette bague, fort simple, a 16 millimètres d'ouverture; sa tige, 
bombée à l'extérieur, a 12 millimètres de hauteur près du chaton, 
2 à 3 du côté opposé ; le chaton, qui était probablement une intaille, 
a disparu : le renflement du métal qui en marque la place, a la 

autre bague en bronze, un gros bracelet en jais, une paire de boucles d'oreilles 
en or, avec pierres fines, un petit couteau, etc. 

1. llbi supra, p. 265. 

2. Il appartient à la collection de M. Th. Eck. 

3. Au chevet de la défunte on a recueilli une épingle en argent, à tète plate. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE lOO 

forme d'un carré allongé, de 10 millimètres de large sur 6 de hau- 
teur. 

Les objets recueillis dans la tombe féminine où ce bijou a été 
trouvé, atlestent qu'il appartenait à une riche matrone 1 . 

7° CXXXV. — Bague en bronze, ornée de filets parallèles 




Cette bague est un simple cercle sans inscription ni figure, avec 
une hauteur, égale en tous sens, de 3 millimètres, et une ouver- 
ture de 15 à 16 millimètres. 

Elle était portée par une femme, qui en avait une autre sem- 
blable, et dans la bouche, comme obole à Caron, un petit bronze 
de Magnence (349-353)'. 

8° et 9° CXXXVI et CXXXV1I. — Deux bagues en argent d'une 

fillette 




Ces deux bagues, trouvées dsns la tombe d'une fillette, sont 
deux simples cercles d'argent, travaillés à plat et n'ayant pour dé- 
coration qu'un cordon de, zigzags gravés en creux. 

Le n" 1 , qui est le plus grand, ail millimètres de diamètre inté- 
rieur et une hauteur partout égale de 1 à 2 millimètres. 

1. Elle avait, au cou, un collier de trente-huit perles d'or avec pâtes de verre 
imitant une pierre verte opaque; aux bras, des bracelets de bronze; aux pieds, 
une petite urne et une coupe en verre blanc; et deux autres vases en verre. 

2. Cette femme avait, au bras gauche, trois bracelets en verre noir et un qua- 
trième en bronze; au bras droit, un bracelet en argent; sur les jambes, une 
urne en verre blanc et une coupe également en verre; sous les pieds, une urne 
en terre grise. 



156 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

Le n° 2 a 8 à 9 millimètres d'ouverture et 1 à 2 millimètres de 
hauteur. 

Dans la même sépulture, on a recueilli deux autres petits an- 
neaux du même genre 1 . 

10" CXXXVII bis. — BAGUE EN ARGENT, AVEC PLAQUES d'ÉMAIL 




Cette bague 5 sur laquelle M. Pilloy n'a pas pu nous donner de 
renseignements précis, mais qui paraît provenir, comme les pré- 
cédentes, d'un des cimetières de Vcrmand 3 , a de 18 à 19 millimètres 
d'ouverture. La tige, plate, a 5 millimètres de haut près du chaton, 
1 1/2 du côté opposé. 

Le chaton, formé de trois compartiments, a 16 millim. dans son 
entière largeur : le compartiment central est de forme rectangu- 
laire, les deux autres qui l'accostent, ont une forme légèrement 
trapézoïdale. Tous les trois sont des plaques d'émail noir, établies 
dans des cassolettes soudées sur la tige. 

Le compartiment central est orné, en haut et en bas, de 3 globules 
reliés ensemble par des cordons de métal; les compartiments laté- 
raux sont accostés par trois globules ou cabochons. 

M. Pilloy croit qu'à la différence de ceux que nous avons repro- 
duits ci-dessus, cet anneau a été confectionné à une époque anté- 
rieure au iv e siècle, et appartiendrait au ru 9 , peut-être même au n°. 
« Au iv e siècle, dit-il, l'émaillerie avait cessé d'être à la mode. On 
n'en faisait plus. Les bagues et les fibules émaillées que l'on trouve 
dans les sépultures du iv° siècle, étaient possédées par héritage ou 



1. Qui appartiennent également à M. Th. Eck. La petite défunte avait en ou- 
tre, au bras gauche, un bracelet en argent; contre le bras droit, une coupe en 
verre blanc; et, aux pieds, deux petits pots en terre noire. 

2. C'est le n° 9 de la planche 19 des Études précitées de M. Pilloy. 

3. Le savant archéologue croit, en effet, se rappeler que ce bijou, provenant 
d'un des cimetières de Vermand, appartient, ou du moins, a appartenu à M. Bè- 
gue, principal clerc de notaire à Vermand (lettre du 14 février 1896); ce qui 
permet de supposer qu'il provient d'un des cimetières de Vermand. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



157 



provenaient du pillage fait par les barbares au milieu du m c siècle 1 . » 

Cette opinion me paraît n'être pas suffisamment motivée, au 
moins, dans la forme absolue où elle est exprimée. Il me semble 
difficile d'admettre que l'art de l'émaillerie, dont le V e siècle et les 
suivants nous fournissent tant de spécimens, eût entièrement dis- 
paru au iv e . Je serais plutôt porté à penser que, s'il y a eu ralentis- 
sement dans la production, il y a eu continuité dans la pratique de 
cet art. 

CXXXVIII 

ANNEAU AVEC INSCRIPTION, TROUVÉ A VILLERET (AISNE) 5 




Celte bague appartient, comme la précédente, à M. J. Pilloy, qui 
nous en a fourni le dessin. 

Elle a été trouvée dans un ancien cimetière gallo-franc, et dans 
une sépulture féminine. 

Elle est en or; son diamètre intérieur est de 19 millimètres d'ou- 
verture; sa tige, formée d'une mince bande de métal, dont les ex- 
trémités ont été soudées l'une sur l'autre, a 9 millimètres dans sa 
plus grande largeur, près du chaton, 5 seulement du côté opposé. 

Le chaton, ménagé dans la masse, est un carré long, de 8 milli- 
mètres de haut sur 12 de large ; il est orné d'un entrelacs en forme 
de 8 dans un cadre tracé au burin; de chaque côté, sur la tige, trois 
caractères : adroite (pour le lecteur) A, E rétrograde et S retourné ; 
à gauche, A, S retourné et C couché. Nous n'avons aucune opinion, 
aucune conjecture à proposer touchant le groupement de ces carac- 
tères, dont se composait le nom de la femme possesseur de notre 
anneau. 

1. Lettre du 6 février 1896. Cl'. Pilloy, Éludes sur d'anciens lieux de sépulture 
de l'Aisne, t. II, p. 270. 

2. Villeret est une commune du canton du Gatelut, arrondissement de Sainl- 
Uuenlin. 



158 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Quant à l'époque où ce bijou fut fabriqué, bien qu'il ait été re- 
cueilli dans un cimetière que l'on croit carolingien, il peut dater 
d'une période antérieure. Les ornements et les caractères qui y 
sont gravés se rapportent aussi bien et même mieux aux temps de 
la première dynastie qu'à ceux de la deuxième; et ce qui nous fait 
incliner vers cette attribution, c'est la similitude des ornements 
de notre anneau, avec ceux d'une autre bague dont l'origine méro- 
vingienne ne paraît point douteuse. 



CXXXIX 

BAGUE AVEC CROIX ÉGALE, PROVENANT DE SÉRALCOURT-LE-GRAND (AISNE)' 




Voici encore un anneau de la collection de M. .1. Pilloy, qui a 
été recueilli dans une des tombes du cimetière de Séraucourt-le- 
Grand. 

Il est en laiton ou en cuivre jaune, et n'a que 18 millimètres 
d'ouverture, ce qui indique bien un bijou de femme. La tige a 
6 millimètres dans sa plus grande largeur près du chaton, 3 du 
côté opposé. 

Le chaton, ménagé à même le métal, est de forme ronde avec 
12 millimètres do diamètre;, et, dans un double cercle tracé au bu- 
rin, on a gravé une croix à branches égales et potencéc. 

Ce bijou a été recueilli dans un cimetière qu'on croit carolin- 
gien ; mais il peut fort bien néanmoins avoir été fabriqué à une 
époque antérieure; et nous avons, dans nos anneaux d'origine 
mérovingienne certaine, de nombreux exemples de la croix égale, 
et de la croix polencée ou fourchue. 

1. Séraucourt-le-Grand est un chef-lieu de commune, du canton de Saint-Si- 
mon, arrondissement de Saint-Quentin. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 159 

CXL 

ANNEAU AVEC CALCÉDOINE, PROVENANT d'aBBEVILLE (aISNe) 1 




Cet anneau d'or, qui appartient, comme les quatre suivants à la 
collection de M. J. l'illoy 1 , a été recueilli dans la tombe d'une 
femme de cinquante à soixante ans, avec divers autres bijoux et 
objets de toilette 3 ; il était encore à l'annulaire de la main gauche. 

Il a 21 millimètres d'ouverture. La tige, qui a 7 millimètres de 
largeur près du cbaton, est simplement ornée de traits au burin, 
figurant un rameau. Le chaton, soudé sur cette tige, est formé 
d'une cassolette ovale, presque ronde, de 23 millimètres de lar- 
geur sur 21 de hauteur au centre, y compris une large bordure 
ciselée en zigzags, et dans laquelle est sertie une magnifique cal- 
cédoine, d'un ton laiteux, dont le fond est noirâtre'*. 

CXLI 

BAGUE AVEC FAUSSE ÉMERAUDE, PROVENANT d'aRBEVILLE (aISNe) 3 

Cette bague en or, trouvée dans la tombe [d'une femme, était 

1. Abbeville est une commune dépendante des canton et arrondissement de 
Saint-Quentin. 

2. Le dessin de ce bijou et ceux des quatre numéros suivants sont empruntés 
à l'ouvrage déjà cité de M. J. Piltoy : Études sur d'anciens lieux de sépulture du 
département de l'Aisne, t. II, pl. V. Celui dont il s'agit ici est gravé sur cette 
planche, fig. 3; le texte est p. 186 et 262. 

3. Sur la tête de la défunte, une épingle slyliforme en argent; au cou, un 
collier de perles rouges ou vertes, avec un petit croissant d'argent muni d'une 
bélière; une petite agrafe d'argent à quatre pointes recourbées au-dessous; à 
l'avant-bras droit, un bracelet en bronze. 

4. M. Pilloy a fait, à ce propos, l'observation qu'aujourd'hui, dans les bagues 
à chaton ou médaillon ovale, on place toujours le grand axe dans le sens du 
doigt, tandis qu'ici on a procédé en sens contraire, et le médaillon devait cou- 
vrir une partie des autres doigts (Études, etc., p. 263). 

5. Pilloy, Études, etc., p. 178, n° 1 et p. 263; pl. V, fig. 5. 



"160 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

encore à l'annulaire de la main gauche. On y a recueilli en même 
temps divers objets, notamment une épingle d'argent, qui était sur 
la tète de la défunte 1 . 

Cette bague a 17 1/2 à 18 millimètres d'ouverture ; sa tige, plate 




et mince, a 10 millimètres près du chaton, 4 1/2 du côté opposé; 
elle est ornée de six cercles concentriques en filigrane, entre les- 
quels on a soudé de petites perles d'or, qui rappellent un bel anneau 
épiscopal par nous décrit 2 . 

Le chaton est formé d'une cassolette rectangulaire, bordée d'une 
torsade d'or sur ses quatre côtés et sertissant une fausse éme- 
raude. 

cmi 

autre anneau avec lion gravé sur fausse calcédoine, provenant 
d'abbeville (aisne) 3 




Cet anneau, recueilli dans la tombe d'une femme, était encore 
à l'annulaire de sa main gauche : on y a trouvé, en outre, divers 
objets de toilette et autres''. 

1. Voici le détail de ces objets : sur les fémurs, un bassin de bronze, au-des- 
sous duquel une coupe en verre, décorée de fossettes et de filets de verre au 
pourtour; sur les jambes, un plateau d'étain, contenant des ossements de poule 
et une cuiller en argent; vers les pieds, une grande coupe de verre en forme 
de bol; dans celte coupe, un petit vase ventru, où M. Pilloy a vu un poculum. 

2. Voir plus loin, n° CGLXXXIV. 

3. Pilloy, Éludes, etc., p. 194, n° 83 et p. 263; pl. V, lig. 7. 

4. Dans laboucbe, un denier d'argent de Graticn; au cou, un collier de perles 



DES PREMIERS SIECLES DU MOYEN AGE 



161 



Il a 16 à 17 millimètres d'ouverture; sa tige, de dimensions 
égales sur tout son pourtour, est d'une faible hauteur (1 et 1/2 ou 2 
millimètres). 

Le chaton, qui est soudé sur la tige et de forme ovale, a 12 mil- 
limètres de large sur 8 de hauteur au centre. On y a serti une 
fausse calcédoine, sur laquelle est gravé en creux un lion passant. 

CXLI1I 

AUTRE BAGUE AVEC FIGURE d'un PETIT GÉNIE, PROVENANT d'aBBEVILLE 

(aisne) 1 




Cette bague en argent a été trouvée dans la tombe d'un homme, 
à l'annulaire de sa main gauche, avec divers objets, parmi lesquels 
une hache en fer et deux couteaux 5 . 

Elle a 23 millimètres d'ouverture; la tige, ronde, a 4 millimètres 
de grosseur près du chaton, Celui-ci, soudé sur la tige, est, comme 
le chaton de la précédente bague, formé d'une cassolette octogo- 
nale, de 16 millimètres 1/2 de large sur 12 millimètres 1/2 de hau- 
teur au centre. Cette cassolette constitue intérieurement un cadre 

creuses fusiformes, en or ou en pâte noire et brillante; le long de la jambe 
gauche, une ampulla de verre blanc ; un débris de peigne en os ; sur les genoux, 
un bassin de bronze et une cuiller d'argent; tout auprès, une petite urne 
d'étain; aux pieds, une coupe en verre et un poculum en terre grise; la garni- 
ture d'un coflret en bois, avec sa clef, sur les débris duquel on a cru trouver 
représentés, en bas-relief, au repoussé, Jupiter, Mars et Hercule. 

1. Id., ibid., p. 189, n° 59 et p. 262; pl. V, fig. 4. 

2. Dans la main droite du défunt, il y avait un petit bronze fruste de Gralien; 
sur les genoux, un plateau di; bronze étamé, avec des os de poule et des co- 
quilles de noix; une petite coupe en verre; près de la jambe gauche, une hache 
en fer, un poculum en terre grise et une petite urne en terre rouge, remplie de 
cendres; aux pieds, un couteau en fer, une plaque de ceinturon en bronze; des 
anneaux de bronze et de fer; une gouge coudée en fer; un grand couteau; un 
ferret en bronze et une fibule discoïde émaillée de rouge. 

11 



162 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



ovale, sertissant une fausse calcédoine sur laquelle est gravé en 
creux un petit génie. Ele est accostée, aux deux points de jonction 
avec la tige, de trois globules ou cabochons disposés en feuilles de 
1 relie , dont nous ayons souvent déjà signalé la présence sur nos 
anneaux. 

CXLIV 

AUTRE BAGUE AVEC VERRE IRISÉ, PROVENANT d'aBBEVILLE (AISNE) ' 




Cette bague, en argent, a été trouvée dans la sépulture d'un 
homme, à la main gauche duquel elle était encore; il y avait, outre 
ce bijou, une monnaie, et divers objets et ustensiles *. 

Elle a 20 millimètres d'ouverture; sa tige, plate, a près du chaton 
(j millimètres, 2 seulement du côté opposé. Le chaton, soudé sur 
la tige, est une cassolette ronde, de 10 millimètres de diamètre, 
sertissant un verre blanc irisé. 

CXLV 

BAGUE AVEC INSCRIPTION, PROVENANT DE PRÉMONT (AISNE) 3 

Cette bague, qui est inédite, a été trouvée, en 1894, dans une sé- 

1. Pilloy, Études, etc., p. 179, n° 4, et p. 263; pl. V, fîg. 6. 

2. Sur la poitrine, une grosse fibule cruciforme; sur les jambes, un plat d'é- 
tain, contenant les ossements d'une poule; un poculum en terre grise; une 
coupe en verre; aux pieds, une boucle de ceinturon en bronze; un petit cylin- 
dre creux ayant dù servir à fixer les pendeloques de cuir qui, chez les soldats, 
couvraient te bas ventre; des boulons doubles et une aiguillette en bronze; 
deux couteaux en fer; dans la main droite, un bronze très fruste de Constance 
ou Magnence. 

3. Prémont est une commune dépendante du canton de Boherin, arrondisse- 
ment de Saint-Quentin. 



DLS PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



pulture féminine du cimetière mérovingien de Prémont », et appar- 
tient à la collection de M. Th. Eck, à Saint-Quentin s . Elle est en 
potin. La tige ayant été déformée, je ne puis en constater que l'ou- 
verture moyenne, qui est de 18 millim. Le chaton, en forme de carré 
allongé et un peu irrégulier, a 9 millim. de haut sur 10 de large. 11 




contient, dans un cadre tracé au burin, trois caractères : au centre, 
une lettre quialfecte la forme d'un Z, mais qui est là probablement 
pour un S rétrograde (3), initiale de Signum, accostée, à droite et 
à gaucbede la lettre F, sans doute l'initiale du nom du possesseur 
de l'anneau. 

La tige, qui a 8 millim. de large près "du cbaton, va en diminuant 
de façon à n'avoir que 2 millim. du côté oposé. 



CXLVI 

AUTRE RAGUE AVEC CROIX ÉGALE, TROUVÉE A PRÉMONT (AISNE) 




Voici une bague en bronze, également inédite, qui a été trouvée 
en 1892, dans une tombe de femme du cimetière mérovingien de 
Prémont, et qui appartient à la collection de M. Th. Eck 3 . 

1. Dans la même sépulture ont été recueillis, à la ceinture, une boucle en 
fer commune, et aux pieds un vase en terre noire. 

2. C'est d'après les dessins de M. Eck et les renseignements fournis par lui, 
qu'ont été reproduits et décrits l'anneau qui nous occupe et dix autres bijoux 
de la même espèce. J'exprime ma gratitude au savant conservateur des musées 
de Saint- Quentin pour ce nouvel acte d'obligeance. 

3. On a recueilli dans la même tombe : sur la poitrine de la défunte, 
quelques grains de collier, et, aux pieds, un vase de terre noire de fabrication 
commune. 



164 



ÉTUDE SU H LES ANNEAUX 



Elle a 20 millim. d'ouverture. La tige est large de9millim. près 
du chaton, de 3 1/2 du côté opposé. 

Le chaton, ménagé à même dans le métal est, en forme de carré 
long de 13 millim. sur 8 de haut. : il présente, dans un cadre tracé 
au burin, une croix égale, accostée d'angles à ses deux bras, ou peut- 
être de deux V. 



BAGUE DE GELOSIMUS, TROUVÉE ENTRE TRAVECY ET VENDEUIL (AISNE) 



Voici une bague en bronze, trouvée dans une cimetière franc 
découvert entre Travecy, canton de La Fère, arrondissement de 
Laon, et Vendeuil, canton de Moy, arrondissement de Saint-Quen- 
tin. D'après une note adressée, en 1888, par M. Pilloy au Comité 
des travaux historiques 1 , les sépultures d'hommes ont fourni de 
très grandes francisques et des scramasaxes; d'une sépulture de 
femme on a retiré une boucle en bronze, les débris d'une trousse 
composée de couteaux, efforce, grande clef en fer, un collier de 
verroterie, la partie inférieure d'une fibule en argent doré et niellé, 
et un anneau en bronze, avec un chaton ovale, décoré d'une croix 
entourée d'un fil zig-zagué. 

Le bijou figuré en tête de la présente notice se compose : 1° d'une 
lige de 23 millimètres d'ouverture et de S millimètres d'épaisseur 
près du chaton; 2° de ce chaton, qui est de forme ronde, de 18 mil- 
limètres de diamètre, et soudé sur la tige. 

M. Pilloy, à qui appartient notre bague, déclare dans la note 
précitée, n'avoir pu savoir si elle a été trouvée sur un homme ou 

1. Bulletin aréhéologique du Comité des travaux historiques, année 1888, 2 e l'as- 
cicule. 



CXLVII 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



165 



sur une femme; mais, malgré ses dimensions, il présume qu'elle 
était à l'usage d'une femme, par le motif qu'il n'en a jamais re- 
cueilli sur les hommes. 

L'ouvert ure considérable que présente cet anneau ne nous semble 
pas permettre d'y voir un bijou de femme. Et puisque les objets 
ci-dessus mentionnés ont été recueillis dans des sépultures mascu- 
lines, que d'ailleurs les francisques et scramasaxes ne peuvent 
avoir une provenance féminine, rien n'empêche de regarder notre 
bague comme ayant appartenu à un homme, dont les doigts avaient 
même des proportions supérieures à la moyenne. Deux autres cir- 
constances viennent à l'appui de noire opinion. 

A la base de l'inscription circulaire gravée en creux sur le cha- 
ton et que nous allons bientôt étudier, on remarque une lettre, 
dont les dimensions dépassent celles des autres lettres, et qui, par 
ce fait et aussi à raison de la place qu'elle occupe, paraît devoir 
être l'initiale du nom du propriétaire de l'anneau : c'est un G mé- 
rovingien rétrograde (9). D'après cela, la dernière lettre de la 
légende serait un |, qui ne peut être la terminale d'un vocable 
féminin. 

La leçon des quatre premières lettres de l'inscription ne soulève 
aucun doute : elles forment le groupe GELOSI; la septième, si on 
la compare à l'E qui suit le G, ne peut être un E couché, c'est un 
M cursif (CO); la huitième et dernière lettre est un I. Au centre, il 
y a une petite croix, fourchue à la base et au sommet, de même au 
reste que les I et les extrémités d'autres lettres. 

Nous avons donc, pour l'ensemble, la leçon suivante : 

+ GELOSIMI- 

Je n'ai point d'exemple que je puisse produire de ce vocable. Je 
me bornerai à dire que Gel et Gelo sont entrés dans la composition 
d'un certain nombre de noms propres germaniques du haut moyen 
âge ' . 

CXLVIII 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE A TEMPLEUX-IA-FOSSE (SOMME) * 

Au mois de février 1885, on a découvert, dans le village de Tem- 

1. Voir Forstmann, Personennamen, col. 510. 

2. Templeux-la-Fosse est une commune située dans le canton de Roisel, ar- 
rondissement de Péronne. 



i6fî ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

pleux-la-Fosse, la bague en bronze que nous faisons figurer ici. 
Acquise d'abord par feu Alfred Danicourt, elle a été, comme celle 
d'Argœuves, donnée par cet archéologue au musée de la ville de 
Péronne. 

Elle a 18 millimètres d'ouverture; le pourtour, de forme arron- 
die, a près de 2 millimètres d'épaisseur. Le chaton ovale, presque 
rond, dont elle est ornée, a été ménagé unième le métal, mais d'un 
côté seulement, car il est, de l'autre côté, soudé sur une des bran- 
ches de l'anneau; il présente un monogramme qu'il faut envisager 
dans le sens de la tige, du côté gauche (pour le lecteur), et oii nous 
trouvons les caractères suivants : 




Un M, dont les jambages extrêmes sont très écartés et qui esl 
posé sur une longue haste, avec laquelle il forme un T; à gauche 
(pour le lecteur), un E et un I. ces deux lettres arc-boutées formant 
un A; adroite, un L Les deux petits cercles concentriques posés 
au sommet du monogramme ne semblent pas en être une partie 
intégrante. 

Les lellres ci-dessus indiquées sont les eomposanles du nom de 

MELITA ou MELLITA 

qui était usité dans la période gallo-franque. Une femme ainsi ap- 
pelée est mentionnée, on l'an 700, dans le testament d'Erminélru- 
«lis, comme affranchie par celle riche matrone '. Le vocable de Mel- 
litits est porté, au vif siècle, par un saint personnage, qui tut , en 
604, évèque de, Londres, en 61 9 archevêque de Cantorbéry, et mou- 
rut en 624 2 . On connaît enfin un trions trappé à Rouen, dans la 
période mérovingienne, par un monnayer également appelé Mel- 
litus 1 , et le fréquent emploi de ce nom implique l'usage du fémi- 
nin correspondant Mellita. 

1. Pardessus, Diplom. et chart., t. II, p. 257. 

2. Pardessus, Diplom. et chart.; t. I er , p. 165; et Acta SS. Bolland., mens, 
april., t. III, p. 280. 

3. Anat. de Barthélémy, Liste des noms d'hommes inscrits sur les monn. méro- 
ving. iBiblioth. de l'École des chartes, 6 e série, t. pr.) 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



167 



CXLIX 



AUTRE ANNEAU PROVENANT DE TEMPLEUX -LA-FOSSE (SOMME) 




Cette bague en laiton ou cuivre jaune, découverte au cours des 
fouilles opérées dans le cimetière gallo-frauc do Templeux-la Fosse, 
appartient à M. J. Pilloy. Elle est de petite dimension (18 milli- 
mètres d'ouverture), et dut être portée par une femme ou un enfant. 
La tige a, près du chaton, c'est à-dire dans sa plus grande largeur, 
6 millimètres, 3 seulement du côté opposé. 

Le chaton, ménagé à même le métal, est un carré long de 7 à 
8 millimètres de hauteur sur 15 de large : on y voit des traits dé- 
pourvus de toute signification (trois intailles et un demi-cercle en 
haut, autant en bas), mais qui n'en servaient pas moins, comme 
cachet de fantaisie, à sceller la correspondance : nous avons vu 
déjà des exemples de marques de ce genre '. 



AUTRE ANNEAU AVEC ENTRELACS FORMANT UNE CROIX, TROUVÉ A TEMPLEIIX- 



Cette bague a été recueillie dans le cimetière de Templeux-la- 
Fosse, au cours des fouilles qui y ont été récemment opérées % et 



CL 



LA-FOSSE (SOMME) 




^. Voir les n os LXIII, LXV, LXXIX, LXXXII, CH. 

2. Par M. Joly, fils du receveur des postes de Marché-le-Pot. 



168 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



appartient à la collection de M. J. Pilloy, qui nous en a fourni le 
desssin. 

Elle est en laiton ou cuivre jaune : elle a 18 millimètres seule- 
ment d'ouverture, ce qui fait supposer qu'elle était à l'usage d'une 
femme ou d'un enfant ; sa tige, légèrement bombée à l'extérieur et 
unie à l'intérieur, a 3 millimètres de largeur près du ebaton, 2 seu- 
lement du côté opposé. 

Sur le chaton hexagone dont elle est ornée, et qui est pris dans 
la masse, est gravé un entrelacs, formant une croix à grosses bran- 
ches et entouré de simples traits : le tout dans un cadre tracé au 
burin. 

Enfin, le chaton est accosté de trois globules disposés en feuille 
de trèfle, et taillés en relief dans le métal. 

CLI 

AUTRE BAGUE PROVENANT DE TEMPLEUX-LA-FOSSE (SOMME) 




Voici une bague en argent, qui appartient à la collection de 
M. Eck,etqui a été recueillie dans une sépulture féminine du cime- 
tière deTempleux-la-Fosse,avec divers objets de toilette et autres 1 . 

Elle a 20 millimètres d'ouverture ; sa tige a partout 2 millimè- 
tres de largeur. Le chaton, soudé sur cette tige, a 3 millimètres 
1/2 d'épaisseur; il est de forme polygonale, bordé d'un mince filet 
d'émail blanc; le champ est une tablette en prisme d'émeraude 
d'un beau vert, au centre de laquelle est sertie, dans un filet d'émail 
blanc, une verroterie blanche posée sur un paillon quadrillé 2 . 

1. De chaque côté de la tête de la défunte, il y avait une paire de grandes 
boucles d'oreilles en argent, à tètes facettées et verroteries blanches; «à l'un des 
doigts de la main droite, l'anneau ici décrit; sur la poitrine, deux fibules en 
bronze, avec verroteries blanches; aux pieds, un vase de terre noire. (Lellre de 
M. Eck, du 6 avril 1892.) 

2. Nous avons déjà signalé ce procédé d'orfèvrerie artistique sur deux anneaux 
précédemment décrits (n os CXt et GXÏI). 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



169 



CLII 

ANNEAU AVEC INSCRIPTION, PROVENANT DE TEMPLEUX-LA-FOSSE (SOMME) . 




Voici encore une bague trouvée à Templeux-la-Fosse et dont le 
possesseur actuel est inconnu. 

Ce bijou, qui est en bronze, a 17 à 18 millimètres d'ouverture. 
Sa tige a 6 millimètres près du chaton, et 2 seulement du côté 
opposé. 

Le chaton, pris dans la masse, est un carré long de 12 à 13 mil- 
limètres sur 9 de haut. Sont gravés en creux dans le champ, la 
lettre D avec' panse polygonale ; un L ou un C et un I liés ; et, à 
droite et à gauche, sur la tige, quelques ornements. 

Je n'ai aucune explication à proposer en ce qui concerne ces 
caractères. 

CLIII 

AUTRE ANNEAU PROVENANT DE TEMPLEUX-LA-FOSSE 




Cet anneau en bronze, dontle possesseur est également inconnu, 
a 21 millimètres d'ouverture; sa tige, plate, a 4 millimètres près 
du chaton, 1 1/2 du côté opposé. Le chaton, de forme ovale et 
soudé sur la tige, a 13 millimètres dans sa plus grande largeur el 
9 dans sa plus grande hauteur; il est orné, dans un cadre, de des- 
sins géométriques. 



170 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



CLIV 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE A MESNIL-BRUNTEL (SOMME) 1 




Voici une bague en bronze, découverte, le 21 août 1885, au doigt 
d'un squelette de femme, dans une tombe mérovingienne, où se 
trouvaient aussi des pendants d'oreilles en argent, des boucles de 
bronze et un vase. 

L'anneau que nous reproduisons fut acquis, sur l'heure, par feu 
A. Danicourt, qui en a fait don au Musée de Péronne. 

11 aune très faible ouverture (17 millimètres 1/2) et 2 milli- 
mètres d'épaisseur du côté opposé au chaton. Ce chaton, soudé sur 
la tige, est de forme ronde et a 10 millimètres de diamètre; il est 
accosté de trois globules ou cabochons en bronze, disposés en feuil- 
les de trèfle. 

Le chaton est orné d'un chiffre, où doit nécessairement se lire 
un nom féminin. Nous y voyons d'abord (à droite du lecteur) un F, 
dont la haste, prolongée par en haut, forme peut-être, avec la petit» 1 
barre horizontale supérieure, un L; à gauche, un E rétrograde, au 
sommet duquel est appendu un |, dont l'extrémité inférieure re- 
lient un C. Un S est posé en travers du I. En redoublant les lettres 
E et I, nous aurions là les éléments du nom de 

FELICIE 

Le S du centre représente, avec le I qui le coupe obliquement, 
l'abréviation si connue de Sl(gnum) ou S\{ffilhim) ; ee qui nous 
donne, pour l'ensemble : 

S\{gnurti) ou SKtf'M"») FELICIE- 
Nous n'avons pas d'exemple du vocable Felicia, à citer d'après 
les monuments du moyen âge, mais celui de Felicius était d'un 

1. Mesnil-Rruntel est une commune dépendante de? canton et arrondissement 

de Péronne. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



171 



usage assez fréquent; nous en trouvons la mention dans une 
charte de l'an 739 1 et dans un acte du cartulaire d'Ainay, de la lin 
du X e siècle 5 . Or, comme nous l'avons déjà fait observer, l'emploi 
d'un nom masculin tel que Felicius, implique celui d'un nom fémi- 
nin correspondant à la même époque. 



BAGUE AVEC EFFIGtE ET LES INITIALES S L-, TROUVÉE A BARLEUX (SOMME) 3 



Cette bague, trouvée dans le village de Barleux, a appartenu, 
d'abord, à feu Alfred Danicourt, et a passé, depuis, grâce à la libé- 
ralité de cet antiquaire, dans les vitrines de l'important Musée de 
Péronne. 

C'est un anneau d'argent, qui a 18 millimètres d'ouverture ei 
donl la tige a 2 millimètres d'épaisseur. 

Le chaton, de forme ronde, soudé sur la tige, est accosté, à 
droite et à gauche, de trois cabochons en argent, également sou- 
dés sur la baguette, el disposés en feuilles de trèfle, comme on les 
voit dans un si grand nombre d'anneaux mérovingiens, dont ils 
sont le trait distinctif. 

Le chaton, bordé d'un cordon de perles, a 12 millimètres de dia- 
mètre, y compris cette bordure. Il porte, grossièrement gravée, 
une figure de profil, avec la chevelure rejetée en arrière, et accos- 
tée des lettres S et L 4 , dont chacune est précédée ou suivie d'une 
croisette. 

t. Pardessus, Biplom. et chart., t. IT, p. 282. 

2. Aug. Bernard, Cai'tul. de Savigny et d'Ainay, t. IF, p. 688, charte 181, da- 
tée circa 980. 

3. Barleux est un clief-lieu de commune, dépendant des canton et arrondis- 
sement de Péronne. 

4. Il y a, au-dessous de cette grossière effigie, des marques où l'on pourrait, 



CLV 




172 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



S a ici sans doute la signification de Signum, et le L est l'initiale 
du nom du personnage pour lequel le bijou a été fabriqué et dont 
on a tenté fort inhabilement d'ailleurs de reproduire les traits. 
Nous produirons plus loin un exemple analogue, où le chaton porte 
les lettres S R, séparées par une effigie 1 . 

CL VI 

AUTRE BAGUE PROVENANT DE BARLEUX (SOMME) 




Voici une bague en bronze, recueillie, en 1885, dans les fouilles 
du cimetière mérovingien de Barleux, et acquise, peu après sa dé- 
couverte, par M. Th. Eck. 

Elle a 19 millimètres d'ouverture; sa tige, dont l'épaisseur est 
de 3 millimètres, a 4 millimètres 1/2 de hauteur près du chaton, 
2 seulement du côté opposé. 

Le chaton, ovale irrégulier, pris dans la masse, a 10 millimètres 
de haut sur 15 de large ; l'artisan y a gravé des traits, dont la si- 
gnification nous échappe, et qui probablement n'en ont aucune. 

GLVII 

BAGUE AVEC DES CARACTÈRES INEXPLIQUÉS, PROVENANT d'eNNEMAIN (SOMME) 2 

Cette bague, en bronze, qui appartient à la collection de M. Vin- 
chon, avocat à Paris, a 23 millimètres d'ouverture; sa tige, plate, 
a 4 millimètres de hauteur près du chaton, et 2 du côté opposé. 

Le chaton, ménagé à même le métal, et de forme irrégulière, 
ail millimètres dans sa plus grande hauteur, et 10 dans sa plus 

à la Joupe, lire en petits caractères INI; mais nous croyons qu'il faut y voir 
plutôt les lignes maladroitement tracées d'une sorte de buste quadrillé. 

1. Voir plus bas le n° CCI/V. 

2. Canton de Ham, arrondissement de Péronne (Somme) (Lettres de M. J. 
Piltoy, des 6 et 14 février 1896). 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



173 



grande largeur, y compris les parties latérales, où l'artisan a bu- 
riné, dans le métal, trois saillies qui rappellent les trois globules 
ou cabochons usités dans la fabrique mérovingienne. Le champ 




nous offre des signes gravés en creux, où l'on peut distinguer un 
C carré, un S et un L liés, et au sujet desquels je n'ai aucune ex- 
plication à proposer. 

CL VIII 

BAGUE AVEC LES INITIALES FE, PROVENANT DE MARCHÉLEPOT (SOMME) 1 




Ce bijou trouvé, en 1886, dans une tombe de femme du cimetière 
mérovingien de Marchélepot, appartient à la collection de M. E. de 
Chauvenet, de Saint-Quentin. 

Il est formé d'une bande de bronze, plate et d'égale épaisseur 
(1 millimètre) dans tout son pourtour. Il a 6 millimètres de haut 
à l'endroit du chaton, qui est pris dans la masse, 4 millim. 1/2 du 
côté opposé, et 17 millimètres d'ouverture. 

Au centre du chaton, sont gravés quatre traits anguleux, destinés 
peut-être à figurer une croix égale, et à droite desquels (pour le 
lecteur) on voit inscrit un F, tandis qu'à gauche, il y a un E rétro- 
grade. Ces lettres sont probablement les initiales du nom de la 
femme ou de la jeune fille propriétaire de l'anneau. 

1. Marchélepot est une commune dépendante du canton de Nesles, arrondis- 
sement de Péronne. 



174 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

Les autres parties de la bague sont ornées d'une sorte de grecque 
qu'on remarque sur un grand nombre d'objets trouvés dans les ci- 
metières gallo-francs de la contrée 1 . 

CLIX 

ANNEAU AVEC LE S BARRÉ, PROVENANT DE MARCHÉLEPOT (SOMME) 




Voici un autre anneau en bronze, trouvé, en 1884, dans une sé- 
pulture féminine de Marchélepot, et qui appartient à la collection 
de M. Eck. 

Il n'a que 6 millim. 1/2 d'ouverture; la tige a, près du chaton, 
8 millimètres de hauteur, 3 seulement du côté opposé. 

Le chaton, ménagé à même le métal, a la forme d'un carré long, 
et mesure 7 millimètres de haut sur 11 millimètres de large; il 
présente, profondémenl gravé en creux, un S barré, dont la barre 
est boulelée à ses deux extrémités, et qui est l'abréviation bien 
connue de %\{anum), dont nous avons signalé la présence sur 
plusieurs de nos anneaux. A droite et à gauche du S barré, re- 
marquons deux points, destinés sans doute à différencier ce sifjil- 
lum d'avec ceux de même forme qui étaient alors en grand usage. 

CLX 

BAGUE AVEC CROIX CANTONNÉE DES CLOUS DE LA PASSION (?), TROUVÉE A 
MARCHÉLEPOT (SOMME) 

Cette bague, recueillie à Marchélepot, appartient à la collection 
particulière de M. Eck. 

Elle est en bronze; elle a 22 millimètres d'ouverture; sa tige a 
3 millimètres d'épaisseur. 

1. « Ce genre d'ornements est répandu à profusion sur les plaques de ceintu- 
ron en bronze que l'on recueille communément dans certains champs de sépul- 
ture des vii c , vm c et ix° siècles. » Lettre de M. Eck. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



175 



Le chaton, de l'orme ronde, ménagé à même le métal, a 15 mil- 
limètres de diamètre. Dans un cercle strié, est gravée une croix 
égale, potencée et cantonnée de pointes, comme nous le voyons 




sur l'anneau ci-dessous et sur un autre anneau précédemment dé- 
crit 1 ; ces pointes représentant peut-être les clous de la Passion ou 
bien le X de la croix chrismée. 

CLX1 

AUTRE BAGUE AVEC LES CLOUS DE LA PASSION, TROUVÉE A 
MARCHÉLEPOT (SOMME) 




Ce bijou, recueilli dans une tombe de femme de Marcliélepot, ap- 
partient, comme le précédent, à la collection de M. Eck. 

11 est en bronze; il a 17 millim. 4/2 d'ouverture; sa tige a S mil- 
limètres de hauteur près du chaton, 2 1/2 du côté opposé, et pré- 
sente, sur tout le pourtour, deux traits gravés au burin. 

Le chaton, ménagé a même le métal, est de l'orme ovale, et 
mesure 10 millimètres de haut sur 8 de large : il y a, au centre, une 
croix égale potencée, cantonnée de quatre pointes, comme dans le 
n° précédent, où j'en indique la signifieatioir. 

1. Voir le n° CXXII. 

2. M. Eck me lait savoir qu'il possède un troisième anneau provenant du ci- 
metière de Marcliélepot, où la croix du chaton est également cantonnée de 



176 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

CLXII 

AUTRE ANNEAU AVEC CROIX, TROUVÉ A MARCFiÉLEPOT (sOMMk). 




Voici encore un anneau provenant aussi de Marchélepot et ap- 
partenant à M. Eck. 

Il est en bronze; il a 20 millimètres d'ouverture; sa tige ornée, 
près du chaton, d'un triangle, a, en cet endroit, 8 millimètres de 
hauteur, 9 du côté opposé. 

Sur le chaton, qui est ménagé à même le métal, est gravée une 
croix égale fortement potencée au sommet et à la base, et encas- 
trée, aux deux bras, dans deux demi-cercles. 

CLXIII 

ANNEAU AVEC CROIX AU CHATON, PROVENANT DE MARCHÉLEPOT (?) 




Ce bijou, qui appartient à la collection de M. Eck, provient d'un 
cimetière mérovingien du département de la Somme'. 

quatre pointes semblables. Je dois faire remarquer que, dans l'exemple repro- 
duit sous le n° CLXI, les pointes paraissent avoir été bien intentionnellement 
isolées de chaque canton, ce qui porterait à les considérer comme destinées à 
rappeler les clous de la Passion. Voir aussi le n° CLXIII ci-dessous. 

1. Lettres de M. Th. Eck, qui déclare ne pouvoir préciser davantage la pro- 
venance de cet anneau. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN A 1 1 E 



177 



11 a 22 millimètres d'ouverture; sa tige a partout une épaisseur 
de 2 millimètres 1/2. 

Le chaton, de forme ronde, ménagé a même le métal, a 12 mil- 
limètres de diamètre; il présente, gravée en creux, une croix 
égale, accostée, aux quatre branches, d'unforl tampon ou bourrelet; 
du cercle qui l'environne, m' détachent quatre pointes dirigées sur 
chaque canton et représentant peut-être les clous de la Passion. Ce 
dispositif et le travail du bijou autorisent à le rapprocher de deux 
anneaux trouvés dans I,' cimetière mérovingien de Marchélcpot 1 , 
et il y a lieu, dès lors, de présumer qu'il enprovient également. 

CLX1V 



liAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE A M0ISLA1NS (SOMME) 




Voici une bague en bronze, qui appartient à M. Eck,et qui lui a 
été donnée par l'auteur même de la découverte, laquelle a eu lieu 
dans le printemps de l'année 1890. Elle a été recueillie dans une 
sépulture de femme du cimetière mérovingien de Moislains. 

Elle a 20 millimètres d'ouverture : la tige a 2 millimètres d'épais- 
seur. Le chaton, pris dans la masse, est de forme ronde, et, mesuré 
dans le sens de sa hauteur, il a 12 millimètres de diamètre. Dans 
la partie du métal qui est à droite et à gauche, l'artisan a buriné 
trois sailiies qui rappellent les trois globules ou cabochons si fré- 
quemment signalés sur nos anneaux. 

Sur le plat du chaton est inscrit un monogramme, où se déchilfre 
facilement le mot BASINE, avec, au centre, le S barré (g), ce qui 
donne la leçon. 

S\{gnym) BASINE- 
Nous avons déjà rencontré deux fois ce nom de femme qui fut 

1. Voir ci-dessus les n os CLXI et GLXII. 

2. Moislains est une coin aune dépendante des canton et arrondissement de 
Péronne. 

3. Voir, ci-dessus, les n» 3 LXXXVIet LXXXVU. M. Eck, qui a publié la bague 



178 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



célèbre dans le liaul moyen âge : il convient surtout de remarquer 
la frappante ressemblance du travail du bijou et du mode de for- 
mation de son monogramme avec deux bagues provenant de sé- 
pultures franquesde la province de Namur, citées en note au bas 
de la page précédente. 

CLXV 

BAGUE AVEC CERCLES CONCENTRIQUES, PROVENANT DE MOISLA1NS (SOMME) 




Cette bague a été trouvée, comme la précédente, en 1890, dans 
une sépulture féminine de Moislains, et appartient aussi à M. Th. 
Eck. 

Elle est en bronze; elle a 18 millimètres d'ouverture ; la tige 
a 3 millimètres d'épaisseur. Le chaton, ménagé à même le métal, 
est de forme ronde, avec un diamètre de 14 millimètres; il est orné 
de six cercles concentriques, avec un septième au centre. .Nous 
avons noté la présence fréquente de cette sorte d'ornements sur les 
anneaux, plaques de ceinturon et autres objets recueillis dans les 
sépultures barbares de la Bourgogne cisjurane et transjurane et de 
la province de Namur (Belgique) l . 

Notons enfin que l'artisan a t'ait saillir le métal à droite el à 
gauche du chaton, de manière à rappeler les deux globules ou ca- 
bochons qu'on voit souvent sur les bagues de ce pays et des con- 
trées riveraines de la Meuse et de l'Escaut. 

ici décrite, dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques (année 
1892) , induit, avec raison, de ce fait que le vocable de Basine a été trouvé dans 
trois sépultures différentes, qu'il était commun chez les envahisseurs d'outre-Rhin 
ou leurs descendants. Tiré à part, p. 3 et pl. II. 
1. Voir ci-dessus, les n° s XX, XXXIII et GUI. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



17'J 



CLXVI 

AUTRE BAGL'E PROVENANT DE MOISLAINS (SOMME) 




Voici encore une bague en bronze, recueillie, en 1890, dans une 
tombe de femme du cimetière de Mo islains, el appartenant à M. Eck. 

Elle a 1!) millimètres d'ouverture; la tige a 3 millimètres d'é- 
paisseur. Le chaton, de forme ronde, pris dans la masse, a 8 mil- 
limètres 1/2 de diamètre; au centre, une cavité ronde, où l'on a 
ménagé un relief de métal arrondi, sur la surface duquel un cercle 
est tracé au burin. 

Le chaton se prolonge adroite et à gauche sur la tige, eu forme 
de pâlies de boulons; à son extrémité, il y a un cercle, avec un 
point an centre, semblable aux ornements de l'anneau précédem- 
menl décrit el provenant du même cimetière. 

CLXV1I 

autre bague avec chaton façonné en spirale, provenant de moislains 

(somme) 




Cette bague en bronze, inédile, qui a été trouvée, comme la pré- 
cédente, en 1890, à Moislains, appartient également à la collection 
de M. Eck. 

Elle a 24 millimètres d'ouverture, ce qui indique qu'elle était à 
l'usage d'un homme. 



180 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Elle est faite entièrement d'un seul fil de bronze, contourné et 
enroulé de manière àformer un chaton arrondi, accosté d'enroule- 
ments du même fil de métal '. 

CLXV111 

ANNEAU AVEC INSCRIPTION, PROVENANT DE MOISLA1NS (SOMME) 2 




Cet anneau en bronze, inédit, qui a été trouvé, en 1890, dans l'an- 
cien cimetière de Moiskuns, appartient à la collection de M. C. Bou- 
langer, ancien notaire, à Péronne. 

Il a 18 à 19 millimètres d'ouverture. La tige, en demi jonc, a 
3 millimètres 1/2 de large. Le cbalon, pris dans la masse du métal, 
est plat, de forme ronde, avec un diamètre de 13 millimètres. Il est 
divisé en deux compartiments, où sont gravés des signes et des ca- 
ractères, dont trois seulement peuvent être définis : dans le com- 
partiment supérieur un M et un V de forme onciale (q) retourné', 
dans le compartiment inférieur un F mérovingien (H) rétrograde '. 
Les autres traits n'ont ou du moins ne me paraissent pas avoir de 
signification. 

CLX1X 

ANNEAU DE HRÛNZE, TROUVÉ A VOYENNES (SOMME) 3 

Cet anneau appartient à M. de Vienne, maire d'Ollezy (Aisne), 
qui l'a acheté à un particulier. 

1. Un mode analogue de fabrication se renlarque sur une bague de Noyel- 
lelte (Pas-de-Calais), n° CLXXIV. 

2. D'après un dessin et des notes de M. Th. Eck. 

3. Voir dans Maurice Prou, Cataloij. des monn. méroving. de la Bibliolh. nat., 
la paléographie de ces monnaies, p. cwin de l'introduction. 

4. Ubi supra, p. cxvn. 

5. Voycnnes est une commune dépendante du canton de Nesles, arrondisse- 
ment de Péronne. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



181 



Il a 19 millimètres d'ouverture. Sa tige, qui est arrondie, a 
3 millimètres d'épaisseur; le chaton qui y est soudé est rond ; il 
mesure H millimètres de diamètre, et, aux deux points de réunion 




avee la tige, il est accosté de trois globules ou cabochons de mê- 
lai, disposés en feuilles de trèfle. 

Sur la surface du chalon, sont gravés en creux des traits où 
M. Pilloy a cru pouvoir distinguer une tête grossièrement repré- 
sentée '. 



CLXX 

ANNEAU AVEC INSCRIPTION, PROVENANT d'eRC.HEIT (SOMME) 




Cette bague a été trouvée dans une sépulture féminine du cime- 
tière mérovingien d Ercheu, au cours de fouilles opérées en 1890, 
et appartient à la collection de M. E. de Ghauvenet, de Saint- 
Quentin. 

Elle a 17 millimètres seulement d'ouverture ; elle est formée 
d'une bande de métal, épaisse de 2 millimètres 1/2, haute de 9 mil- 
limètres près du chaton, et do 6 du côté opposé, où les deux bouts 
de la tige sont soudés l'un sur l'autre. 

Sur le chaton, qui est pris dans la masse, et qui est un carré de 

1. Lettre de M. Pilloy, du 10 novembre 1891. 

2. Ercheu estime commune dépendante du canton de Roye, arrondissement 
de Montdidier. 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



9 millimètres de côté, sont gravés deux F, séparés par une barre 
oblique, dont l'extrémité supérieure esl coupée par un demi-cercle : 
le F placé à gauche de la barre (pour le lecteur), est accosté d'un 
trait en forme de virgule. A droite du chaton, deux F, séparés par 
une croix de Saint-André avec deux V dans deux angles. A gauche, 
deux V ou deux A non barrés, entrelacés ei séparant deux carac- 
tères où l'on peut voir deux E. 

Je n'ai aucune conjecture à proposer au sujet des caractères gra- 
vés sur ce singulier bijou : il est à remarquer toutefois que le cha- 
ton était seul destiné à sceller la correspondance ou à accompa- 
gner le nom de la femme ou jeune fille sur les actes où elle figurait 
eu qualité de partie ou de témoin, et qu'il ne porte que deux F, qui 
étaient vraisemblablement les initiales de son nom. 

CLXXXI 

ANNEAU STGILLA1I1E DE ROSA, PROVENANT DU DÉPARTEMENT DE LA SOMME 




Nous reproduisons ici le chatûn en argent d'un anneau dont la 
lige a entièrement disparu, soit qu'elle ait é!é brisée par l'ouvrier 
au moment de la découverte, soit par toute autre cause. On ignore 
le lieu précis où a été recueilli le fragment qui nous occupe et qui 
appartient à la collection de M. Eck. Toutefois, d'après ce dernier ', 
il y a tout lieu de croire qu'il provient du département de la 
Somme. 

Le chaton, de forme ronde, a 12 millimètres de diamètre ; dans 
le monogramme dont il est décoré', ou lit aisément le nom de 

ROSA 

qui fui lrè> commundans le liant moyen âge et qui figure sur une 
autre de nos bagues-'. 

1. Lettre précitée <lr> m. Eck, 

2. Voir le n° CCL.XIY. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



183 



DIOCÈSE VARRAS 
(XXX II 

BAGUE AVEC DÉCORATION GÉOMÉTRIQUE, PROVENANT DE NOYELLETTE 
(PAS-DE-CALAIS) 1 




Cette bague, en bronze, inédite, a été trouvée, en 1895, dans 
une tombe féminine du cimetière mérovingien de Noyellelte. Elle 
appartient à la collection de M. C. Boulanger, ancien notaire à 
Péronne (Somme). 

Elle a 21 millimètres d'ouverture : la tige, de largeur inégale, 
el le chaton, de forme carrée, mesurant 13 millimètres de large 
sur 10 de hauteur, sonl décorés de dessins géométriques assez com- 
pliqués dont le lecteur peut se rendre compte d'après le dessin 
exécuté par M. Th. Eck pour ce bijou, comme pour les deux sui- 
van I s . 

(XXXIII 

AUTRE BAGUE AVEC VERROTERIE AU CHATON , PROVENANT DE NOYELLETTE 

(PAS-DE-CALUS 




Celle liague, en bronze, inédile, qui a élé trouvée, en 189;5, 
comme la précédente, dans une sépulture féminine de Noyellelte, 
appartient aussi à M. C. Boulanger. 

Elle a 19 millimètres d'ouverture; la lige, plate, a partout 4 mil- 
limètres de largeur. Le chaton est une cuvette eu forme de lo- 
sange, mesurant 5 millimètres entre les côtés, el contenant une 
verroterie jaune et plate de même forme. 

1. Noyellelte est une commune dépendante du canton de Saint-Pol-de-Ternoi?e ; 
arrondissement d'Avesnes-le-Comte. 



184 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

(XXXIV 



AUTRE ANNEAU AVEC CHATON FAÇONNÉ EN SPIRALE, PROVENANT DE 
NOYELLETTE (PAS-DE-CALAIS) 

Ce bijou, en bronze, inédit, a été trouvé en 1895, comme les deux 
précédents, dans une tombe de femme du cimetière de Noyellette, 
et appartient, comme les deux précédents, à M. G. Boulanger. Il 
a 22 millimètres d'ouverture; la tige, plate, a partout 7 milli- 
mètres de large. Le chaton est formé de deux gros fils de bronze 
tournés en spirale et ligaturés par desssous avec la tige '. 

CLXXV 

BAGUE AVEC 'MONOGRAMME, TROUVÉE A YV ALLER S (NORD) 2 




La bague en or, qui figure en lèle de cette notice, a été trouvée 
sur le territoire de la commune de Wallers, par un cultivateur qui 
labourait un champ; elle était en dehors de toute sépulture, et 
nul autre objet n'a été recueilli au même endroit 3 . M m0 Veuve Au- 
ger, qui était propriétaire de ce bijou, en a fait don au Musée de 
Valenciennes ; M. Caffiaux, archiviste honoraire du département, 
membre correspondant de la Société des Antiquaires rie France, 

1. Un mode analogue do fabrication se remarque pur une bague de Mnis- 
lains (Somme), n° CLXVII. 

2. La commune de Wallers dépend des canton et arrondissement de Valen- 
ciennes. 

3. Lettre deM n1 ' V° Auger, datée de Valenciennes, le 13 août 1888. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



185 



l'a commmuniqué, on 1888, ù cette Société, et je suis redevable à 
l'obligeance de ce savant des dessins qui m'onl permis de le repro- 
duire ici. 

Notre bague a I!) à 20 millimètres d'ouverLure ; la tige mesure 
près du chaton une hauteur de 7 millimèi ces, etlechaton lui-même, 
pris dans la masse, est un carré aux angles légèrement arrondis, 
de 9 millimètres de côté, il est orné d'un monogramme composé 
des lettres suivantes : un F rétrograde; un A ; un L qui, partanl 
de l'extrémité supérieure de droite prolonge su barre horizontale 
sous le F ; un C cai'ré à droite, el pins bas un O : c'est le nom de : 

FALCO {P'alt-o), 

fort usité dans le hautmoyen âge comme dans la période féodale. 
On connaîl une lettre adressée par saint Remi. en 512, à un évêque 
ainsi appelé*. Il va aussi un saint personnage de ce nom, qui fut 
évêque de Maëstricht vers l'an 500 a . 

DIOCESE DE CAMBRAI 
CLXXVI 

BAGUE AVEC GRENAT, TROUVÉE A AUTRES (NORD) 3 




La bague en or que nous reproduisons ici,aété découverte, dans 

1. Pardessus, Ch. et dipl., t. I, p. 62. Celte lettre a été reproduite par Du 
Chesne, Hist. Francor. scriptores, t. r, p. 850, et D. Bouquet, Histor. de France, 
t. IV, p. 53, d'après l'édition qu'en a donnée Fréher, Corpus Franc, histor., 
p. 186. 

2. Rolland., Acta SS., mens, febr., t. III, p. 177. On trouve des mentions de 
personnes du même nom dans la plupart des cartulaires, notamment dans ceux 
de Savigny (o« 8 633, '753, 769, etc.), de Grenoble (n° XXXI et passim), de Sauxil- 
langes (n° 809), etc. 

3. Canton et arrondissement de Valenciennes. 



186 



ÉTUDE SUR Llîfi ANNEAUX 



une tombe isolée. Elle a été publiéepar feu M. Dancoisne, dans une 
brochure intitulée : Objets mérovingiens trouvés à Arlres, et nous 
l'avons nous-même reproduite., en 1892, clans une note au bas d'une 
notice relative à unanneau provenant delà province de Namur*. 

Elira 20 millimètres d'ouverture ; la tige, plate, a3 ^millimé- 
trés de large. Le chaton, soudé sur celle tige, est dé l'orme ronde 
avec 17 millimètres de diamètre ; il présente sur sa face, quatre raies 
de métal sertissant un nombre égal de grenats; le centre, formant 
une cuvette ronde, était occupé par une gemme ou une perle en 
pâte qui a disparu. 

Ce bijou est le produit d'un procédé de fabrication, dont nous 
avons d'autres exemples, notamment dans une bague provenant 
du cimetière de Samson, province de Namur 5 . 

GLXXYII 

ANNEAU AVEC GRENATS, TROUVÉ A CIPLV, PROVINCE DU HAINAUT ( BELGIQUE ) 




Go magnifique anneau d'or a été recueilli dans une des nom- 
breuses sépultures du cimetière franc de Ciply, près Mon- . 11 était 
à la main gauche du squelette. Il pèse 7°'',.'>77, el a 19 millimètres 
d'ouverture; le jonc, plat, large de S"™, 75, épais de 1 millimètre, 
esl orné d'un cordon de grènetis entre deux doubles torsades. 

1. Rev. archéol., année 1S92, t. II, p. 11, note 1; celle notice est le n° 
CLXXVII ci-dessous. 

2. Voir le n° CXI. 

3. Ce cimetière, découvert en 1879, a été exploré avec autant de soin que 
d'intelligence par deux archéologues distingués, MM. de Pauw et È. Hublard 

Le bijou ici décrit et l'anneau qui fait l'objet de la notice suivante sont con- 
servés, ainsi que les nombreux objets trouvés au cours des fouilles dudit cime- 
tière, dans le musée archéologique de M. Léopold Bernard, en la propriété 
el aux frais duquel ces fouilles onl été opérées. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



1X7 



D'après la notice publiée par MM. L.-F. de Pauw et Em. Hu- 
blard sur le cimetière de Ciply, à laquelle nous empruntons ces 
renseignements, le chaton carré, bordé d'une rangée de grènetis, 
a, à sa base, K3 millim. I 2 de côté. Il affecte la forme d'un édi- 
cule, supporté à chacun des côlés, par deux arcades ornées de grè- 
netis : au somme! du toit, qui en esl le couronnement, esl un gros 
verre grenat, serti dans un cercle de grènetis. Les quatre versants 
sont également décorés d'une verroterie grenat. Aux quatre angles, 
il y a un ornement en forme de V renversé 1 . 

CLXXVI1I 

AUTRE BAGUE AVEC INSCRIPTION, PROVENANT DE CIPLY ( BELGIQUE) 




Celle bague on bronze, trouvée, comme la précédente, dans le 
cimetière franc de Ciply, provient de la sépulture d'une femme, au 
médius de la main gauche de laquelle le bijou était placé". 

Cet anneau a 18 millimètres d'ouverture : la tigea 3 millimètres 
de largeur. Le, chaton, pris dans la masse el de forme ronde, esl 
accosté de deux globules ou cabochons, également ménagés dans 
le métal. Dans une bordure en relief, une figure grossie remenl 
gravée, qui occupe le centre du chaton, rappelle la Victoire de 
profil, passant, indiquée par des traits semblables sur des monnaies 
des temps les plus bas de l'Empire. On y distingue en outre, en 
étudiant ce petit monument dans un sens inverse, quatre carac- 
tères : à gauche (du lecteur) un D cursif (ô) ; au sommet, un V ou 
un A non barré, et à droite | et L Je n'ai à proposer aucune expli- 
cation touchant ces caractères. 

1. Notice préliminaire sur In cimetière franc de, Ciply, in-8", Mous, 18 >5, p. 22- 
23. 

l'. Lettre de M. E. Hublard, du 4 décembre 1894. Dans cette tombe, à la hau- 
teur de la ceinture, il y avait une rouelle en bronze, ajourée et ornée de gra- 
vures. 



188 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



DIOCÈSE DE TOURNAI 
CLXXIXel CLXXX 

LES DEUX ANNEAUX TROUVÉS DANS LE TOMREAU DE CRTLDÉRIC I er , A 
TOURNAT, PROVINCE DU HAINAUT (BELGIQUE) 

Notions historiques sur le trésor sépulcral de Tournai, où ces 
anneaux ont été recueillis. 

La tombe du roi franc Childéric I er , où ces deux bijoux ont été 
recueillis avec beaucoup d'autres objets précieux 1 , fui comme on 
sait, fortuitement découverte en 1653, à Tournai, dans un ancien 
cimetière aliénant à l'église paroissiale de Saint-Brice. Deux ans 
après, les magistrats de la ville, qui avaient été, avec le curé et les 
ma ru Milliers de la paroisse, les premiers détenteurs du trésor, le 
remirent presque intégralement à l'archiduc Léopold-Guillaume, 
alors gouverneur des Pays-Bas, qui, à la cessation de ses fonctions 
(1G5G), l'emporta à Vienne. Après la mort de ce prince (1662), les 
précieuses reliques entrèrent dans le Cabinet impérial. En 1665, 
l'archevêque de Mayence, .1. Ph. de Schônborn en obtint de l'Em- 
pereur la concession, avec l'intention (agréée par ce souverain) de 
les offrir à Louis XIV 2 ; et, au mois de juillet de la même année, 
elles furent remises au roi de France, par l'ordre de qui elles furent 
transporté 's du château de Saint-Germain à Paris, et déposées au 
Cabinet des médailles, récemment créé au palais du Louvre. A 
quelque temps de là, on les transféra à la Bibliothèque du roi, où 
elles étaient, du moins eu grande partie, à la lin du xvin 8 siècle. 
Après avoir traversé sans accident la période révolutionnaire et 
celles du premier Empire et de la Restauration, elles figuraient 
encore, en 1831, dans les vitrines du Cabinet des médailles de 
notre grand dépôt littéraire, lorsque, dans la nuit du ô' au 6 no- 
vembre de celle année, des malfaiteurs tirent main basse sur une 

1. Notamment 100 pièces d'or ;i l'effigie impériale, 200 monnaies d'argent, 
environ 300 abeilles en or, une épée en fer avec sa poignée, sa garde et les 
garnitures du fourreau montées en or, des fibules et un globe île cristal. 

2. L'Empereur retint, quelques oli jet s, notamment des alicillos d'or. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



189 



quantité considérable d'objets en or, parmi lesquels se trouvaient 
ceux qui provenaient de la découverte de Tournai et en particulier 
nus deux bagues, qui n'ont pu être retrouvées et sont probablement 
perdues pour toujours 1 . 

Heureusement, elles avaient été, ainsi que les autres parties du 
trésor, décrites presque au lendemain de la trouvaille, avec un soin 
minutieux et avec l'aide de témoins oculaires intelligents, par Jean- 
Jacques Chiflet, premier médecin de l'archiduc gouverneur, qui les 
avait l'ail dessiner et graver sur les planches dont son important 
ouvrage est orné*. Ce consciencieux et savant travail, publié en 
1655' à Anvers, a, depuis plus de deux siècles, servi de base aux 
nombreuses dissertations dont le tombeau de Childéric et son mo- 
bilier ont été le sujet, et où l'on a généralement reproduit les des- 
sins de Chiflet'. C'est encore notre seule ressource pour la figura- 
tion de nos deux anneaux, envisagés dans leur ensemble. 

Ici s'arrêtent les notions historiques sur le trésor de Tournai, 
que nous aurions voulu abréger, mais qu'il nous a paru indispen- 
sable de placer en tête de celte étude. 

1° CLXX1X. — L'ANNEAU SIG1LLAIRE DE CHILDÉRIC 1 er 




Ce magnifique bijou était en or massif, 1res pur ; d'après le dessin 

1. Quelques-uns des objets dérobés, jetés dans la Seine par les voleurs en 
fuite, furent repêchés près du pontde laTournelle : ceux qui étaient d'un métal 
moins précieux avaient aussi échappé au pillage. 

2. Anastasis Childeriei l F-ancorum régis, sive Thésaurus sepulchralis Tornaci 
Kerviorum effossus et commentarïo illustratus, auctore Joanne Jacobo Cliil'fletto, 
équité, regio archiatrorum comité et archidunali medico, primario, Lntverpis, 
ex ofiieina Plantiniana Balthazaris Moreti, MDGLV; in - i ' de 367 p. avec 
27 plancb.es et gravures sur cuivre. 

3. Il faut toutefois signaler le beau livre du savant et regrettable abbé Cochet 
(Le tombeau de Childéric I"), où les quelques objets qui nous sont restés du 
trésor de Tournai ont été dessinés d'après nature et bien gravés. 



100 



ÉTUDE SUlt LES ANNEAUX 



de Chiflet, don! l'exactitude esl confirmée par certaines circons- 
tances exposées plus bas, etqui est reproduit en tête de la présente 
Notice (fig. I) 1 , la tige en élail de forme arrondie à l'extérieur et 
plate à l'intérieur; elle avait 13 millimètres de hauteur sur tout sou 
pourtour, et 26 millim. 1/2 à 27 millimètres d'ouverture, ce qui 
suppose une main très forte. 

Quant an chaton donl la bague royale était ornée, nous serions, 
par suite de l'événement désastreux de 1831, dans l'impossibilité 
d'en donner une représentation fidèle et de première main, si, en 
!N.'J7, Dauban, alors employé au Cabine! des médailles, n'en a va il 
découvert une excellente empreinte sur cire". Celle empreinte est 
intercalée dans une histoire manuscrite de sainte Geneviève 3 , com- 
po ée, entre les années 1670 et 1687,, par le P. du Molinel ou du 
Moulinet, chanoine régulier en l'abbaye de Sainte-Geneviève-du- 
Mont*. Le dessin que nous avons mis en tête de la présente notice 
(fig. 2) a élé exécuté, sous nos yeux, sur l'empreinte même. Il per- 
met de conslaler, en ce gui concerne les dimensions du chaton, la 
parfaile exactitude du dessin de Chiflet, et confirme ainsi l'opinion 
déjà unanime des érudits, touchant le soin religieux qui a présidé 
à la confection des planches du premier el savanl éditeur du trésor 
de Tournai. 

1. Le Cabinet des médailles possède, une représentation galvanoplastique 
de cet anneau similaire, donnée par M. Peigné-Delacour, mais elle a été exé- 
cutée d'après le dessin de Chiflet, combiné avec une empreinte en cire du chaton 
donl nous parlerons plus loin, el elle n'a conséquemmenl aucune valeur sérieuse. 

2. A la vérité, il existait, au Cabinet des médailles, une empreinte sur plâtre, 
Hiii avait élé prise par M. Muret, entre l'année 18^9 où il avait été attaché à 
notre grand dépôt national, cl le mois de novembre 1831 où le bijou avail dis- 
paru. Mais cette empreinte, ébréchée sur un côté, el truste à l'effigie, ne pré- 
sente plus qu'une partie de la légende circulaire, et ne peut servir, comme 
l'empreinte sur cire de la Bibliothè que Sainte-Geneviève, à restituer l'état pri- 
mitif du chalon. 

3. Ce ms. est à la Bihliotlïèque Sainte- Geneviève, dan-; le fonds français, II, 
f. 21. L'empreinte, parfaitement conservée, est en marge de la page 118. 

4. Au ms. est jointe une longue lettre adressée par « M. du Boismourand » à 
I auteur, en réponse à la communication que, celui-ci lui avait donnée du pro- 
jet ou canevas de son travail historique. Celle lellre est datée du mois de 
février 1G70: c'est donc entre cetle date el celle de la mort de l'auteur (1687) 
que l'ouvrage a été écrit. La suscription de la lettre de Boismourand porte le 
nom de du Moulinet ; des noies récentes, inscrites en tête du ms., portent du 
Molinet. 



DES PREMlliRS SIÈCLES DU MOYEN AGE 191 

Le chaton, « I » * forme ovale, a 23 millimètres 1/2 de haut sur 
17 millimètres 1/2 de large. Au centre, est représenté le buste 
royal, avec tête de lace, uue, imberbe et une longue chevelure, 
partagée au milieu du front et retombant en deux grosses boucles 
sur les épaules. Le buste esl vêtu, à la romaine, d'une tunique sur 
laquelle on voit une plaque carrée qui décore la poitrine 1 . La 
main droite tient une lance appuyée sur l'épaule, comme on l'ob- 
serve sur les médailles impériales de Constantin II, Théodose II, 
Majorien, Justin l' 1 el de leurs successeurs '-. 

Autour de l'effigie esl gravée celle légende, qui donnait une in- 
comparable valeur historique à l'anneau sigillaire si déplora ble 
menl perdu : 

CHILDIRICI RETIS 

le substantif signum ou sigillum, étanl sous-entendu, car le chaton 
devail évidemment servir à sceller les actes émanés du souverain. 

Rappelons, en peu de mois, quelques dates historiques concer- 
nant Childéric. Après avoir succédé, en 458, h Mérovée comme roi 
des Francs, établis alors sur le territoirè don1 se formé renl plus 
tard les provinces de Flandre el de Picardie, il fui forcé, l'année 
suivante, de s'exiler, el se rendit auprès du roi de Thuringe 
(Haute-Saxe). 11 fut rappelé par les Francs en 163 ou i64 3 , et, peu 
après son retour, la reine de Thuringe Basine, quittanl son époux 
el sa pairie, vint s'offrir ù Childéric, qui l'épousa et eut d'elle, en 
465, Clovis I er *. 

1. M. Vallet de Viriville, le savant cl regretté professeur à l'École des Chartes, 
a établi unutile rapprochement entre cette pièce pectorale et un bijou cloisonné, 
conservé au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. (Rev. archéol., 
2° série, année 1857, t. II, p. 288 et pl. 313, fig. 2.) 

2. L'abbé Cochet (Tombeau de Childéric I^,p. 368) parle d'un objet qui serait 
figuré à côté de la lance, et sur lequel, ajoute-t-il, on croit distinguer une de 
ces abeilles qui ont été trouvées au nombre de plus de trois cents dans le tom- 
beau de Tournai. Un examen minutieux et répété nous autorise à dire qu'il n'y 
a, sur l'empreinte du P. du Moulinet, rien de semblable à ce que le docte 
archéologue normand y a vu. Nous serions porté à considérer ce qui l'a frappé, 
soit comme un prolongement de la boucle de cheveux, soit comme une deuxième 
boucle de cheveux de l'effigie royale. 

3. Greg. Tur., Hist. écoles. Francor., II, xii; édit. Guadet et Taranne, t. I, 
note n sur le livre II, p. i78. 

4. Greg. Tur., Hist. Francor. epitom., chap. xi etxu. C'està tort que beaucoup 
d'écrivains ont d'il que Hasine avait suivi Childéric lorsqu'il quitta la résidence 



192 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



C'est au moment et à l'occasion de son mariage que furent très 
probablement fabriqués et l'anneau sigillaire, dont il vient d'être 
question, et la deuxième bague dont nous allons nous occuper 1 . 

2° CLXXX. — LA DEUXIÈME BAGUE TROUVÉE DANS LA SÉPULTURE ROYALE. 
NE SERAIT-CE PAS l'aïSNEAU DE MARIAGE DE LA. REINE BASINE ? 




Tout uni, dépourvu de chaton, d'ornement et d'inscription, ce 
bijou n'avait, on le comprend, aux yeux des érudits, qu'une im- 
portance bien secondaire auprès île l'anneau sigillaire de Childé- 
ric. Aussi n'a-t il été l'objet qued'une médiocre attention jt d'une 
hypothèse assez légèrement conçue, qui, nous le montrerons bien- 
tôt, est peu justifiée. 

Dans une courte phrase, Chiflet rapporte que le deuxième an- 
neau fut trouvé, comme l'autre, dans la sépulture royale*. Plus 
bas, il émet la conjecture que c'est l'anneau de mariage de Chil- 
déric, et il cite des écrivains de l'antiquité et une loi des Visi- 

du roi de Tburinge. Elle vint le trouver en Gaule, après que les Francs l'eurent 
reconnu de nouveau pour chef. 

1. Mabillon a fait mention d'un autre anneau de Childéric I er , qui présentait, 
sur un saphir, l'image de ce prince, mais sans aucune inscription. « Primœ 
slirpis reges in sigillis imprimendis plurimum usi sunl anulis.in quibus nomen 
suum in circulo cum imagine descriptum exhibebant. Ejusrei illustre habemus 
exeflnplum Childerici régis, Chlodovei Magni patris : cujus anuli duo, unus 
aureus lotus, aller ex sapphiro, prœferunl ejus effigiem; et quidem aureus in>- 
criplionem Childerici régis. » (De re diplomat., p. 135, n° 2). Ce deuxième 
anneau, dont Mabillon nous a laissé ignorer la provenance et le possesseur, est 
resté inconnu, et nous n'avons a son égard aucun renseignement. 

2. « Sed et aller Childerici régis fuit annulus aureus in ejus conditorio reper- 
tus, forma et inagnitudine qua in ima tabelhc parte représentait'. » [Anastasis, 
etc., p. 115.) Le chapitre vu, d'où ce passage est extrait, a pour litre : « Annuli 
aurei duo Childerici. » Ibid., p. 97. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



193 



goths, d'après lesquels les fiancés, qui avaient échangé des an- 
neaux, étaient liés par ce seul fait 

Les auteurs qui ont reproduit cette hypothèse, y ont adhéré, et, 
en dernier lieu, l'abbé Cochet l'a admise comme « fort vraisem- 
blable » s ; en tous cas, il ne parait p;is douter que ce fût un 
deuxième anneau de Childéric \ 

Avant d'exprimer notre sentiment personnel sur la question, 
nous devons donner du petit monument dont il s'agit une descrip- 
tion détaillée. 

C'est un simple cercle d'or massif, bombé à l'extérieur et plat à 
l'intérieur comme l'anneau sigillaire. Sa hauteur, égale sur tout le 
pourtour, est de 10 millimètres 1/2, et son ouverture ou diamètre 
intérieur, de 20 millimètres 1/2. 

Si nous comparons ces dimensions à celles de l'anneau sigillaire, 
nous voyons que son diamètre est moindre de 6 à. 7 millimètres et 
sa hauteur de 2 millimètres 1/2 k 3 millimètres 1 . Or, ces diffé- 
rences, auxquelles il estasse/ extraordinaire qu'on n'ait pas encore 
pris garde, sont trop considérables, ce nous semble, pour qu'on 
puisse admettre aisément que les deux bagues aient été faites pour 
la même main 5 . C'est pourquoi il convient, croyons-nous, détenir 
pour fort sujette au doute l'idée que noire bague soit, ainsi qu'on 
l'a supposé jusqu'à présent, un deuxième anneau de Childéric. 

1 . Anastasis, etc., p. 116. 

2. Le Tombeau de Childéric I er , p. 364. 

3. En reproduisant le dessin de Chiflet, l'abbé Cochet lui a donné ce tilre : 
« Bague en or de Childéric. » (Ibid., p. 350). A la page 347, il dit : «Tout porte 
à croire que les deux anneaux d'or de Childéric furent recueillis le jour de la 
découverte. » 

4. On pourrait chercher à expliquer ces grandes différences de dimensions 
en supposant que la deuxième bague était faite pour le petit doigt, tandis que 
l'anneau sigillaire était porté à l'un des autres doigts de la forte main de Chil- 
déric. Mais cette explication serait peu plausible. D'une part, en effet, si la 
deuxième bague était, comme nous le pensons avec tous nos devanciers, une 
bague de mariage, elle devait être placée à l'annulaire et non au pelit doigt. 
Or, l'annulaire est, pareil ou de dimensions à peu près pareilles à celles de 
l'index ou au médius de la main. D'autre part, un écart de 7 millimètres de 
grosseur entre le petit doigt et les autres doigts d'une même main serait bien 
extraordinaire et difficile à accepter a priori. 

5. Tel était l'usage chez les Grecs et chez les Romains (Aul. Gell. ,Attic noct., 
X, 10) et suivant toute probabilité chez les Francs (Cochet, Tombeau de Chil- 
déric J", p. 357-358). 

13 



104 [ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

D'un autre côté, entre les deux bijoux, la parente est manifeste : 
fabriqués dans une forme et par des procédés semblables, ils sont, 
non seulement contemporains, mais assurément sortis de la même 
officine, et peut-être l'œuvre du même ouvrier. 

Que faut-il donc penser de la deuxième bague et de sa présence 
dans le cercueil de Childéric? 

Nous sommes très porté à croire, comme tous les auteurs qui 
nous ont précédé, que c'est bien là un anneau de mariage; et à 
ce point de vue, il n'est pas sans utilité de rapprocher notre bijou 
d une bague trouvée dans une des sépultures de Salzen, au doigt 
annulaire d'une femme, et identique de forme à celle qui nous oc- 
cupe'. 

Mais celle-ci ne devait pas, suivant nous, être portée par Chil- 
déric. C'était plus vraisemblablement l'anneau que la reine Basinc 
reçut de lui quand il la prit pour épouse en 463 ou 464, et qui 
aurait été confectionné, avec cette destination, en même temps et 
dans le même atelier que l'anneau sigillaire. 

Dans cette hypothèse, Basine aurait précédé le roi franc dans la 
tombe, et, au moment de l'ensevelissement de ce prince, on aurait 
mis dans son cercueil, avec les armes et les autres bijoux qui lui 
appartenaient, l'anneau nuptial de la reine. 

INous avons déjà enregistré un fait semblable dans notre précé- 
dente Notice, relative à l'anneau sigillaire de Gulfétrud 2 , recueilli 
dans la tombe d'un guerrier, très probablement son époux, comme 
la bague qui nousoccupe a été recueillie dans la tombe du roifrane. 

La date de la mort de la reine Basine est inconnue, et il n'y ; » 
rien, à cet égard, dans l'histoire, qui soit de nature à contredire 
notre hypothèse. Il n'y en a pas davantage sous le rapport des di- 
mensions de la bague. Son diamètre intérieur, qui est de 20 mil- 
limètres et 1 /2, se rencontre dans plusieurs des bagues de femme 
que nous avons étudiées. Nous nous bornerons à en citer deux 
exemples indiscutables, parce que les noms de leurs propriétaires 
ysontinscritsen entier. Ce sont celles d'Heva et d'Aster, qui ont res- 
pectivement 20 et 19 1/2 à 20 millimètres d'ouverture 3 . 

1. Lindenschcnit, Der germanisake Todtenlager, pl. X et p. 20. Cette bague est 
en effet, comme la nôtre, un simple cercle massif, bombé en debors et plat en 
dedans. 

2. Voir ci-dessous le n° CCXVI. 

3. N«» LXU et CCXIV. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



195 



En résumé, au lieu de deux anneaux de Childéric, le trésor sé- 
pulcral de Tournai aurait compris, avec l'anneau sigillaire du roi, 
l'anneau de mariage de la reine Basine, de la mère de Clovis I er , le 
glorieux fondateur de l'empire des Francs. 

A la vérité, ce n'est là qu'une conjecture ; mais elle est, nous 
paraît-il, très plausible, et méritait, en tout cas, d'être signalée à 
l'attention des archéologues. 

DIOCÈSE DE BEAU VAIS 
CLXXXI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME ET LA FORMULE VlVaS ÎH DeO , 
TROUVÉ AU MONT-DE-HERMI',S (OISE) ' 




Au cours de touilles opérées au Mont-de-Hermes, M. l'abbé 
Hamard, curé de la paroisse de Hermès, a découvert, dans une 
tombe qu'il croit être celle d'une femme ! , la bague qui figure en 
tète de la présente notice. 

Elle a été acquise par un ancien bibliothécaire de l'Université 
de Cambridge, M. Samuel Savage Lewis, décédé depuis. Par bon- 

1. Hermès est une commune dépendante du canton de Noailles, arrondisse- 
ment de Beauvais. 

2. « Il m'est absolument impossible, m'écrit le savant ecclésiastique, d'alïirmer 
le sexe du personnage qui a été le possesseur de ce bijou, attendu que la sé- 
pulture où il a été trouvé était complètement bouleversée. Cependant, je pense 
qu'il a dû être porté par une femme. » (Lettre du 26 avril 1893.) 



196 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



heur, M. l'abbé Hamard avait conservé, de ce curieux bijou, d'excel- 
lents dessins qu'il m'a obligeamment envoyés, et qui m'ont per- 
mis de le reproduire ici. 

11 est en argent; il a 19 millimètres d'ouverture; sa tiye, haute 
de 9 millimètres sur tout son pourtour, est unie à l'intérieur, et 
présente, à l'extérieur, cinq facettes ou compartiments, séparés 
les uns des autres par une saillie arrondie en boudin. Quatre de 
ces facettes nous offrent une formule acclamatoire dont nous avons 
vu plusieurs exemples sur nos anneaux ; elle est ainsi gravée : 
VI— VAS— IN— DEO- 

La cinquième facette, formant chaton, est un carré irrégulier 
de 12 millimètres de haut sur 11 de large, acosté de deux globules 
ou cabochons. On y voit, encadré dans un grènetis, un mono- 
gramme comprenant: un M, dont les deux montants supportent 
un arc et à l'intérieur duquel il y a un A ; un V, figuré par les 
deux barres obliques du M, et surmonté d'un R ; ce qui, avec le 
redoublement du A, donne le nom féminin de MAVRA très usité 
dans le haut moyen âge 1 ; et, pour l'ensemble des inscriptions de 
notre anneau, 

MAVRA 
VIVAS IN DEO- 

Il y a plusieurs saintes de ce nom, parmi lesquelles, pour n'en 
citer que deux appartenant à la Gaule et au moyen âge, celles 
qui ont vécu à Beauvais (v c siècle) et à Troyes (milieu du 
ix e siècle) 8 . 

1. Mon regretté confrère, E. Le Blant, qui a publié le chaton do notre 
anneau dans son Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Houle, n° 421, 
p. 426, s'est borné à dire, relativement au monogramme, qu'on peut y lire un 
nom tel que celui de Maria. Cetle indication nous semble difficile à admettre; 
d'une part, elle suppose la présence, dans le monogramme, de la lettre I qui 
n'y parait point; et, d'autre part, elle ne lient pas compte de la lettre V, 
formée par les deux traits obliques du M, que l'artiste a intentionnellement pr o- 
longés hors du cadre du monogramme, pour en marquer la valeur propre. 

2. Iîolland., Aela SS., mens, januar., t. I, p. 1018; et mens, seplembr , t. VI, 
p. 271. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



197 



DIOCÈSE D'AMIENS 



CLXXX1I 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVÉ DANS LES ENVIRONS D'AMIENS 




Voici une bague qui a fait partie de la collection de feu le baron 
Pichon, et qui a été découverte dans le territoire d'Amiens. Elle 
est en or pur et a 28 millimètres d'ouverture; sur sa tige, qui est 
ronde, est soudé un cbaton également en or, sous lequel elle se 
prolonge en formant deux larges pattes, terminées chacune par 
deux volutes affrontées. Aux points de réunion de la tige et du cha- 
ton, il y a les trois globules ou cabochons disposés en feuilles de 
trèfle. 

Le chaton, qui est octogone et a 12 millimètres de large sur une 
hauteur de 10 1/2 millimètres, est décoré d'un monogramme où on 
lit sans difficulté, en redoublant le S : 

3SPANV2 (ESPANVS). 

Espamts a formé, en vieux français, Espain, et, en dernier lieu, 
Epain, qui est le nom d'un saint martyrisé, en Touraine, au iv° ou 
v° siècle, et dont l'Église célèbre l'anniversaire le 25 octobre, con- 
jointement avec celui de plusieurs martyrs du môme pays et du 
Berry 

Le vocable primitif du saint était Spanus; mais la forme Espain 
implique la transition par celle de Espanus, où figure déjà la pros- 
thétique du nom moderne. C'est ainsi d'ailleurs que, dans la 
langue géographique, le nom du bourg d'Espagnac, en Limousin, 

1. Rolland., Acta SS., mens octobr., t. XI, p. 578. 



108 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



qui était originairement Spaniacus, était déjà, au vrr° siècle, ins- 
crit par les graveurs de coins monétaires dans la forme Espaniaco 1 

CLXXXIII 

ANNEAU TROUVÉ A ARGŒUVES (SOMME)* 




Cet anneau, qui est en argent, a été trouvé à Argœuves, près 
d'Amiens, et appartient également au Musé s de Péronne, grâce à 
la libéralité de feu Alfred Danicourt, ancien maire de cette ville. 

Cet intéressant bijou a 18 millimètres d'ouverture et est orné 
d'un chaton, ménagé à même le métal. Le pourtour a à peine 1 mil- 
limètre d'épaisseur et 5 millimètres de hauteur du côté opposé au 
chaton; et à cet endroit, les deux branches ont été soudées l'une 
sur l'autre, dans l'intention probable d'en rétrécir le diamètre. Le 
chaton, de forme quadrangulaire, a 12 millimètres de large sur 
7 millimètres de hauteur, et présente des caractères gravés en 
creux dans un cadre formé de deux lignes tracées au burin; à 
droite et à gauche, il y a divers ornements et une croisette dans un 
triangle : le tout également gravé en creux. 

Les caractères sont disposés d'une manière assez bizarre, en 
trois groupes de deux lettres chacun. 

Le premier de ces groupes, en partant de l'angle gauche infé- 
rieur (pour le lecteur), contient une haste, à laquelle sont attachées 
quatre barres horizontales, représentant un E et peut-être un (J à 
base carrée liés. 

Le deuxième, qui est au centre, se compose d'un S posé en tra- 
vers d'un grand I, qui s'étend de l'angle supérieur de gauche à 
l'angle inférieur de droite. 

Le troisième groupe, inscrit à l'angle supérieur de gauche, est 
formé de deux C adossés, DC. 

L'ensemble nous donnerait EVSICC. 

1. Deloche, Bescript. des monn méroving. du Limousin, in-8, 1863, p. 169, 
et planches, fig. 70. Cf. Longpérier, Notice sur les monn. de la collêet. Rousseau, 
p. 81. 

2. Argœuves est une commune du canton d'Amiens. 



DES PREMIERS SIÈCLES THJ MOYEN AGE VJV 

Le nom du propriétaire de ( «'Ile bague pourrait, dans ce cas, se 
compléter de deux tarons différentes. 

Suivant l'une, il suffirait de revenir au I du groupe central, ce 
qui ferait; en l'employant deux fois, EVSICCII, génitif d'EVSICClVS, 
nom presque identique à celui qui fut porté par un saint originaire 
du Périgord, lequel fonda, au milieu du vi c siècle, le monastère de 
Celles-sur-Cher, en Berry 1 , et qu'on appelle, dans les listes mo- 
dernes, Eusice ou Ysis 2 . Le S du centre remplirait ici, comme 
dans d'autres exemples déjà notés par nous, le rôle d'initiale de 
Sigmim ou SigiHum. 

Le deuxième mode consisterait à redoubler l'emploi du | el du 
E, ce qui fournit la leçon EVSICC1E, génitif d'EVSICCIA. Le S se- 
rait encore ici l'initiale de Sigmim ou Sigillvm. 

Cette seconde hypotbèse est préférable à la précédente, par le 
motif que, d'après les petites dimensions et la faible ouverture de 
la bague (à peine 18 millimètres), il est à croire que ce bijou fut 
porté par une femme. 

A la vérité, nous n'avons pas de mention historique d'une per- 
sonne qui aurait porté le nom à'Eusicia ou Eusiccia] niais l'exis- 
tence du vocable Eusicius rend plus que vraisemblable l'existence 
et l'emploi du vocable féminin qui lui correspondait 



DIOCÈSE DE BOULOGNE-SUR-MER 



CLXXXIV 

BAGUE DONT LE CHATON EST UN TIERS DE SOU d'ûR, TROUVÉE AU LIEU DIT 
LES YEULLI S OU HARDENTHAN (PAS-bE-CALAls) 3 

Cel anneau d'or, qui appartient au Musée communal de Bou- 
logne-sur-Mer, a été trouvé dans un cimetière, et il était à la main 

\. « Eusicius ergo mandatum régale suscipiens... » André Du Clicsne, Hi&tar. 
Franco?, scriptores coœtanei, t. I er , p. 534 et 535. — Ph. Labt»e, Biblioth. nov, mss., 
t. II, p. 371 cl 463. 

2. Annuaire historique. Année 1858, p. 192. 

3. Ce village est situé dans le canton de Marquise, arrond. de Houlc-gne-sur- 
Mer. 



200 



ÉTUDE SUR LKS ANNEAUX 



droite d'un squelette de femme, dont la sépulture contenait d'autres 
bijoux et objets de toilette 1 . 

Cet anneau, dont le poids total est de 3' r ,82, se compose : 
1° D'une tige en or, primitivement octogone et légèrement dé- 
formée, qui a 15 millimètres d'ouverture et une hauteur de 6 mil- 
limètres dans tout son pourtour ; 

2° D'un chaton soudé sur la tige, lequel n'est autre qu'un tiers 
de sou d'or, dont le diamètre est de 10 millimètres. Le droit de 
cette pièce, sur lequel doivent être sans doute gravés, suivant 
l'usage, l'effigie royale et le nom de l'atelier, est appliqué sur la 
baguette et n'en laisse presque rien voir. Le revers, qui forme la 
face extérieure du chaton, porte une croix ancrée, posée sur une 
base et cantonnée, au 1 er , d'un point ou globule, aux 3 e et 4°, de 



deux étoiles à huit pointes. En légende circulaire, est inscrit le 
nom du monnayer, précédé d'une croisette. On y déchiffre les trois 
premières lettres CHA et les quatre dernières ONDVS ou VNDVS ; 
celles du milieu ont disparu. 

Cette pièce paraît, d'après sa fabrique, avoir été frappée vers le 
milieu du vn c siècle. 

On connaît un monnayer mérovingien, CHARIMVNDVSi qui a 
signé un triens portant le nom d'une bourgade de l'ancien diocèse 
de Tours, appelée Geniliaco, de nos jours Cenillé 2 ; mais celle 

1. Savoir : des boucles d'oreilles, une fibule, un style à boule d'or, une épin- 
gle en or, une plaque de ceinture en bronze, et un collier de verroterie et 
d'ambre. Ces détails nous ont été communiques par M. le docteur Sauvage, 
conservateur des musées communaux de Boulogne-sur-Mer. Voir aussi les 
Mémoires de la Société académique de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer, 
année 1865, où ce petit monument a été publié, p. 61-62 et pl. XI, fig. 5. 

2. Au droit, GENILIACO VICO FITV. — Au revers, CHARi M VN DVS MO. 
D'Amécourt, Recherches sut les monnaies mérovingiennes de Touraine, p. 6, n° 6. 
Genillé est un chef-lieu de commune du département d'Indre-et-Loire, arron- 
dissement de Loches, canton de Montrésor. 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 201 

pièce no présente point le type observé sur le chaton de notre 
bague '. Néanmoins, comme le type de la croix ancrée et de la croix 
cantonnée d'un ou plusieurs points et d'étoiles, se rencontre très 
fréquemment dans le monnayage tourangeau 2 , il n'y a rien d'im- 
probable à ce que le triens qui a servi à la fabrication de notre 
anneau, ne provienne de ce pays. 

Nous ferons remarquer, en terminant, que ce bijou est particu- 
lièrement intéressant en ce que c'est, jusqu'à présent, l'unique 
exemple d'une bague ayant pour chaton un tiers de sou, tandis 
qu'on en connaît plusieurs sur lesquelles ont été montés des sous 
d'or». 

CLXXXV 

ANNEAU AVEC MONOGRAMMES, TROUVÉ A NESLES-LES-VERLINGTII UM 
(PAS-DE-CALAIS) 4 




Cet anneau a été trouvé au cours de fouilles opérées dans une 
des tombes masculines du cimetière franc de Nesles-les- Verling- 
thum. Il a été publié par M. J.-V. Vaillant, dans un mémoire daté 
de juillet 1884% où ce savant a décrit avec grand soin les sépul- 

1 . Croix légèrement potencée, avec deux delta A (pour deux alpha) sous les 
bras. 

2. Voir dans d'Amécourt, op. laud. : 1° la croix ancrée, n 03 2, 4, 7, 9, 10 11 
16, 17, 18, 19, 20, 21, 25, 34, 49, 50, 53, 63. 64, 65, 73, 74, 78, 85, 89, 90; 
2» des étoiles accostant la croix, n° s 31 et 66; 3» un ou deux points et des croi- 
settes cantonnant la croix, n * 47, 55 et 56. Il convient d'ajouter que ces mar- 
ques se trouvent aussi dans les monnaies du Maine. Cf. d'Amécourt, Recherche 
des monnaies mérovingiennes du Cenomannicum, p. 54, 55, 86, 99, 104, 134 et 
passim. 

3. Voir plus bas les n os GLXXXIX,CCLVI et CCLVII. 

4. La commune de Nesles-les-Verlingthum dépend du canton de Samer, ar- 
rondissement de Boulogne-sur-Mer. 

5. Lecimetière franco-mérovingien de Nesles-les-Verlingthum, in-8°, Arras, 1886, 
et planche I, n° s 7 et 8. C'est mon savant confrère, M. le docteur Kamy, qui a 
bien voulu me signaler cetle intéressante publication. 



202 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



tures explorées*, et los divers objets qu'elles renfermaient : ceux 
qui ont été recueillis en même temps que notre anneau permettent 
de déterminer l'origine du personnage auquel ils ont appartenu 
et très approximativement l'époque de l'inhumation; ce sont: une 
large et longue épée, à fourreau terminé par un bout en argent; 
une fibule en bronze, à cinq rayons, guillocbée, damasquinée en 
or, et décorée de morceaux de verre grenat; un collier de belles 
pierres bleues; enfin un tiers de sou d'or au nom de l'empereur 
Justin I er , dit le Thrace, qui régna de 518 à 527'. 

Il ne peut y avoir aucune hésitation sur le caractère et l'origine 
des divers objets découverts dans l'ancienne nécropole; ils appar- 
tiennent incontestablement à l'une des races germaniques qui oc- 
cupèrent la Gaule et très probablement aux Francs'. On verra plus 
bas l'importance de cette constatation. 

La bague qui nous occupe est en or d'un jaune verdàtre; elle a 
23 millimètres d'ouverture ; sa tige, arrondie à l'exiérieur, a 4 mil- 
limètres de largeur. Le chaton, pris dans la masse, est un ovale de 
5 millimètres dans sa plus grande hauteur, sur 12 1/2 de large. 

Sur ce chaton, est gravé en creux un monogramme, fort bien 
composé, pour l'explication duquel il convient de i appeler que le 
bijou appartenait à un homme, et que cet homme était un Germain. 

La lettre principale du monogramme, celle qui tout d'abord 
frappe l'attention, est un M au centre et au bas duquel il y a un 

1. M. Vaillant a constaté que les ensevelissements n'avaient été t'ails ni dans 
un cercueil de bois, ni dans une auge de pierre, mais à même dans la terre, 
sans suaire, linceul ou peau. Les tètes sont à l'ouest, les pieds à l'est. Quelques 
corps sont ramassés sur eux-mêmes, cuisses et coudes rapprochés, mais géné- 
ralement ils sont étendus tout du long. Op. cit., p. 3. 

2. Op. cit., p. 13. Voici la description du triens : Au droit : buste impérial 
avec la légende D. N. IVSTINVS PP A VG. — Au revers : Victoire offrant, une 
couronne; le différent de Rome, formé des lettre RM A réunies en monogramme, 
avec une étoile dans le champ; en légende circulaire VICTORIA AAVGG. 
Cette légende indique la date de 527, où Justin avait associé Justinien à rem- 
pire. (Ubi supra, p. 14.) 

3. M. Vaillant n'en fait aucun doute (ibid., p. 5). En tous cas, il ne peut être 
ici question des Goths, qui ne dépassèrent guère les rives de la Loire; et s' 
quelques-uns étaient montés jusqu'au Boulonnais, il n'en serait pas resté d'ag- 
glomération après la défaite de Vouillé (507}. Or, nous sommes à une époque 
postérieure à 518 et même à 527. 

4. M. Vaillant n'a vu dans le monogramme qu'un M et un Q, qu'il a renoncé 
à interpréter. Loc cit., p. 8. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



203 



A; puis doux R, l'un à droite du lecteur dans le sens normal, l'au- 
tre à gauche dans le sous rétrograde; enfin le O du milieu, ensem- 
ble le nom germanique de : 

MARRO 

qui est celui d'au personnage mentionné dans une charte de 865 '. 
On trouve aussi, dans une chronique du ix e siècle, le vocable ger- 
manique Maro*, mais celui-ci ne remplit pas, comme Marro, la 
condition essentielle d'utiliser les deux R de notre monogramme. 

DIOCÈSE DE LA ON 



CLXXXVI 

anneau sigillaire de la reine lierteildis (628-638), trouvé a laon 

(aisne) 




L'anneau figuré à cette place, après avoir appartenu successi- 
vement à M. J. Charvet et à M. le vicomte de Ponton d'Amécourt, 

1. Dans Mabillon, Du re diplomatica, cité par Fôrstemann, Penonmnamcn 
col. 908. 

2. Hugon. Chrome, dans Pertz, Mnnum. Gcrman. histor., t. X, p. 319. Le ra- 
dical mur est entré dans la composition d'un très grand nombre de noms pro- 
pres masculins, tels que Ago-mar, Dallo-mar, Drut-mar, Sigo-mar, etc. Voir dans 
Fôrstemann, op. cit., col. 907-908. 



204 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



a passé dans la collection de feu le baron Pichon. Il est d'or pur, 
et a 19 millimètres d'ouverture; son chaton, de forme ronde un 
peu irrégulière et de 14 millimètres de diamètre, est appliqué sur 
la tige, et, suivant une coutume très répandue à l'époque mérovin- 
gienne, l'orfèvre avait soudé aux points de jonction, des globules 
ou cabochons en or, dont un seul est resté en place. 

Le chaton est orné d'un monogramme, autour duquel est ins- 
crit, avec une croisette et en lettres rétrogrades : 

+ BERTEILDI^ '• 

Quant au monogramme, notre éminent et regretté confrère, A. 
de Longpérier, en a donné l'explication suivante : « La légende 
circulaire consistant en un nom propre, le monogramme, dit-il 
dans une communication faite, en 1870, à l'Académie des inscrip- 
tions 2 , doit représenter, non plus un nom, mais un titre, et l'on 
doit d'autant mieux s'arrêter à cette idée, que l'on connaît diverses 
monnaies sur lesquelles les titres REX, DVX, MARCHIO, COMES, 
EPS (episcopus), en toutes lettres ou en monogrammes, occupent 
la place centrale, et sont entourés par des caractères disposés en 
cercle et formant, les noms des personnages qui portaient ces ti- 
tres. » A. de Longpérier ayant lu, dans le monogramme de la ba- 
gue dont il s'agit, le mot RETiNA, en conclut que c'était là un ca- 
chet de Berlilde, l'une des femmes de Dagobcrt I er (628-G38) 3 . 

On aurait donc pour l'ensemble des caractères inscrits sur notre 
bague : 

+ BERTEILDIS RESINA- 

Cette interprétation et cette attribution nous paraissent d'autant 

1. J'avais lu d'abord, comme A. de Longpérier, Bertildis (Rev. archéol., 
ann. 1886, t. II, p. 141); mais, à la suite d'une observation de mon savant con- 
frère, E. Le Riant, j'ai reconnu que la leçon Berteildis était préférable (Ibid., 
ann. 1893, t. I, p. 269). 

2. Comptes rendus de VAcad. des inscr. et belles-lett., nouvelle série, t. VI 
(année 1870), p. 316-318; Œuvres complètes rf' Ad. de Longpérier, réunies et mises 
en ordre par G. Schlumberger, t. VI, p. 45-48. 

3. Elle est mentionnée dans la Chronique de Frédégaire, cap. lx : « Luxu- 
piae supra modum deditus (Dagobertns) 1res babebat, ad instar Salomonis, re- 
ginas, maxime et plurimas concubinas. Reginœ vero erant Nantechddis (var. 
Nanthildis). Vulfegundis (var. Vulûgundis) et Berchildis (var. Berthildis. » lïou - 
quel, Hislor. de France, t. II, p. 437. 



DES PREMIERS SIÈCLES RU MOYEN AGE 



205 



mieux fondées que, avant de connaître le travail de Longpéricr et 
la solution qu'il avait trouvée, nous étions nous-raème arrivé à un 
résultat identique. 

Au sujet de la forme du nom qui est ici privé du H à la suite du 
T, Longpéricr fait les réflexions suivantes : « La bague, que son 
style, que sa forme ne permettent pas de faire descendre au delà 
du vn c siècle, prouve qu'au temps des mérovingiens, le caractère 
H pouvait être omis. L'irrégularité orthographique était alors ex- 
trême ; c'est ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, que les monnaies 
d'or de Clotairc II (584-628) portent tantôt CHLOTARIVS et tantôt 
CLOTARIVS, et qu'un tiers de sou du même prince, frappé à Em- 
brun, présente la légende CHLOTHACHARI VS RIXavee trois H '. » 

CLXXXVI bis 



BAGUE AVEC MONOGRAMME, THOUVÉE l'KÈS DE LA ON (aISNe) 




Cette bague en bronze, inédile, qui provient des environs de la 
ville de Laon, appartient à M. J. Pilloy, qui l'a acquise en 1895*. 

Elle a 22 millimètres d'ouverture, mesurés entre le chaton et la 
partie opposée, 20 seulement entre les deux côtés. 

La tige, bombée à l'extérieur avec une arête aiguë, a 8 millimè- 
tres 1/2 de grosseur près du chaton, et va en diminuant jusqu'à 
n'avoir que 2 1/2 millimètres dans le sens opposé. 

Le chaton, de forme ronde, mais coupée à droite et à gauche, a 
15 millimètres de haut sur 14 de large; il est accosté des trois ca- 
bochons si usités dans l'orfèvrerie mérovingienne, entaillés dans 
le métal et groupés en feuille de trèfle. 

Le chaton est décoré d'un monogramme, où l'on distingue aisé- 

1. Ubi supra. 

2. Lettre de M. Pilloy, du 13 janvier 1896. 



206 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



ment un h dont les deux hastes sont reliées par un trait horizontal 
plus marqué que les autres et qui montre bien sa destination; au 
bas un Y très apparent, coupé par la barre horizontale inférieure 
d'un L, et le N, ce qui donne, pour l'ensemble, HYLN et avec le re- 
doublement du Y, 

HYLYN- 

On lit, dans Lacomblet, à l'année 1045, la mention d'un per- 
sonnage nommé Hylin 1 . 

M. Pilloy serait porté à croire que le petit monument qui nous 
occupe est de l'époque carolingienne : il a vu dans les deux grou- 
pes de cabochons notés plus haut, une transformation des trois ca- 
bochons mérovingiens en tête d'animal ressemblant à celles qui 
sont sculptées dans des églises des x° et xi e siècles sur les corbeaux 
pendants servant d'entablements; il a signalé en outre l'analogie 
du monogramme avec ceux des diplômes carolingiens. 

J'avais moi-même remarqué la forme et le mode de combinaison 
des caractères du monogramme qui pouvaient être des raisons 
de douter de l'origine mérovingienne de notre anneau. Mais je ne 
partage pas l'opinion du savant archéologue de Saint-Quentin re- 
lativement aux trois cabochons qui accostent le chaton. J'ai ren- 
contré dans la longue série des anneaux incontestablement méro- 
vingiens des vi e et vn e siècles, de si nombreux exemples d'entailles 
absolument semblables à celles de notre bague, que je n'hésile pas 
a assigner à celle ci la même dalc. et je ne doute pas que M. Pil- 
loy, s'il avait connu ces exemples, partagerait mon sentiment à 
cet égard. Il est d'ailleurs assez naturel de concilier ce jugement 
avec ce qui est dit plus haut touchant la Corme du monogramme, 
en admettant que le bijou en question a été confectionné au 
vin e siècle, aux derniers temps de la première dynastie, aux appro- 
ches de l'avènement de Pépin de- Bref. 

i. Niederrheinisdies urhunderbuch,n<> 180; cité par Fdrstemann, Pcrsonenna- 
men, col. (583. Fôrslcmann rapporte, au même endroit, la mention d'un person- 
nage appelé Rillin dans la chronique de Milan au ix° siècle (Perte. SS., t. VI, 
p. 89, et Wigand, Tradition. Carbeiens., 306). Il y a. dans Pardessus, une charte 
de l'an 704 écrite et souscrite par le prêtre Elduynus (Dipl. et ch., t. II, p. 266) 
en sorte que nous avons ainsi des exemples de l'emploi du Y dans la première 
et dans la dernière syllabe du mot. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



207 



CLXXXVII 

BAGUE DONT LE CHATON MOBILE EST UN SOU d'or, TROUVÉE DANS LE CANTON 
DE NEUFCHATEL (AISNE) 1 




La bague que je reproduis ici a été découverte, il y a trente-sept 
ans. M. Pilloy ne sait ce qu'elle est devenue ; mais il avait conservé 
et m'a remis un excellent moulage en plomb de Vaureus (sou d'or), 
qui servait de chaton. Cet aureas était enchâssé entre les deux 
branches de l'anneau, auxquelles il restait fixé par deux tenons ou 
pivots, sur lesquels il tournait, formant ainsi un double chaton. 

Cette médaille, entourée d'un cercle perlé, porte, au droit, l'ef- 
figie et le nom de Lucius Vérus, qui fut associé à l'empire et fait 
Auguste par Marc-Aurèle en l'an 161 2 . Au revers, sont repré- 
sentés les deux princes, debout , se donnant la main : et en légende 
circulaire Concordia Augustorum. 

Cette sorte de chaton tournant est accostée, sur ses deux faces, 
aux deux points de soudure avec les tenons, de deux globules 
ou cabochons de métal, de manière que, quel que fût le côté rendu 
visible par le pivotement, elle se présentait avec les mêmes orne- 
ments. 

CLXXXVlil 

BAGUE AVEC CROIX DE SAINT-ANDRÉ, PROVENANT d'aNGUILCOUKT-LE-SAUT 

(aisne) 3 

Cette bague, en potin, inédite, trouvée en 1896, dans une sépul- 

1. Le canton de Neufchâtel dépend de l'arrondissement de Laon. 
2„ L. Vérus mourut à la fin de 169. 

3. Anguilcourt est une commune dépendante du canton de La Fère, arroud. 
de Laon. 



2U8 



ÉTUDE SUK LES ANNEAUX 



turc féminine du cimetière d'Anguilcourt-le-Sart, appartient à la 
collection de M. Th. Eck '. 

Elle a près de i8 millimètres d'ouverture : la largeur de la tige 
est de 7 millimètres près du chaton, de 5 du côté opposé. 

















*£3Z 

^-s^ _ 



Ce chaton, de 17 à 18 millimètres de long sur 7 à 8 de haut, offre 
au centre une croix de Saint-André, en pointillé, cantonnée de traits 
également en pointillé ; à droite et à gauche des demi-cercles op- 
posés au sommet et formés de la même manière. 

CLXXXIX 

ANNEAU AVEC CROIX, PROVENANT d'aCHERY-MAYOT (aISNë) 5 




Cet anneau en argent, inédit, a été trouvé, en 1896, dans une 
tomhc de femme du cimetière mérovingien d'Achery-Mayot 3 ; il ap- 
partient à M. C. Boulanger, ancien notaire à Péronne (Somme). 11 
a 18 à 19 millimètres d'ouverture: la lige large de 3 millim. 1/2 est 
un demi-jonc, aplati sur une longueur de 10 millimètres pour for- 
mer chaton. Sur ce chaton une croix à larges bras, gravée en graffi I i . 

1. M. Eck, d'après les dessins et les notes de qui nous reproduisons et décri- 
vons ce bijou, nous fait connaître que la pluparl des sépultures féminines de 
ce cimetière renfermaient un anneau simple ou une bague plus ou moins riclie. 

2. Achery-Mayot est une commune dépendante du canton de La Fère, arrond. 
de Laon. 

3. La même tombe contenait : sur la poitrine de la défunte deux petites fibules 
rondes en argent, ornées de verroteries rouges; au cou quelques perles de col- 
lier; aux pieds une coupe de verre blanc. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



209 



autre bague avec cabochon de vekke jaune, trouvée a aciiery'-m a yot 

(aisne) 




Voici une bague en argent, inédite, trouvée comme la précé- 
dente, en 1896, dans une sépulture féminine d'Achery-Mayot : elle 
appartient à la collection de M. Th. Eck 

Elle a 20 millimètres d'ouverture. La tige a o millimètres près du 
chaton, 4 du côté opposé. Le chaton est une petite cuvette ronde, 
ménagée à même le métal dans laquelle est serti un morceau de 
verre jaune taillé en cabochon \ 

GXCI 

BAGUE PROVENANT DE LUCY-RIBEMONT (AISNE) 3 




Cette bague en bronze, inédite, a été trouvée en 1888, à l'index 
de la main gauche d'une femme, dans le cimetière franc de Lucy- 
Ribemont *. Elle appartient au Musée de Saint-Quentin. 

1. M. Eck, dans une note qu'il m'a adressée en même temps que le dessin du 
bijou, dit que la majeure partie des tombes du cimetière d'Achery sont assuré- 
ment du v e et du vi e siècle. 

2. M. Eck croit que ce cabochon, si usité au vn e et au vm c siècle, indiquerait 
que l'inhumation du sujet qui nous occupe serait postérieure à l'époque t'ranque 
qui ne produisait, dit-il, que des pierres façonnées à plat ou en table. 

3. Lucy est un hameau dépendant de la commune et du canton de Hibemont, 
arrondissement de Saint-Quentin. 

4. Le même doigt de la défunte portait un anneau demi-jonc en argent fin; 

14 



210 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Elle a 17 millimètres d'ouverture ; la tige large de 7 millimètres 
près du chaton, n'a que 2 millimètres 1/2 du côté opposé- 

Le chaton, pris dans la masse, est formé de deux degrés super- 
posés (le degré supérieur en retrait), avec un relief de 4 millimètres 
et, à sa surface, une verroterie blanche façonnée en table. 

CXGII 

BAGUE AVEC INSCRIPTION, PROVENANT DE BEAURA1N (AISNE) 




. Cette bague a été trouvée, au cours de fouilles opérées durant 
les mois de mars et d'avril 1892, dans le cimetière mérovingien de 
Beaurain 1 et fait partie de la collection de M. Ernest de Chauvenet, 
de Saint-Quentin 2 . 

Elle est en argent. Elle a 18 millimètres d'ouverture; la hau- 
teur de la tige près du chaton est de 7 millimètres, de 5 du côté 
opposé. 

Ce chaton, ménagé à même le métal, et de forme irrégulière, a 
6 1/2 millimètres de haut sur 12 1/2 de large. Il porte, gravées en 
creux, les quatre lettres suivantes : 

DERI 

qui nous donnent le nom ou peut être une partie seulement du nom 
de la personne propriétaire de l'anneau. 

Nous ne connaissons pas d'exemple du vocable Denis ou Derius. 

à côté de cette main il y avait un anneau en bronze d'assez grand diamètre, et 
une perle d'ambre suspendue à un petit anneau de bronze, faisant office de 
bélière. Aux pieds un vase noir et un silex roulé, parfaitement rond (Note de 
M. Th. Eck). 

1. Beaurain est un hameau dépendant de la commune de Flavigny-Ie-Grand, 
canton de Guise, arrondissement de Vcrvins. 

2. Nous la reproduisons, ainsi que les deux suivantes, d'après les dessins de 
M. Th. Eck. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



211 



D'un autre côté, le faible diamètre de la bague qui nous occupe 
(18 millimètres) indique qu'elle était à l'usage d'une femme ou 
d'une jeune fille, ce qui donnerait a penser que la légende ne re- 
présente que les premières syllabes du nom. 

Parmi les témoins d une charte, passée eu .">72, dans le dio- 
cèse du Mans », nous voyons figurer un abbé appelé Derriceus, 
mot composé sur un thème semblable à notre légende, et qui a pu 
servir aussi à la formation d'un vocable féminin Derricea ou De- 
ricea, ou tout autre analogue. 

CXCI11 

AUTRE BAGUE AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DE UEAUliAIN (aISNe) 




Cette bague en argent, recueillie, comme la précé lente, dans 
une des tombes féminines du cimetière mérovingien de Bcaurain, 
appartient à M. E. de Chauvenet. 

Elle a 20 millimètres d'ouverture : elle est formée d'une bande 
de métal, haute de i l millimètres, près du chaton, et de 7 milli- 
mètres du côté opposé, où les deux bouts de la lige ont été soudés 
l'un sur l'autre. 

A droite et à gauche du chaton, qui est pris dans la masse, sont 
grossièrement gravés les traits de tètes barbares cl des croisettes 
à brandies égales : il y a aussi une petite croix dans un cercle, au 
point de soudure de la lige. 

1 . C'est une charte par laquelle une religieuse, nommée Hellia, fait un par- 
tage de biens situés dans le pagus Cenomannicus . Pardessus, Dipl. et ch., t. I, 
p. 135-136. 



212 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Sur le plat du chaton qui est un carré irrégulier, de H millimè- 
tres 1/2 de haut sur 15 de large, ou voit un monogramme com- 
posé d'un E, de deux L, dont l'un est renversé, et d'un | en travers 
duquel est posé un S, ce qui nous donne le nom de ELLIS, qui fut 
porté, au xu c siècle, par un archidiacre de la basilique de Saint- 
Pierre '. 

En outre, le S, par sa position sur le |, au centre, du mono- 
gramme, représente, comme nous l'avons remarqué bien des fois, 
les initiales de Signavi- Nous avons ainsi, pour l'ensemble de l'in- 
scription : 

ELLIS S\{gnavi). 
CXCIV 

AUTRE BAGUE PROVENANT DE REAURAIN (aISNe) 




Ce bijou, trouvé, comme les deux précédents, dans une sépul- 
ture féminine à Beaurain, fait partie de la collection de M. E. de 
Ghauvenet. 

Il a 18 millimètres d'ouverture; la tige à 2 millimètres 1/2 d'é- 
paisseur. 

Le chaton, soudé sur cette tige, et de forme ronde, à 18 milli- 
mètres de diamètre. 11 porte, gravées en creux, des lignes bizarres 
et des globules qui n'ont aucune signification et n'avaient appa- 
remment d'autre but que de former le sigillum de la personne pro- 
priétaire de l'anneau. 

1. Voir dans Tanner, Biblioth. Brit.-Hib., p. 260. Il y a aussi une forme de 
nom germanique Elli (Forstemann, Personennamen, col. 373). 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 

PROVINCE VIENNOISE 

DIOCÈSE DE GENÈVE 



213 



cxcv 

ANNEAU AVEC LE S BARRÉ (?) ET t'iNITIALE E, TROUVÉ A GENÈVE 




Voici une bague en étain, qui a été trouvée, en 1884, dans le lit 
du Rhône, à Genève, au cours de travaux exécutés en vue d'utiliser 
les eaux du fleuve comme force motrice. Elle appartient au Musée 
archéologique de Genève' et a été publiée successivement par 
M. J. Gosse en 1890', par moi-même en 1893", et en dernier lieu par 
M. J. Mayor 4 . 

La tige élant très déformée, l'ouverture de l'anneau ne peut être 
mesurée exactement; elle a, entre le chaton et le côté opposé, 13 mil- 
limètres seulement et 23 millimètres dans l'autre sens. Au point 
où commence le chaton, qui est pris dans la masse, il y a, à droite 
et à gauche, trois globules ou cabochons peu distincts et disposés 
en feuille de trèfle. 

Le chaton, creusé en forme de cuvette ronde, a 18 millimètres 
de diamètre ; on y voit gravés au centre, deux traits posés en travers 
l'un de l'autre et qu'il est difficile de définir 5 , mais que, si l'on tient 
compte de la barbarie du travail et conséquemment de l'ignorance 
de l'artisan, on doit, je crois, regarder comme une grossière imi- 

1. Elle est cotée E, 276 sur le catalogue mss. de ce Musée. 

2. Rapport sur divers objets trouvés dans le Ht du Rhône, in— fol. , p. 6, pl. III, 
fig. 31. 

3. Rev. archéol., année 1893, t. I, p. 271. 

4. Rev. archéol,, année 1893, t. II, p. 102. Nous reproduisons ici les dessins 
que M. Mayor en a donnés, de même que ceux des cinq anneaux suivants. 

5. M. Mayor reste indécis entre la signification d'un C et d'un !, d'un X ou 
deux C. Ubi supra. 



214 



ÉTUDE SUR DES ANNEAUX 



tation du S barré. Aux quatre côtés il y à un E, dont les barres ho- 
rizontales son! tournées vers le centre 1 . Le toul est encadré dans 
un filet, doublé d'un cordon de grènetis. La lettre E, tracée quatre 
lois, esl sans aucun doute à mes yeux (et quel que soit le sens des 
caractères du centre) l'initiale de la personne propriétaire de ce 
bijou, lequel servait a sceller sa correspondance ou les actes dans 
lesquels elle figurait. 

C'est un exemple à ajouter à ceux que nous avons signalés, de 
l'emploi de l'initiale redoublée sur le chaton des anneaux sigillaires". 



CXCVI 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, TROUVÉE PRÈS DE GENÈVE 




Voici une bague en bronze, trouvée près de Genève et apparte- 
nant au Musée archéologique de cette ville 1 . 

La tige étant déformée il est difficile d'en mesurer exactement 
l'ouverture, qui est de 19 à 20 millimètres'; elle fait une légère 
saillie sur le chaton. 

Le chaton, ménagé dans le métal, a 19 millimètres de large sur 
7 dans sa plus grande hauteur. Il présente un monogramme où 
l'on voit, au centre un S posé en travers de la barre intérieure d'un 
N ; un A non barré formé par l'angle inférieur du N ; un V formé 
par l'angle supérieur; enfin un E; ce qui nous donne SAVINE 3 , gé- 

1. M. Mayor a vu là quatre M ou deux M et deux T. Mais il ne me paraît pas 
douteux que les quatre caractères sont la même lettre quatre fois répétée, et 
que cette lettre est un E. 

2. Voir ci-dessus les n os XCVH, GXXI, CXXXV. 

3. Cotée E, 332 sur le catalogue ms. de ce Musée. 

4. D'après M. J. Mayor (Rev. archéol., ann. 1893, t. II, p. 99), dont nous re- 
produisons les dessins, préférables à ceux que nous avons donnés (Rev. arch., 
ann. 1893, t. I, p. 272. 

5. Il est mentionné dans le testament de saint Yrieix, de 572 (Pardessus, 
Bipl. et ch., t, I, p. 139). 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



215 



ni! if d'un nom usité durant le haut moyen Age, et qui fut porto, 
dans la deuxième moitié du rn p siècle, par une vierge de Troyes que 
l'Église honore'. 

Comme sur d'autres anneaux, le S du centre a la valeur du S 
barré, abréviation de Signum. Il faut donc lire : 



Voici une bague en argent publiée par M. R. Forrer dans une 
brochure où il a été décrit divers objets recueillis au cours de fouil- 
les pratiquées dans l'ancienne Panopolis 3 . 

1. Voir Surius, Vitac Sanctorum, t. VIII, p. 327. 

2. M. J. Mayor (loc. cit.) considère cette leçon comme peu vraisemblable, 
parce que « SAVlNE exige la présence d'un A, qui est, dit-il, au moins pro- 
blématique. » Mais cette présence n'a rien de problématique, car le A non barré, 
qui est d'un emploi usuel, est horizontalement formé par l'angle inférieur de N ; 
en tout cas, elle n'est pas plus problématique que le V que le savant archéo- 
logue lit dans dans l'angle supérieur de la même lettre pour faire le nom de 
VNE, qui parait avoir sa préférence. J'ai cru devoir écarter cette dernière in- 
terprétation à cause de la place du I, qui didère ici de celle qu'il accepte sur 
les deux anneaux où j'ai lu VNE (n os LX.XXVIII et CLXIV) et qui implique, à 
mon sens, un emploi autre que celui de la première voyelle de signum. Quant 
aux leçons S\(gnum) SENNll ou SENNIVS. que M. Mayor indique subsi- 
diairement, je me bornerai à faire remarquer qu'elles exigeraient, la première 
le redoublement du S, celui de N et le triple emploi de I ; la seconde le redou- 
blement de S et de N, sans parler du V, qui, dans la pensée de M. Mayor, doit 
être problématique. Cette multiplicité extraordinaire d'emploi de plusieurs let- 
tres n'est guère admissible qu'en cas de nécessité absolue et à défaut d'expli- 
cation plus simple, ce qui n'est pas le cas présent ; il convient donc de s'en tenir 
à notre leçon, qui laisse à chaque caractère sa valeur. 

3. Die frùkchristichen Alterthùmer nus dem Grdbenf'eld von Achmin Panopolis, 
in-8°, Strasburg, pl. 13, fig. 7. Cette publication m'a été obligeamment signalée 
par M. J. Gosse. 



Signum) SAVlNE 8 . 



CXGVI bis 



ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVE A MILAN (ITALIE). 




216 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Elle est munie d'un chaton de forme ronde, qui a 13 millimè- 
tres de diamètre et qui est soudé sur une tige large de 3 millimè- 
tres près du chalon. 

Dans le monogramme, très bien forme, qui est gravé sur la sur- 
face, M.Forrer a lu IRENE, le nom féminin au génitif, qui fut porté 
par tant de célèbres personnages de l'antiquité et du moyen âge. 

Cette interprétation ne me paraît pas exacte. Bien qu'à la rigueur, 
on puisse attribuer, à la haste du R initial, comme l'a fait le savant 
allemand, la valeur d'uni, il ne convient de le faire qu'à défaut 
d'une explication plus simple et qui n'exige point l'emploi de ce 
procédé. 

Or, cette explication plus simple est facile à fournir. En laissant 
au R initial la valeur que l'artiste paraît avoir voulu lui donner, 
on voit, au-dessous de la boucle, un A non barré, et puis les deux 
lettre |sj E pour lesquelles je suis d'accord avec M. Forrcr et qui ne 
sont d'ailleurs pas douteuses; et l'on a, pour l'ensemble, le mot 

RANE, 

génitif de Rana, qui fut notamment le surnom d'une matrone ro- 
maine, Callonia Rana', ou bien peut-être un vocable germanique, 
formé, sur le radical Ran 2 , par addition de la première déclinaison 
latine 3 . 

GXGVII 

ANNEAU AVKC INSCRIPTION (T ICI A?), TROUVÉ A LA RALME (nAIITE-SA VOIE) 4 




Cet anneau de bronze et les quatre suivants, provenant du cime- 

1. Corpus Inscriptionum lut inarum, t. VIII, n<> 5742. 

2. Fôrstemann, Personrnnamun, col. 1031. 

3. Un capitulaire de Charlemagne du mois de février 802, contient la mention 
d'un personnage appelé Rano. Pertz, Monutn. German. histor., Leges, t. III, 
p. 90. 

4. La Balme est située près de la La Hoche en Faucigny, dépendant de l'ar- 
rondissement de Ronneville. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



217 



tière de La Balme, appartiennent au Musée archéologique de Ge- 
nève Ils ont été décrits en 1859 par feu H. J. Gosse 2 ; par moi- 
même en 1892 5 et par M- J. Mayor en 1893 \ 

Celui qui figure en tète de la présente notice a 19 millimètres 
d'ouverture entre le chaton et le côté opposé, 18 seulement dans 
l'autre sens. 

Le chaton, pris dans la masse, est un carré long de 12 millimètres 
sur 7 de haut. La tige, qui a 7 millimètres près du chaton, va en di- 
minuant à mesure qu'elle s'en éloigne ; elle est ornée d'intaillcs 
assez grossièrement exécutées. 

Sur le chaton, on voit, précédés d'une croisette, un C, un grand 
I posé obliquement, puis un A, à l'intérieur duquel il y a peut-être 
un V; au-dessus de ces caractères, un trait; au-dessous une hase 
munie de quatre supports. 

Quand j'ai publié, pour la première fois ce bijou 3 , j'ai déclaré 
n'avoir aucune explication à proposer pour cette inscription, « dont 
plusieurs lettres, ajoutais-je, sont douteuses ». 

M. J. Major, le savant conservateur du Musée Fol à Genève, après 
avoir mentionné les trois ou quatre lettres que j'avais relevées sur 
le chaton, a cru y trouver le nom de TICIA ou de TISIA. 

« La syllabe Tl est, dit-il", formée par le sigle très usité +, qui 
remplit en même temps le rôle de croisette initiale ; viennent en- 
suite les lettres CIA. On peut lire aussi TISIA, le deuxième carac- 
tère se rapprochant aussi bien d'un S cursif que d'un C- Le fameux 
autel de Minerve (Hérault) dédié par saint Rustique en 4o6, porte 
parmi la multitude fie noms qu'y ont gravés les pèlerins, celui 
de Tisia 7 . » 

Bien que l'emploi de la croisette avec la valeur de Tl ne soit pas 
très fréquent, comme le dit M. Mayor, je ne me refuserai pas à l'ad- 
mettre ici, au moins conjecturalement, pour la formation de la 
première syllabe de TICIA. 

1. L'anneau décrit ici est coté E, 433 sur le catalogue ms. du Musée. 

2. Mém. de la Soc. d'histoire et d'archéologie de Genève, t. XI, p. 89. 

3. Rev. arch., ann. 1892, t. I, p. 182. 

4. Ibid., ann. 1893, t. II, p. 90. 

5. Eev. arch., loc. cit. 

6. Rev. arch., année 1893, t. II, p. 9t. 

7. Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, t. II, n° 609, pl. LXXXIII, fi» 85. 



218 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

Mais, quant à la leçon TISIA, elle me semble d'autant moins ac- 
ceptable que le caractère qui suit la croisette (= Tl) no peut guère 
être qu'un C et non un S. 



GXGVIII 

autre baoue avec verroterie au chaton, provenant de la balme 
(haute-Savoie)' 




Cette bague en bronze, recueillie dans la sépulture d'un enfant, 
a 18 millimètres d'ouverture. 

Le chaton, soude sur la tige, est une plaque ronde avec bordure 
de cabochons taillés dans le métal, où l'on a serti un morceau de 
verroterie bleue. M. Gosse a signalé une particularité qui ne paraît 
pas, dit-il, avoir été encore notée. « La plaque en bronze du eba- 
ton, au lieu d'être simplement polie, était argentée et jouait le rôle 
du paillon que l'on met, de nos jours, sous les imitations de pierres 
précieuses, afin de leur donner plus d'éclat ? . » 

CXC1X 

AUTRE BAflUE AVEC VERROTERIE, PROVENANT DE LA BALME (iIAUTE-SAVOÎE 3 ) 

Cette bague a été recueillie, avec la précédente, dans la tombe 
d'un enfant. Elle a également 18 millimètres d'ouverture. Le cha- 
ton, soudé sur la tige, est composé d'une plaque de bronze striée 

1. Cet anneau est coté E, 431 sur le catalogue ms. du Musée de Genève. 

2. Ubi supra, p 91. — Nous avons noté plus haut(n° CXI), à propos d'un an- 
neau provenant des environs de Namur, l'emploi d'un paillon de mêlai doré et 
quadrillé sous une verroterie imitant une pierre précieuse. Ce procédé était donc 
assez usité à l'époque gallo-l'ranque. 

3. Ce bijou est coté E, 432 sur le catalogue précité. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 219 

de façon à imiter un cordon de cabochons, et au-dessus de laquelle 
est fixé un cercle du même métal, où l'on a serti un morceau de • 
verroterie verte. 





Le chaton, de forme irrégulière, presque rond, a 19 millimètres 
de large sur 12 de hauteur ; son relief total au-dessus de la baguette 
est de 7 millimètres. 

GG 

AUTRE ANNEAU PROVENANT DE LA BALME (nAUTE-SA VOIE) 1 




Voici un anneau en bronze, de petite dimension (16 à 17 milli- 
mètres seulement d'ouverture). 

La tige est plate, et le chaton, ménagé à môme le mêlai, qui a 
été simplement élargi et légèrement renflé à cet endroit, est un 
ovale irrégulier de S à 6 millimètres dans sa plus grande hauteur. 

Dans un cadre, qui a la forme d'un D dont la panse serait très 
allongée, on voit un trait courbe assez fortement buriné, mais qui 
ne parait pus avoir la valeur d'un caractère alphabétique, et auquel 
nous ne pouvons, dans tous les cas, attacher aucune signification. 

GGI 

anneau décoré de cercles concentriques, provenant de la balme 
(haute-savoie)* 

C'est un simple cercle de bronze, formé d'une tige ronde, et qui 

1. Cet anneau est coté E, 426 sur le susdit catalogue. 

2. Cet anneau est coté E, 430 sur le susdit catalogue. 



220 ÉTUDE SUR DES ANNEAUX 

n'a. comme les bagues ci-dessus décrites, qu'une très faible ouver- 




ture (16 1/2 millimètres;, ce qui indique qu'il était fait pour une 
jeune fille ou un enfant. 



CCII 

anneau avec monogramme, trouvé près de pérh'.mkrou de bons 
(haute-Savoie) 1 




Voici un anneau d'or, qui appartient, comme le précédent, au 
Musée archéologique de Genève 2 . 11 a 20 millimètres d'ouverture 
mesurés entre le chaton et la partie opposée, 19 millimètres dans 
l'autre sens. La lige est un simple fil d'or rond, qui s'aplatit pour 
se prolonger sous le chaton en deux pattes à deux volutes sur 
lesquelles le chaton est soudé. 

Il y avait primitivement à droite el à gauche du chaton, deux 
cabochons également soudés sur la tige et dont un a disparu de 
chaque côté. 

Le chaton esl une plaque de métal de forme assez irrégulière, 
mais à peu près ronde, dont le diamètre est de 13 millimètresentre 
ses côtés, de 15 dans sa plus grande bailleur; il est décoré d'un mo- 

1. D'après M. Mayor, on ignore quel est celui de ces deux villages où le bijou 
a été trouvé (Rev. urchcol., ann. 1893, t. II, p. 101). L'un et l'autre dépendent 
de l'arrondissement de Tlionon. 

2. Il est coté E, 316 sur le catalogue ms. de ce Musée. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



221 



nogramme dans lequel j'ai distingué, à droite (du lecteur), quand 
je l'ai publié pour la première fois', un F mérovingien (h), au 
sommet, un A avec un V à l'intérieur, un S, un T surmontant 
le A, un | et un N au centre, et enfin le E terminal de gauche. 
Ces lettres forment le génitif du nom de FAVSTINA, qui fut 
usité dans le haut moyen âge, de même que dans l'antiquité, et 
porté par plusieurs saintes femmes que l'Église honore 2 , notam- 
ment par sainte Faustine, vierge, morte vers 580 \ J'ajoute que 
le S barré du centre du monogramme a ici, comme dans beaucoup 
d'autres anneaux, la valeur de l'abréviation de Signum; c'est 
pourquoi nous lisons : 

S\{gnum) FAVSTINE 4 . 

cein 

BAGUE DE VANDEREMARVS, TROUVÉE A ALBENS, DÉPARTEMENT DE LA SAVOIE 

Cette intéressante bague, qui appartient au Musée de Chambéry, 
est ici reproduite d'après les dessins que nous a très obligeamment 
adressés M. J. Daisoy, conservateur-adjoint du dit Musée. 

1. Rev. archol., année 1893, t. I, p. 273. 

2. Bolland. Acta SS., mens, febr., t. II, p. 824 et mens, jul., t. II, p. 680. 

3. Ibid., mens, jan, t. II, p. 196. Le testament de saint Yrieix de 572 contient 
le nom d'un affranchi du saint abbé appelé Faustinus (Pardessus, Dipl. et ch., 
t. I, p. 138). 

4. M. J. Mayor (Rev. archeul., loc. cit., p. 100) a contesté l'exactitude de cette 
interprétation : « 11 n'y a pas de F, dit-il, ce qu'on a pris pour un F paraît être 
un L et un I réunis; il n'y a pas de T au-dessus du A. » Tout d'abord je ferai 
remarquer que les observations du savant antiquaire semblent avoir en vue les 
dessins dont j'ai fait précéder la description de notre bague dans la Revue 
archéologique (ann. 18'J3, t. I, p. 273), dessins que j'ai remplacés ici par ceux 
que M. Mayor a donnés (ubi supra). Or, il suffit de jeter les yeux sur ces der- 
niers pour constater, à la droite du monogramme (pour le lecteur) : 1° la pré- 
sence d'un F mérovingien, dont le membre transversal supérieur est tombé (h) 
(voir M. Prou, Catalog. des monn. méroving . de la Biblioth. nat., introd., 
p. cxvn; Engel et Serrure, Traité de numism. du moy. âge, t. I, p. 100); 
2° l'absence du membre inférieur du L, à défaut duquel cette lettre n'existe pas; 
conséquemment l'inadmissibilité absolue de la leçon IVLIANE, proposée par 
M. Mayor. Quant au T qui surmonte le A, je m'explique d'autant moins l'ob- 
servation de M. Mayor qu'il est aussi d'un usage fréquent sur les monnaies mé- 
rovingiennes (voir Prou, loc. cit., et Engel et Serrure, ubi supra, p. 99), et que 
le savant archéologue lui-même a donné à la croiselte du monogramme du 
n° CLXXIV ci-dessus la valeur de Tl pour former le nom de TICIA. 



222 ÉTUDE SL'U Ll£S ANNEAUX 

Elle est en or massif pesant 12 grammes. Elle a une très faible 
ouverture, 16 millimètres 1/2 dans son plus grand diamètre, mesu- 




rés entre le chaton et la partie opposée de la tige, ce qui indique 
que le bijou était fait pour une main de femme ou d'enfant. La tige, 
qui va s'amincissant à mesure qu'elle est distante du chaton, a, 
près de celui-ci, 9 millimètres de hauteur. 

Le chaton, ménage à même le métal, est divisé en deux com- 
partiments de forme ovale, ayant chacun 12 millimètres de large 
sur 6 de haut, mesurés dans la plus grande hauteur; ces compar- 
timents sont séparés l'un de l'autre par un large trait, qui relie 
deux groupes de six globules ou cabochons disposés 3,2 et 1, 
et bordés l'un et l'autre par une double rangée de plus petits glo- 
bules. 

La largeur totale du chaton, y compris les bordures, est de 
17 millimètres sur 14 de hauteur. On y lit une inscription, en 
deux parties, contenue dans les deux compartiments; la première 
se compose des lettres suivantes : V, A surmonté d'un trait hori- 
zontal, signe abréviatif de N ; puis D, E et R liés. Dans la deuxième 
ligne il y a E, M, A et R liés, V également lié à R, et eufin un S. 

Nous avons ainsi pour l'ensemble, 

VANDEREM AftVS 

Ce vocable a été d'un usage assez fréquent dans le haut moyen 
âge, car on le trouve dans un diplôme de 089 s . La mention d'un 

1. Quand je publiai pour ta première fois cet anneau [Rev. archcol.,a.nn. 1892, 
t. I er , p. 169), je proposai de lire VAIDEREM ARIS en attribuant la valeur d'un 
I au trait horizontal qui surmonte la lettre A, et au caractère qui suit le R. Mon 
savant confrvre et ami M. d'Arbois de Jubainville m'a suggéré la leçon VAN- 
DREMARVS, que j'ai acceptée, mais en y ajoutant entre D et R,un E, qui est 
incontestablement lié à la haste du R. 

2. Tardif, Monum. hisloriq., addit., p. 637, col. 1. Pardessus, Dipl. et ch., 
t. II, p. 209, où ce diplôme est fautivement daté de l'an xvu du règne de 
Thierry III (an 690). 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



223 



abbé, dont le nom de Vandremarus, n'offrant qu'une légère con- 
traction de Vanderemarus, est le même mot, ainsi que son simi- 
laire Wandremarus du Polyptyque de Saint- G érmain-des- Prés 

DIOCÈSE DE GENÈVE, OU DIOCÈSE DE MA U RIEN NE 
OU DIOCÈSE DE TARENT AISE 

CCIV 

ANNEAU AVEC LE S RARRÉ, TROUVÉ DANS l'aNCIENNE PROVINCE DE SAVOIE 1 




L'anneau de bronze que nous reproduisons à cette place d'après 
des dessins de M. Mayor*,a été trouvé par M. Blavignac, architecte 
et antiquaire distingué du canton de Genève qui l'a cédé, en 1876, 
au Musée archéologique de cetle ville \ 

Il a une ouverture moyenne de 16 à 18 millimètres, ce qui 
dénote a prioriun bijou à l'usage d'une femme; il se compose d'une 
bande de métal, qui a, près du chaton, une bailleur de 10 milli- 
mètres et va en diminuant de façon à n'avoir plus, du côté opposé, 
que 5 millimètres. 

Le chaton, ménagé dans la masse, est un carré long de 14 mil- 
limètres sur 11 à 12 ; il porte, gravé grossièrement dans un cadre 

1. XX, 42; III, 6; IX, 17, 194, 300; XV, 13, ûdit de Guérard, p. 212, 25, 79, 
103, 115, 166; édit. d'Aug. Longnon, p. 277, 30, 103, 135, 151, 220. Cette or- 
thographe semblerait autoriser la leçon proposée par M. d'Arbois de Jubain- 
\ille; mais il n'est pas possible denier l 'existence, dans notre inscription, d'un 
E, entre D et R. 

2. On ignore dans quelle partie de l'ancienne province de Savoie. 

3. Rev. archëol., ann. 1893, t. II, p. 95. 

4. Il est coté E, 43 sur le catalogue ms. du Musée. 



224 



ÉTUDE SUR LES AXNEAUX 



tracé au burin, la lettre S posée sur une longue barre oblique, et 
des traits indistincts, au-dessus et au-dessous. 

Lorsque j'ai publié ce bijou pour la première fois 1 , je l'ai décrit et 
t'ait figurer d'après des dissins dans lesquels j'ai cru qu'il fallait 
distinguer les éléments du mot SAVINI, génitif d'un nom usité 
dans le haut moyen âge. 

J'ai reconnu, depuis, àla vue des dessins plus exacts que M. Mayor 
en a donnés et qui sont reproduits en tête de la présente notice, 
qu'on ne peut lire d'une manière certaine sur noire anneau, que 
le S barré, et peut-être un N, qui, dans ce cas, serait l'initiale du 
nom de la femme propriétaire de ce bijou. 

DIOCÈSE DE MAUMENNE 



CCV, CC\I et CGVII 

TKOIS BAGUES TROUVÉES AU COL DE LA MAGDELA1NE, EN MAUR1ENNE (SAVOIE) 

Ces bagues ont été recueillies dans les tombes barbares du col 
delà Magdelaine, près de Lans-le-Villars, en Maurienne, départe- 
ment de la Savoie. Elles ont été reproduites par feu H.-J. Gosse, à 
la suile d'une intéressante notice publiée en 1853 a . 

D'après les indications contenues dans cette notice de l'archéo- 
logue genevois 5 , nous avons d'abord supposé que ces petits monu- 
ments étaient conservés dans le Musée de Ghambéry, et, pour en 
obtenir des empreintes nous nous sommes adressé à M. Daisoy, 
conservateur dudit Musée. Celui-ci ayant fait connaître 4 que les 
anneaux en question n'y existaient point, nous avons dû nous 
borner à les reproduire ici tels qu'ils ont été représentés dans les 
Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève. 

1. Rev. archèol., année 1893, t. I, p. 274. 

2. Notice sur d'anciens cimetières trouvés soit en Savoie, soit dans le canton de 
Genève et principalement sur celui de La Balme, prés La Roche en Faucigny (ex- 
trait du t. IX des Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève), 
in-8°, Genève, 1853; planche VI. 

3. Ibid., pages 12 et 13, notes 1, 2 et 7. 

4. Lettre du 10 novembre 1891. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



225 



1° CCV. BAGUE DE DISA 1 




Cette bague, qui est en bronze, n'a qu'une faible ouverture, et 
était assurément faite pour une main de femme. Elle est formée 
d'une tige ronde, ayant la même grosseur dans tout son pourtour, 
et d'un chaton ovale, pris dans la masse, et ayant 14 millimètres de 
large sur 8 de hauteur mesurés au centre. 

Il porte une inscription composée des quatre lettres D. h S. E, 
génitif du nom féminin Disa, mentionné, au vin* siècle, dans le Car- 
tulaire de la célèbre abbaye de Lorsch (principauté de tlesse-Darms- 
tadt) 2 . Le S, traversé obliquement par le I, a, en outre, ici la va- 
leur du S barré, abréviation bien connue de Signum, qui a déter- 
miné la déclinaison au génitif du vocable de la personne ii 
laquelle appartenait notre anneau sigillaire. Nous avons ainsi la 
leçon : 

SK.9»m»')DISE. 



2° CCVI. — BAGUE A FERMOIR 3 




Voici un bijou en bronze très curieux et important au point de 
vue de l'histoire de la technique chez les barbares et spécialement 
chez les Rurgundions, dont les sépultures du col de la Magdelainc 
contenaient les restes. C'est un spécimen, que je crois unique, 

1. Notice précitée de M. Gosse, planche VI, fig. 14. 

2. Codex Laureshamensis diplomaticus , n 0s 1526 et 2758, cités par Forstemann 
(Personennamcn, col. 337), qui cite en même temps les noms de Disia, Tisa et 
Disa, mentionnés dans le Cartulaire de Saint-Pierre de Salzbourg. 

3. Notice précitée, planche VI, fig. 9 et 9 bis. • 

15 



226 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



de bague avec un fermoir de cette sorte. La tige, qui est ouverte, 
est munie, à l'extrémité d'une de ses branches, d'une forte aiguille 
dirigée vers l'autre branche, dans laquelle elle pénètre et s'ajuste 
de manière à fermer l'anneau. 

Le diamètre intérieur du bijou est de 18 millimètres : la branche 
qui reçoit l'aiguille ou fermoir, a, à l'endroit où celle-ci la pénètre, 
9 millimètres de largeur : du côté opposé, la tige n'a que 5 milli- 
mètres : la longueur de l'aiguille est de 12 millimètres. 

3° CGVII. — ANNEAU LIE BRONZE AVEC POINTE SAILLANTE ' 




Cette particularité d'une pointe saillante est, comme le fermoir 
de la bague ci-dessus décrite, un fait unique, du moins à ma con- 
naissance, et intéressant à constater. Je ne puis en proposer au- 
cune explication. 

Une autre particularité à signaler, c'est celle de la décoration 
rudimen taire que l'artisan a faite, en gravant, de distance en dis- 
tance, deux petits cercles concentriques, qui se remarquent dans 
la fabrique burgunde. Nous les retrouvons, en effet, non seule- 
ment sur les autres objets provenant des tombeaux du col de la 
Magdeleine s , mais sur ceux qui ont été recueillis dans le cime- 
tière de La Balme, près La Roche, en Faucigny 3 et dans les nom- 
breuses sépultures de Burgundions, explorées et décrites par Bau- 
dot*. 

1. Notice précitée, planche VI, fig. 10 et 10 bis. 

2. Notice précitée, planche VI, fig'. 5 et 6. 

3. Ibid., pl. I, fig. 4, 9 et 14; pl. II, fig. 1 et 3. — Voir aussi Suite à la Notice 
précitée, dans les Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, 
t. XI, année 1889, pl. III, lig. 4 et 5. 

4. Sépultures des Barbares de l'époque mèrovingkane, découvertes en Bourgogne, 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



227 



Notre bague a, de même que les deux précédentes, une faible 
ouverture (18 millimètres), et sa tige, qui est ronde, a 4 millimè- 
tres d'épaisseur. 

PROVINCE D'ARLES 



DIOCÈSE D'ARLES 



CCVIII 

ANNEAU AVEC CROIX, TROUVÉ A ARLES (bOUCUES-DU-RHÔNe) 




Cet anneau de bronze, trouvé à Arles dans un tombeau de la 
colline de Saint-Pierre-de-Moleyrès, a été donné en 1882, au Mu- 
sée archéologique de Genève, par le conservateur, M. H.-J. Gosse; 
il a été publié pour la première fois en 1 803, par M. J. May or ', et 
c'est d'après les dessins que le savant archéologue en a donnés que 
nous le reproduisons ici. 

II a 18 millimètres d'ouverture, ce qui dénote un bijou féminin. 

Sur la mince tige de bronze, taillée en biseaux à l'extérieur, on 
a soudé un chaton découpé en forme de croix égale et pattée. 

CCIX 

ANNEAU DE 31 A H I A G E DETÉCLA, TROUVÉ SUR LE TERRITOIRE d'ARLI.S (?) 

Cet anneau, qui est perdu et dont on ne possède malheureuse- 
sement ni empreinte, ni dessin, a appartenu à Fabri de Peiresc, 
et a été décrit par le célèbre magistrat érudit de Provence, dans 

pl. VIII. fig. 5; IX, 6; X, 1, 13, 18, XII entière; XIII, 3, 5, 11, 12, 13; XIV, 7, 
8. 13 ; XXXII, 3, 9. 

1. Rev. archévl., année 1893, t. II, p. 103-104. 



228 



ÉTDDE SUR LES ANNEAUX 



deux lettres adressées d'Aix, le 6 août 1619, l'une à J. Spou, l'au- 
tre à Holstenius, bibliothécaire du Vatican. Nous allons analyser 
et reproduire en partie la première de ces lettres, d'après le texte 
que Spon en a donné dans ses Recherches curieuses d'antiquité 1 : 

« Monsieur, 

« En revenant de la Cour d'Aix et passant par Arles, j'achetai 
une grosse bague d'or antique, nouvellement déterrée, sur laquelle 
est représenté un visage d'une manière assez grossière, avec cette 
inscription tout autour : + TECLA SEGELLA; le tout dans une 
plaque d'or, environnée de quelques enrichissimens de feuillages 
et godrons dans le vide desquels est écrit : + TECLA • VIVAT DEO 
CVM MARITO SEO; et à l'opposite du cercle de cette bague, on y 
voit un petit ovale avec ces lettres dedans : RATE dont je serois 
bien aise d'avoir vôtre avis. 



« Il me semble que celte grosse bague d'or, qui pèse environ une 
once, estoit un anneau marital qu'ils appeloient annulus pronubus 
ou annulus genialis : les lettres faisant connoîtreque c'est un vœu, 
TECLA VIVAT, etc., etc. ; Que Técla vive en Dieu avec son mary, où 
vous remarquerez le mot de SEO pour SVO : dépravation assez or- 
dinaire d'orthographe dans les iv c et v'' siècles. » 

Ici Peiresc cite d'autres anneaux portant vivas ou vivat in Deo, 
et il ajoute celte observation, que nous avons faite nous-mème au 
cours des présentes Etudes, à savoir que ces acclamations « se rap- 
portent plutost à la vie présente qu'à la future, puisque ce sont des 
bagues d'épousailles, qui dévoient estre des gages de la vie et so- 
ciété conjugale, pour lier ensemble le mary et la femme... » 

S'occupant ensuite de la troisième inscription gravée sur le 
deuxième chaton, Peiresc, qui avait vu dans le troisième caractère 
une lettre grecque, un gamma ([") surmonté d'un signe abréviatif, 
propose, timidement d'ailleurs, de l'interpréter par arra genialis, 
anneau ou gage de mariage. Nous verrons plus bas comment il es- 
saye de justifier sa conjecture. 

La deuxième lettre, adressée à Holstenius et qui est conservée 
dans la Bibliothèque Barbérine, à Rome, est apparemment conçue 



1. In-i°, Lyon, 1863, p. 170-174. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



220 



dans les mêmes termes que la précédente, si l'on en juge par le 
fragment que notre regretté confrère, E. Le Blant, a inséré dans 
son Nouveau recueil d'inscriptions chrétiennes de la Gaule \ 

Il est à croire que la question soumise à la fois à Holstenius et à 
J. Spon resta sans réponse, car, dix ans après, le 28 juillet 162!), 
Peiresc la posait encore à un autre érudit de Paris, ainsi que l'at- 
teste une lettre adressée, ce jour môme, à l'un des frères Dupuy : 
« Je lui escripls (à M. Rigaud)', y est-il dit, concernant l'inscrip- 
tion d'une bague antique trouvée en Arles depuis peu, laquelle j'y 
acheptai en revenant de la Cour, et laquelle inscription semble as- 
sez curieuse, eslant conçeue en cez termes : + TECLA VIVAT DEO 
CVM MARITO SEO, et peut avoir esté autres foys Yannulus pronu- 
bus, et avoir passé pour orra genialis. Il ne faut pas que vous le 
laissiez en repos qu'il ne m'ait faicl responce et dict son avis sur ce 
sujet. Je seray bien aise que vous preniez la patience de voir ce 
que je lui en escripts, encores qu'il y ait bien des extravagances 
et possible des l esveries 3 . » 

Nous ignorons l'opinion que Rigaud et Dupuy ont pu exprimer, 
s'ils en ont exprimé une*. 

De son côté, E. Le Blant, qui avait fait un examen attentif de 
l'inscription du deuxième chaton de noire anneau, déclarait qu'il 
ne pouvait en proposer aucune explication satisfaisante 3 . 

Avant de l'étudier à notre tour, nous jugeons utile de revenir sur 
la forme de ce curieux bijou, dont les termes de la correspondance 
du savant provençal ne sauraient donner une idée suffisante. 

En les combinant avec les monuments analogues, figurés dans 

1. Page 10 i, n» 187. 

2 Un érudit de ce temps avec lequel Peiresc était en rapport. 

3. Phil. Tamisey de Laroque, Lettresde Peiresc aux frères Dupuy, in-4°, 18G0, 
t. Il, p. 139. L'éditeur a mis en note, au bas de celte lettre, que Gassendi semble 
avoir eu sous les yeux le récit de Peiresc, tant son récit ressemble à celui de 
son héros, et il cite le passage de la Vie de ce personnage, écrite en latin par 
Gassendi, p. 335. 

4. Au siècle suivant, l'auteur d'une Vie de Peiresc raconte à son tour l'acqui- 
sition, par le savant magistrat, de la bague qui nous occupe; il reproduit, en 
l'altérant singulièrement, une des trois inscriptions qu'elle porte : TECLA 
HT AT DEO CVM MARITO SEO; ce qu'il traduit ainsi : « Téclat fait, avec 
son mari, un sacrifice agréable à Dieu » (Requier, Vie de Nicolas-Cluude Peiresc, 
in-12, Paris, 1770, p. 241). 

5. Ubi supra. 



230 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



nos précédentes notices, il nous semble possible de préciser davan- 
tage la desci'iption de la bague arlésienne. 

Klle avait deux chatons de dimensions inégales : le principal, qui 
était de forme ronde et en saillie sur le jonc, présentait, à sa super- 
ficie, une figure grossièrement gravée (sans doute celle de Técla, 
propriétaire de l'anneau) avec la légende circulaire TECLA SEGELLA ; 
au pourtour de la saillie du môme chaton, deux rangées ou cordons 
parallèles d'ornements, entre lesquels cette autre légende : TECLA 
VIVAT DEO CVM MARITO SEO. Le deuxième chaton, beaucoup 
plus petit que le premier et de forme ovale, était ménagé à même 
le métal dans la partie de la tige opposée au chaton principal, et 
c'est là que se trouvaient les caractères ainsi décrits par Peiresc : 

ratT 

Occupons-nous d'abord de la deuxième inscription du premier 
chaton, qui ne présente aucune difficulté, mais où l'on remarque 
cette particularité intéressante et dont on ne connaît pas d'autre 
exemple, de E substitué a V dans le pronom possessif SVO, et qui 
correspond à une. des formes de la langue vulgaire en Provence 1 . 

Passons à la légende gravée à la surface du premier chaton : 
TECLA SEGELLA. Peiresc et E. Le Blant y ont vu un double 
vocable du même personnage*. Mais cette manière de voir ne nous 
paraît pas exacte. 

Segella n'est point, suivant nous, un deuxième nom de Tecla. 
D'une part, nous n'avons pas d'exemple, sur nos anneaux, d'un 
double vocable; d'autre part, le nom de Tecla figure seul dans l'ins- 
cription du pourtour du chaton. Il y a donc tout lieu de croire que 
segella représente simplement les trois premières syllabes de sigil- 

1. Peiresc, dans sa lettre à J. Spon, dont extrait est ci-dessus, a fait, à ce 
sujet, la remarque suivante : « Nous disons encore, en vieux roman provençal, 
sieve pour sienne ou sua, duquel mot nous avons retenu l'intervention del'E ». 
F. Mistral, dans son Dictionnaire 'provençal (t. II, p. 893), a signalé des formes 
provençales, non seulement plus approchantes de seo, telles que séu ou seu, 
mais même identiques à séo. En patois bas-limousin, on dit lou sèou, pour le 
le sien. 

2. C'est à ce titre que E. Le Blant a inséré les deux mots Tecla Segella dans 
la Table des noms propres placée à la fin de son nouveau et excellent ouvrage 
(p. 472) ; ni le savant épigraphiste, ni Peiresc n'ont, d'ailleurs, produit aucune 
observation sur le terme segella , ce qu'ils n'auraient pas manqué de faire s'ils 
l'avaient entendu autrement. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



231 



lavi ou sigillavit, dans lesquelles le graveur a substitué deux fois e 
à la lettre ?, comme, dans seo de l'inscription du pourtour, il l'a 
substitué à la lettre ?/. Ajoutons que l'emploi de e pour i est un des 
phénomènes les plus fréquents en linguistique. 11 n'est pas non plus 
sans intérêt de rappeler, à ce propos, les mots du vieux français 
séel etséeler, d'où sont venus scelet sceller, et qui, si l'on y rétablit 
le g médian, reproduisent exactement la locution dont il s'agit 1 . 
Les mots TECLA SEGELLA(w) ou mieux SEGELLA(r*7), par lesquels 
la propriétaire de notre anneau souscrivait les actes où elle figurait, 
étaient pareils à ceux qui se trouvent si fréquemment dans les 
chartes : N. signavi ou signavit ou seulement sign. ; N. subscripsi 
ou subscripsit, ou seulement subs., et môme su ou so (pour su), 
comme nous le voyons sur les anneaux sigillaires de Roccolane et 
d'Abbon, décrits plus haut 2 . 

J'arrive à la partie la plus difficile de ma tâche : l'inscription 
gravée sur le même chaton. Le texte, tel qu'il a été déchiffré et re- 
produit par Peiresc, est celui ci: RATE, c'est-à-dire lescleux lettres 
RA suivies d'une apostrophe, puis d'une lettre grecque, un gamma 
majuscule (r); d'un E, et enfin d'un signe d'abréviation, posé ho- 
rizontalement sur les deux derniers caractères. 

Voici en quels termes le savant magistrat a exposé son interpré- 
tation conjecturale de cette inscription : « Je soupçonne que ces 
lettres pourroient signifier arra genialis, l'anneau ou gage des épou- 
sailles. Le changement de l'V en E, SEO pour SVO, montre que 
cette inscription estoit d'un latin corrompu et comme, si l'on peut 
ainsi parler, selon l'usage du pais... Je ne sçay donc si, par une 
semblable corruption, usitée dans ce siècle gothique, dans le com- 
mencement de la première race de nos roys, pendant lequel temps 
je crois que cette bague a été faite, on auroit abusivement retranché 

1. Voici un exemple de 1 emploi du mot seul au xiv e siècle, que nous emprun- 
tons au Glossaire latin de Du Cange, éd. Didot, t. VI, p. 241, col. 3 : « Icellui 
maistre des foires dit avoir trouvé ledit brevet faulz en escripture et en séel ; 
c'est assavoir que il estoit escript d'autre lettre et signé d'autre seing que 
de celui du notaire, qui estoit dit escripz..... et que le sért dont ledit brevet 
estoit scellé, estoit plaqué et non pas miz bien, ne deument ». Litt. remiss. ann. 
1375 ; in Reg. 103, Chartoph. reg. ch. 37. — Pour le mot séeler, Henschel cite 
Agolant, vers 941, p. 1641, et G. Guiart, t. II, pp. 75 et 148, vers 19u5, 3600 
(10881, 12582). Du Cange, Glossaire français, éd. Didot, p. 295, col. 1. 

2. Voir les n ' I et XXV. 



23-2 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



la première syllabe du nom arra, comme on dit populairement au- 
jourd'huy Toni pour Antoni... J'en voudrois inférer que ce seroit 
l'usage ancien d'Espagne qui peut tenir du gothique, aussi bien 
que ma bague d'or, et qui supprima la première syllabe du mot 
arra ouarrabo, et que même il ne seroit pas incompatible que cette 
syllabe RA', gravée en cette bague, fust mise pour arra. et par ce 
même moyen, la suivante TE pour genialis, comme on disoit ledits 
ou thorus genialis, le lit nuptial. » 

Cette conjecture, à laquelle Peirsec déclarait ne pas attacher une 
importance sérieuse, et que pourtant il proposait à des savants de 
premier ordre, et sur laquelle il insistait encore dix ans après, pour 
avoir leur avis, cette conjecture nous semble à tous égards inad- 
missible. 

Et d'abord la présence, au milieu de caractères latins, d'une 
lettre grecque isolée, d'un prétendu gamma, est des plus invrai- 
semblables : on ne connaît, en eiïet, d'autre exemple d'un fait sem- 
blable que celui que Boldetti a trouvé dans les catacombes de Rome 
et consigné dans son livre sur les cimetière des saints martyrs de 
la Ville éternelle'. 

En l'espèce, on chercherait vainement le motif de l'emploi de 
cette lettre, qui serait d'autant moins concevable, que, dans la lé- 
gende du chaton principal, le G de SEGELLA est de forme latine. 

Quant à l'apostrophe qui serait à la suite de A, Peiresc n'en donne 
aucune explication, et l'on ne voit guère quelle pourrait être ici 
la raison de sa présence. 

Ne serait-il pas aussi bien extraordinaire que l'on eut formé une 
telle légende, composée de deux mots, pour l'expression desquels 
on se serait borné à graver la dernière syllabe de l'un et les deux 
premières de l'autre? 

Notons enfin que ce serait la première fois qu'on lirait, sur une 
bague de mariage, une inscription ayant pour objet d'en affirmer 
la destination. 

L'hypothèse tirée de si loin par Peiresc présente donc une telle 
accumulation d'invraisemblance*, qu'elle doit être regardée comme 
inacceptable. 

1. Voir ci-dessus, n° XXII, la cilalion et la reproriiiclioii de l'inscription SPES 
DEI, dont le P est en même temps la lettre grecque P (rô majuscule) du 
chrisme entouré par cette inscription. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



233 



Mais une deuxième conclusion découle des observations ci-dessus, 
à savoir que le texte, tel que Peirescl'a déchiffré et nous l'a transmis, 
ne peut être exact. 

IL est, dès lors, nécessaire de rechercher, avant tout, quelle de- 
vait en être la leçon véritable ou du moins la plus probable. 

La bague dont il s'agit était sans doute dégradée en cet endroit, 
et il est à présumer qu'elle ne portait, après la lettre a. ni une 
apostrophe ou quelque signe d'abréviation, ni un gamma majus- 
cule. Vraisemblablement, il y avait primitivement, dans cette par- 
tie de l'inscription, un T, dont la barre horizontale de gauche (pour 
le lecteur) avait été effacée ou accidentellement détruite, ne lais- 
sant subsister que le crochet pendentif de son extrémité. 

Sur la planche 77 de la nouvelle série de Y Album Caranda, 
publié par M. F. Moreau, est figurée une urne cinéraire recueillie 
au cours des fouilles de la villa gallo-romaine d'Ancy (Aisne) '. 
Sur cette urne est gravée une inscription circulaire, où l'on voit 
un T 2 , dont la barre horizontale supérieure a disparu, ne laissant 
intacts que les deux crochets pendent ifs de ses deux extrémités. Si 
l'on restitue par la pensée la branche de droite (pour le lecteur) de 
cette barre, on retrouve exactement : fl'image du prétendu gamma 
que Peiresc a lu sur son anneau ; 2° le crochet de gauche, qu'il a 
pris pour un signe d'abréviation placé en avant du prétendu ca- 
ractère grec. 

C'est probablement, un fait analogue, la disparition partielle de la 
barre horizontale du T, qui s'est produit pour la bague artésienne. 

Dans ce cas, le deuxième chaton de notre bijou devait, à l'ori- 
gine, porter le mot RATE iivcc le signe abréviatif sur les deux der- 
nières lettres ; et en interprétant ce signe (comme cela est très 
normal) par |N, nous avons le mot RATINE. Or, c'est là un nom 
d'homme en usage à l'époque gallo-franque, car on le trouve dans 

1. Au lieu dit Bois des Sables, commune, de Limé, canton do Braisne, arron- 
dissement de Soissons. 

2. E. Le HIant, à qui cette inscription avait été communiquée, a pensé qu'on 
pourraity lire IBETIVS CVM AN DEC ARI BIEETE. Maisilaeu soin d'ajouter 
que « cette leçon ne le satisfaisait aucunement » (voir le texte explicatif de 
ladite planche dans Y Album Caranda), et cette réserve est d'autant mieux fondée 
que : 1° l'S du premier mot est avant le V et donne le mot (BETISV; 2° l'M 
de CVM est absent et doit être remplacé par un I, en sorte que ce groupe se 
lit C VI ou CIV; 3°, il y a BU ET E et non BIBETE. 



234 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



un catalogue dos noms propres d'Alamans, publié par Goldast 
d'après un vieux manuscrit de l'abbaye de Saint-Gall 

Cet ancien vocable s"est réduit, au x 11 e siècle, par la chute (si 
fréquente, comme on sait) du / médian, à la forme Raina, que nous 
relevons dans la pièce de Peire Vidal, intitulée : Drmjoman seiner 
s'agnes bon destrier*, et qui, d'après une correction de notre 
savant confrère M. P. Meyer, doit être lu Ramiers 3 et traduit par 
Rainier 4 . 

Nous aurions donc là le nom de l'époux de Técla, faisant suite 
à la deuxième inscription Tecla vivat Deo cum marito seo, dont il 
est le complément naturel. 

En résumé, si la restitution proposée par nous pour le texte de 
la troisième légende est admise, les inscriptions de notre anneau 
devront se lire ainsi : 

+ TECLA SEGELLA(w^) pour sigillavit. 
+ VIVAT DEO CVM MARITO SEO (pour suo) RATINE- 

DIOCÈSE D'A PT ET PUIS DE VIVIERS 



ccx 

ANNEAU S1GILLA1RE DE NOUX, PROVENANT DE SAINT-PIERRE (aRDÈCHe) 11 




C'est à l'obligeance de feu Ed. Flouest, ancien magistral, mon 
confrère à la Société des antiquaires de France, que j'ai dû la com- 

1. Goldast, Rerum Alamannicarum Scripto**es, t. II, p. 106, col. 2 

2. Strophe VIII, vers kk; dans Romania, t. II, année 1873, p. 426. 

3. lbid., noies, in fine. 

4. lbid., p. 428. 

5. Communede Sainl-Montan, canton de Bourg-Saint-Andéol, arrondissement 
de Privas. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



235 



munication de cette belle bague et des renseignements qui suivent 
touchant sa provenance. Elle a été trouvée dans les substructions 
d'une localité dite de Saint-Pierre, que la tradition signale comme 
ayant été détruite lors de la chute de l'empire d'Occident (476) ou 
peu de temps après. Ce précieux bijou gisait au milieu d'ossements 
qui sont tombés en poussière au contact de l'air. Il est actuelle- 
ment la propriété de M. Corroyer, inspecteur général des monu- 
ments diocésains,, membre de l'Académie des Beaux-Arts. 

11 est d'or fin et pèse 11 grammes; sa tige est ornée de dessins 
gravés en creux dans lesquels M. Corroyer a reconnu et m'a si- 
gnalé, de chaque côté du chaton, deux crocodiles affrontas \ L'ou- 
verture de notre bague, qui est de 16 millimètres seulement, in- 
dique que nous avons là un anneau de femme ou de jeune lille. 

Sur la tige, a été soudé fort habilement un chaton d'une hauteur 
totale de 17 millimètres. Sur la base de ce chaton, qui est ronde et 
a 15 millimètres de diamètre, s'élève un édicule octogonal, dont 
les angles ont alternativement 3 millimètres et 1 millimètre 1/2 de 
hauteur, et supportent, les uns et les autres, des groupes de six 
globules ou petits cabochons en or. 

A la partie supérieure du chaton, une rondelle, également en 
or, a été adroitement sertie, et porte, gravée en creux l'effigie 
d'un personnage, dont le buste est habillé et la tête ceinte d'un 
double bandeau perlé, terminé par deux bandelettes également 
formées de perles. Derrière la nuque, une croisette ; devant la face, 
une inscription dont les caractères doivent être lus de bas en haut, 
et dans laquelle, à première vue, on ne voit que le groupe NON ; 
mais la barre intérieure du troisième caractère a été gravée de ma- 
nière à former un N et un A non barré liés, et nous avons ainsi la 
légende suivante : 

+ NONA 

Le nom de femme Hona ou Honna a été fort usité dans le haut 
moyen âge : c'est celui de plusieurs saintes des iv\ v°, vi e et vu e siè- 
cles 2 . Il en est de même du vocable Nonnita, diminutif de Nonna, 

1. Cette partie de l'anneau n'est perceptible qu'à l'aide d'un fort grossisse- 
ment, et ne se voit pas sur notre dessin. 

2. Il y a : 1" une sainte appelée Nona, morte vers l'an 700 (Rolland., Acta 
SS'., mens, febr., t. I, p. 337; — 2" une sainte appelée Nonna, qui vivait au 



236 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



que nous offrent trois inscriptions chrétiennes, dont deux, conser- 
vées à Trêves, remontent à la période gallo-franque '. 

La forme de notre bague, les cabochons groupés par six, qui 
rappellent les trois globules accostant le chaton sur des anneaux 
assurément mérovingiens, enfin l'effigie avec le bandeau perlé, si 
usitée au droit des monnaies de la première race, sont autant de 
certificats d'origine du bijou qui nous occupe. 

La présence d'une effigie masculine, d'une effigie royale, sur un 
cachet à l'usage d'une femme a besoin d'être expliquée. Il me 
semble difficile de l'expliquer autrement que par des liens étroits 
qui auraient uni la propriétaire de ce bijou au per onnage repré- 
senté sur le chaton. Dans ce cas, nous aurions ici l'anneau sigil- 
laire d'une épouse, ou peut-être, mais moins vraisemblablement, 
d'une fille ou sœur de roi des temps mérovingiens, et dont le nom 
serait resté jusqu'ici inconnu des historiens. 

vi e siècle : c'est la mère de saint David ou Devy, archevêque de Menevie (pays 
de Galles, Angleterre). Voir Lobineau, Les Saints Bretons, t. I, p. 53; — 3° sainte 
Nonne, Nonna, mère de saint Grégoire de Nazianze, morte en 374 (Bolland , 
Acta SS , mens, aug., t. II, p. 78) ; — 4° sainte Nonne, martyre de Nicomédie 
avec Gyriaca, Viclorina et autres (Ibi<l., mens, mart , t. II, p. 511). — Le nom 
d'homme A'onus ou Nonnus a été porté par un grand nombre de personnages, 
notamment : par saint Nonnus, mort évèque d'Héliopolis en 451 (Baronius, 
Annal., ad ann. 451, n° 126; par un abbé du V e siècle, commentateur de saint 
Grégoire de Nazianze (Patrolog. grseca, t. XXXVI, p. 985); par un poète grec de 
Panopolis (Egypte), qui florissait vers 500 (Ibid., t. XLIII, p. 665), et par des 
monnayers qui ont frappe, au vu siècle, à Chalon-sur-Saône, à Melle et à 
Thouars (Deux-Sèvres). — Voir An. de Barthélémy, Liste des noms d'hommes 
gravés sur les monn. de V époque mérov. Lettre à M. d'Arbois de Jubainville, 
p. 18. 

1. Ces deux inscriptions sont dans le recueil d'E. Le Blant, t. 1, p. 379 et 
385, n os 273 et 278. La troisième, qui a été découverte à Saint-Acheul, est re- 
produite dans le même ouvrage, 1. 1, p. 430, n° 326. On trouve aussi, au moyen 
âge, le nom de Nonnia. Voir dans le Cartulaire d"Ainay, des chartes de 980 et 
de l'an 1000. (Aug. Bernard, Cartulaires de Savignij et d'Ainay, t. II, p. 590 
. et 601.) 



PREMIÈRE AQUITAINE 



DIOCÈSE DE BOURGES 



CCXI 

ANNEAU DE DULCIS, TROUVÉ A NÉR1S (ALLIER) 1 



Cette bague, en cuivre, a été découverte à Nôris, le Neriomagus 
ou Aquis Neri des anciens itinéraires et des inscriptions romaines, 
station thermale, qui fut, on le sait, très fréquentée dans l'anti- 
quité et au moyen âge, comme elle l'est de nos jours. 

Ce bijou, qui fait partie de la collection de M. A. Bertrand, à 
Moulins, a été recueilli dans un puits, avec quelques autres objets 
dépourvus d'intérêt 2 . Il a 15 millimètres seulement d'ouverture, 
ce qui indique qu'il était fait pour la main d'un enfant. Sa tige 
est très faible (1 millimètre d'épaisseur). Le chaton est un parallé- 
logramme de 11 millimètres de large avec 3 de hauteur, sur lequel 
a été tracé, au burin, un encadrement renfermant la légende sui- 
vante : 

DALCI3 {Dulcis) 
avec un V renversé et un S rétrograde. 

Les lettres de ce nom, au lieu d'être gravées, ont été poinçon- 
nées une à une 3 . 

1. Néris dépend des canton et arrondissement de Montlucon. 

2. Un peigne en bois, un Fragment de fuseau, des chaussures, etc. (Lettre de 
M. de Mély, du 1 er novembre 1891.) 

3. Une épitaphe trouvée dans la même région, à Vichy, et datée de la 19° an- 
née du règne de Thierry I" (530), porte le nom de Dulcetia(E. Le Blant, Nouv. 
rec. des inscr. chrét. de la Gaule, n° 226, p. 224). 




238 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

Les éléments font défaut pour déterminer l'époque à laquelle 
notre anneau a été confectionné. On peut l'attribuer au iv e siècle 
aussi bien qu'au m . 



DIOCÈSE DE RODEZ 



CCXII 

RAGUE AVEC MONOGRAMME, PROVENANT DU MAS-MARCOU (AVEYRON) 1 




La bague en or, figurée en tête de la présente notice, a été trou- 
vée au cours de fouilles opérées par la Société des lettres, sciences 
et arts du département. Elle a été décrite en 1872, dans le Bulletin 
de la dite Société, par M. le vicomte de Saint-Rcmy, qui avait di- 
rigé les fouilles. 

Notre anneau se compose : 1° d'une tige, dont l'ouverture est de 
18 millimètres; 2° d'un chaton ovale, ménagé, à même le métal, 
qui a 4 millimètres de hauteur sur 7 de longueur; il est orné d'un 
monogramme, dont la forme, à raison de l'insuffisance de hauteur 
du chaton, a été renversée, de manière que le sommet est à la droite 
du lecteur, et la base à sa gauche. 

M. de Saint-Remy, considérant le bijou qui nous occupe comme 
étant d'origine gallo-romaine, a cru trouver dans le monogramme 
le nom du consul Caninius Gallus. Depuis, un des membres de la 
Société française de numismatique et d'archéologie, a, dans le 
Compte rendu des travaux de cette Société ", montré l'inadmissibi- 
lité de cette interprétation d'un monument qu'on ne pouvait hési- 
ter à attribuer à la période mérovingienne. 

Cete dernière attribution est en effet incontestable, et il suffit, 

t. Le Mas-Marco u est situé dans la commune de Flavin, canton de Pont-de- 
Salars, arrondissement de Rodez. 
2. T. IV, année 1873, p. 88. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



239 



pour s'en convaincre, de rapprocher notre monogramme de ceux 
qui se voient sur des monnaies des vi e et vu e siècles, et qui sont 
composés et exécutés de la même façon. 

Il est d'ailleurs très simple et d'une explication facile : il com- 
prend un A, un V, un D placé à uue des extrémités du mono- 
gramme, et un O gravé à l'extrémité opposée; ensemble, un des 
noms les plus usités dans le haut moyen âge : 

AVDO- 

Le recueil des Charles et diplômes de Pardessus nous offre, à lui 
seul,, la mention de cinq personnages, dont deux évêques, ainsi 
appelés et figurant dans des actes de 640, 662, 666, 735 et 744 '. 
C'est de ce vocable que se sont composés les suivants : Audo-aldus, 
Audo-bertus, Audo-enus, Audo-inus, Audo-fredus, Audo-maras, 
Audo-veus, tous d'un emploi fréquent à l'époque gallo-franque. 

DIOCÈSE DE LIMOGES 
CCXIII 

ANNEAU-CACHET DU MÉDECIN PHARMACOPOLE DONOBKRTUS, TROUVÉ A SAINT- 

CHAMANT (CORRÈZE) 2 




Un cultivateur de la commune de Saint- Chaînant découvrit, en 
1867, près des ruines du château féodal de Saint diamant, un an- 
neau ou, plus exactement, les fragments d'un anneau d'or jaune 
et une cornaline gravée qui devait en orner le chaton. Ce cultiva- 
teur porta sa trouvaille à un bijoutier de Tulle, qui la lui acheta et 

1. Pardessus, Ghart etdiplom., t. II, p. 63, 126,141, 368 et 394. 

2. Saint-Chamant est une commune dépendante du canton d'Argental, arron- 
dissement de Tulle. Cette bague a été publiée par moi, pour la première fois, en 
1880 (Rev.arcliéolog., 2<= série, ann. 1880, t. II, p. 1 et suiv.). 



240 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



la céda ensuite à feu Mathieu Borie, pharmacien, et je dois à l'obli- 
geance de ce dernier d être le possesseur de cet intéressant monu- 
ment. 

Les deux fragments du métal de la bague permettent de la resti- 
tuer aisément avec certitude. Elle se composait d'un chaton ovale, 
formé d'un cercle de 4 millimètres de hauteur, sur lequel est sou- 
dée une bande d'or assez inégalement taillée, ayant une largeur de 
1 cent. 50 millimètres : cette bande, posée à plat, porte une ins- 
cription dont nous nous occuperons bientôt. 

Dans le vide compris entre les bords intérieurs de cette bande de 
métal, était encastrée, suivant toutes les vraisemblances, la cor- 
naline ovale gravée qu'on a trouvée avec les fragments de la ba- 
gue et qui a 1 cent. 4 millimètres de longueur sur 1 centimètre 
de largeur. 

La partie de l'anneau sur laquelle sont soudées les diverses par- 
ties du chaton servait de support à la cornaline; toutefois celle-ci, 
dont nous pouvons, malgré les cassures qu'elle a subies, reconnaî- 
tre facilement les contours primitifs, était loin de remplir le centre 
du chaton où elle devait figursr; elle y était apparemment assujet- 
tie d'une façon et au moyen d'un corps dont nous n'avons aucune 
trace et que nous ne saurions déterminer. 

Enfin, la tige et la partie supérieure du chaton sont bordées d'un 
fil d'or qui y est soudé, et, de chaque côlô du chaton, il y a trois 
cabochons ou globules d'or, qui sont, ainsi que je l'ai déjà noté, un 
des ornements caractéristiques du travail mérovingien. 

J'arrive à l'étude de la légende circulaire qui occupe tout le 
pourtour du chaton. 

A la suite d'une croisette, il y a une lettre difficile à déchiffrer, 
l'initiale d'un nom dont les autres lettres, fort lisibles, ONOBERTVS, 
sont suivies du mot FEET (fecit), après lequel vient un M, suivi 
d'une lettre incertaine et des lettres ICMT '• 

Cette lettre incertaine semble, à première vue, être un 0; mais, 
outre que la dernière partie de la légende serait, dans ce cas, dé- 
pourvue de sens, je ferai observer que l'initiale du nom de person- 

1. Dans l'article que j'ai consacré à ce monument, dans la Revue archéologique 
(2e série, année 1880, t. II, p...), j'avais indiqué la leçon MOICMI, que j'avais 
interprétée par medicamen illud. Un examen plus attentif a fait constater la pré- 
sence d'un T, au lieu de de I, à la fin de l'inscription. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



241 



nage, qui a été fortement altérée par un accident, laisse voir néan- 
moins, quand on L'étudié avec le secours de la loupe, une forme 
qui se rapproche beaucoup de celle de la lettre qui nous occupe; 
or, si c'était un O, nous aurions la leçon OONOBERTVS, laquelle 
est inadmissible. Nous croyons remarquer dans la partie supé- 
rieure de ladite lettre, arrondie dans le bas, une sorte de barre ho- 
rizontale qui nous donne l idée d'un D renversé (o); et si cette ex- 
plication était adoptée et qu'elle fût également appliquée, comme 
cela serait rationnel, à l'initiale du nom inscrit sur le chaton, nous 
aurions, pour nom de personnage, le vocable DONOBERTVS, assez 
usité au moyen âge, particulièrement dans le midi de ta Gaule 1 , 
et, pour La légende entière, la leçon suivante : 

* DONOBERTVS FEET MDICMT- 

Quelle signification convient-il d'attribuer aux deux derniers 
mots? 

FEET, qui est là pour FECIT, et qu'on rencontre assez fréquent 
ment dans l'épigraphie numismatique de la première race, suppose 
la présence d'un régime qui le suit, et je proposerais d'interpréter 
MDICMT par M«DlC«M^Tw» 2 - (',<« mol aurait été ainsi contracté à 
cause de l'insuffisance de l'espace que présentait le chaton pour le 
contenir en entier. 

1. La Uescriptiu mancipiorum ecclesix Massiliensis, publiée à la suite du Cartu- 
laire de Saint-Victor, contient, en effet, la mention de deux Donobertus. Voir ce 
Carlulaire dans la Collcct. des documents inédits de l'Histoire de France, t. II, 
p. 634 et 63.J. 

2. M. le comte de Marsy (Bulletin de la Soc. histor. de Compiègne, t. V; tiré à 
part, p. 9) a cru trouver dans les mots feet mdiemt « une variante de l'invoca- 
tion floréal in Deo, ou quelque forme analogue. » Mais la formule floréal in Dco 
ou une forme analogue sont bien trop éloignées de feet mdiemt qui ne prêle 
pas au doute, et je ne vois même pas comment on pourrait faire de celle-ci une 
corruption de celles-là. Le verbe feet est d'ailleurs la forme, bien connue et 
usitée sous les mérovingiens, de/rctY, et il paraît impossible d'y voir une dégra- 
dation de floreat. Or, ce verbe, précédé du sujet Donobertus, suppose un régime 
qui le suit et qui ne peut que désigner l'objet quVt fait Donobertus. Cet objet, 
exprimé par mdiemt, forme contractée d'un subslantif, est très probablement 
m(e)dic(a)m(en)t(um), c'est-à-dire le remède que le pliarmacien ou plutôt le 
médecin pharuiacopole venait de fabriquer. Je n'aperçois même pas à quel 
autre produit ce terme aurait pu s'appliquer. Je maintiens donc sans hésitation 
l'explication que j'ai proposée en 1880. 

16 



2^2 



ÉTUDE SU!; LES ANNEAUX 



D'après cela, nous aurions ici L'exemple d'un personnage, qui, à 
l'époque mérovingienne, signait de son nom de Donobcrlus les mé- 
dicaments qu'il livrait au public. 

Etait-ce un simple pharmacopole ou bien un médecin préparant 
lui-même les breuvages et les diverses substances qu'il ordonnait, 
comme le faisaient, à l'époque romaine, presque tous les oculisles (?)' 
Cette seconde hypothèse paraît de beaucoup la plus probable. Les 
officines de pbarmacopoles non médecins, dont il est fort peu ques- 
I ion dans les documents écrits, étaient sans don le liés rares à l'épo- 
que des royautés barbares. 

La législation romaine nous fait voir, en effet, que généralement 
les médecins préparaient eux-mêmes les médicaments qu'ils ordon- 
naient. Je citerai, pour le prouver, un passage des sentences du 
jurisconsulte Paul, qui florissait sous Septimc Sévère (193-211); 
cet ouvrage, accompagné des inlerpretaliones d'Anianus, référen- 
daire du roi visigoth Alaric II, faisait partie de la Lexromana Wi- 
sigothorum, qui fut, comme on sait, édictée, en 506, pour l'usage 
des populations romaines d'outre-Loire, chez lesquelles elle resta 
en vigueur durant une grande partie du moyen âge. On y lit, au 
titre De legatis, sentence 62, que le legs d'un matériel (instrumen- 
tum) de médecin entraîne celui des collyres et emplâtres, de tous 
les appareils nécessaires pour La confection des médicaments, el 
enfin des instruments de chirurgie : « Instrumente) medici legalo, 
collyria el emplastra, et apparatus omnis conficiendorum medica- 
menîomm, itemque ferramenta legato cedunt 1 . » 

Il résulte de là que, dans la période romaine et aussi clans les 
premiers siècles du moyen âge, c'était le médecin lui-même qui 
faisait le plus souvent et même presque toujours office de pharma- 
cien : il en était certainement ainsi en dehors des centres considé- 
rables de population. 

1. Relativement à ces cachets d'oculistes romains, je renvoie le lecteur à la 
Description générale que le capitaine Espérandieu en a publiée dans la Revue ar- 
chéologique (années 1893 et 1894). 

2. Jurisprudcntiae antejuslinianae quae supersunt, par Ed. Huschke, 1867, dans 
la collecl. Teubner, p. 409. — Jurisprudentia velus antejuslinianea, édition de 
Schuiting, in- 4°, 1737, p. 370. Dans une note rapportée par Schulting, Cujas 
définit ainsi les médecins : « Medici sunt ni qui medicamenta confîciunt, vulnera 
curant, cucurbitas admovenl, item qui circumcidunl aul castrant.» Ibid., 
note 40. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



243 



CCXIV 

ANNEAU d'aLDUNUS, AVEC DOUBLE CHATON ET MONOGRAMME, TROUVÉ 
A TURENNE (cORRÈZE) 




Voici un anneau sigillaire d'or pâle, découvert en 1878, près dos 
ruines de l'antique château de Turenne (Corrèze) le castrum To- 
rinna, mentionné aux années 767 et 769, dans les Annales des 
Francs, comme ayant été pris par le roi Pépin, au cours d'une de ses 
expéditions en Aquitaine contre le duc Waïfer 2 . 

Ce bijou, qui est d'une parfaite conservation, après avoir été 
possédé par M. Massé na, alors maire de Malemort (Corrèze), a 
passé dans la collection de feu le baron Pichon. 11 a 24 millimètres 
d'ouverture; sa tige haute de 6 millimètres, près du chaton prin- 
cipal, n'en a que 3 auprès du deuxième chaton. 




Le premier de ces chatons, ménagé à même le métal est de forme 
irrégulière ; il a 11 millimètres de large sur 9 dans sa plus grande 
hauteur; il perte, gravé en deux lignes, le nom au génitif, de 

ALD 

V N I [Alduni) Signum étant sous entendu. 

1. Turenne est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Brive. Cet anneau 
a. étépublié par moi pour la première fois en 1880 (Rev. archêolog., année 1880, 
t. H, p. 5.) 

2. « Mullas roccas et speluncas conqutesivit (rex Pippinus) : castrum Scora- 
liam, Torinnam et Petrociam. » (Annales Laurissenses ; Annal. Einhardi ; dans 
Pertz, Monum. German. historica, Scriplor, t. I, p. 1 44, 146 et 147; Annal. Met- 
tens., ibid., 335; Annal. Tuld., ibid., p. 430.) 



244 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Le deuxième chaton, également pris dans la masse à l'oppositc 
du premier, est d'une forme ronde irrégulière, dont le diamètre est 
de 8 millimètres 1/2. On y voit un monogramme que feu Adrien de 
Longpérier proposait d'interpréter par AVNVLFVS ou ANVLFVSct 
sur lequel je reviendrai plus bas. 

Lorsque j'ai publié cet anneau pour la première fois en 1880 \j ai 
hésité, pour la légende du chaton principal, entre la leçon ALDVNI 
et la leçon ALDINA, mais je faisais remarquer qu'il faudrait dans 
celle dernière hypothèse, considérer la lettre V comme un second A 
renversé et non barré, ce qui est invraisemblable en présence du 
premier A, qui est à la fois dans sa position normale et pourvu de 
la barre horizontale intérieure 5 . 

Je renonce aujourd'hui à cette supposition par les raisons sui- 
vantes. 

En premier lieu, notre anneau a 24 millimètres de diamètre in- 
térieur, c'est-à-dire une ouverture très supérieure à l'ouverture or- 
dinaire des bagues de femmes, et qui fait penser a priori que 
c'était l'anneau d'un personnage du sexe masculin, ce qui s'ac- 
corde bien avec la leçon ALDVNI, et exclut la leçon ALDINA. 

En second lieu, le monogramme du deuxième chaton me parait 
contenir un vocable féminin. 

Tout d'abord je signalerai l'absence de la lettre L, et, par suite, 
l'inadmisibilité de la leçon Anulfus. En second lieu, le S posé en 
travers de la ligne oblique intérieure de N, prend ici, comme cela 
se voit dans plusieurs de nos anneaux, la valeur du S barré, c'est- 
à-dire de S\{gnnm). Les autres sont le A du sommet du mono- 
gramme, le | de droite (pour le lecteur), le N el la loti re E, ce qui 
donne le nom de AINE, et, pour l'ensemble de l'inscription, 

S\(gnum) AINE- 

Ain — Agin est un radical germanique qui es! entré dans la 
composition d'un grand nombre de vocables du haut moyen âge, 
tels que Ain-hcrga, Ain-Burgis, Aui-ti/dis, Ain-ildis. 

Le nom d'Agvia = Aina est mentionné deux fois dans le Polyp- 

1. Rev. archêoloy., année 1880, t. II, p. 25. 

2. lbfl., note 3. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



245 



tyquc de Saint-Germain-des-Prés ', et nous trouvons celui d'Ainis 
dans le Polyptyque de Saint-Uemy \ 

Quant au nom à'Aldumis, nous n'en avons pas trouvé d'exemple 
dans les recueils des monuments mérovingiens; mais, nous avons 
un certain nombre de mentions du nom à'Alduinvs', qui en est 
fort approchant. 

Le nom A'Alduni, gravé sur le chaton principal et l'inscription 
S(ignam) Aine , inscrite surleplus petit, nous montrent que l'anneau, 
qui était essentiellement et d'une manière permanente à l'usage 
du mari, servait aux deux époux (sans doute accidentellement) quand 
la femme figurait, en même temps que son mari, dans un acte 
qu'elle souscrivait, comme lui, en qualité de partie ou de témoin. 

1. III, 33 ; IX, 48, édit. de Guérard, p. 28 et 84; édit. d'Aug. Long-non, p. 34 
et 110. 

2. Édit. de Guérard, p. 72. 

3. Pardessus, Diplom. et ch., t. II, p. 180, ad ann. 709. Polyptyque de Saint- 
Germain-des-Prés, IX, 184, XXIV, 183, édit. de Guérard, p. 102 el 270; édit. 
d'Aug. Longnon, p. 133 el 351 . 



DEUXIÈME AQUITAINE 



DIOCÈSE DE BORDEAUX 
(XXV 

BAGUE SIG1LLA1RE DE LA JUIVE ASTER , TROUVÉE A BORDEAUX 




Ce magnifique bijou, qui appartient à la collection de M. de 
Chasteigner, savant antiquaire de Bordeaux, a été découvert, en 
1851, dans une nie de cette ville 5 , au cours de travaux de pose de 
conduites d'eau ou de gaz, et acquis sur place par son possesseur 
actuel. Au même endroit, furent trouvées quelques monnaies ro- 
maines. 

C'est un anneau en or jaune, massif, pesant 26 grammes. La 
tige en a été déformée par un accident, mais on peut néanmoins en 
déterminer très approximativement l'ouverture à 19 ou 20 milli- 
mètres; la largeur en est de 10 millimètres près du chaton, de i 
seulement du côté opposé. On y voit, gravé en relief à droite et à 
gauche du chaton, un chandelier à sept branches, sur un trépied. 

Le chaton, qui a une saillie de G millimètres au dessus de la 
lige, est de forme ronde; le diamètre en est de 11 millimètres. Au 
pourtour, sont gravés en relief six arceaux, portés par des colon- 

1. Rue dite (tes Trois- Conils. 



ÉTUDE SUR LES ANNEAU DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN ACE 



247 



nettes, et renfermant, le premier une troisième figuration du chan- 
delier à sept branches, et les cinq autres, 1rs lettres A, S, T, E, R. 

Sur le plat du chaton, il y a un monogramme, dans lequel se 
retrouvent les mêmes lettres, c'est-à-dire la répétition du mot 
ASTER, et qui était destiné sans doute à l'usage de cachet. 

Ce très intéressant monument ;i été d'abord sommairement si- 
gnalé, en 1858, au Congrès archéologique de Périgueux, par M. de 
Chasteigner, qui a proposé de lire dans le monogramme le nom de 
ASTERIVS '. 

En 1865. notre savant confrère Edmond Le Blant a fait men- 
tion, d'après une communication de feu M. Muret, le regrettable 
employé du Cabinet des médailles, de la même bague, « où dit-il, 
le nom A' Aster est gravé au-dessous du monogramme » 2 . 

Depuis, M. de Chasteigner, dans une lettre adressée à M. Ca- 
mille Jullian 3 , chargé de la publication des inscriptions romaines 
de Bordeaux, a maintenu et cherché à justifier en ces termes la le- 
çon Asterius : « En décomposant les lettres groupées dans le mo- 
nogramme, nous avons, pour tous ceux habitués à ces lectures, 
incontestablement le mot ASTERIVS : l'A au sommet; l'S en bas, 
croisant la base de R; T, E réunis; l'I, formé par le prolongement, 
en haut, du jambage de R; V, formé par le jambage oblique de R 
et celui de E; enfin, le S final, fourni par La répétition du premier, 
coupant le jambage de V » '. 

En dernier lieu, M. Jullian, dans l'important article qu'il a con- 
sacré à notre anneau, l'a fait figurer sous toutes ses faces, el il 
comhat la thèse de M. de Chasteigner. Il fait remarquer que le pro- 
longement do la partie supérieure de R, où ce savant a vu un I, 
n'est qu'un trait parasite, comme il y en a beaucoup dans les ins- 
criptions de cette époque; qu'il en est de même de la barre qui 
flanque le bas de cette haste et, où, dans le cas contraire, il fau- 
drait reconnaître un L M. Jullian cite, comme exemple de ce pro- 
cède, le monogramme RVTE, gravé sur les I riens mérovingiens du 
Rouergue. Si d'ailleurs le nom d'ASTER a été écrit en toutes 

1. Comptes rendus du Congrès archéol, de Périgueux, p. 55. 

2. Inscrip. chrét.de lu Gaule t. II, p.. r >0. 

3. Le 10 mars 1887. 

4. Lettre du 10 mars 1887, reproduite par M. Camille Jullian (Inscript, rom. 
de Bordeaux, t. II, Bordeaux, 1890, p. 103-105). • 



i24S 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



lettres au poni'lour du chaton, c'est évidemment, ajoute M. Jullian, 
pour qu'il n'y eût aucun doute sur la signification du monogramme. 
Le docte professeur termine sa discussion par une observation 
judicieuse au sujet du chandelier à sept branches représenté sur la 
bague en trois endroits; ce n'est donc point là, dit-il, un simple 
ornement, mais, indubitablement un symbole, le symbole cher 
entre tous, et la marque distinctive de la foi juive'. — Le vocable 
d'Aster, qui est au pourtour du chaton, est celui d une femme 
juive 2 , et, rapproché de l'emblème du chandelier, il est aussi, d'une 
façon irrécusable, celui du monogramme. 

La démonstration de M. Jullian me parait complète et irréfu- 
table. 

Le monogramme qui est sur le plat du chaton, ne peut être sé- 
paré de la légende du pourtour, et celle-ci est l'interprétation fidèle 
de celui-là. La lettre célèbre de l'évèque Avitus à l'évèque de Va- 
lence Apollinaire, concernant les inscriptions quedevail porter la 
bague offerte par celui-ci à l'illustre prélat de Vienne, atteste qu'à 
la lin du v e siècle et au vi c siècle 11 (c'est à cette époque que remonte 
la fabrication de notre anneau), on était d'accord pour voir une 
étroite corrélation entre ces deux parties graphiques du bijou. Mais 
le simple bon sens suffirait à l'imposer. Le nom en toutes lettres 
m' peut être que la traduction exacte, rigoureusement exacte, du 
monogramme, et il n'est permis d'y rien ajouter, non plus que 
d'en rien retrancher, puisqu'elle est, sinon l'œuvre, du moins l'ex- 
pression de la volonté de celui-là même dont le nom est en ques- 
ti m. 

1. A la vérité, les Pères de l'Eglise ont songé à détourner vers un sens chré- 
tien l'emblème du chandelier, comme d'ailleurs les autres symboles juifs, et 
M. Jullian cite, à ce propos, Grégoire le Grand (Hom. in Ezrch., I, 6, 8). et 
Clément d'Alexandrie (Strorn., 5, G), qui ont dit que le chandelier était une 
image du Uédempleur. Mais jamais un chrétien n'eût voulu employer comme 
signe de sa foi, ce qui, aux yeux de tous, caractérisait le Juif. (Jullian, ubi 
supra, p. 106-107.) 

2. 11 y a eu des païens appelés Aster; il y en a eu aussi de chrétiens, 
comme le prouve l'anneau de Sassari, où l'on voit ce nom enlre une croix et 
une étoile. Mais alors c'est un vocable masculin, qui vient du grec à<ix»ip et dont 
le féminin est asleris (ld., ibid., p. 108). 

3. Saint Avit fut sacré en 470 et mourut en 525; saint Apollinaire fut sacré 
vers 486 et mourut vers 520. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



249 



Concluons donc que c'est le vocable féminin hébraïque A' Aster 
qu'on doit lire à la fois r.u pourtour et à la surface du chaton de 
notre anneau-cachet. La matrone, pour laquelle ce bijou avait été 
confectionne, appartenait à une des colonies israélites, assez nom- 
breuses alors dans le sud ouest de La G-aule et particulièrement 
dans la vieille cité bordelaise 1 . 



CCXVI 

A.NiNfcAIJ DE DOMOLIJNA, TROUVÉ A BORDEAUX. 




Mou regretté confrère, E. Le Blant, dans son Nouveau Recueil 
des inscriptions chrétiennes de la Gaule* , publia ira croquis du cha- 
ton de l'anneau qui fait l'objet de la présente notice, et qui a ap- 
partenu à feu M. Abbadie, architecte, membre de l'Académie des 
beaux-arts. Le tils de ce dernier, qui résille ù Paris, a bien voulu 
me communiquer cet intéressant bijo'.i, et j'en ai fait exécuter les 
dessins reproduits ci -dessus. 

Cette bague a été trouvée, vers 1836, à Bordeaux, près des 
ruines du cirque romain vulgairement appelé « Palais Gallien », 
au cours des travaux de déblai opérés sur l'emplacement de la 
voie qui, probablement, bordait la façade extérieure de l'édifice 3 . 

Elle est en or jaune, un peu pale; elle a 21 millimètres d'ouver- 
ture, mesurés à partir du chaton, et 20 dans le sens opposé. Le 
jonc, qui a 3 1/2 millimètres près du chaton, présente, a cet en- 
droit, et sur ses deux côtés, deux petits cabochons, ménagés à 
même le métal. 

Le chaton, également pris dans la masse, est de forme ronde et 

1. Voir les ouvrages historiques sur les Ju l's de Bordeaux, cités par M. Jul- 
Jian, ubi supra, p. 108. 

2. Page 303, n° 283. 

3. Idem, /oc. cit. 



250 ÉTUDE SUIt LÈS ANNEAUX 

a 14 millimètres de diamètre : on y voit, gravé en légende cir- 
culaire, avec un D cursif 9 comme initiale, et précodé d'une croi- 
sette, le nom de 

+ 90M0LINA- 

Le Polyptyque de Saint-Remi de Reims (ix° siècle) contient la 
mention d'une femme dont le vocable, Dornmelina, diffère bien peu 
de celui de notre anneau 1 . 



DIOCÈSE DE SAINTES 
CCXVII à CCXLII 

VINGT-SIX ANNEAUX PROVENANT DE l' ANCIEN CIMETIÈRE DE HEUPES 

(chakente) 1 

Notions générales sur le cimetière de Herpès et les anneaux qui y ont 

été recueillis. 

Les 26 anneaux que je vais décrire et qui appartiennent à la col- 
lection de M. Ph. Delamain, ont été recueillis par cet archéologue' 
distingué, au cours de fouilles opérées, sous sa direction et à ses 
fiais, dans le cimetière barbare qu'il à découvert à Herpès. 

Avant d'entreprendre cette description, je crois utile d'exposer 
ici, louchant l'âge de celle ancienne nécropole* le mode de sépul- 

1. V. (iiiérard, Polyptyque de Saint-Remi, p. 9. On trouve aussi les formes 
Domlin au vu siècle, dans Pertz, Mon. Germ. hist., II, 186; et Domnolenus, en 
670 et 721, dans Pardessus, Dipl. et ch., 11, 154 et 330. 

2. Le village de Herpès est silué dans la commune de Courbillac, canton de 
Hou it lac, arrondissement d'Angoulème. 

3. Sauf deux (n os CCXLI et CCxLII) qui avaient été précédemment trouvés à 
Herpès; ils provenaient très probablement de l'ancienne nécropole et ont été 
acquis par M. Delamain. 

4. Le nom de Herpès est exceptionnel dans celte région, où presque tous les 
centres de population ont des vocables terminés par le suffixe ac ou par le mot 
ville. Mon savant confrère M. Salomon Reinach, à qui M. Delamain a fait part 
de cette observation, lui a répondu en ces termes : « Je suis porté à voir 
dans Herpès un nom germanique. On trouve, en effet, en Allemagne, en Ba- 
vière, des villes anciennes appelées Herpa, Herpley, Herpel, Herper, Her- 
pesdorf, Herpf. Vous auriez donc en, à Herpès, une population franque assez 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



251 



ture qui y était pratiqué, et quelques-unes des notions consignées 
dans la belle publication que M. Delamain a faite, sur ee sujet, au 
nom de la Société archéologique et historique de la Charente 1 . 

De loge du cimetière de Herpès. 

Tous ceux qui se sont occupés dos anciennes sépultures de Herpès 
sont d'accord pour reconnaître qu'elles sont postérieures aux grandes 
invasions du v c siècle. Mais ils sont divisés sur la question de sa- 
voir à quelle époque de la période barbare elles remontent. 

Les uns les ont placées dans l'année 732, où à la snile de la vic- 
toire remportée, à Poitiers, sur les Sarrazins, par le roi Charles 
Martel, des bandes de guerriers francs pénétrèrent jusqu'au fond 
de l'Aquitaine 8 . 

M. Ph. Delamain, d'accord avec MM. Alex. Bertrand et Salomon 
Reinach, a combattu celle opinion et adopté la date de la bataille 
de Youillé (an 507), où les Francs, sous la conduite de Clovis, 
délirent les Visigoths, détruisirent leur royaume, et s'emparèrent 
du centre et du sud-ouest de la Gaule 3 . 

De son côté, M. Maurice Prou, qui a fait une étude attentive des 
monnaies recueillies dans les tombeaux de Herpès, croit que l'émis- 
sion en remonte au milieu du vi c siècle 4 . 

Enfin, M. le baron J. de Baye considère la nécropole de Herpès 
comme visigotbique ; il rappelle que, durant près d'un siècle, les 
Visigolhs occupèrent le territoire gaulois, des Pyrénées à la Loir* 1 , 
et que la deuxième Aquitain» 1 , où est situé le village de Herpès, 
leur fut soumise dès 410; il estime que la majeure partie des sépul- 
tures qui ont été découvertes est d'une époque antérieure aux 
premiers temps de la conquête franque 5 . 

importante. » (Lettre de M . Pli. Delamain, du 16 juin 1890.) Les rapproche- 
ments ci-dessus sont concluants : aussi sommes-nous surpris de ne pas re- 
trouver dans le livre de Forstcmann, Ovdnamcn, le radical Herp, ou l'un quel- 
conque de ses dérivés dans la toponymie germanique. 

t. Le cimetière de Herpès (Fouilles et collection Ph. Delamain), grand in-4, 
avec 26 planches chromolilhograpliiques, d'une remarquable exécution, Angou- 
leme, clic/. M. Coquemard, 1892. 

2. Op. cit., p. 19. 

3. Ibid., p. 19-20. 

4. Ibid., p. 34. 

5. Ibid., p. 38-4'». Il convient de noter une circonstance importante, c'est que 



252 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Sans entrer ici dans la discussion de la question, nous pensons 
qu'en présence des données archéologiques et numismatiques qui 
résultent des découvertes de M. Delamain, la date de 732 doit être 
écartée sans hésita lion. 

Quant au choix à faire entre la période visigothique (410-507) 
et la période franque qui la suivit, il convient, croyons-nous, d'at- 
tendre, pour se prononcer, que des éléments plus décisifs se soient 
produits : il nous parait toutefois vraisemblable, d'après ceux qui 
nous sont connus, que, dans le cimetière de Herpès, il dut se faire 
d'abord des inhumations de populations visigothes, et plus tard 
(vers le milieu du vi c siècle) de populations mélangées de Goths et 
de Francs. 

Mode de sépulture. — Orientation des corps. - - Distinction des 

sexes. 

L'inhumation se faisait eu des auges creusées dans une marne 
crayeuse très dure. 

Les corps, enveloppés dans une étoffe grossière, étaient déposés, 
sans cercueil, dans ces auges et recouverts de terre'. 

Invariablement les pieds sont à l'est, et la tète à l'ouest. 

Les sexes se reconnaissent avec certitude par l'absence de bijoux 
et d'ornements chez les hommes et les enfants, et par la présence 
de bijoux chez les femmes 2 . 

l'on n'a retrouvé à Herpès, ni boucliers, ni angons.ni les longues épées (ibid., 
p. 10), qui se rencontrent si souvent dans les sépultures sûrement franques, el 
notamment dans celles du Boulonnais (voir p. 6 du rapport de M. Vaillant, 
cité plus haut dans la notice CLXXXV). 

1. Op. cil., p. G. 

2. Ibid., p. 7. M. Delamain signale, en outre, pour ce qui concerne les sépul- 
tures féminines, une particularité qu'il est utile de noter : « M. t.. Marrot (un 
habitant de Herpès, qui m'a assisté dans l'exécution des fouilles) m'a aflirmé 
qu'il ne s'y trompait jamais, et que l'arête du tibia des femmes était beau- 
coup plus vive et coupante que celle du tibia des hommes. J'ai maintes fois 
étudié le fait, et je dois dire que jamais il ne s'est trompé. Ses prévisions, ba- 
sées sur la forme des tibias, ont toujours été justes. » Ibid., p. 1 . 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



253 



De la main à laquelle on a trouvé les bagues. 

M. Delamain n'a relevé aucune observation sur ce point, relati- 
vement aux anneaux provenant des tombes masculines de Herpès, 
et qui sont d'ailleurs en très petitnombre comparativement à ceux 
qui proviennent de sépultures féminines. 

Quant à ceux-ci, il dit que, presque toujours, ils étaient à la main 
droite: « Le contraire, ajoute-t-il, est l'exception; parfois, mais 
rarement, il y avait deux ou trois bagues à la même main et de 
plus au même doigt 1 . » 

1° CCXVII. — ANNEAU DE FIANÇAILLES OU DE MARIAGE DE NENN1US ET DE 
VADINEHNA OU VADINA 





Cet anneau se compose d'un cercle d'argent très mince, de 
i millimètres 1/2, uni h l'intérieur, et nonogonal à l'extérieur; il 
a 17 millimètres seulement d'ouverture, ce qui indique qu'il était 
à l'usage d'une femme. 

C'est un anneau de fiançailles ou de mariage. 

Il porte, en effet, avec un vocable féminin, un nom d'homme : 
l'un et l'autre se lisent assez aisément, en prenant pour point de 

i. Op. cit., p. 11. M. Delamain signale aussi ce fail qu'on a recueilli, dans le 
cimetière «le Herpès, des bagues formées d"un simple ruban de bronze, auquel 
est quelquefois soudé un petit bronze impérial romain des Tétricus, Postumus, 
Galliénus et Constantin : « C'étaient, dit-il, les bagues des femmes pauvres ». 



254 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



dépar t la croisette accostée de deux traits perpendiculaires (laquelle 
occupe un des pans du bijou), et en allant de droite à gauche, con- 
séquemment dans le sens rétrograde. 

Nous y trouvons d'abord un V et un A liés, un D triangulaire 
(A), un |, puis NEHN, et enfin un E terminal rétrograde ; soit, pour 
cette partie de la légende, VADINEHNE, génitif de VADINEHNA ou 
mieux de VADINA, dont le génitif est ici redoublé, comme dans 
nombre de documents de la période gallo-franque. 

Ce nom de femme est suivi d'un vocable masculin, qui se dis- 
tingue du premier par un N initial, de dimensions qui dépassent 
de beaucoup celle des autres caractères. Ce vocable, bienconnu, est 
celui de NENNI, génitif de NENNiVS. 

Nous avons ainsi, pour l'ensemble de l'inscription : 

l + i VADINEHNE NENNI • 

On peut aussi commencer la leçon par NENNI, dont le premier N 
a des dimensions exceptionnelles qui conviennent bien à une ma- 
juscule initiale; dans ce cas, il faudrait lire : 

NENNI l-H VADINEHNE- 

Nous serions même d'autant plus disposé à préférer ce dernier 
déchiffrement, que, d'une part, quand deux noms sont réunis sur 
un anneau de notre époque, c'est le plus souvent le nom masculin 
qui précède le nom de femme 1 ; que, d'autre part, nous avons 
déjà un exemple des deux vocables séparés par la croisette 2 . 

Le nom de Nennius a été porté par deux personnages histo- 
riques : 1° l'auteur de l'ancienne Chronique intitulée Historia Bri- 
tonum, qui vivait dans la première moitié du ix° siècle, et fut abbé 
du monastère de Bangor (principauté de dalles) 3 ; 2° saint Nennie, 
qui lut abbé du monastère d'hiis-Owen, dans le comté de London- 
derry (Irlande) v . 

Le mot Vadinehna, ou mieux Vadinu, est régulièrement formé 
sur le radical Vad ou Wad, d'où sont dérivés plusieurs vocables 

1. Voir les n os CWVII, et XLV, des présentes Eludes : nous n'avons qu'un 
exemple de l'inscription des deux noms dans le sens opposé : celui de l'anneau 
de DIANA + AVIVS, n» CXVIH. 

2. Voir le n° CXVIH, cité plus haut. 

3. Mémoire de P. Paris, sur la Chronique de Nennius {Comptes rendus de 
l'Acad. des inscript, et belles-lettres, année 18G4, B. I, p. 46). 

4. Colgan, Acfa SS. Scot.s. Hibern.', t. I, p. 1 il. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 255 

germaniques, savoir : Wada (xi e siècle) Wadinrj * et Vatin z=z Va- 
din (ix° siècle) 3 . Notre Vadina n'est autro que ce dernier mot fémi- 
nisé. 

2° GCXVIII. — BAGUE AVEC CHATON EN FORME D ËDICULE OlINÉ DE GRENATS 




Cette magnifique bague, un des plus beaux spécimens que nous 
connaissions, en ce genre, de l'orfèvrerie mérovingienne, a été dé- 
couverte dans la tombe d'une femme, au doigt de laquelle elle était 
encore, ainsi que l'anneau décrit ci-dessous. 

Elle est en or jaune, très pur, et pèse exactement 2 grammes. 
Elle a 19 millimètres d'ouverture, et se compose d'une forte tige et 
d'un chaton, qui y est soudé. 

La tige, qui a, près du chaton, 10 millimètres de large, est 
ornée de torsades sur tout son pourtour ; de chaque côté, aux points 
de jonction de la tige et du chaton, il y a deux perles ou cabochons 
assez gros en or, au-dessous de chacun desquels quatre globules. 

Sur cette tige, est soudé le chaton, dont la partie inférieure, de 
forme quadrangulaire, mesure 14 millimètres du côté le plus large, 
correspondant à l'ouverture de l'anneau, et 12 millimètres de 
l'autre côté ; elle est ajourée sur ses quatre faces, et a 10 milli- 
mètres de la base à la naissance de la partie cintrée, qui mesure 
7 millimètres de chacun des angles au sommet, lequel était orné 
d'un grenat, qui, de même que ceux des quatre angles, était sorti 
de son alvéole. 

Nous n'entrerons pas dans de plus amples détails touchant la 
composition de ce remarquable bijou, sur lequel l'artiste a prodi- 

1. Lacomblet, Niederseinischcs Urkundenbuch, ad ann. 1015. 

2. Goldast, Rer. Alaman. scriptor., t. II, p. 109. 

3. Neugart, Cod. diplomat. Alaman., ad ann. 811. 



256 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



gué les ornements, et qui a dû être assurément porté par une 
femme de haut rang. 

Notons, en terminant, qu'il était au même doigt que celui qui fait 
l'objet de la notice suivante. 

3° CCXIX. — ANNEAU AVEC l'iNIÏTALE C REDOUBLEE 

Cet anneau a été trouvé dans la mémo sépulture féminine et au 
même doigt que le précédent 1 . Il est en argent massif et pèse 
S grammes. Il a 19 millimètres d'ouverture entre le chaton et la 
partie opposée, et 20 dans l'autre sens. La tige a, près de la nais- 
sance du chaton, une largeur de S millimètres. 




Le chaton, pris dans la musse, est formé par un simple aplatis- 
sement, sur 14 millimètres, de la tige, qui, dans cette partie, a une 
largeur variant de 5 à 7 millimètres. Il présente, gravée en creux, 
une croix à branches égales, accostée de deux C, qui sont apparem- 
ment l'initiale redoublée du nom de la personne pour l'usage de la- 
quelle le bijou avait été fabriqué. 

4° CCXX. — ANNEAU AVEC MONOGRAMME 

Cet anneau, recueilli dans la tombe d'une femme, est en bronze 
et pèse 4 grammes 1/2; il a 18 à 19 millimètres d'ouverture; la 
tige a, près du chaton, 6 millimètres de largeur. Sur le chaton, pris 
dans la masse, est tracé légèrement, par un double trait au bu- 
rin, un cadre ovale irrégulier de 12 millimètres de large sur 7 à 
8 de haut. On y lit, en partant de la gauche (pour le lecteur), un G 
mérovingien, un I, un E rétograde et un S : ces caractères forment 
le nom de 

TISE 

1. Lettre de M. l'I). Delamain, du 16 juin 1890. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 257 

génitif du vocable féminin G Isa, fort usité dans le haut moyen âge 1 . 
Le mot Sirjnum est ici sous-entendu, ou peut-êlre et même proba- 




blement le S placé à la fin de l'inscription, a, ainsi <|iie nous l'avons 
remarqué déjà, un double emploi, comme élément composant du 
vocable, et comme initiale du subslantif Signum. 



5° CGXXI. — AUTRE BAGUE S1GILLAIRE û'iNTNUS 




Cette bague aété recueillie au doigt d'un corps de femme, auprès 
duquel on a trouvé, en outre, des agrafes, de petites fibules, un bra- 
celet de perles incrustées d'émail, bleues, jaunes et noires à incrus- 
tations blanches*. 

Cet anneau est en argent très mince; il pesé 1 gramme 1/2 et a 
18 millimètres d'ouverture. La lige a, à la partie antérieure la 
plus haute, formant chaton, 5 millimètres. On y lit, gravées en 
creux, les leltres : 

INTNI. 

1. Nous le trouvons notamment : 1° aux vu* et vin siècles, dans Ja mention 
d'une fdle du roi des Rugit, Feltbeus ou Feva, et d'une fille du roi des Lombards 
(Paul Diacre, Hist. Langobardor., lib. I. cap xix, et V, viu; apud Monum. Ger- 
man.histor., édit. in-4, p. 19, 141 et 148); 2°au ix° siècle, dans le Polyptyque de 
Saint-Germain-des-Prés, édit. A Longnon, p. 2; édit. Guérard, p. 1 ; 3° au 
vm c siècle, dans les Tradition. Wizenburg., n° 67: 4° au xi c siècle dans le Re- 
cueil des chartes de Lorch(Coti. Laareshan, diplomatie., n° 597). 

2. lettre de M. Ph. Delamain, du 16 juin 1890. 

n 



258 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX; 



Le radical de ce nom, inl ou ind, se trouve dans un certain nombre 
de vocables germaniques, notamment dans le nom masculin d'Jn- 
duni\ et le nom féminin d'Intanini* qu'il convient de rapprocher 
de notre anneau, puisque celui-ci a été trouvé au doigt d'une 
femme. 



6° CCXX1I. — ANNEAU S1GILLA1RE AVEC LIN1T1ALE M. 




Voici un anneau en argent, trouvé au doigt d'une femme, 
dont la tombe renfermait, en outre, deux agrafes en argent d'un 
travail soigné, et une deuxième bague en argent, mais privée de 
toute inscription, à la différence do celle qui fait l'objet de la pré- 
sente notice 3 . 

Celle-ci a 47 millimètres d'ouverture; la tige a 3 millimètres et 
demi dans sa plus grande hauteur, à la partie antérieure formanl 
chaton, et sur laquelle est gravée la lettre M, initiale du nom de la 
femme pour laquelle le bijou avait été fabriqué et à laquelle il ser- 
vait sans doute de cachet. 

11 est à remarquer que, sur la queue des deux agrafes mention- 
nées plus haut, la même lettre M est reproduite deux fois de cha- 
que côté*. 

7° CCXXIII. — BAGUE AVEC INSCRIPTION 

Voici une bague en bronze, recueillie sur un squelette de femme; 
aucun autre bijou ne l'accompagnait 5 . 

Elle a 19 milljmètres d'ouverture; la tige, simplement ornée, 

1. Goldast, Rerum Alamannicarum Scriplores, t. II, a. 102. 

2. Dronke, Cod. Diplomatie. Fuldens. ann. 841, n° 531. 

3. Lettre de M. Ph. Delarnain, du 16 juin 1890. 

4. Ibid. 

5. Lettre de M. Ph. Delarnain, du 25 septembre 1890. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 259 

a, près du chaton, o millimètres de large. A droite et à gauche, 
sous le chaton, une figurine en saillie, (l'un travail rudimentaire. 
Le chaton, pris dans la masse, est de l'orme ronde et a 10 millimè- 
tres de diamètre. On y a gravé en creux des caractères, où nous dis- 




tinguons, en considérant l'inscription dans le sens de la tige de 
droite et en partant de la gauche (du lecteur), un K et peut-être un 
I, placé obliquement sur la haste de cette lettre, un A et un F. Nous 
ne pouvons proposer aucune explication de ces caractères, où il 
faut chercher le nom de la femme pour laquelle ce bijou avait été 
fabriqué. 

8° CCXXIV. — BAGUE AVKC CROIX GRECQUE 

Cette bague a élè trouvée à la main droite d'une femme, dont la 
sépulture contenait, en outre, un verre et deux agrafes '. 

Elle est en argent et pèse 8 grammes. Elle a 19 millimètres 




d'ouverture. La lige a 12 millimètres dans sa plus grande largeur 
sous le chaton, 5 du côté opposé. Le chaton, soudé sur la tige, est 
de forme ovale, avec 7 millimètres de haut sur 10 de large. La 
croix qui y figure est un trait profond, fait au burin et rempli 
d'émail noir; les quatre branches en sont fortement renflées aux 
extrémités. 

1. Lettre de M. Ph. Delamain, du 1G juin 1890. 



l 2()0 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



9" GCXXV. ANNEAU AVEC VERRE BLEU AU CHATON 




Cet anneau a été trouve, à la main droite d'une femme, auprès 
de laquelle on a recueilli, en outre, deux agrafes, et une quantité 
considérable de perles d'ambre '. 

Il pèse 5s r ,90; il est composé d'un ruban d'argent, qui a été lé- 
gèrement déformé, et mesure 21 millimètres d'ouverture entre le 
chaton et la partie opposée, 19 millimètres 1/2 dans l'autre sens. 
La tige a 1 1 millimètres de large près du cbaton, 3 du côté opposé; 
elle est ornée, à droite cl à gauche, d'enroulements en relief, qui 
y ont été soudés. Le chaton, de forme presque ronde, irrégulière, 
a 9 millimètres dans sa plus grande hauteur, et 11 dans sa plus 
grande largeur : c'est un morceau de verre bleu, serti dans du 
bronze, lequel est serti lui-même dans de l'argent; il est accom- 
pagné, en bas et en haut, de trois globules ou cabochons en ar- 
gent. On y remarque des trous résultant d'un accident ou d une 
dégradation causée par l'humidité. 



10° CCXX.VI. — BAGUE AVEC RONDELLE DE GRENAT 




Celte bague a élé recueillie, dans une des tombes de Herpès, en 
1. Lettre de M. Ph. Delamain, du 16 juin 1890. 



DES PHKM1ERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



26i 



môme temps que deux boucles d'oreilles en os avec cabochons de 
grenat, des perles et des agrafes à tètes d'oiseaux aux yeux de grenat'. 

Elle est en or et pèse is',30. La tige est creuse, et le vide est 
rempli par une pâte d'argile fine. Elle a 18 millimètres 1/2 d'ou- 
verture; 8 millimètres dans sa plus grande largeur sous le chaton. 
Dans celui-ci, qui est déforme ronde, et a 7 millimètres de diamè- 
tre, on a serti une rondelle de grenat de b" millimètres; il est en- 
touré d'un cordon de grènetis et accosté de groupes de globules en 
or, qui se prolongent, à droite et à gauche, sur la tige. 



11° CCXXYII. — ANNEAU AVEC PLAQUES DE GRENAT 




Voici un bel anneau d'or massif, trouvé dans une des sépultures 
féminines de Herpès, avec deux superbes agrafes en argent doré 
et des perles de verre \ 

Il pèse 6 grammes. La tige est un ruban d'or, orné, de 7 milli- 
mètres de large près du chaton ; elle a 18 millimètres 1/2 d'ouver- 
ture. Le chaton, soudé sur cette tige, est une rondelle en or de 
21 millimètres de diamètre, au centre de laquelle il y a une petite 
plaque ronde, d'où partent douze rayons où sont serties des pla- 
ques de grenat. Trois de ces plaques sont formées de deux pierres 
séparées par une cloison en or, sans doute à défaut de pierres as- 
sez grandes pour remplir chacun de ces trois rayons. Sous la ro- 
sace, il y a, de chaque côté, quatre globules ou cabochons. Nous 
avons d'autres exemples de ce mode de décoration. 

12° GCXXV1II. — BAGUE AVEC INTAILLE ANTIQUE 

La sépulture féminine où cette bague a été recueillie, renfermait 
une plaque en argent, ornée de plaques de grenat et d'un gros ca- 
bochon de grenat 3 . 

1. Lettre de M. Ph. DeJamain, du 16 juin 1890. 

2. Lettre précitée de M. Ph. Delamain. 

3. Lettre précitée de M. Pli, Delamain. 



262 



ÉTUDE SUR DES ANNEAUX 



Elle est en or massif, d'un poids de G grammes. Légèrement 
comprimée, elle a 17 millimètres d'ouverture du chaton à l'extré- 
mité opposée, taudis qu'elle n'en a que 1G de l'autre côté. 

Le chaton, soudé sur la lige, est de forme légèrement ovoïde, 
avec 15 millimètres 1/2 de hauteur sur une largeur de 14 milli- 
mètres. C'est une intaille sur pierre dure noire, où Jupiter est re- 
présenté assis, posant une couronne sur la tète de son aigle. Cette 




intaille est évidemment un ouvrage de facture antique, dont on 
s'est servi pour décorer la bague gallo-franque qui nous occupe A 
un doigt de la main gauche de la femme qui portait cette bague, et 
au-dessus de ce bijou, il y avait un anneau, simple cercle d'argent, 
orné, à sa partie antérieure, de croix de Saint-André, et dont l'ou- 
verture, exactement égale à celle do notre bague, indique que les 
ilcux objets avaient été fabriqués pour la même personne. 

Nous avons là un nouvel exemple de l'emploi, bien connu d'ail- 
leurs, d'œuvres d'art païennes pour orner des anneaux beaucoup 
[dus récents et de caractère chrétien '. 

13° GCXXIX. ANNEAU AVEC DU CIUSÏAL TAILLÉ AU CHATON 




La tombe oïi cet anneau a été recueilli, contenait, en outre, un 
1. N 09 XXIV, XXXIX, CXXXI, CXI, III, GCXIH, CCLXXXVl. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



263 



vase en terre noire et quelques perles, qui indiquent une sépulture 
féminine 1 . 

Le bijou ici figuré est an cercle d'or jaune cliiir, qui a 17 milli- 
mètres d'ouverture entre le chaton et la partie opposée de la lige, 
18 clans l'autre sens. Le chaton parait avoir été ménagé à même le 
métal, car il n'y a nulle trace de soudure ; il est de forme carrée, 
mesurant 8 millimètres de côté; on y a serti un morceau de cristal 
de roche, taillé à facettes. La hauteur totale du chaton, y compris 
cet ornement, est de 6 millimètres, et le poids total de la bague est 
de 4s r ,50. 

li s CCXXX. ANNEAU FORMÉ d'un RIIRAN DE MÉTAL ROULÉ EN SPIRALE 




Parmi les nombreux bijoux recueillis par M. Delamain au cours 
des fouilles de ÏFerpes, il y a un type d'anneaux dont nous faisons 
figurer ici un spécimen. Il est toujours en argent : il consiste en 
un simple ruban de ce métal, roulé en une spirale, qui est quelque- 
lois de deux tours seulement, quelquefois de quatre, mais géné- 
ralement de trois. La largeur et l'épaisseur de ce ruban varient 
beaucoup 2 . 

La bague représentée en tète de cette notice a 19 millimètres 1/2 
d'ouverture et une hauteur totale de 10 millimètres. Le ruban dont 
(die est formée a 4 millimètres 1/2 de largeur. 

15° CCXXXI. RAGUE AVEC ÉMERAUDE AU CHATON 

Voici encore une belle bague, trouvée, avec divers objets de 
toilette, dans une sépulture féminine de la nécropole de Herpès 3 . 

1. Lettre de M. Pli. Delamain, du 13 novembre 1890. La faible ouverture de 
la bague vient à l'appui de cette opinion. 

2. Lettre de M. Ph. Delamain, du 16 juin 1890. 

3. Celte tombe contenait une grande agrafe à rayons; deux boucles d'oreilles 
à grenats cloisonnés; deux fibules perroquet, en argent doré ; un globe de cris- 
tal de roche, serti dans de l'argent et suspendu au cou ; beaucoup de perles 
d'ambre et de verre émaillé; et un beau verre en forme de cornet. (Lettre de 
M. Ph. Delamain, du 10 mars I8">3.) 



264 ÉTUDE SUK LES AMNEAL'V. 

Cotte bague, qui est dans un état partait de conservation, est en 
or jaune pur et pèse 8 grammes; elle a 19 millimètres d'ouverture; 
sa tige, qui a 12 millimètres 1/2 près du chaton et 17 du côté 
opposé, est bordée d'un cordon degrènetis, et ornée de dessins au 
pointillé. 




Le chaton est formé d'une émcraude, sertie dans une cuvette à 
côtes, faisant une saillie de 6 millimètres sur la tige où elle est 
soudée, et décorée, à sa partie supérieure, d'une double rangée do 
grènotis; au dessus et au dessous de cette cuvette, une barre de 
grènetis; à droite et à gauche, trois globules. 

16° CCXXX1I. — BAGUE ORNÉE DE PALMES OU d'aRÊTES DE POISSON 




Cette bague a été trouvée dans une sépulture féminine, où l'on a 
recueilli, on même temps, des objets de diverse nature '. 

t. lîu voici le délai! : au pied du squelette, une cuvette en bronze; aux cuis- 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



2(35 



T'jst un ruban de bronze non fermé ni soudé, dont l'ouverture 
esl le 21 à 22 millimètres, et dont la largeur, près du chaton, est de 
8 millimètres 1/2. 

Le chaton, ménagéà même le métal, est un parallélogramme de 
12 millimètres de large sur 8 1/2 de hauteur, accosté d'un orne- 
ment en forme do longues palmes ou d'arètesde poisson, en poin- 
tillé, avec bordure pareille. 

Sur le chaton, l'on voit, dans un cadre pointillé, la reproduction 
d'une partie des ornements de la tige. Au centre du chaton, il y a 
une petite barre. Le tout est gravé en pointillé. 

17° CCXXX1II. — BAGUE AVEC GRENAT AU CHATON 




Ce bijou a été recueilli dans une tombe féminine, qui contenait, 
en outre, divers objets de toilet te '. 

L'anneau, composé d'une simple bande de bronze, large de 3 mil- 
limètres 1/2, a 19 millimètres d'ouverture. Le chaton, de forme 
ronde, soudé sur la tige, avec un relief de 7 millimètres, a 9 milli- 
mètres de diamètre. Il contient, dans un cercle de métal, un grenat 
lapidé à plat. 

ses, une fibule ronde en bronze doré; au buste, deux fibules cruciformes en 
argent doré ; à la tête, une fiole en verre, pleine des traces d'un liquide rouge > 
à droite de la tète, un très beau sceau en bois, cerclé de bronze doré et re- 
poussé, et renfermant un verre à cornet. 

1. Deux fibules d'argent en forme de perroquet, des perles en pâte de verre, 
une boucle en fer, un cercle de bronze orné et une soucoupe, placée près de la 
lètc de la défunte. 



266 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

18° (XX XXIV. — ANNEAU AVEC COULEUVRE SOUDÉE AU CHATON 




Cet anneau, trouvé dans une sépulture de femme', est formé 
(i'un mince ruban d'argent, dont la largeur, près du chaton, est de 
.*) millimètres. Il a 20 millimètres d'ouverture. 

Le chaton est une mince plaque d'argent, ovale, de 19 milli- 
mètres de hauteur sur 15 de large. Sur cette plaque, soudée à la 
tige, est soudée en relief une petite couleuvre enroulée, d'argent 
massif. Le tout porte des traces visibles de dorure. 

19° CCXXXV. — ANNEAU AVKC Cil A TON EN FORME DE CROIX, COMPOSÉ DE 

VERROTERIE 




Ce bijou en bronze, qui porte des traces de dorure, ;i été recueilli 

1. Cette sépulture renfermait, en outre, une autre baglie en spirale; un bassin 
en bronze, renversé sur les tibias ; un anneau en bronze à la hauteur des ge- 
noux ; une boucle en bronze; une clef en fer, suspendue à la ceinture; trois 
fibules en argent doré, l'une carrée, une autre cruciforme, et la troisième en 
forme de têtard; enfin, des perles en verre bleu foncé. (Lettre de M. Delamain, 
du 18 janvier 1894.) 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



207 



dans la tombe d'une femme, avec divers objets de toilette' et un 
autre anneau quenous décrivons ci-dessous". Il a 18 millimètres \ /2 
d'ouverture; sa tige en a 4 de large. Le chaton, qui y est soudé, 
est formé de quatre grenats, qui entourent un carré de verre vert, 
et sont sertis dans h 1 bronze, formant une croix égale; il a, en son 
ensemble, 18 millimètres mesurés dans les deux sens. Ce disposi- 
tif se retrouve exactement sur une autre bague décrite plus bas' 1 . 

20° CCXXXVI. — BAGUE AVEC FIGURE d'aNIMAL 




Dans la sépulture féminine où le bijou ci dessus décrit a été trouvé, 
on a recueilli celui dont il s'agit ici. C'est aussi une bague en 
bronze, qui présente des traces de dorure. Elle a 20 millimètres 
d'ouverture. Le chaton, ménagé à même le métal, est un bourrelel 
ovale, de 11 millimètres de large, sur 7 de haut. On y voit, gravée 
en creux, la figure d'un animal quadrupède, dont il est difficile de 
définir l'espèce. 

21° CCXXXVII. — BAGUE AVEC CHATON EN FORME DE CROIX, COMPOSÉ DE 

VERROTERIE 

Voici une bague recueillie, comme les deux précédentes, dans 
une tombe de femme. Elle est formée d'un mince ruban d'argent. 
Elle a 18 millimètres d'ouverture; la lige, qui a 5 millimètres dé 
large, est ornée de qualre filets, dont deux en bordure. 

Le chaton, soudé sur cette tige, se compose, comme dans le 

1. Une tibule en argent, en forme de perroquet, ornée de grenats; une paire 
de boucles d'oreilles; une boucle en bronze commune et des perles en verre. 
(Lettre précitée de M. Delamain.) 

2. N° CCXXXVI. 

3. No GGXXXVII. 



268 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



n°CGXXXV ci-dessus (mais avec un travail plus soigné), de quatre 
grenats semi-circulaires, lapidés a plat, et au centré desquels il y 




a un carré de verre, vert. Mesuré en son ensemble, il a dans les 
deux sens 14 à 15 millimètres'. 

22° GCXXXV1II. — BAGUE OCTOGONE, AVEC DESSINS A LA ROULETTE 









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Voici une bague octogone, en argent massif, trouvée dans une 
sépulture féminine. Elle a 19 millimètres d'ouverture, 2 millimè- 
tres d'épaisseur et 6 millimètres de liauteur dans tout son pour- 
tour. 

Les dessins qui y ont été imprimés à la roulette, sont, d'après 
une observation de M. Pli. Delamain, la reproduction des orne- 
ments les plus usités pour la décoration des vases en terre recueil- 
lis dans la nécropole de Herpès \ 

\. Celte sépulture contenait, avec le bijou que nous venons de décrire, deux 
fibules en argent, forme perroquet, d'un bon travail ; une fibule ronde en ar- 
gent, ornée de quinze grenats, au centre desquels une rondelle d'ivoire; une 
paire de boucles d'oreilles, avec pendeloques cloisonnées; enfin des perles com- 
munes. (Lettre précitée de M. Delamain, du 18 janvier 1<S94.) 

2. Lettre précitée de M. Delamain. Les autres objets trouvés dans relie tombe 



DES PHEMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



23° CCXXXIX. — BAGUE AVEC GRENAT AU CHATON 




Cette bague en bronze a été trouvée clans une sépulture féminine 
avec divers objets de toilette'; elle a 20 millimètres d'ouverture; 
la tige, dont la largeur près du cbaton est de 6 à 7 millimètres, 
est décorée d'ornements en zigzags, formés de tresses en filigrane, 
comme les tresses du milieu, soudées sur le cercle et très usées. 

Le cbaton, également soudé sur la tige, est composé de deux 
tresses concentriques de filigrane, au centre desquelles est serti un 
grenal lapidé à plat. 



2i° GCXL. — BAGUE EN ARGENT A L'ÉTAT BRUT 




O bijou, trouvé dans une sépulture masculine, est à l'état brul : 

sont les suivants : une autre bague en argent, formée d'un simple cercle uni ; 
un boulon en bronze; une fibule cruciforme en argent; une paire de boucles 
d'oreilles avec deux perles d'ambre pour pendanls ; un anneau en fer; une 
forte aiguille en fer ; un vase en terre grossière ; et un petit bronze de Fausta, 
percé. 

1. Voici le détail de ces objets : une pince à épiler, très ornée; deux agrafes 



270 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



il n'a pas été retouché et porte encore des bavures de tonte 1 ; il a 
22 millimètres d'ouverture La tige, un peu au-dessousdu chaton, 
a 2 millimètres d'épaisseur. Le chaton, pris dans la masse et de 
forme ovale, a 21 millimètres dans sa plus grande largeur, sur 12 
de hauteur; il est uni et était sans doute destiné à recevoir la gra- 
vure d'ornements ou d'une inscription. 

25° CCX.LI. — liAGUE AVEC CORNALINE AU CHATON 




(letlc bague, de même que celle qui sera décrite ci-après, n'a 
pas été recueillie au cours des fouilles opérées par M. Delamain 
dans le cimetière barbare de Herpès; mais elle a été trouvée, il y 
a vingt ans environ, dans ce village; et le savant et zélé archéolo- 
gue, qui l'a récemment acquise, estime avec raison qu'elle doit 
provenir de la riche nécropole, dont il a pratiqué l'exploration 
d'une façon si intelligente et si fructueuse pour la science. 

La forme du bijou, et celle du numéro suivant, sa fabrique et 
son mode d'ornementation semblent d'ailleurs exclure tout doute 
à cet égard. 

L'anneau qui nous occupe est en argent, creux dans la masse; 

en l'orme de hameçon double; une coupe élégante en terre noire ; et des perle* 
en pâte de verre émaillé. (Lettre précitée de M. Delamain, du 18 janvier 1804.) 

1. Lettre précitée de M. Delamain La tombe renfermait, en outre, les objets 
suivanls : à la hauteur de la hanche droite, une francisque ou hache en fer; h la 
ceinture, une boucle de ceinturon en bronze, un couteau à un seul tranchant 
et trois clous en bronze qui tenaient sans doute à la boucle de ceinturon : à la 
hauteur du coude gauche, une petite boucle ; enfin, près de la tête, une burclte 
en verre. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



'271 



il a 19 millimètres d'ouverture seulement. Sa tige, qui a 7 milli- 
mètres 1/2 de largo près du chaton, se rétrécit à mesure qu'elle 
s'en éloigne, et n'a plus que i millimètres du côté opposé; elle est 
couverte de filigranes et de globules, qui la décorent très élégam- 
ment. 

Le chaton, de forme ronde, et soudé sur la tige, au-dessus de 
laquelle il est en relief de 9 millimètres, a 15 millimètres de dia- 
mètre à sa base. La cuvette de métal dont il est composé est ornée, 
au pourtour, d'une rangée d'angles formant un dessin gracieux, 
et d'un cordon de grènetis; et, à la surface, de deux cercles concen- 
triques, dont l'un, celui du bord extérieur, est un grènetis, et dans 
lesquels est enchâssée une cornaline. 

26° CCXLH. — BAGUE AVEC GRENAT AU CHATON 




Cette bague, de même que la précédente, a été trouvée au village 
de Herpès, et provient, suivant toutes les probabilités, d'une sé- 
pulture du cimetière barbare de cette localité'. 

Elle est entièrement en filigrane d'argent : elle a 22 millimètres 
d'ouverture, ce qui permet de supposer qu'elle était à l'usage d'un 
homme. Sa tige, large de 10 millimètres dans tout son pourtour, 
se compose de huit tresses de métal, soudées ensemble par la tran- 
che. 

Le chaton, de forme ronde, a 18 millimètres de diamètre; il est 
soudé sur la tige, et comme celle ci en filigrane. Des huit grenats 
qui y sont sertis, sept sont lapides à plat; le huitième est placé, au 
centre, en cabochon. 

1. Voir ce qui est dit, à ce sujet, dans le n° CCXIJ ci-dessus. 



272 



ÉTUDE SUR LliS ANNEAUX 



Ce dispositif, semblable à celui de deux anneaux du cimetière 
de Herpès précédemment décrits 1 , indique bien leur communauté 
d'origine. 

GCXL1II 

ANNEAU AVEC i/lNITlALE G ET DEUX S AU CHATON, TROUVÉ A RIRON 
(CHARENTE-INFÉRIEURE) 1 




Voici un anneau recueilli par M. Ph. Delamain dans une né- 
cropole barbare, par lui découverte en 1891. La tombe où il a été 
trouvé renfermait, en outre, deux agrafes en argent à cinq rayons, 
ornées de plaques de grenats lapidés à plat, et des perles de verre 
émaillé 3 . 

11 est en argent : il a 16 millimètres seulement d'ouverture, ce 
qui indique qu'il était porté par une jeune fille ou un enfant. La 
lige en est aplatie, à la partie antérieure, pour former un chaton 
ovale de 5 à 6 millimètres dans sa plus grande bauteur, sur 9 1/2 
millimètres de large. On y voit, gravées en pointillé, trois lettres, 
disposées horizontalement (à la suite des unes des autres, un G mé- 
rovingien (g) entre deux S. J'incline à penser que ce G est l'ini- 
tiale du nom de la personne pour laquelle le bijou était fait, cl les 
deux S qui l'accompagnent, l'initiale redoublée de Sigmim. 

Nous avons un assez grand nombre de bagues portant, comme 
celle-ci, l'initiale d'un vocable avec la lettre S, ou bien seulement 
l'initiale du nom propre répétée ou isolée. 

CCXL1V 

BAGUE AVEC CHOIX, TROUVÉE A IilRON (cil AHENTE-INFÉRIEURe) 

Cette bague provient, de même que la précédente, d'un cimetière 
\. Voir, plus haut, les n° s CCXXXVII el CCXXXIX. 

2. Biron est une commune dépendante du canton de Pons, arrondissement 
de Saintes. 

3. Lettre de M. Ph. Delamain, du 8 septembre 1891. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 273 

barbare de Biron. Elle a été recueillie dans une sépulture qui con- 
tenait, en outre, deux agrafes en cuivre doré et des perles émaillée s 1 . 

Elle est en argent ; elle a 19 millimètres d'ouverture. Le chaton, 
qui est pris dans la niasse du mêlai, légèrement aplati à cet endroit, 




est un ovale de 9 millimètres 1/2 de large sur 5 à 6 de hauteur au 
centre. On y voit, encadrée dans un grènetis, une croix à branches 
égales potencées, et accostée, aux deux bras, de quatre points dis- 
posés en carré. 

Le travail de ce bijou est tellement semblable à celui du numéro 
précédent qu'on doit présumer qu'ils sont sortis l'un et l'autre de 
la même officine. 



GCXLV 

anneau de crodolenus, trouvé dans le canton de surgères (charente- 

inférieure) ' 

Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale a récem- 
ment acquis, par l'entremise de mon savant confrère et ami, 
M. Anal, de Barthélémy, le magnifique anneau qui figure en tèle 
de la présente notice. Le précédent propriétaire de cet anneau, 
M. T. Gury, bijoutier à Saintes, interrogé sur sa provenance, a ré- 
pondu qu'il l'avait acheté à une dame qui fait également, dans la 
même ville, le commerce des bijoux, et à laquelle l'objet de cette 
étude avait été vendu, peu de jours auparavant, « par un homme et 
une femme delà campagne, qui ont dit être du canton de Surgères, 
et l'avoir trouvé isolément dans la terre 3 . » 

La précieuse bague qui nous occupe et qui est dans un état par- 
fait de conservation, est en or jaune massif, d'un poids relativement 
considérable (23s r ,95). Elle a 22 millimètres d'ouverture. Sa tige a, 



1. Lettre de M. Ph. Delamain, du 8 septembre 1891. 

2. Le canton de Surgères dépend de l'arrondissement de Hochoforl-sur-Mer. 

3. Lettre de M. Gury, du 14 mars 1894. 

18 



'274 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



près du chaton, 8 millimètres de large et 3 1/2 d'épaisseur; dans 
la partie opposée, 5 millimètres de large et 2 1/2 d'épaisseur ; de 
chaque côté, sont gravés deux groupes d'ornements comprenant 
chacun, deux 8, et séparés par un troisième groupe, où sont repré- 
sentés quatre Fers à cheval se touchant par leurs convexités. 

A droite et à gauche du chaton, il y a trois globules ou cabo- 
chons en or, disposés en feuilles de trètle, comme nous en avons 
rencontré si souvent sur nos anneaux. 




Le chaton, pris dans la masse, à 7 millimètres de relief au-des- 
sus de la tige : c'est un ovale de 13 millimètres dans sa plus grande 
hauteur, sur 17 de large : il se compose d'une cuvette de métal ser- 
tissant une sardoine gravée, représentant deux chevaux devant un 
abreuvoir; l'un, la tête baissée, se désaltère; l'autre a la tête relevée. 
Le*tout, d'un travail médiocre, marque une basse époque, mais 
néanmoins antérieure à la confection de la bague. 

Au pourtour de la cuvette, est inscrit un nom, dont la quatrième 
lettre a disparu par suite d'usure ; on y lit, commençant par un C 
carré, CROssOLENO. La lettre effacée était indubitablement un D- 
Crod ou Chrod ■=. Hrod est un radical germanique, qui est entré 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



275 



dans la composition d'un grand nombre de vocables 1 . Plus spécia- 
lement Crodo ou Chro do a /servi à former beaucoupde nomsen usage 
à l'époque mérovingienne, te ls que Crodowinus, Chrodo-berlus, 
Chrudo-boldm, Chrodo-vertus, Chrodo-bardtiï, etc. 2 . Enfin, nous 
trouvons, dans un diplôme de Dagobert I er de 628, la mention d'un 
liant personnage appelé Gkroiolenus 3 , et, dans une charte de 711, 
celle de C/irudulinus, abbé de Saint-Pierre de Lens \ 

11 faut donc, sans hési'ation, lire, au pourtour du chaton de notre 
anneau, le nom de ; 

CRO D OLENO- 

CGXLVI 

BAGUE D'iWlCQORDA, TROUVÉE A CIERZAC (CHARENTE-INFÉRIEURE) ' 




La bagne que nous reproduisons ici a été trouvée par M. Vallet, 
conseiller municipal de Gierzac, clans sa propriété, sise en celte 
commune, etappanit.nl à M. André Dumontet, propriétaire à Ar- 
chiac (Charente-Inférieure). Elle a été recueillie dans un sarco- 
phage en pierre, avec deux fibules en argent doré, à cinq rayons 
ornés chacun de plaques de grenat, et avec des perles d'émail ou de 
verre, provenant sans aucun doute d'un collier \ 

La seule remarque qui ail été laite suc le squelette, c'est celle de 

1. Voir dans Forstemann, Pcrsoncnnamen, col. 310, 322 cl 727-745. 

2. Pardessus, Dipl. et ch., t. I, p. 212; t. II, p. 4, 88, 111, 112, 114, 128, 150 
et pasiim. 

3 Ibid., I. II, p. 2. 

4. Ibid., t. II, p. 228. 

5. La commune de Cier/ac dépend du canton d'Archiac, arrondissement de 
Jonzac. 

G Lettre de M. Dumontet, du 7 avril 1894. 



270 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



la blanc heur des dents détail qui a été déjà signalé par les explo- 
rateurs des sépultures visigothcs ou mérovingiennes de cette ré- 
gion. 

L'anneau est formé d'un ruban d'argent, présentant des traces 
de dorure; il n'a que 17 1/2 millimètres d'ouverture, et ces faibles 
dimensions, ainsi que la présence d'objets de toilette dans le sarco- 
phage, font bien voir que nous avons là un bijou de femme. 

Uni à l'intérieur, il est octogone au dehors; le huitième pan est 
dépourvu de toute inscription et d'ornement quelconque; il ne se 
distingue du reste de l'anneau que par des dimensions plus grandes 
(10 millim. de large au lieu de 7, et 6 millim. de hauteur au lieu de 
5). Sur les sept autres pans ou compartiments, sont très inhabile- 
ment gravés en creux des caractères, dont la lecture diffère essen- 
tiellement suivant le sens dans lequel on tourne le bijou. 

Envisagé dans le sens où il est reproduil ci-dessus, il présente 
les lettres suivantes : à droite du chaton (pour le lecteur), il y a un 
I et deux V ; nu E ; Q 2 ; O, R, D el A non barré ; enfin un S barré ; 
ensemble 

IWEQORDA S(ignavi). 

Si l'on tourne la bague, dans le sens opposé, on y lit, en partant 
de la droite du chaton (pour le lecteur) : d'abord le S barré ; dans 
le compartiment suivant, un A non barré et un D ; puis R, O, Q, 
E, deux A non barrés ou peut-être un M, et enfin un I ; ce qui don- 
nerait, pour l'ensemble, §[ignum) ADROQEAAI ou peut-être ADRO 
QEMI. 

Cette seconde hypothèse est inadmissible sous plusieurs rap- 
ports et surtout, par cette raison péremptoire qu'il s'agit ici d'un 
anneau de femme, ce qui exclut la possibilité d'un nom d'homme 
au génitif de la deuxième déclinaison 3 . 

1. Lettre de M. Dumontet, du 7 avril 1894. 

2. Quand j'ai publié pour la première fois cet anneau (Hev. archéol., année 
1894, t. II, p. lj.j'ai admis comme possibie la valeur d'unG aussi bienque d'un Q 
pour le caractère auquel j'attribue nettement aujourd'hui celte dernière valeur, 
qui est, je crois, la vraie. 

3. Il faudrait, en outre, faire du petil A non barré, ^ravé dans un angle du 
deuxième compartiment, ta première lettre du nom, ce qui serait fort singulier 
et invraisemblable; les deûx premières lettres des derniers compartiments 
seraient bien plutôt deux A non barrés qu'un M ; or, ces deux voyelles, pla- 



DES PREMIERS SIÈCLES Dl - MOYEN AGE 



277 



La première leçon n'est pas seulement de beaucoup préférable à 
la deuxième ; elle est tout à fait satisfaisante, car elle nous fournit, 
comme il le faut dans l'espèce, un vocable féminin ; et de plus, ce 
vocable est composé normalement 1 des deux éléments suivants : 
Iweou Iva, nom de femme usité dans l'onomastique germanique 2 , 
et un autre nom de femme, Cota, sensiblement approchant du Corda 
— Qorda de notre anneau \ 

DIOCÈSE DE POITIERS 



ccxLvn 

BAGUE A MONOGRAMME, TROUVÉE A ATRVAULT (DEUX-SÈVRES) * 

Cette bague, célèbre par les discussions auxquelles elle a donné 
lieu, a été découverte près d'Airvault. Après avoir longtemps ap- 
partenu à feu 15. Fillon, dont les travaux de numismatique et d'ar- 
chéologie sont justement réputés, elle est devenue la propriété de 
sa nièce et unique héritière. Elle est en or pur, et ornée d'un cha- 
ton de forme ronde, ayant 23 millimètres de diamètre, et aceompa- 

cées à la suite l'une de l'autre, feraient un mot de formation peu acceptable a 
priori. 

1. Le A terminal a ici la place et la valeur qui lui conviennent, et l'on ne se 
trouve pas en présence de ces deux A consécutifs que donne l'autre leçon. 

2. Forstemann a noté : le nom de hoc (Personennamen, table, p. 1385, col. 2); 
et le nom de Iva se rencontre dans le polyptyque de Saint-Germain-des-Prés 
(édit. de Guérard, p. 94; édit. de Longnon, p. 123). On trouve enfin dans le 
polypLyque de Saint-Rémi le nom composé de lve-Somu$ (édit. de Guérard, 
p. 49). 

3. Je signale dans Goldast (Rer. Alamannicar. Scriptores, II, a. 121), le nom 
de Cotta. Voir aussi Fùrstemann, op. cit., col. 530 et suiv. 

4. Airvaull est un chef-lieu de canton, dépendant de l'arrondissement de 
Parthenay. 



278 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



gné, tlo chaque coté, de trois cabochons ou globules en or, disposés 
on fouilles de trèfle, qui sont, comme nous avons eu plusieurs fois 
l'occasion de le faire remarquer, un des traits dislinctifs de la fabri- 
que mérovingienne. 

Sur le chaton, on voil un monogramme, dont les diverses par- 
lies sont appuyées sur une arcalure, et au bas duquel il y a une pe- 
tite croix. Le tout esl gravé onéreux. 

M. l'abbé Auber, qui a le premier publié cet anneau 1 , a cru 
trouver, dans le monogramme dont il est orné, le nom de sainte 
lîadegondc, qui devint on 538 la femme de Clôt ure I Er , et mourut, 
en 567, dans le monastère de Sainte Croix, qu'elle avait fondé à 
Poitiers. Le docte ecclésiastique : suppose que le bijou, qui avait été 
enlevé en 1562 par les protestants, a pu être porté par l'un d'eux 
et rester avec lui, quelques années après, sur le champ de bataille 
do Monconlour, voisin d'Airvault où il a été retrouvé. 

Celle conjecture a élé combattue par .Iules Quicherat 2 et par 
Edmond Le Blant*. Le savant auteur du recueil des Inscriptions chré- 
tiennes de la Gaule, sans formuler d'ailleurs aucune proposition à 
la place de celle du premier éditeur, a montré qu'elle repose sur 
une erreur ou plutôt sur deserreurs de paléographie. « Trois lettres 
essentielles me semblenl, dit-il, au moins douteuses. Le Irait où 
l'on a vu le d esl une courbure soudée à l'intérieur de la ligne qui 
terme à droite le monogramme; or, il existe, sous celte boucle, 
une barre qui n'a point son emploi dans l'hypothèse avancée. 
M. l'abbé Auber lui -mémo a proposé, dans ses notices successives, 
devoir en deux endroits le s, qu'il esl en effet difficile de montrer 
avec certitude. Le n qu'il reconnaît dans l'arcade extérieure du 
chiffre ne me paraît guère acceptable. J'ai toujours considéré cet 
arc comme un simple radie, dont la mode; vies temps mérovingiens 
cerclait les monogrammes, afin de leur donner un aspect moins 
diffus et, pour ainsi dire, plus de solidité. » 

Ces réflexions sont justes \ L'arealure ne saurait avoir la valeur 

1. Bévue de l'art chrétien, année 1863, p. 117, 583,631; année 1864, p. 420. 

2. Mémoires de la Soc. des Antiquaires de France, t. XX VU, et. Bulletin de la 
même Société, année 1864. 

3. Inscript, ehrél. de la Gaule, t. II, p. 351, pl. LXXV, n° 4V2. 

4. Sauf pour ce qui concerne la barre placée sous la boucle du prétendu </, 
qui, dans l'hypothèse de M. Auber, représentait un i, et à laquelle nous don- 
nons nous-même cette valeur. Il n'est pas non plus exact de dire que l'arca- 



DES PREMIERS SiÈCLES DU MOYEN AGE 



119 



d'un y?, puisque nous on connaissons dans lesquelles cette lettre a 
été tracée'. J'affirme que la lettre s n'existe point dans le mono- 
gramme 3 ; et ce que M. l'abbé Auber a pris pour un d, est un Ç ré- 
trograde. 

La leçon Uadegondis esl donc absolument inadmissible, ainsi que 
louto interprétation qui impliquerait la présence dos lettres d, n, 
et s, ou de l'une d'elles. 

Voici comment s'explique, suivant moi, lè monogramme : 
En partant, comme cela doit se faire normalement, de la partie 
inférieure de gaucbe, je vois un G mérovingien rétrograde (9), at- 
taché par son extrémité supérieure à l'intérieur de l'arcature ; au- 
dessus, se détache le R; viennent ensuite : le E adossé k la droite 
de l'arcature, le second 7, le O suspendu, une deuxième fois le R, 
suivi 'le la barre ou trait droit du premier 7, et enfin le A final, ce 
qui nous donne pour l'ensemble : 

f GREGORIA 

Ce nom était d'un usage assez fréquent au moyen âge. Il fut no- 
tamment porté par une aïeule de l'évoque de Yaison, Aredius ou Pe- 
trmnus, lequel confirmait, en 683 , les dons faits par celte matrone 
au monastère de Groselle 3 , et la qualifiait episcopia'' . 

Le titre d'episcopa, episcopia ou episcopissa paraît avoir été quel- 
quefois attribué, soit à des femmes qui avaient élé les épouses 
d'évoqués avant leur ordination, et qui, à la suite de cette ordina- 

ture n'est toujours qu'un cadre, car il y a des exemples d'un demi-cercle gravé 
au sommet d'un monogramme et dont les deu\ extrémités sont reliées par un 
Irait horizontal, qui est la boucle d'un D couché. Voir le n" C.CXII. 

1. R. Fillon, Considérât, sur les monn. de France, pl. II, Rev, Num., l re série, 
année 1844, pl, I, n° 3; année 1854, pl. XII, n° 12. Annuaire de la Sor. franc, de 
numismat. et d'nvchéol., année 1866, p. 117. 

2. C'est pourquoi je ne m'explique pas que E. Le Riant ait dit, dans une pu- 
blication plus récente, que le monogramme dont il s'agit «peut donner également 
Radegondis, Aregondis, Andregondis, Gondegardis » (Instructions sur l'épigra- 
phie chrét. de la Gaule et de l'Afrique rom., 1890, p. 38). Mon savant confrère 
avait lui-même, dans le passage cité de son Recueil des inscriptions chrétiennes, 
reconnu l'absence du S et même du N. 

3. Silué dans un faubourg de la petite cité de Vaison. 

4. « Ut quidquid... domnus Aredius sive Petruinus, pontifex urbis Vasensium, 
vel avia sua domna Gregoria, epicopia, ad ipsum locum proficiat in augmen- 
|um. » Pardessus, Dipl. et chart., t. II, p. 192. 



280 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

tion, s'enfermaient dans des monastères pour le reste de leurs 
jours 1 , soit aussi, suivant nous, à des matrones, dont les fils ou 
petits-fils avaient été élevés au pontificat suprême ou à l'épisco- 
pat s . 

CGXLYII] 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, TROUVE A LA TOUR (»EUX-SÈVRES) ' 




L'anneau de bronze, que nous reproduisons ici, a 20 millimètres 
d'ouverture, 3 millimètres de hauteur du côté opposé au chaton. 
Ce chaton, ménagé à même le métal, de forme légèrement ovale, 
presque ronde, a -15 millimètres de large sur 14 de hauteur; il est 
accompagné, à droite et à gauche, de trois points, séparés les uns 
des autres par des entailles grossièrement exécutées, et imitant les 
cabochons disposés en feuilles de trèfle, qu'on remarque sur un si 
grand nombre de nos bagues. 

Le chaton est orné d'un monogramme, gravé en creux par une 
main inhabile, et composé d'un B rétrograde, d'un E, qui est à 
l'autre extrémité du monogramme; d'un grand N. qui est au 
centre; d'un I, qui se détache horizontalement de la haste du B 
entre ses deux boucles. Revenant au ('entre, nous trouvons un G, 
de forme onciale (6); un second N, plus petit que le premier; un S, 
posé en travers de la barre médiane du grand N cl ayani la valeur 
d'un S barré, c'est-à-dire de Signum ou Sigillum; enfin, une toute 
petite 1 croix, à peine visible, dans le second angle du grand N. 

Le tout nous donne, avec le redoublement de | : 

S\(gnnm) BENIGNI- 
(le nom de Benignus fut, comme on sait, très usité au moyen âge, 

1. Pardessus, ibid., note 1. 

2. Voir, dans le Glossaire de Du Cange, l'exemple d*une matrone nommée 
Theodora, mère du pape saint Pascal, mort en S24, et qui est qualifiée episcopa 
{Glossar., édit. Didot, t. III, p. 58, col. 3). 

3. La Tour esl un village situé près de Melle, chef-lieu d'arrondissement. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



281 



particulièrement dans les périodes romaine et gallo-franque, et 
illustre dans les iinnales do l'Eglise. On compte en effet quinze 
saints personnages qui l'ont porté, et dont l'un fut, au 11 e siècle, 
l'apôtre de Dijon, sous le vocable duquel fut fondée la célèbre 
abbaye de Saint-Bénigne 1 . Quatre d'entre eux ont vécu du v e au 
vni° siècle, savoir : un évèque d'Armagh (province de TUlster, Ir- 
lande),mort en 468 s ; un évèque d'Héracléei Macédoine), qui siégeait 
en 553 un moine de Movenmoutier (Vosges), mort en 707* et un 
abbé de Fontenelle, mort en 723*. 

GCXL1X 

anneau avec la lettre s et trois points, trouvé a la tour 
(deux-sevres) 




La bague en bronze, qui figure en tète de cette notice, a 22 milli- 
mètres d'ouverture et 5 millimètres de hauteur, du côté opposé au 
chaton ; à cinq endroits de la circonférence, des groupes de trois traits 
chacun ont été tracés au burin. Le chaton, ménagé à même le mé- 
tal, est de forme ovale avec 8 millimètres de large sur 10 de hau- 
teur. Il est accompagné, à droite et à gauche, comme celui du n° pré- 
cédent, de trois gros points, séparés les uns des autres par de pro- 
fondes entailles et imitant les cabochons disposés en feuilles de 
trèfle, qui, suivant une remarque déjà faite, se rencontrent fré- 
quemment sur les anneaux mérovingiens. 

Le chaton présente un S, accosté de trois points, placés, l'un en 
;tvant, l'autre en arrière, le troisième au-dessous; je n'hésite pas à 
voir dans le S pointé l'équivalent du S barré, avec le sens de Si- 
</num ou Sigillum; et comme notre bague n° 2 a été recueillie dans 
la même sépulture que le n° précédent, ft qu'elle présente également 

1. Saint Bénigne mourut vers l'an 179. (Hit. littér. de l" Franc?, t. VI, 
p. 179.) 

2. Hardy, Descript. calai., t. I, p. 89. 

3. Baronius, Annal., an. 553, 28. 

4. Bolland., Aeta SS., mens. jul.,t. III. p. 205. 

5. Pardessus, Dipl.et ch., t. Il, p. 307; Acta SS. ord. S. Bcned.,Ul, I, p. 348. 



232 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



les trois cabochons accostant le chaton, je ne doute pas que les 
deux objets ne soient l'œuvre rlu même orfèvre et n'aient appar- 
tenu au même personnage. 

Il est naturel de penser que le propriétaire de ces bijoux se bor- 
nait, pour signer sa correspondance, à y apposer celui qui portait 
son nom en monogramme (le n° I) et que pour souscrire les acles 
où il figurait en qualité de partie ou de témoin, ii faisait précéder 
ou suivre son nom de l'empreinte du deuxième cachet, c'est-à-dire 
du sigle usité de Signum ou Sigillum. 

Je ne dois pas négliger de rappeler, en terminant sur ce point, 
que la ville de Melle [Metalum ou Metulum, du moyen âge), près 
de laquelle nos deux anneaux ont été découverts, eut. sous les rois 
de la première race, un atelier monétaire, dont quelques produits 
sont arrivés jusqu'à nous'. 

CCL 

ANNEAU DE VIRIA, TROUVÉ A ROUILLÉ (DEUX-SÈVRES) 2 




Cet anneau a élé trouvé, le 10 septembre 1863, dans une sépul- 
ture mérovingienne, en un champ dépendant du domaine de 
Rouillé et dit du Chiron-l Ardoise, commune de Villemain. 

Feu M. Beauchet-Filleau, propriétaire à Chef-Boutonne, qui était 
le possesseur de ce bijou, en a donné la description dans une in- 
téressante notice insérée au tome XXIV des Mémoires de la Société' 
des Antiquaires de l'Ouest*. Le savant archéologue ayant bien 
voulu nous le communiquer, nous avons pu le faire dessiner sous 
nos yeux. 

1 Rev. numism. l re sût ie, t. IX, p, 390 el t. XVI, p. 25. 

2. Rouillé est situé dans la commune de Villemain, canton de Clief-Boulonne, 
arrondissement de Melle 

3. Pages 273 et suiv. ; planche XIII, fig. 13. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



283 



La bague de Rouillé, parfaitement conservée, est en argent : 
elle a millimètres de hauteur, 18 millimètres seulement d'ouver- 
ture, ce qui indique qu'elle était à l'usage d'une femme. Le chaton, 
ménagé à même le métal, est un ovale, simplement formé dedeux 
traits au burin, points de départ d'enroulements qui se dévelop- 
pent à droite et à gauche. Dans cet ovale sont gravés des caractères, 
où nous lisons, comme l'a fait M. Beauchet-Filleau, le nom de 

VIRIA- 

Les quatre dernières lettres sont à peu près certaines, et quant 
à la première, le seul trait qui reste ne peut être que la deuxième 
barre oblique d'un V. 

Nous n'avons pas d'exemple à citer du nom de Viria : le seul 
vocable connu du moyen âge que nous puissions en rapprocher, 
est celui de sainte Viridiana (sainte Vcrdienne), qui vécut dans la 
première moitié du xur 3 siècle 1 . Notre regretté confrère, Ed. Le 
Blanl, ayant rencontré, dans une épitaphe de Maguelonne, le 
nom de VIRA, va vu une altération de VERA 2 qui a été, en eiïet, 
usité (de même que le masculin VERVS qui y correspond; dans 
l'antiquité et le haut moyen âge*. La légende de l'anneau de Viria 
disposerait à penser qu'il convient peut-être de maintenir, là où 
(die se trouve, la forme Vira. 

CCLI 

AUTRE RAG11E TROUVÉE A ROUILLÉ (dEUX-SÈVREs) 

La sépulture où a élé trouvé l'anneau sagillaire de Viria, ci-des- 
sus décrit, renfermait une deuxième bague en argent, dépourvue 
d'inscription. Elle appartient, comme la première, à la collection 
de M. Beauchet-Filleau, qui l'a également éditée dans le recueil 
précité. Voici ce qu'il en dit : « Elle est formée d'une simple feuille 
d'argent, assez mince; le chaton, qui était soudé au point où se joi- 

1. Rolland., Acta SS., mens, febr., I. I, p. 255. 

2. Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, n° 324, p. 372. 
E. Le Blant n'a même mentionné, dans sa table de noms propres, que celui de 
Vera. 

3. Il y a une sainte Vere, honorée à Clermout-Ferrand. Rolland., Acta SS., 
mens, jan., t. II, p. 593. 



284 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



gnaient les deux extrémités, a été brisé, sans doute par le coup de 
pioche qui a faussé d'une manière sensible la bague elle-même » 
Ajoutons à ces renseignements que l'anneau dont il s'agit a 




7 millimètres de hauteur et 22 à 23 millimèt res d'ouverture, ce qui 
semble dénoter qu'à la différence du précédent, il était porté par un 
personnage du sexe masculin. 

CCLI bis 

anneau décoré de dessins géométriques, trouvé a chef-boutonne 

(deux-sèvres) * 




Voici un anneau de bronze inédit, qui appartient à M. de Saint- 
Marc, juge de paix à Niort, et dont les dessins m'ont été adressés 
par M. P. van der Cruyssen, trésorier de la commission du Musée 
do cette ville. 

Il a 20 millimètres d'ouverture : sa tige a, près du chaton, 4 mil- 
limètres de large. Le chaton, déforme irrégulière, a de 16 à i 7 mil- 
mètres dans sa [dus grande hauteur, sur 20 dans sa plus grande 
largeur : il esl orné de dessins géométriques tracés au burin. 

1. Mémoire* de ta Suc. des Anti<inaires île COuest, I. p. 273; planche 
XIII, fig. 15. 

2. Chef-Boutonne esl un chef-lieu de canton, dépendant de l'arrondissement 
de Melle. 



DES PREMIERS SIECLES DU MOYEN AGE 



285 



DIOCESE DE PÉItlGUEUX 



CCLÏI 

anneau de jants, avec le symbole de la colombe, trouvé près 
d'issigbac (dordogne) 1 




Voici une bague en argent, qui a été achetée en 1888, pour le 
Musée archéologique du département de la Dordogne, par M. Mi- 
chel Hardy, conservateur de ce dépôt, chez une marchande d'anti- 
quités de Bergerac, qui l'avait elle-même acquise, peu de jours au- 
paravant, d'un paysan d'Issigeae. 

Elle a été déformée accidentellement, et a une ouverture ou 
diamètre intérieur qui varie de 19 à 21 millimètres. La tige a 
2 millimètres d'épaisseur. Le chaton, de forme ronde, soudé sur la 
lige, a 11 millimètres de diamètre, et est accosté de trois cabochons 
ou globules disposés en feuilles de trèfle. 

Avant de décrire et d'expliquer les caractères et les ligures gra- 
vés en creux sur le chaton, il nous paraît utile de reproduire ici 
les observations que le savant conservateur du Musée de Péri- 
gueux nous a communiquées touchant les procédés suivant les- 
quels notre anneau a été confectionné : « La baguette cylindrique 
et striée transversalement étant préparée, l'artiste, dit-il, en a 
aminci au marteau les deux extrémités, les a fendues par la moitié 
avec des cisailles, puis en a façonné les languettes terminales en 
forme de fleurons ou volutes, les a aplaties fortement et puis sou- 
dées sur la face inférieure du chaton; il a enfin soudé trois glo- 

1. Issigeac est un chef-lieu de canton, dépendant de l'arrondissement de 
Bergerac 



286 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



bules d'argent sur la baguette, à droite et à gauche du chaton 1 ». 

Le graveur a représenté sur le chaton : 1° deux oiseaux, d'iné- 
gales dimensions, le plus petit placé au-dessus du plus grand; 
2° derrière ces oiseaux, trois points; 3° au devant d'eux, les trois 
lettres IAN. 

Le plus gros des oiseaux est, à nos yeux, le symbole du Christ, 
comme il se trouve sur plusieurs des bagues ci-dessus décrites. 

Le deuxième oiseau (c'est le seul exemple que j en aie rencontré 
jusqu'ici) a peut-être la même signification symbolique que le pre- 
mier. 

Huant à l'inscription, où nous devons naturellement chercher 
le nom du possesseur de la bague sigillaire, nous pensons qu'il 
faut voir dans le groupe IAN, IANI avec le redoublement de l'ini- 
tiale, le génitif du vocable [IANVS], qui, au moyen âge, fut em- 
ployé comme l'équivalent de Joliannes, ainsi que cela a eu lieu no- 
tamment pour Jean II, roi de Chypre et de Jérusalem en 1398, et 
connu dans l'histoire sous le nom de Janus '. 

DIOCÈSE DE 8 AXAS 



CCL1II 

ANNEAU SIGILLAIRE DE GULFÉTKUD, TROUVÉ A SAINTE-PETRONILLE (GIRONDE) 

Cet anneau a été trouvé, en 1862, dans le cimetière de Sainte- 
Pétronille (Gironde) 3 . L'une des trois tombes que l'on découvrit 
alors en cet endroit, se composait d'une auge en pierre de plus de 
2 mètres de long sur 1 mètre de- large, recouverte d'une pierre eu 
forme de toit. On y recueillit, avec le bijou qui nous occupe, un 
style, vine épée de bronze et des scramasax en fer, une boucle de 
ceinturon, une plaque en ivoire ornée de dessins et deux plaques 
d'argent, reliées par des clous du même métal. 

M. Grellet-Balguerie, auteur de celte importante découverte, la 

1. Lettre du 3 mars 1890. C'est à l'aide de dessins cl d'empreintes envoyés 
par M. Hardy que nous avons fait figurer l'anneau d'Issigeac. 

2. Art de vérifier les dates, édit. in-8°, t. V, p. 15 î. 

3. Commune de Gironde, canton et arrondissement de La Kéole. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



287 



signala, le 2 décembre 1862, à la Société des Antiquaires de France, 
dont il est associé correspondant ', et en fit le sujet d'une descrip- 
tion, publiée sous le titre àWntiquilés réolaises*. 

Notre bague, qui a passé, depuis, dans la collection de feu le ba- 
ron Pichon, est en or lin, et pèse 10 grammes; la tige a 16 milli- 
mètres seulement d'ouverture entre le chaton et le côté opposé. Le 
chaton, soudé sur la tige, a la forme d'une couronne ou d'un ban- 
deau circulaire, composé de quatre rangées de perles ou cabochons 
superposés, et dont le relief au-dessus de la lige est de 3 millimè- 
tres 1/2. La surface ronde du chaton, encadrée dans la rangée su- 




périeure des perles ou cabochons, a 11 millimètres de diamètre. 
On y lit. gravé en creux, le nom de 

7VLFETRVD 

Gulf—vidf', trud-z=.drud\ Gulfêtrud est donc égal à Vulfedrud. 
Or, nous trouvons, au ix u siècle, la mention assez fréquente de Vul- 
fedrudis 3 . 

Une première particularité à noter, c'est que le nom de la 
femme pour laquelle l'anneau sigillaire avait été fabriqué, se pré- 
sente ici dans sa pure forme germanique, dégagé de la désinence 
latine*. 

La deuxième observation à faire est que le sarcophage qui ren- 

L. Le Bulletin de cette Société contient (année 1862, p. 193) une note, ac- 
compagnée d'une reproduction du chaton de notre anneau, dont M. Grellet- 
Balguerie était alors propriétaire, et qui a passé, depuis, en la possession de 
l'eu le baron Pichon. 

2. C'est grâce à une obligeante communication de cet antiquaire distingué 
que nous avons pu reproduire l'anneau de Gull'étrud. 

3. lo Dans le Polyptyque de Suinl-Gennain-des-Prés, p. 4 et 95 de l'édition 
Longnon, 3 et 73 de l'édition Guérard; %' dans le Polyptyque de Saint-Rëmi, 
édit. Guérard, p. 86. 

4. Nous reproduisons plus bas (no CCLXVII) l'exemple d'un radical germa- 
nique, qui a servi à composer de nombreux vocables. 



288 ETUDE SUR LES ANNEAUX DES PREMIERE SIÈCLES DU MOYEN AGE 

fermait ce bijou de femme était assurément celui d'un homme, 
d'un guerrier. Ses grandes dimensions, les armes et la boucle de 
ceinturon qu'il contenait, ne permettent aucun don le à cet égard. 
Il faut donc penser (et nous ne voyons pas d'autre explication 
plausible) que le guerrier dont Gulfétrud était l'épouse ayant sur- 
vécu à cette dernière et ayant gardé l'anneau de la défunte, ce bi- 
jou fut placé près de lui dans son cercueil. Nous avons enregistré 
plus haut un fait pareil '. 



1. Voir le n° CLXXX. 



PROVINCE NARBONNAISE 



DIOCÈSE DE MAGUELONNE, PLUS TARD 
DE MONTPELLIER 



CCLIV 

ANNEAU AU SYMBOLE DU POISSON, TROUVÉ A MONTBAZIN (HÉRAULT) 




Le Musée de Montpellier possède un anneau d'or fin, trouvé, en 
1851, près du village de Montbazin. Cet anneau, qui a 21 millimè- 
tres d'ouverture, est orné d'un chaton carré, formé de trois assises 
en retrait l'une sur l'autre, et d'une hauteur totale de o millimè- 
tres au-dessus de la tige. Ce chaton a 1 1 millimètres de côté à sa 
hase, et 8 seulement à son sommet : il présente, gravé en creux, 
un poisson nageant de droite à gauche (pour le lecteur), et il est 
accosté de deux reptiles, difficiles à mieux définir, qui couvrent 
une partie de la tige. Nous ne pouvons dire si le chaton et les rep- 
tiles figurés à droite et à gauche ont été soudés sur la tige ou mé- 
nagés à môme le métal 1 . 



1. Notre regretté confrère, Al. Germain, à qui j'avais demandé de vérifier le 

19 



290 



ÉTUDE SUK LES ANNEAUX 



Feu Al Germain, le regretté doyen de la Faculté des lettres de 
Montpellier et membre de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres, sur la proposition duquel la Société archéologique de 
Montpellier avail l'ail l'acquisition de ce précieux bijou, le publia 
en 1855, et en donna un intéressant commentaire 1 . Il rappelait, au 
sujet du poisson, le rôle important qu'il avail eu dans la symboli- 
que chrétienne; Clément d'Alexandrie, à la fin du n e siode, le ran- 
geait parmi les emblèmes qu'il recommandait aux chrétiens de 
son temps de faire graver sur les cachets de leurs anneaux 2 . 

Quant aux deux reptiles qui accostent le chaton de notre bague, 
Al. Germain se demandait s'il fallait y voir des chenilles ou des ser- 
pents, symboles de régénération par le baptême ou la pénitence. 

Relativement à la dale de la fabrication, notre savant confrère 
estimait que, par son style et les emblèmes dont il était orné, ce 
petit monument appartenait au V siècle. 

De son côté, Edmond Le Riant a pensé, et avec raison suivant 
nous, que la forme de noire anneau le reporte aux temps mérovin- 
giens, et qu'il fournit une preuve nouvelle de l'emploi persistant, 
dans les provinces de l'empire, du poisson symbolique, alors que 
les chrétiens de Rome avaient depuis longtemps cessé d'en faire 
usage a . La preuve de cette persistance se trouve dans une inscrip- 
tion lapidaire de Trêves, de la fin du vi° siècle ou du commence- 
rai!, m'écrivait le 9, janvier 18d6 : « Voici, l'anneau au poisson sous les yeux, 
la réponse à voire questionnaire. Je n'oserais affirmer que le chaton ne soit pas 
soudé à l'anneau; mais la soudure aurait été, dans ce cas, tellement déguisée, 
qu'elle serait à peine perceptible. Il ne serait pas impossible qu'il en eut été de 
même des deux reptiles affrontés qui encadrent le poisson. » 

t. Mémoires de la Soc .' 'archéologique de Montpellier, année 1855, p. 137 cl 
suiv. 

2. Pœilagoyus, lib. III, cap. tl. Voici le texte de ce passage, particulièrement 
intéressant pour l'histoire de la sphragistique : 

" Tov 8out'j).iov oùx ÉV ap8p<o cpopr.TÉov toi; àvSscxo-t, yuvatxEîov yàp toOto ■ e'i; Se 
tov |j.ixpbv 8âxrj),ov; xai toOto eiç tovo--/octov xaûiévxi • èVrai yip o'jtwç sOspyr); f] ye\p, 
èv oî; aurr,; 8Éo|AE0a • xai où pâaTa ô o-Y]ixavTT)p àiroTrEo-EÎTat tîj [xeiÇovi toO ap9po\j o-jvos- 
TEt tpO).).axo|j.£vo;. Al 8s o-çpayïôs; rjpïv k'ortov TteXstàç, îr\ tyOuç, r { vxO; oùpavoôpo|xoOoa, r, 
A'jpa [xo'jo-ix-fi, »j xéxpYjTat IloXuxparoC: î) Syxupa vcoitcxy); rçv Sé),s'jxoç svsxapdtTTSTO t9) 
y).uçï) • xav â),(E'Jtov Tlî t\ 'AiroorôXou |.i.Ep.v?]asTai, xoù T<î>v eÇ-j'oaro; àvaT7ia>|jisvo>v Traioitov. 
00 yip eîSoS).(jùv 7tpôo"<o7ta Èv^uotutkotÉov, oiç xoù Tipoai/siv a7tsîpr)Tou, ovSs |j.Èv £éço;, y} 
tôSov, toi; E!pr ( vr)v Sttoxoua'tv, î) xOo-s>,),oc toîç fftof povoûo-iv. » 

:ï. Inscript, ehrét. delà Gaule, t. II, p. 427, n° 608. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



291 



ment du vn tf , autour de laquelle sont gravés deux poissons et deux 
colombes '; la colombe élait aussi un des nombreux emblèmes du 
Christ ? , et l'un de ceux que les fidèles faisaient fréquemment gra- 
ver sur leurs anneaux. 

1. Ibid., t. I, p. 370-371, n° 26t. 

2. Voir notamment R. Garrucci, Eist. de l'art chrétien, t. VI, planche 410, 
llg. 1 et 2, où l'on trouve représentée une série d'emblèmes du Christ. 



I! 



ANNEAUX DE PROVENANCES INCONNUES 

CLASSÉS PAR LOCALITÉS 
ET COLLECTIONS FRANÇAISES OU ILS SONT CONSERVÉS 



PARIS 

1° Itililiothèquc Nationale (Cabinet des Médailles) '. 

CCLV 

ANNEAU PORTANT, AVhC UNE EFFIGIE, LES INITIALES S-R-, DE PROVENANCE 

INCONNUE 

Ce bijou, après avoir appartenu à la collection de M. Jean Rous- 
seau, passa, en 1848, dans les cartons du Cabinet des médailles, 
de la Bibliothèque nationale. 

C'est une bague en or pur, qui a 19 millimètres d'ouverture. Son 
chaton, de forme ronde, est soudé sur les branches de l'anneau, 
qui se prolongent, au-dessous, en forme de doubles patte , recour- 
bées on volutes : il a 14 millim. de diamètre, et, aux points où il 
se réunit à la tige, il y a deux globules ou cabochons, également 
en or. 

Sur le chaton, est gravée en creux une ligure de profil, avec une 
partie du buste vêtue ; les cheveux sont rejetés en arrière. 

Devant la face, est inscrite la lettre S ; du côté opposé, un R ré- 
trograde. 

1. A la série d'anneaux conservés au Cabinet des médailles et dont suit la 
description, il faut joindre le n° CCLXVII, dont il a l'ait récemment l'acquisition. 



294 



ÉTUDE SCB LES ANNEAUX 



Adrien de Longpérier, en publiant celle bague, dans sa notice 
sur les monnaies françaises de la collection Rousseau, s'est ainsi 
exprimé à son sujet 1 : « Elle a été attribuée à Sigebert ; mais 
quelques antiquaires se sont refusés à voir dans les deux lettres S- 
R, Sigibertus Rex, par la raison qu'un sceau royal devrait avoir 
plus d'importance,' affirmant de plus que, la lettre S ne pouvant 
signifier que Sigillum, il fallait compléter le mot qui commence 
par R au moyen d'un nom de particulier. On peut répondre à cela 
que M. de Barthélémy a retrouvé et publié dans la Revue numisma- 
tique' un sceau de Dagobert, de très petit module, et fait d'une ma- 
tière beaucoup plus vulgaire, puisqu'il est de cuivre, et que, sur 




ce sceau, comme c'est la coutume pour les sceaux mérovingiens, 
le nom du roi n'est pas précédé de Sigillum. On doit encore ajouter 
que le sceau d'or de Childéric, trouvé dans le tombeau de Tournay, 
se rapproche beaucoup de celui-ci pour les dimensions. » 

Malgré la grande autorité qui s'attache aux opinions de notre 
éminent et regretté confrère et ami, nous ne croyons pas pouvoir 
adopter son interprétation. 

Les cachets apposés au bas des actes par les personnes qui y 
figuraient comme parties ou comme témoins, ayant le caractère 
de véritables souscriptions, les caractères gravés sur ces cachets 
devaient évidemment se rapprocher le plus possible do celles que 
présentent les actes écrits. 

Or, nous ne connaissons pas un soûl exemple de diplôme ou ju- 

t. Colle'it. Il')u*s., p. 35, cl pl. I, ftg. lOi. Cf. Hordier el Charlon, Histoire de 
France par les ^monuments, t. t, p. 150. 
2. T. VI, 1841, p. 177. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



295 



gement émané de l'autorité royale, que le prince ait souscrit avec 
la seule initiale de son nom. 11 est d'ailleurs difficile d'admettre a 
priori que la volonté du souverain, dont l'importance el les consé- 
quences étaient toujours si grandes, se manifestai sous cette forme, 
et se manifestât ainsi habituellement, comme l'impliquerait l'exis- 
tence d'un cachet portant simplement une initiale ? 

Par contre, et si l'on ne trouve aucun exemple de ce genre dans 
les actes royaux, il en existe dans ceux de particuliers, et nous 
pouvons en citer un d authencité certaine. On voit, en effet, au bas 
de la charte de fondation d'un monastère de femmes à Bruyères- 
le-Châtel, par une matrone appelée Chrotilde, charte datée de 
r>70-G72, des souscriptions de témoins, parmi lesquelles celle-ci : 
« Signum E, vir inluster Ermenrigo'. » Ce personnage, nommé Er- 
menric, se servait d'un cachet portant son initiale précédée du siglé 
de Signum, soit S. E., comme celui qui nous occupe porte S. R. 
En tous cas, il employait habituellement ce mode de souscription. 

Il est donc rationnel de voir dans les lettres S.R. les initiales de 
Signum et d'un vocable commençant par R, et non pas, comme l'a 
pensé A. de Lôngpérier, celles de Sigibertus Rex. 

cclvi 

BAGUE AVEC SOU d'oR POUR CHATON, DE PROVENANCE INCONNUE 

Voilà une bague en or, qui, après avoir, comme la précédente, 
fait partie de la collection de M. Jean Rousseau, a également 
passé, en 1848, au Cabinet des médailles de la Bibliothèque natio- 
nale. 

Elle a 22 millimètres d'ouverture ; son chaton est un si m d'or, 
soudé sur les branches de la tige, qui se prolongent, au-dessous, en 
forme de doubles pattes recourbées en volutes. Aux points de réu- 
nion de la tige et du chaton, ont été soudes trois globules ou cabo- 
chons en or, disposés en feuilles de trèfle. 

Le sou d'or qui forme le chaton, porte le buste royal, vêtu du 
paludamentum ; la tète, tournée à droite, est ceinte d'un bandeau, 
terminé, sur la nuque, par trois bandelettes ; autour de l'effigie : 

CHLOTÀRIVS R6X- 

1. Cette charte a été reproduite, d'après l'original, par J. Tardif, Monum. 
fcistor., Cartons des rois, p. 16; et Pardessus, Diplom.et ohart,, l. Il, p. 148. 



296 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Au revers, c'est-à-dire du côté du sou d'or, appliqué aux branches 
pattées de l'anneau, est gravée une croix fourchue au sommet et 
aux bras, fichée sur une base, également fourchue aux deux bouts 




et posée sur un petit globe. Sous les bras de la croix, les lettres 
A.R. Entre deux cercles de perles, on lil : 

• • HLOTAR • • VS RÇX- 

Les points marquent les parties de la légende cachées sous les 
supports du chaton. Ce bijou pèse 7s 1 ', 3o. 

Adrien de Longpérier qui a considéré, avec raison, celle bague 
comme un objet évidemment contemporain des .Mérovingiens, a 
attribué le sou d'or qui en est le chaton au roi Clotaire II. 

GCLV11 

AUTRE BAGUE DONT LE CHATON EST UN SOU d'0R, DE PROVENANCE INCONNUE 




Voici une bague en or pur, qui est conservée au Cabinet des mé- 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



297 



daiHes de la Bibliothèque nationale '. Elle est formée : 1° d'une 
mince tige d'égale dimension dans tout son pourtour, et qui a 
22 millimètres d'ouverture; 2° du revers d'un sou d'or, imité des 
monnaies byzantines et qui lui sert de chaton. On y représenta, 
suivant l'usage, une Victoire ailée, de face, tenant de la main droite 
une couronne et de la gauche un globe crucigère. On voil au-des- 
sous, une petite croix; en légende circulaire, 

VICTVRIA AC- ... TORVN 

formule corrompue de 

VICTORIA AVGVSTORVM 

En exergue, 

CONOB 

Cette monnaie, dont les marques du droit ont été effacées, a été 
soudée sur la tige à l'aide de deux pattes terminées en volutes : 
elle est accostée, à chacun des deux points de réunion avec la tige, 
de trois globules ou cabochons disposés en forme de trèfle. 

GCLYHI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 




Voici une bague en cuivre, sur laquelle on observe de nombreu- 
ses traces de dorure. Elle est conservée dans les vitrines du Cabi- 
net des médailles de la Bibliothèque nationale, mais sans numéro 
d'ordre sur le catalogue. 

Elle a If) millimètres d'ouverture; la tige, qui a 9 millimètres 
de largeur sur loul son pourtour, es[ décorée d'ornements gravés 
en creux. 

Le chaton, ménagé à même le mêlai, est de forme carrée avec 

1. Cet objet porte sur le catalogue du Cabinet des médailles les n os 2929 et 
P 2755. 



298 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



11 millimètres de côté, cl porte, également gravé en creux, un mo- 
nogramme, qui se déchiffre assez aisément, On y voit, très appa- 
rentes, les deux lettres initiales FO; un V et un A non barré, for- 
més par les hasles du F et du E final et le Irait oblique intérieur; 
un N, puis le E final, ce qui donne : 

FOVANE 

génitif de Fovana, Le nom de Fova fut assez usité pendant le haut 
moyen âge : car nous le voyons porté par un évèquc de Chalon-sur- 
Saône, qui gouverna ce diocèse de 817 à 837 1 ; et il est permis, 
comme nous l'avons fait observer déjà, d'admettre le nom féminin 
qui y correspond. La déclinaison de ce vocable au génitif implique 
que l'on a sous-entendu Sifjnum ou Sigillum. 

CCLIX 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 

Ce bijou en or pur est conservé au Cabinet des médailles de la 
Bibliothèque nationale 1 . 11 a 18 à 19 millimètres d'ouverture; il 




est formé d'une tige massive, ronde et unie, de 4 millimètres d'é- 
paisseur, et d'un chaton qui y a été soudé et présente un reliet de 
4 millimètres au-dessus de la tige. Sur ce chaton, qui est de forme 
ronde, et a 13 millimètres de diamètre, est gravé en creux, dans 
un cercle de grènetis, un monogramme, où l'on trouve les lettres 
S, O, L, A, un T qui domine et relie toutes les parties de l'inscrip- 
tion, et la lettre | ligurée par un des traits droits du monogramme ; 
nous avons tous les éléments du nom de 

SOLATII 

1. Patrolog. latin., t. CIV, p. 77. 

2. Il est inscrit au catalogue sous le n° 2962. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AC.E 



'200 



génitif de Solatius, qui se rencontre dans des actes du haut moyen 
âge 1 . Le mot Signum est sous entendu. 



CCLX 

bague d'abto, de pkovenaïsce inconnue 




Nous reproduisons ici une bague en or un peu pâle, apparte- 
nant au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, clans 
le catalogue duquel elle est inscrite sous le n° 2921. 

Cette bague se compose d'une mince tige, qui a 20 millimètres 
d'ouverture, et d'un chaton de forme ronde, qui y est soudé. 

Sur ce chaton, dont le diamètre est de 13 millimètres, on voit 
grossièrement figuré un oiseau, sans doute la colombe, qui est un 
des emblèmes du Christ. Au-dessus du dos de cet oiseau, on lit les 
trois lettres ABT auxquelles vient se joindre un O gravé entre les 
pattes de l'animal, ce qui donne le nom de 

ABTO 

L'Eglise honore un saint nommé Apto, qui fut évêque d'Angou- 
lème au vi e siècle \ 

D'un autre côté, il y a un saint nommé Abdon, qui mourut à 
Rome au iu e siècle 3 . 

Dans le premier de ces vocables, un P remplace le B de notre 
inscription sigillaire. Dans le second, un D remplace le T. Mais 
l emploi de ces lettres les unes pour les autres n'a rien que de très 
normal, et ne saurait faire obstacle au rapprochément que nous 
indiquons. 

1. Le Cartulaire de Saint-Victor de Marseille contient plusieurs chartes où 
figurent des témoins de ce nom. Voir des chartes de 1182, t . I e1 ', p. 250; de 1185, 
t. II, p. 587; de 1193, ibid., p. 445; et de 1227, ibid., p. 376. 

2. Holland., Acta SS., mens, octobr., t. XI, p. SS5. 

3. M., ibid., mens, jul., I. VII, p. 130. 



300 



ÉTUDE SUR DES ANNEAUX 



CCLXI 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 




Voici une autre bague inédile en or, qui est conservée au Cabinet 
des médailles de la Bibliothèque nationale 1 . 

La tige a une ouverture de 20 millimètres; sa largeur est de 9 a 

10 millimètres près du chaton, de 4 millimètres seulement du côté 
opposé. 

Le chaton, soudé sur la baguette, est un carré irrégulier de 

11 millimètres de largeur sur 9 de hauteur. Dans un cadre tracé 
par des lignes de perles ou de grènetis, il y a un monogramme 
compliqué, dans lequel on distingue les lettres suivantes : en par- 
tant de la base du côté droit (à gauche du lecteur), un G mérovin- 
gien (<7), appendu au sommet extérieur de la première perpendicu- 
laire; un L au bas; à l'intérieur, un A et un N liés; un I au dessous; 
un C au-dessus; à droite (pour le lecteur) un E; et dans l'angle, un 
S, séparé du monogramme. 

Cette dernière lettre paraît être ici l'initiale de Signum. 

Les autres caractères, groupés dans l'ordre ci-dessus, donnent 
le nom de GLANICE, génitif de GLANICA; el l'inscription de notre 
anneau se lirait : 

GLANICE S[ignum)\ 
1. Elle est inscrite au catalogue sous te n° 2935. 

?. Nous n'avons pas encore rencontré d'exemple de l'emploi de ce vocable au 
moyen âge. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



301 



PARIS 

2° Musée du Louvre. 

CCLXII 

ANNEAU SIGILLAIRE DE TRASILDUS, DE PROVENANCE INCONNUE 




Parmi les bijoux compris clans la belle collection léguée à l'État 
par M. le baron Davilliers, et conservés au Musée du Louvre, se 
trouve la bague reproduite en tête de' cette notice. La provenance 
en est inconnue. 

Elle est en or fin et d'une conservation parfaite; elle a 16 milli- 
mètres d'ouverture, et, au pourtour, une épaisseur de 3 millimè- 
tres. Elle est ornée d'un chaton carré, de 9 millimètres de côté, 
dans lequel pénètrent les branches de la tige; aux deux points de 
jonction, trois globules ou cabochons également en or, disposés 
en feuilles de trèfle. 

Au centre du chaton, est inliabilement gravé en creux un oiseau, 
vu de trois quarts et tourné à droite 1 . En deux lignes, accostant 
cet oiseau, se lit le nom du propriétaire du bijou, précédé d'une 
petite croix grecque : 

+ TRA - col LAI 

TRASILDI, avec un A non barré, un S couché, et un D triangulaire 
en forme de delta renversé. 

D'après le génitif Trasildi, on a sous-entendu le mot de signum 
ou sigillum. 

1. La queue en éventail de cet oiseau donnerait à penser que c'est un paon, 
si l'absence d'aigrette ne devait faire écarter cette idée. Il est très vraisem- 
blable qu'on a voulu figurer ici la colombe, qui est, ainsi que nous l'avons dit 
plus haut, un des emblèmes du Christ. 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Nous n'avons pas d'exemple du nom de Trasildus, que nous puis- 
sions citer ici; mais nous connaissons un certain nombre de voca- 
bles, comme Trasilane, affranchie 1 par le testament d'Erminelrudis 1 ; 
Trasibrictus, témoin au testament d'Irmina, abbessc d'Oereen 
(province de Trêves) 2 ; et Trasîmirus, personnage laïque, quai i lit' 1 
procer, et assistant au xin e concile de Tolède, tenu en l'an 681 3 . Ces 
vocables sont formés sur un thème qui leur est commun avec Tra- 
sildus 1 '. 

CCLXIll 

ANNEAU AVEC INSCRIPTION, DE PROVENANCE INCONNUE 



Ce bijou lait partie, comme le précédent, de la collection léguée 
par M. le baron Davilliers au Musée du Louvre. 

11 est en or pur, 1res bien conservé; il a 18 millimètres d'ouver- 
ture; le pourtour a 3 millimètres de hauteur du côté opposé au 
chaton. Ce chaton, de forme ovale et ménagé à même le métal, a 
17 millimètres dans sa longueur, sur 10 millimètres de hauteur au 
centre, et présente, gravés en creux sur deux lignes, les carac- 
tères suivants : 

SF3 

SIX- 

La 3 e lettre de la première ligne est, je crois, inscrite dans le 
sens rétrograde, et celte ligne doit être lue SFE : au commence- 
ment delà deuxième ligne, il ya un caractère dont la signification 

1. Ann. 700, dans Pardessus, Diplômes et Chartes, t. II, p. 258. 

2. Ann. 698; ibid., p. 252. Les chartes attribuées à Irmina sont générale- 
ment regardées comme fausses ou gravement interpolées ; mais elles sont an- 
ciennes et conservent une certaine valeur. 

3. Dans Ph. Labbe, Collect. maxim. conciliai'., t. VI, p. 1270. 

4. On peut encore rapprocher de ce mot les suivants : Trasamundus ou Tra- 
semundus, roi des Vandales ( Ï96-523), et les noms de trois monnayers de la 
période gallo-l'rauque : Trasemundus, Trasoaldus et Tradulfus. Cf. Anal, de 
Barthélémy, Liste des Monnayers, elc. ; in Biblioth, de l'Êc. des chartes, année 
1881. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



303 



est difficile à déterminer, mais où il est assez rationnel de voir un 
X. .Te ne suis pas en mesure de donner de l'inscription une expli- 
cation satisfaisante'. 

CCLXIV 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 




Voilà une troisième bague de la période gallo-franque, comprise 
dans la collection léguée par M. le baron Davillicrs au Musée du 
Louvre. 

Elle est en or, comme les deux précédentes, et d'une conserva- 
lion parfaite. Elle n'a que 16 à 17 millimètres d'ouverture, ce qui 
donne lieu de présumer qu'elle a dû appartenir à une femme. Le 
pourtour a 2 millimétrés de hauteur du côté opposé au chaton. Ce 
chaton, de forme ronde, et de 11 millimètres de diamètre, est soudé 
aux deux branches de l'anneau; il est orné, au centre, d'un pelil 
cercle, renfermant un point, et de la circonférence duquel se déta- 
chent, à distances égales, quatre traits droits, portant chacun une 
lettre à son extrémité. 

Ces lettres, gravées tout au bord du chaton, sont, en allant de 
droite à gauche : 

S R S E . 

Au centre, il y a un o> et nous avons, pour l'inscription entière, 
la leçon suivante : 

S [Signum ou Sigillum) ROSE- 

Ce nom était, comme on sait, fort usité dans le monde romain ; 
plusieurs saintes l'ont porté, notamment une femme qui fut mar- 
tyrisée, avec son fils Platanus, sous le règne de l'empereur Trajan V 

1. Quand j'ai publié pour la première fois cet anneau (Rev. ardhéol., année 
1885, t. I er , p. 306-307), j'avais proposé, d'une façon dubitative, d'y lire FELI- 
CIS; mais cette conjecture me semble décidément n'avoir pas de base suffi- 
sante, et je crois devoir y renoncer. 

2. Bolland., Acta SS., mens, septemb. t. I, p. 107. 



304 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 

PARIS 

3° Feu le baron Pichon (collée! ion de) 

GCLXV 

ANNEAU SIGILLA1RE d'aBBON, DE PROVENANCE INCONNUE 




Cet anneau d'or, qui a appartenu à M. Charvet, puis à feu Jien- 
jamin Fillon, a passé dans la collection de feu le baron Pichon. lia 
23 millimètres d'ouverture, et il est orné d'un chaton de forme ar- 
rondie, mais irrégulière, qui a de 13 à 1 4 millimètres de diamètre, 
et porte, autour d'une tète nue, grossièrement gravée, cette ins- 
cription : 

+ ABBONESO. 

On a jusqu'ici considéré cette inscription comme représentant le 
nom d'un personnage appelé Abbotiesi/s 1 . Mais ce nom est entière- 
ment inconnu, tandis que celui d'Abbo fut non seulement très usité, 
mais même célèbre dans le haut moyen âge : c'est celui de plusieurs 
saints évèques, abbés et prêtres*, de personnages laïques 3 , de moii- 

1. E. Le Blant, Inscript. chrét. de la Gaule, t. II, p. 351 , n° 575 A; 
planche LXXIX, fig. 476. 

2. Bolland., Acta SS., mens, april., t. II, p. 388; Mabillon, Acta SS. Ord. 
S.Bened., IV, n, p. 573; VI, i, p. 30; Pardessus, Diplom. et chart., t. I, p. 74. 
98, 127, 224; t. II, p. 18, 39, 141, 370. 

3. Pardessus, loc. cit., I. II, p. 479, et I . I, Prolég., p. 272; t. II, p. 131,143, 
334. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



305 



nayers des temps mérovingiens 1 , parmi lesquels il faut mentionner 
le directeur de l'atelier royal de Limoges au commencement du 
vn e siècle, le premier patron de saint Eloi 2 . 

Nous sommes très porté à penser que c'est un personnage de ce 
nom qui, vers le même temps, fut le possesseur de notre anneau. 
Si l'on adopte ce point de vue, il faut détacher d'ABBONE la syllabe 
SO, comme nous le ferons plus bas pour la syllabe SV du cachet de 
ROCCOLANE, où nous montrerons qu'il faut voir les premières 
lettres de SW{bscripsi) 3 . 

Quant à la forme SO pour SV, il y a dans l'épigraphie de cette 
époque, tant d'exemples de la substitution de la lettre à la lettre 
V, qu'elle n'a rien d'insolite, et peut être admise sans difficulté 1 . 

A l'égard de la déclinaison à'Abbo à l'ablatif (Abbone), nous la 
trouvons aussi dans les chartes de la première race, où les parties 
et les témoins souscrivaient souvent avec leur nom à l'ablatif 3 . 

Il nous paraît donc que la légende de notre bague doit être ainsi 
entendue : 

+ ABBON (j{bscriplsi) pour SV[bscripsi). 

1. Voir notamment d'Amécourt, Descript. des monn. mérov. de Chalon-sur^ 
S'iône, p. 37 et n° 40. 

2. VitaS. Eligii, auctorc Audoe'no; dans d'Achery, Spicileg., édit. in-i, t. V, 
p. 157. 

3. Voir plus bas le n° CCLXV1II. 

4. Cf. E. Le Blant, lnscrip. chrét. de la Gaule : Tomolo, Tomulo et tumolo, pour 
Tumulo, planches IV, fjg. 13; VI, 24, 25; VIII, 34; XI, 42; XII, 57; E. Le Blant 
(iSouv. rec. des inscript. chrét. de la Gaule, Paris, 1892, p. 145) admet, comme je 
l'ai fait quand j'ai décrit noire anneau pour la première fois en 1886 {Rev. 
arch., ann. 1886, l. II, p. 41), que la syllabe SO doit être détachée du nom, 
mais il propose d'y voir le verbe sum, c'est-à-dire la déclaration pour l'anneau 
lui-même qu'il appartient à Abbon. Celte interprétation me paraît inadmissible 
par plusieur raisons dont le lecteur trouvera l'exposé dans une autre partie du 
présent ouvrage ( Voir l'Introduction, § 5, n. III). 

5. Voir J. Tardif, Monuments historiques, carions des rois, p. 11, 12, 17,20. 
23, 32. Au bas du testament d'Erminelhrude (vers l'an 700), on lit : « Ermene- 
thrude banc testamentum subscripsi ». Ibid , p. 3i. 



20 



306 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



CCLXVI 

ANNEAU DE WICAEL, DE PROVENANCE INCONNUE, AVEC L'ACCLAMATION McCUVl 

vivas in Deo 




Ce bijou fait partie, comme le précédent, de la collection do feu 
le baron Pichon, qui l'avait acquis de M. Castellani. Il est en or 
pur, a 22 millimètres d'ouverture, et se compose d'une tige massive, 
sur laquelle est soudé un chaton également en or. Au point de- 
réunion du chaton et de la tige, celle-ci a une largeur de 10 mil- 
limètres, et est ornée de guirlandes sur deux de ses faces exté- 
rieures. 

Le chaton présente deux assises, dont l'une, l'intérieure, a 
1S millimètres de longueur sur 10 de largeur; l'assise supérieure, 
en retrait sur la première, a 12 millim. 1/2 de longueur sur 8 1/2 
de largeur. 

Sur la surface de ces chatons, sont incrustées trois pierres : un 
rubis de forme rectangulaire, accosté de deux petites émeraudes de 
forme circulaire. 

Sur une face de l'assise inférieure du chaton sont gravés en creux 
ces deux mots : 

MICAEL MECV (mecum) 
et sur la face opposée : 

VIVAS IN DEO 

C'est assurément une bague donnée par une jeune fille à son fiancé 
ou par une femme à son mari. 

Mon regretté confrère E. Le Blant a publié 1 deux exemples de 
l'acclamation Vivas mecum : l'une, en grec, relevée sur une agate 

1. 760 inscriptions sur pierres gravées inédites, p. 126, n° 328, et p. 127, 
n° 329. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



307 



du cabinet de Bascas de Bagaris, l'autre en latin, relevée sur un 
anneau de bronze qu'il avait vu à Rome, dans la collection de 
M. Gastellani. Celle-ci, gravée en rétrograde et portant le chrisme 
au milieu, est ainsi conçue : 

COI I 
M * E V 
I VAS 

Con (pour cwri) me vivas 
CCLXVII 

BAGUE SIG1LLAI RE DE GUND1S, DE PROVENANCE INCONNUE 




La bague en or, que nous reproduisons ici, a fait partie de la col- 
lection de feu le baron Pichon *. 

Le chaton, de l'orme presque ronde, a 19 millimètres de haut (y 
compris une bordure en relief striée), et 21 millimètres de large (y 
compris deux triangles gravés à droite et à gauche, où l'on voit des 
globules ou cabochons en or). 

Dans le champ, divisé en deux compartiments superposés et sé- 
parés par un trait horizontal qui relie les deux triangles latéraux, 
on lit, gravé en deux lignes, et précédé d'une croisette, le nom de 

( (lundis), 

forme latinisée du radical germanique Gund. 

Ce nom, qui est entré comme ('dément composant dans de nom- 
breux vocables germaniques 3 , a été, isolément, d'un usage peu 



t. E. Le lilant a l'ait observer que le mot cum, dans les épitaphes, est souvent 
écrit CVN, KOYN et CON, et que les exemples de la substitution de l'N à M 
sont d'ailleurs des plus fréquents sur les marbres (Ibid., p. 126, note 2}. 

2. Elle appartient actuellement au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque 
nationale. 

3. Gundi-bergn, Gtmdi-hild, Xdsi-gundis, Fvide-gundis, Sene-gundis , Rade- 



308 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



commun. La seule mention que nous fournissent les monuments 
historiques, se trouve au viu e siècle, dans le recueil des chartes de 
la célèbre abbaye de Lorsch', et l'intéressante bague de la collec- 
tion du baron Pichon est le seul exemple archéologique que nous 
en connaissions. 



ANNEAU DE ROCCOLA OU ROCCOLANE, AVEC CHATON TOURNANT ET DOURLE 



Le bijou ou, plus exactement, le fragment de bijou que nous re- 
produisons ici, est une rondelle en or (in et pourtant un peu pâle, 
ayant 11 millimètres de diamètre, 3 millimètres d'épaisseur à la 
tranche, et pesant 2 grammes. Elle se compose de deux plaquettes 
soudées l'une sur l'autre; chacune de ces plaquettes porte une lé- 
gende gravée avant la soudure, et l'une d'elles a un chrisme dans 
le champ. 

Cette rondelle a évidemment formé le chaton d'un anneau aujour- 
d'hui perdu, car, sur deux côtés opposés de la tranche, on voit très 
apparentes les cassures des deux pivots en fer qui y étaient primi- 
tivement fixés et pénétraient dans les deux branches de cet anneau, 
et sur lesquels tournait le double chaton. 

J'ajoute que cette portion du bijou y était ainsi enchâssée de ma- 
nière à présenler, en tournant, l'inscription de chaque face dans le 
sens où elle devait être lue. 

Le symbole religieux et les caractères qui y figurent sont d'une 
bonne exécution pour l'époque; de même style que ceux qu'on voit 
sur les meilleures monnaies de la fin du vi e siècle et du premier 
tiers du vu , ils font remonter la confection de notre petit monu- 
ment aux temps de la première dynastie franque. 

gundis, et beaucoup d'autres, dont Forslemann a réuni 74 exemples (Personeii' 
namen, col. 555-556). 

1. God. Lauvesham. diplomatie, n° 2101, cite par Fôrstemann, ubi supra. 
Lorsch est dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt. 



CCLXV111 



INSCRIPTION, DE PROVENANCE INCONNUE 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



309 



Il appartenait à l'intéressante collection de feu Benjamin Fillon, 
et il est devenu la propriété de la nièce et héritière de ce savant. 
M. Feuardent, qui en a été momentanément détenteur, a bien voulu 
me le confier, et c'est à son obligeance que j'ai du de pouvoir en 
faire la publication. On ne possède d'ailleurs aucun renseignement 
sur la localité, l'époque et les circonstances dans lesquelles il a été 
trouvé. 

Des deux faces du chaton, l'une porte le chrisme dans un cercle, 
et, autour de ce cercle, la légende suivante, précédée d'une croi- 
sette : 

* ROCCOLAI^ESV 

(Roccolane su). 

Sur la deuxième face, sont gravées trois lignes superposées, dont 
chacune est surmontée d'une barre qui la couvre : 

WAR 
E NBERT V 
SDEDI 

[Warenbertus dedi). 

Le nom de Warenbertus se retrouve, avec une très légère diffé- 
rence, dans le Warembertus d'une charte de l'archevêque de Trêves 
Léodanus, de l'an 706', et dans le Warimbertus du polyptyque 
d'Irminon 2 . 

Le testament d'Erminétrudis, dressé vers l'an 700, nous offre le 
nom de femme Roccidane, presque identique au Roccolane de notre 
bijou. Cette même terminaison, qui servait indifféremment pour 
tous les cas de la déclinaison 3 , se rencontre fréquemment dans 

1. Pardessus, Uiplom. et chart., t. II, p. 269. Ce personnage est qualifié près- 
biter, et il est dit, dans la charte, que c'est lui qui l'a écrite sur l'ordre de l'ar- 
chevêque et avec la permission de sou seigneur Huncio, qualifié presbiter et 
admanuensis. 

2. IX, 4, édit. de Guérard, p. 85; édit. de Longnon, p. 112. 

3. Exemples : au nominatif singulier : « In nostram venienles presentiam, 
démentie regni nostri intulerunt eo quod ipse Amalfridus et matrona sua Ch'd- 

debertane monasterium visi fuerunt edificasse. » Diplôme de Thierry III, 

de l'année 687, dans Pardessus, Uipl. et chart., t. II, p. 203. On voit la même 
terminaison employée pour le génitif singulier : « Per consensum et volunta- 
tem... Amalfridi vel matrone ipsius Childebertane seu et filie eorum Auriane ab- 
batissa. » Jbid., p. 202. De même dans un acte de 712, ibid., p. 434. A l'ac- 



310 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



les actes du moyen âge et particulièrement du vi° au ix e siècle. 

Nous avons donc, dans ROCCOLANE, un nom de femme complet 
en soi, et, à quelque cas qu'on suppose qu'il est décliné, n'y a dès 
lors aucune raison d'y rattacher le groupe SV, qui vient après lui, 
él qui donnerait, dans l'hypothèse contraire, une forme aussi irré- 
gulière qu'inusitée, conséquemment invraisemblable. 

Cela posé, j'ai recherché la signification de nos deux légendes. 

La face du double chaton qui porte lechrisme dans le champ et 
autour du chrisme le nom de Roccolane; qui, en outre, est d'un 
travail plus soigné que celui de l'autre côté, paraît avoir plus 
d'importance que ce dernier. Nous y reconnaissons toutes les parties 
d'une souscription complète, telles qu'on les voit à la fin d'un grand 
nombre de chartes de cette époque, et qui sont les suivantes : 
1° une petite croix ; 2° à la suite de cette croix, le nom du ou de la si- 
gnataire; 3° le mol subscripsi ou une de ces abréviations, subsc, 
sttbs. et même sub. '. ou bien encore le mot (moins usité toutefois) 
subsignavi ou l'une de ses abréviations 2 . Les dimensions du chaton, 
à peine suffisantes pour contenir ce que nous y voyons, puisque le 
graveur a dû lier ensemble les lettres N et E, ne permettaient point 
l'inscription de la formule subscripsi on subsignavi, et se prêtaient 
difficilement à l'inscription d'une des abréviations usitées, et l'on 
s'est borné à en graver les deux premières lettres, SV. C'était le sceau 
ou cachet que Roccolane apposait au bas de ses lettres ou des actes 
danslesquel elle figurait soit comme partie, soit comme témoin 3 . 

cusatif, nous trouvons, en maint endroit du testament d'Erminétrudis déjà cité, 
cette terminaison, et notamment dans le passage suivant : Mummolane cum 
omni peculiare suo ingenuam esse volo. » Ibid., p. 257. A l'ablatif : « Dodone 
una eu m conjuge sua Tordilane, neenon et Bertholandane. » Charte de l'an 572 ; 
ibid., t. I, p. 133-146. 

1. Pour celte dernière abréviation, voir dans Pardessus, t. IF, p. 33, Vlndicu- 
lusAu. Roi Sigebert II, adressé à Didier, évèque de Cahors, l'an 664. 

2. Voir notamment une charte de 663, à la (in de laquelle on lit : « Farull'us 
subsignavit. Abbo subg. Ermenbertus subg. », etc. Pardessus, t. II, p. 131. On 
pourrait voir aussi dans le groupe SV les premières lettres de SW(bscriptio) ; 
Roccolane serait alors décliné au génitif d'une manière régulière. Mais celte in- 
terprétation, est moins vraisemblable que les précédentes, parce que le substan- 
tif subscriptio n'est pas aussi usité dans les actes mérovingiens que subscripsi 
et subsignavi. 

3. E. Le Blant (Souv. rec. des inscript, chrët. de la Gaule, p. 145) admet, 
comme je l'avais fait quand j'ai publié notre anneau pour la première fois (Rei. 
arch., ann. 188 i, t. 1. p. 144), que la syllabe su doit être détaché du nom propre; 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



311 



Quant à la légende de L'autre face du chalon, Warenbertus dedi, 
« Moi, Warenbert, j'ai donné », qui constate que cette anneau-ca- 
chetavait été donné à Roccolane par lui, son fiancé, elle avait pour 
but unique d'y perpétuer le souvenir de ce témoignage d'affection : 
elle restait donc tout à fait indépendante du cachet ou du sceau 
proprement dit, qui, lui, était destiné, à un usage courant, tandis 
que le côté opposé ne pouvait guère servir (si toutefois il servait) 
que dans une correspondance intims. 

En un mot, notre bijou est le débris d'un anneau sigillaire, au 
dos duquel le donateur a voulu rappeler sa libéralité. 

Telle est l'explication, fort simple comme on le voit, que m'a 
suggérée l'étude de ce curieux monument. 

Il me paraît utile de placer ici quelques observations générales 
à propos du chaton tournant qui était enchâssé dans l'anneau si- 
gillaire de Roccola ou Roccolane. 

Cette disposition existe dans une assez grande quantité de bagues 
antiques ; et il n'y a, dès lors, rien d'étonnant à la rencontrer dans 
celles du moyen âge. On connaît d'ailleurs la lettre où saint Avit, 
archevêque de Vienne (494 525), acceptant l'olfre que saint Apol- 
linaire, évèque de Valence (vers 520), lui avait faite d'une bague, 
indique à ce prélat comment il désire qu'elle soit fabriquée. « Klle 
sera, lui dit-il 1 , en fer très mince, représentant deux petits dau- 
phins affrontés; un double sceau y sera enchâssé, à l'aide de deux- 
mais il y voit le verbe sum exprimant la déclaration par l'anneau lui-même qu'il 
appartient à Roecola. Cette interprétation me parait peu admissible par plusieurs 
raisons dont le lecteur trouvera l'exposé dans une autre partie du présent ou- 
vrage (Voir V Introduction, §5, n. III). 

1. « Signatorium igiturquod pietas vestra non tam promittere quam otTerre 
dignala est, in hune modum fieri volo. Annulo ferreo et admodum tenui, velut 
c^ncurrenlibus in se delphinulis concludendo sigilli duplicis forma geminis car- 
dinulis inseratur (E. Le Blant, qui a reproduit une partie de cette épître, 
lnscr. chrét. de la Gaule, t. I, p. 50) a traduit ces mots par un pivot, ce qui ne 
répond pas exactement au texte); qua\ ut libuerit, vicissim seu lalibunda seu 
publica obtutibus intuentum alterna vernantis lapilli vel electri pallentis fronte 

mutetur Si quœras quid insculpendum sigillo, signum monogrammatis 

mei per gyrum scripti nominis lcgalur indicio. » Sancti Avili Epistol. lxxvhi, 
dans J. Sirmond, Opéra varia, t. II, col. 116-117. Saint Apollinaire de Valence, 
à qui cette lettre est adressée, est mort vers 520. D'un autre côté, saint Avit, 
dans un passage de la même lettre, fait allusion à la défaite d'Alaric II, roi des 
Visigoths (au 507), qui entraîna la ruine de ce royaume en Gaule ; c'est donc 
entre 507 et 520 que cette lettre a été écrite. 



312 



ÉTUDE SUR DES ANNEAUX 



pivots (geminîs cardinulis), de sorte que chaque côté en soit, tour 
à tour et à volonté, caché on montré, et présenle alternativement 
aux regards une face munie d'une pierre verte ou d'un pâle élcc- 
trum... Si vous me demandez ce qu'on devra graver sur ce sceau, 
le signe de mon monogramme devra se lire à l'aide de mon nom 
inscrit en cercle 1 . » 

Ce précieux document fait bien voir ^que l'emploi des 'chatons 
tournants dans les anneaux sigillaires étaif assez fréquent à cette 
époque, et pourtant le nombre de ceux que l'on connaît est encore 
fort restreint \ 

GCLXIX 

ANNEAU AU SYMBOLE DE LA COLOMBE, DE PROVENANCE INCONNUE 

Le catalogue de la vente des bijoux et monnaies provenant de 
la succession du savant archéologue Benjamin Fillon, catalogue 
dressé par M. Rollin, contient, à la page 34, sous le n° 36, la note 
descriptive suivante : 

« Bague mérovingienne en or. — Sur le chaton carré, est gravé 
en creux un oiseau (sans doute une colombe); au-dessous, une 
croisetto, et au-dessus, une palme. La bague est également gravée 
avec finesse des deux côtés du chaton. — Joli bijou d'une admi- 
rable conservation. » 

Désireux de connaître de visu celte bague, et d'en obtenir une 
empreinte qui me permît de la reproduire, j'en ai recherché acti- 
vement le nouveau propriétaire. M. Rollin, qui, à la vente pu- 
blique, s'en était rendu acquéreur pour le compte d'un tiers, n'a 
pu me renseigner sur le nom et l'adresse de ce dernier, et je me 
suis trouvé ainsi dans l'impossibilité de faire figurer ici la bague 
qui nous occupe. 

Je me bornerai à faire, au sujet de la description ci-dessus, la 
remarque suivante : 

1. Il faut, ce me semble, en rapprochant celte dernière phrase des mots sigilli 
duplicis qu'on lit plus haut, l'entendre dans ce sens, qu'une des deux faces du 
chaton porterait le monogramme tournant, l'autre, le nom entier de saint Avit. 
S'il en était autrement, les molslsigilli duplicis forma, écrits au commencement 
du passage reproduit, seraient inexplicables, ou du moins ne pourraient s'ex- 
pliquer que d'une façon peu vraisemblable. 

2. Voir ci-dessus, l'es n 05 GXXV et GLXXXVH. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



313 



La petite palme que le rédacteur a cru voir au-dessus de l'oiseau 
n'est peut être, en réalité, qu'une représentation maladroite de 
l'aile éployée de la colombe symbolique, telle qu'elle est gravée 
sur un autre anneau, où figure cet emblème du Cbrist'. 

PAU1S 

A° M. An. de Barthélémy (Collection de). 

CCLXX 

ANNEAU AVEC LE S BARRÉ, DE PROVENANCE INCONNUE 

Plusieurs fois déjà, j'ai eu l'occasion de signaler l'emploi : 1° du 
S barré (S), abréviation bien connue de Sigmim ou de Sif/navi, 
soit dans la composition des monogrammes, soit auprès de noms 
en forme monogrammatique dont ce sigleélait tout à fait distinct; 
2° du S accompagné de trois points ou d'un seul point, et que je 
crois avoir eu la même signification que le S barré. 

Voici une bague en bronze, qui ne porte, au chaton, que le S barré, 
sans aucun nom en légende ou en monogramme. 

Cette bague, qui appartient à mon savant confrère et ami, Anat. 
de Barthélémy et m'a été communiquée par lui, n'a qu'une faible 
ouverture (17 millim. 1/2), qui fait présumer qu'elle était portée 
par une femme ou une toute jeune fille. Le chaton, ménagé à 
même le métal, a la forme d'un carré long, de 9 millimètres sur 7 1 /2 
de hauteur. Dans un cadre irrégulier, malhabilement tracé au 
burin, on voit un S couché, coupé en deux par un trait oblique, 
qui, partant de l'angle supérieur de gauche, va rejoindre l'angle 
inférieur de droite. 

A droite et à gauche du chaton, on remarque quelques traits, 
gravés dans une intention d'ornementation très rudimentaire. 

1. Voir ci-dessus le n° XXXII. 



314 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



PARIS 

o°M. de Laulrec (Collection de) 

CCLXXI 

BAGUE AVEC INSCRIPTION, DE PROVENANCE INCONNUE 




Cette bague, qui appartenait à la collection de Benjamin Fillon, 
a passé, en 1882, après la mort du célèbre antiquaire, dans les 
mains de M. de Lautrec, archéologue distingué, résidant à Paris; 
c'est d'après le dessin qu'en a fourni le catalogue de vente de ladite 
collection 1 ,, que je la reproduis ici. 

Elle est en or fin; la tige en est striée; son ouverture est de 19 à 
20 millimètres; elle est munie d'un chaton carré, soudé sur la ba- 
guette et accosté, à chacun des deux points de réunion, des trois 
globules ou cabochons si fréquemment signalés sur nos anneaux. 

Au centre du chaton, qui a il millimètres de côté, est gravée 
une petite tète d'un travail grossier, et qui paraît ornée d'un 
bandeau, ou coiffée d'un casque dépourvu d'ornement. Sur les 
quatre côtés, et séparées de la figure du centre par un trait au 
burin, sont inscrites, au nombre de dix, des lettres dont plusieurs 
sont assez lisibles isolément, mais qu'il m'a été impossible de 
grouper de manière à obtenir une leçon acceptable 2 . 

1. N° 33, planche II, fig. 3. 

2. Le rédacteur du catalogue de la vente publique de la collection Fillon, tout 
en déclarant la légende indéchiffrable, a indiqué le groupement suivant : 

FACTSERAS. 

Mais, la légende ne contient point de F; et elle se compose de dix lettres, 
tandis que le catalogue n'en reproduit que neuf. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



315 



PARIS 

Feu E. Le Blant. (Collection de) 



CCLXXI bis 

ANNEAU AVEC VivdS VI DeO EN MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 




Ce bijou en bronze, qui appartient à la collection :1e mon re- 
gretté confrère E. Le Blant, présente un intérêt particulier en ce 
que, sur le chaton, de forme ovale, est gravé un monogramme, où 
ce savant a lu l'acclamation 

VIVAS IN DEO 1 . 

Il y a, en effet, au centre un V; à l'extrémité de droite (pour le 
lecteur) un |; un A; un S dans l'angle du V, ce qui avec le redou- 
blement du V donne le verbe vivas. Le | précité contribue à former 
un N et la préposition in; le dernier caractère du côté gauche est 
un D,à la haste duquel est attachée une barre horizontale, qui en fait 
un E ; et enfin, le O qui est sous la barre du A complète le mot Deo. 



CHANTILLY (Oise) 
(Musée Coudé, au château de) 

CCLXXll 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 

La bague que je reproduis ici appartient aux précieuses collections 

i. 750 inscript, de pierres grav. inéd. ou peu connue*, n° 325, p. 125 et pl. 
n° 325. E. Le Blant cite deux autres bagues portant le même monogramme, pu- 
bliées, l'une par M. Drury Fortnum (On finger -rings of the early Christian period, 
p. 42), l'autre par M. Arneth (Monumente des KK Miintz und Antiken-Kabinettes 
in Vien, planche S,I, n° 46, et page 76). 



316 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



du château de Chantilly. M. Germain Bapst, mon savant confrère 
à la Société des Antiquaires de France, qui avait été chargé par feu 
le duc d'Aumale de rédiger le catalogue de ces collections, m'a obli- 
geamment remis des dessins et une empreinte, à l'aide desquels je 
publie cet intéressant bijou. 

L'anneau dont il s'agit et dont on ignore la provenance, est en 
or pur ; il a, entre le chaton et la partie opposée de son diamètre 
intérieur, 19 millimètres d'ouverture. Le chaton, soudé sur la tige, 




est accosté, à droite et à gauche, de deux globules ou cabochons en 
or, également soudés. 

Sur le chaton, qui est de forme ronde et a 10 millimètres de dia- 
mètre, est gravé en creux un monogramme, composé des lettres 
suivantes : au centre un M; au sommet de lahaslede gauche (pour 
le lecteur) un O; au centre un N ; au sommet de la haste de droite 
un V; à la base du monogramme un A, à droite duquel il y a un L; 
au-dessus, un D et un | posé horizontalement. 

Ces caractères forment ensemble le mol 

MONVALDb génitif de MONVALDVS- 

Deux tiers de sou d'or mérovingiens, frappés à Trêves, porlent 
la signature d'un monnayer ainsi appelé 1 . Un autre monnayer afait 
graver, sur deux triens sortis de l'atelier à'Anicium (Le Puy en 
Velay), le nom de Monoâidus 2 , identique à ceux de Monualdus et 
Munualdvs 3 ' 

1. Adr. de Longpérier, Notice des monn. de la collection Rousseau, p. 59, 
n° 149; Blanchet, Nouveau Manuel de numismatique du moyen âge et moderne 
t. I, p. 93; Maurice Prou, Catalogue des monn. mérov. de la Biblioth. nat., 
p. 193, n os 905 el 906. 

2. Maurice Prou. op. cit., p. 442, n° 2121 ; et p. 582, n° 2121 bis. 

3. Voir Forslemann, Personennnmen, col. 93G et 938. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



317 



(CHARTRES Eure-et-Loir) 
(Musée de) 



CCLXXIII 

ANNEAU AVEC DEUX FIGURES, DE PROVENANCE INCONNUE 




M. le baron F. de Mély, à qui jétais déjà redevable d'intéres- 
santes communications, m'a fort obligeamment remis des dessins, 
accompagnés d'empreintes, de l'anneau que je reproduis ici, ainsi 
que de la bague décrite dans la notice suivante. 

Notre anneau, dont on ignore la provenance, appartient au Mu- 
sée de Chartres, où il est catalogué sous len° 3402; il est en bronze ; 
il a 23 1/2 millimètres d'ouverture. Le chaton pris dans la masse, 
est de forme ovale, presque ronde, eta 12 millimètres dans sa plus 
grande hauteur, sur 14 millimètres dans sa plus grande largeur. 
A droite et à gauche, sont burinées, dans le métal, deux saillies, 
qui rappellent les deux globules ou cabochons que l'on remarque 
sur un grand nembre de nos anneaux. 

Sur le chaton, divisé en deux compartiments, on voit, gravées 
en creux, au simple trait, deux figures, où il semble que l'inhabile 
artisan a eu l'intention de représenter deux personnages qui ap- 
puient leurs mains sur leurs genoux. 

CCLXX1V 

BAGUE AVEC CARACTÈRES INEXPLIQUÉS, DE PROVENANCE INCONNUE 

C'est encore au Musée de la ville de Chartres qu'appartient cet 
anneau de bronzé'. 

1. Il y est inscrit, comme le précédent, sous le n° 3402 du catalogue. 



218 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



La provenance en est inconnue. La tige a été, par accident, 
séparée d'un côté du chaton. D'après son état actuel, on peul fixer 
à 19 millimètres son diamètre intérieur. 

Le chaton ménagé, à même le métal, est accosté de trois saillies 
burinées avec l'intention de rappeler les trois globules ou cabo- 




chons dont nous avons constaté la présence sur un grand nombre 
de nos anneaux. 

Le chaton, de forme ronde, a 12 millimètres de diamètre. On y 
voit des caractères gravés en creux, difficiles à définir et dont la 
signification (s'ils en ont une) serait encore plus difficile à détermi- 
ner. Une particularité à signaler, c'est que les traits du burin ont 
été remplis d'un émail blanc dénaturé. 

CHATILLON-SUR-SEIAE (Cote d'Or) 
(Musée archéologique de) 

CCLXXV 

BAGUE, AVEC FIGURES AU CHATON, DE PROVENANCE INCONNUE 

Voici un curieux monument, qui est dans les vitrines du Musée 
archéologique de Chatillon-sur-Seine (Côtc-d'Or), et dont M. Lo- 
rimy a bien voulu m'adresser d'excellents dessins. 

C'est un anneau en bronze, de provenance inconnue', qui a 
20 millimètres d'ouverture, et dont la tige, arrondie, a 2 milli- 
mètres et demi près du chaton, et 2 à la partie opposée. 

1. Lettre de M. Lorimy, du 14 décembre 1895. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



319 



Le chaton, ménagé dans le métal, est de forme arrondie et a, 
dans sa hauteur, 15 millimètres; sur les côtés, il y a deux traits 
profonds qui le séparent de deux bourrelets rappelant les deux 
globules ou cabochons dont le chaton est souvent accosté. 




Sur celui-ci, on voit, dans un cadre tracé au burin, un person- 
nage en pied, de face, grossièrement gravé en graffîto, tète nue, 
paraissant vêtu d'une dalmatique, tenant de la main gauche une 
croix, et l'autre main levée en l'air, bénissante ou prédicante. 

Du côté droit, on remarque des traits dont la valeur et la signi- 
fication m'échappent. 



LAVAL (Mayenne) 
(Musée de) 



CCLXXVI 

ANNEAU DE PROVENANCE INCONNUE 




Voici un anneau inédit, en bronze, conservé au Musée de Laval 
et dont on ignore la provenance. 

11 est déformé et, par suite, le diamètre intérieur ne peut en être 
exactement mesuré; je l'évalue à 20 ou 24 millimètres. 

Il a, dans sa plus grande hauteur, 10 millimètres et 6 seulement 
dans la plus petite. On y voit gravées, comme ornement, deux 
arêtes de poissons. 



320 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



LYOX 

(Musée de) 

CCLXXVII 

ANNEAU S1G1LLA1RE d'utIGA, DE PROVENANCE INCONNUE 




Nous faisons figurer ici le chaton d'une bague en bronze, qui a 
été l'objet d'une savante notice deM.-J.-B. Giraud, conservateur au 
Musée de Lyon', insérée dans le Bulletin archéologique du Comité 
des travaux historiques et scientifiques* . 

Ce bijou a été acquis par ce Musée, en 1886, à Vienne en Dau- 
phiné, à la vente de la collection d'un particulier, qui le possédait 
depuis longtemps, et qui n'a pu donner sur sa provenance aucun 
renseignement sérieux et utilisable 5 . 

L'ouverture de la bague est ronde, et le diamètre intérieur en est 
de 18 millimètres seulement. Le bronze est plaqué d'or à l'intérieur. 
Le chaton, de forme ovale, est pris dans la masse du métal, lequel 
a été, en cet endroit, simplement renflé et aplati; il a 12 milli- 
mètres de large, non compris les trois lignes concentriques d'in- 
crustations en or, fortement burinées, encadrant l'inscription, et 
5 millimètres de hauteur au centre du chaton '. 

L'inscription, qui est formée, comme l'encadrement, d'incrus- 
tations en or, se compose de cinq caractères très nettement tracés, 
mais dont les deux extrêmes affectent des formes inusitées. 

En lisant ces caractères dans le sens vertical et en commençant 
par celui de droite (pour le lecteur), on a cru y Irotiver le nom 
d'Agitus ou celui d'Avilus. Voici comment M. Giraud s'exprime à 

1. Où elle est cataloguée sous le n° 93. 

2. Aimée 1889, p. 319. 

3. Lettre de M. Giraud, du 13 septembre 1891. 

i. Le dessin reproduit en tète de la note précitée de M. Giraud, est plus 
grand que nature (ibid.) ; le nôtre est de grandeur naturelle. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



321 



ce sujet : « N'ayant rencontré dans aucun texle de cette époque le 
nom d' Agitas, tandis que celui (ÏAritas est assez fréquent, nous 
nous sommes arrêté à cette dernière lecture, qui nous paraît vrai- 
semblable 1 . » Mais dans une note mise au bas de ce passage, le 
savant antiquaire ajoute de prudentes réserves : « Nos deux col- 
lègues du Musée de Lyon, aux lumières desquels nous avons eu 
recours pour celte lecture délicate, ont l'un et l'autre lu Avitas de 
préférence à Agitas. Nous n'insisterons pas sur l'attribution pos- 
sible de notre bague au grand évèque de Vienne, ami de Clovis, 
saint Avit, n'ayant pour appuyer cette hypothèse qu'une simple 
coïncidence d'époque et de localité, tandis qu'au contraire la gra- 
vure douteuse de la deuxième lettre, qui ressemble bien plus à un 
G qu'à un V, nous rejette dans l'incertitude devant laquelle nous 
nous interdisons une lecture définitive*. » 

Nous ne croyons pouvoir admettre ni l'une ni l'autre des deux 
leçons proposées. 

Le S de Agitas est absent de l'inscription, et la forme Agita est 
très invraisemblable. Il convient de rappeler, en outre, que le 
faible diamètre (18 millimètres) de l'anneau qui nous occupe in- 
dique bien qu'il était porté par une femme; et c'est dès lors un 
vocable féminin qui doit y être inscrit. 

La leçon Avitusesi encore plus inacceptable, car, aux objections 
ci-dessus il faut en ajouter une qui est péremptoire, à savoir que, 
non seulement il n'y a point de S, mais que la lettre où l'on a vu 
un V n'est pas el ne peut pas être un V; c'est, sans aucun doute 
possible, un G mérovingien (Ç), qui est d'un emploi fréquent, à 
cette époque, particulièrement, sur les anneaux sigillaires. 

La difficulté, ou pour mieux dire l'impossibilité d'obtenir une 
leçon satisfaisante, en procédant comme l'ont fait les archéologues 
lyonnais, prouve qu'il faut renoncer à leur procédé; elle disparait 
en effet, quand, au lieu de lire l'inscription de haut en bas, on la 
lit de bas en haut, ce qui est un mode au moins aussi régulier que 
l'autre. On trouve ainsi un U 3 , avec une haste pareille à celle de 

1. Bulletin archéol., année 1889, p. 3i9. 

2. Ibid., note 1. 

3. E. Le Hlant signale ia présence de celte l'orme dans les inscriptions lapi- 
daires, dès l'année 439. Rec. des inscr. chrèt. de la Gaule, préface, p. xxv. 

21 



322 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Y grec 1 au-dessus ; un T, un |, un G mérovingien (<7) el un A, non 
barré, avec une pointe au sommet : et, pour l'ensemble, un nom 
qui convient fort bien à la bague sigillairë d'une femme, celui de 

UTIGA- 

Il y a précisément, dans l'onomastique germanique du vm e siè- 
cle, le vocable Utich' = Utigh ou Vtig, identique à notre Utiga, dé- 
gagé de sa désinence latine. 

Ce point important élucidé, nous croyons utile de revenir sur 
certains détails de fabrication de notre anneau, et de faire con- 
naître à nos lecteurs les intéressantes remarques qu'ils ont sug- 
gérées à M. Giraud. 

Nous voulons parler du mode d'exécution de l'inscription et 
de son triple encadrement, qui s'enlèvent, en fines incrustations 
d'or, sur le fond sombre du bronze. Circonstance à signaler, la 
ligne concentrique intérieure qui entoure les caractères de la 
légende se compose d'une série de petits annelets d'une extrême 
ténuité. 

« L'ensemble du travail, fait observer M. Giraud, a cela de par- 
ticulier qu'il montre simultanément les deux procédés d'incrus- 
tation et du damasquiné, et on peut se rendre compte, après un 
minutieux examen, aidé d'une bonne loupe, que l'or des deux 
filets extérieurs et des lettres est incrusté dans un trait creusé à 
l'avance, et que pour ces dernières, ainsi que pour les petits an- 
neaux de l'encadrement intérieur, il est retenu aussi par des stries 
irrégulières faites à la lime, ainsi que procèdent les damasqui- 
ncurs orientaux et les artistes alï 1 agemina. Toutefois le travail 
diffère du procédé de ces derniers en ce que l'artiste ne paraît pas 
s'être servi d'un fil tréfilé, mais d'un métal délicatement découpé 
sur une feuille d'or, ce que semblent indiquer les inégalités très 
apparentes de l'épaisseur du trait. 

« Il est certain que nous nous trouvons ici en présence d'une 
œuvre de la corporation des barbaricaires. Le mol barbaricarius 
a servi à désigner deux industries différentes : un travail de bro- 

1. Voir Y= V dans M. Prou, Catal. des monn. mérov. delà Bibliothèque natio- 
nale, introduct., p. cxvin. 

2. Meiclielbeck, llist. Frisingensis,n° 69, saec. vm. — On trouve aussi la men- 
tion d'un personnage appelé Utih, dans le Gartulaire de Saint-Pierre do Salz- 
uourg, cité par Fôrstemann, Personennanem, col. 1290. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



323 



derre d'or sur étoffe, et un travail d'incrustation d'or et d'argent 
sur métal, notamment sur des armes. 

« La seconde de ces deux acceptions est moins ancienne que 
la première; tandis que les barbaricaires brodeurs sont mentionnés 
par Lucrèce, Ovide et dans l'édit de Dioctétien, il nous faut des- 
cendre jusqu'aux \ e et vi° siècles pour trouver les barbaricaires 
métallurgistes'. » 

NANTES (Loire-Inférieure) 
(Musée archéologique de) 

CCLXXVIII 

BAGUE AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 




Cette bague en argent est conservée au Musée archéologique de 
Nantes, au catalogue duquel elle est inscrite, sous le n° 59. Le ré- 
dacteur de ce catalogue et l'auteur d'une publication où elle a été 
reproduite y ont vu un anneau épiscopal 2 . 

Nous n'avons aucun renseignement touchant la localité, l'épo- 
que et les circonstances où ce bijou a été découvert. 

11 a 18 millimètres d'ouverture; la tige a 7 millimètres de hau- 
teur, et est décorée d'ornements gravés en creux à droite et à 

1. Bull, archéol,, loc. cit., p. 320 

2. M. le comte de. Lisle du Dréneuc, qui m'a très obligeamment procuré les 
dessins de ce curieux monument, m'a fait connaître l'interprétation qui en avait 
été déjà donnée dans un ouvrage ou recueil dans lequel il a été publié, mais 
dont le savant directeur du Musée de Nantes ignore le titre et la date, et dont il 
ne possède que la planche gravée où notre bague est représentée. 



324 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



gauche du plus grand des deux chatons dont il sera parlé plus bas; 
elle est simplement striée et a 4 millimètres seulement de hauteur 
près du deuxième chaton. Entre ces deux parties de noire anneau, 
on a figuré, de chaque côté, une tète d'animal difficile à définir. 

Le plus petit chaton, de forme légèrement ovale, et ménagé à 
même le métal, a G millimètres de large sur 5 de hauteur : il est 
orné d'une croix à branches égales potencées. 

Le plus grand des deux chatons, également pris dans la masse, 
ait millimètres de large et 9 de haut, il présente un monogramme, 
où l'on a cru trouver le nom de Theodoricusci sa dignité d'évèque, 
exprimée par le E que comprend le monogramme. 

Cette explication est absolument inadmissible, en premier lieu 
parce que deux des lettres du mot THEODORICVS, R et D, sont 
absentes du monogramme, en second lieu parce que ce mot laisse 
sans emploi la lettre A, qui y est incontestablement présente. Ce 
que Ton a pris pour un R, le trait oblique placé au bas de la pre- 
mière perpendiculaire, ne saurait être accepté pour cette lettre, 
dont les éléments font ici défaut; ce ne peut être qu'un N cursif (n). 
Quant à la lettre E, qu'on a regardée comme l'initiale d'Episcopus, 
elle ne peut avoir, en pareille position, cette valeur. 

Voici quels sont, à nos yeux, les caractères contenus dans l'ins- 
cription monogrammatique : 

En allant de gauche à droite, les lettres T, H, E; puis, à l'inté- 
rieur et au sommet, un caractère qui pourrait, à la rigueur, être 
un c rétrograde, mais qui nous paraît être plutôt un G mérovin- 
gien rétrograde (^); au-dessous, le A; au bas de la première per- 
pendiculaire, le N cursif que nous avons signalé plus haut; enfin, 
posés sur la barre médiane du H, un V et un S- Nous avons ainsi, 
pour l'ensemble du monogramme, le nom de 

THETANVS- 

Thegan est un vocable germanique, fort usité dans le haut 

1. On a cru voir uni dans le trait posé obliquement sur la barre intérieure du 
H ; mais à tort, suivant nous. Le I est une lettre dont on avait d'autant moins 
à se préoccuper dans la composition du monogramme, qu'elle aurait pu être 
représentée par une des perpendiculaires. Et d'ailleurs, elle n'aurait pas été 
gravée ainsi obliquement, ce qui était, au contraire, nécessaire pour la formation 
du V. 



DES PREMIERS STÈCLES DU MOYEN AGE 



325 



moyen âge 1 , et qui, latinisé, a fait le nom de Thegamts, rendu cé- 
lèbre par l'auteur de la Vie de l'empereur Louis le Pieux, dont il 
était le contemporain 2 . 



CCLXXIX 

BAGUE AVEC LE CHR1SME, DE PROVENANCE INCONNUE 




Voici encore une bague qui appartient au Musée de Nantes, et 
qui est inscrite au catalogue de ce dépôt, sous les n° s 60-14 3 . 
J'ignore, comme pour la bague ci-dessus décrite, le lieu et l'époque 
où elle a été trouvée. 

Elle est eu cuivre, de 17 millimètres seulement d'ouverture, 
ce qui indique qu'elle était faite pour une main de femme ou de 
jeune fille; la tige a S millimètres de hauteur près du chaton. 
Celui-ci, pris dans la masse, et de forme ovale, a 8 millimètres de 
large sur o 1/2 de haut ; il est décoré d'une croix ehrismée. 

Ce bijou a été déjà publié, mais le savant et obligeant directeur 
du Musée de Nantes ignore à quelle date et dans quel ouvrage ou 
recueil; il ne possède que la planche où ce petit monument est re- 
présenté*. 

GCLXXX 

BAGUE AVEC INSCRIPTION, DE PROVENANCE INCONNUE 

La bague que nous reproduisons ici, est, comme les deux pré- 

1. Voir de nombreux exemples dans Fôrstemann, Pcrsonennamen, col. 1153. 

2. Dans Perlz, Monum. German. histor., Scriplor., t. II, p. 585; et dans Rou- 
quet, Histor. de France, t. VI, p. 72. 

3. Lettre de M. le comte de Liste du Dréneuc, directeur du Musée, en date du 
24 avril 1889. 

4. Lettre préciléV. 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



cédentcs, au Musée archéologique de Nantes, sur le catalogue 
duquel elle est inscrite sous les n os 62-16'. 

Elle est en or, a 16 millimètres 1/2 seulement d'ouverture, ce 
qui indique qu'elle était destinée à une main de femme ou de 
jeune fille; la tige a 2 millimètres d'épaisseur du côté opposé au 
chaton : celui-ci, ménagé à même le métal, et de forme ovale, a 




19 millimètres de haut sur 12 de large; il nous offre, encadrée dans 
un pointillé, une croix représentant le X des Grecs, avec, en tra- 
vers de la haste, les lettres p et € (?), et où il est peut-être permis 
de lire une abréviation de ^pi'axe. Nous aurions là, dans ce cas, une 
invocation religieuse, en même temps qu'une forme du mono- 
gramme du Rédempteur. 

Le seul renseignement que fournisse le catalogue sur la prove- 
nance de ce bijou, c'est qu'il a été acheté chez un orfèvre de Tou- 
louse; il y est dit aussi que •< le chaton est soutenu par quatre dra- 
gons presque effacés » 2 ; mais je n'y vois aucune trace de ces 
ornements. 

CCLXXXI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 




En nous adressant les dessins des trois anneaux: que nous 

1. Lettre de M. le comle de Liste du Dréneuc, conservateur du Musée 
de Nantes, qui m'a fort obligeamment procuré les dessins de l'anneau 
(24 avril 1889). 

2. Lettre précitée. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



327 



venons de décrire, et qui sont au Musée archéologique de Nantes, 
M. le comte de Lisle du Dréneuc a eu l'obligeance d'y joindre les 
dessins de deux bagues qui n'appartiennent point au dépôt dont 
la direction lui est confiée. 

Deux d'entre elles, qui ont été déjà publiées, peuvent être con- 
sidérées comme remontant à l'époque mérovingienne. 

Celle qui est figurée en tète de cette notice, est en argent. Elle 
a 17 millimètres d'ouverture ; le chaton, pris dans la masse, a une 
largeur de 11 millimètres sur 7 1/2 dans sa plus grande hauteur. 
La tige, très mince à l'opposé du chaton, va s'élargissant à mesure 
qu'elle se rapproche du chaton; elle a, près de celui-ci, 6 milli- 
mètres 1/2 de hauteur, et est décorée très simplement de traits au 
burin. 

On ne possède aucun renseignement sur le lieu, l'époque et les 
circonstances dans lesquels ce bijou a été trouvé 1 . 

La faible ouverture de la bague indique qu'elle était portée par 
une femme ou même une jeune fille. 

Quant au monogramme qui orne le chaton, nous y voyons un 
R, un N, un V formé par la barre oblique du R ou du N et de la 
deuxième perpendiculaire 2 , au sommet de laquelle est un E rétro- 
grade : ce qui donne le nom de RVNE, génitif de RVNA- Le S 
barré par un trait oblique central, représente ici, comme nous 
l'avons observé sur plusieurs de nos anneaux, le sigle bien connu, 
abréviatif de Signum. 

Nous avons ainsi pour l'ensemble 

Signum) RVNE- 

Run est un radical germanique qui est entré dans la composition 
de nombreux vocables du haut moyen âge. Forstemannen a repro- 
duit quinze, où figure le féminin Runa 7 '. 

1. Leltre de M. du Dréneuc, du 24 avril 1889. 

2. Le soin que le graveur a pris déplacer au sommet de celte perpendiculaire 
les trois traits horizontaux du E, qu'il pouvait échelonner sur toute la hauteur, 
montre bien qu'il a voulu ménager, au-dessous, la lettre V. 

3. Al-runa, Ald-runa, Alb-runa, A-runa, Balde-runa, etc. (Personennamen, 
col. 1062). 



323 ÉTUDE SUR LES "ANNEAUX 

CCLXXXII 

ANNEAU AVEC LES LETTRES T ET D> DE PROVENANCE INCONNUE 




Voici la deuxième des bagues donl nous avons parlé dans la pré- 
cédente notice, et dont les dessins nous ont été procurés par M. le 
le comte de Lisle du Dréneuc. 

Elle est en bronze émaillé de rouge et d'un bleu très foncé. Elle 
a 19 millimètres d'ouverture; la hauteur delà tige varie beaucoup 
suivant qu'elle se rapproche de l'un ou de l'autre des deux chatons 
dont elle est. pourvue et qui sont pris dans la masse. 

Le plus grand de ces chatons, de forme ronde, à 14 millimètres 
de diamètre; il porte deux lettres (un T et un D rétrograde), accos- 
tées chacune de deux groupes formant des triangles, et dont il est 
impossible de déterminer le sens. 

Le plus petit chaton, placé, comme toujours, en face du premier, 
est un ovale de S millimètres de haut sur 7 de large : il présente, 
pour tout ornement, cinq traits perpendiculaires. 

PÉR0IV1XE (Somme) 
( Musée communal de ) 

CCLXXXI11 

RAGUE AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 




Cette bague en bronze, quia fait partie de la collection de feu 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



329 



Alfred Danicourt, appartient actuellement au Musée de la ville de 
Péronne. Elle avait été acquise par M. Danicourt, en 1 885, d une 
personne qui en était devenue elle-même propriétaire dans une 
ville du bassin oriental de la Méditerranée 1 . 

Cet anneau est orné d'un chaton, ménagé à môme le métal et de 
forme ovale, qui a 14 à 15 millimètres dans le plus grand axe, 
11 à i2 dans le plus petit. Sur ce chaton est tracé un monogramme, 
au-dessus et au-dessous duquel on voit inscrit, dans le sens rétro- 
grade, le sigle abréviatif de Signum ou Sigillum. Le tout, encadré 
dans un grènetis ou pointillé, doublé d'un trait au burin, est gravé 
en creux. 

La tige de l'anneau est déformée et a été môme brisée et mala- 
droitement réparée en deux endroits, de façon à rendre difficile le 
mesurage exact de son ouverture. Néanmoins, comme elle n'a, dans 
son plus grand diamètre, que 18 millimètres et 1 i environ dans 
le plus petit, l'ouverture primitive devait être tout au plus de 16 à 
17 millimètres, et ne pouvait donner entrée qu'à un doigt de femme 
ou déjeune fille. D'après cela nous devons chercher dans le mo- 
nogramme un nom féminin, lin second lieu, la présence de deux S 
barrés, sigles de Signum ou Sigillum implique que ce nom doit être 
décliné au génitif. 

Il se déchiffre d'ailleurs sans trop de difficulté. C'est celui de 
DIANE. Le D initial, le N et le E sont très apparents; le | est repré- 
senté par la dernière barre perpendiculaire, et le A non barré, par 
le premier jambage perpendiculaire et la barre oblique intérieure 
du N. Nous avons donc, pour l'ensemble 

S\gnum ou S\gi^ um DIANE- 

Ce vocable est déjà inscrit, en toutes lettres, avec celui deAvius, 
sur un anneau de mariage ou de fiançailles, que nous avons décrit 
plus haut 2 . 

Un détail qu'il convient de noter, c'est la présence du sigle S, 
inscrit deux fois sur notre bague. 



1. Probablement Smyrne ou Alexandrie, d'après les indications de M. Dani- 
court. 

2. Voir le n° CXVIII. 



330 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



CCLXXXIY 

UNE BAGUE d'ÉVÊQUE, DE PROVENANCE INCONNUE 




La belle bague en or, que nous reproduisons ici, a longtemps 
appartenu à Benjamin Fillon. Acquise, en 1882, par feu Alfred 
Danicourt, lors de la vente de la collection du savant antiquaire, 
elle a très probablement été léguée, avec les autres bijoux de sa 
collection, au Musée de la ville de Péronne. Elle a 24 à 25 milli- 
mètres d'ouverture, et 18 à 19 millimètres de hauteur au chaton, 
9 à 10 du côté opposé. 

Elle se compose d'une large tige plate, recouverte d'ornements 
en filigrane, affectant la forme de S ou de volutes affrontées, et de 
petits ronds, avec une élégante bordure au pourtour. A droite el à 
gauche du chaton, il y a six ronds disposés en feuille de trèfle, 3, 
2 et t. 

Le chaton était formé d'une améthiste ovale et de deux pierres 
plus petites ; celles-ci, qui étaient serties au-dessus et au-dessous de 
l'améthiste, ont disparu. 

La fabrique de cette bague, le dessin des ornements, et, en par- 
ticulier, le dispositif des groupes de filigrane soudés à droite et à 
gauche du chaton, qui rappellent, en les doublant, les trois globules 
ou cabochons en feuille de trèfle, c'est-à-dire un des traits distinc- 
tifs de la bijouterie mérovingienne, lui assignent cette origine. 

Enfin, sa forme, très caractéristique, indique bien qu'elle devait 
être portée par une main d'évèque. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



331 



SAINT JUAIXENT (Deux-Sèvres) 
Le capitaine Espéraniieu, professeur à l'Ecole militaire. 



CCLXXXV 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE 





M. le capitaine Espérandieu, archéologue bien connu par deux 
savants ouvrages relatifs, l'un à l'épigraphie de la Saintonge, 
l'autre à l'épigraphie du Limousin, m'a fort obligeamment com- 
muniqué la bague en bronze figurée en tête de la présente notice. 

Cette bague, qu'il a acquise à Marseille, et dont il ignore la pro- 
venance, a 21 millimètres d'ouverture; la tige, de forme ronde, a 
une épaisseur, égale partout, de 3 millimètres. Le chaton, octogone 
et ménagé à même le métal, a 10 millimètres dans sa hauteur et 
dans sa largeur; il est accosté de trois cabochons, également pris 
dans la masse et disposés en feuille de trèfle, comme nous les 
avons observés sur un si grand nombre d'anneaux mérovingiens. 
Ce chaton présente, gravé en creux, un monogramme qu'il faut 
envisager, non en se plaçant en face de l'anneau, mais dans le 
sens d'un des groupes de cabochons dont il vient d'être parlé. On 
voit, à droite, un F; du côté opposé, un R rétrograde; au bas, un 
A non barré; au centre, un N, pnis un C carré (C) rétrograde; au- 
dessus de l'A, un V; enfin, un S posé sur la barre intérieure oblique 
du N ; le tout formant le nom de 

FRANCVS 

qui fut usité sous la première race, et entra dans la composition 
de beaucoup de vocables de cette époque 1 . 



1. Franco-meris. (Testament de saint Yriez, dans Pardessus, Dipl. et ch., t. I er , 



332 ÉTUDE SUR LliS ANNEAUX 

Le s, par la place qu'il occupe, a, en outre, la valeur de l'initiale 
de Signavi. Il faut donc lire 

FRANC VS S[ignavi). 

SAIIVT-Q[IENTJl\ (Aisne) 
M. Th. Eck (Colleclion de) 



GGLXXXVI 

ANNEAU AVEC INTAILLE ANTIQUE, DE PROVENANCE INCONNUE. 




Cet anneau, en bel or jaune, appartient à la collection particu- 
lière de M. Théophile Eck, à qui il a été vendu comme provenant 
d'un cimetière mérovingien, mais sans indication précise du lieu 
où il a été Irouvé. « Ce qui m'a été certifié, nous dit son proprié- 
taire actuel, c'est qu'il a été recueilli dans le nord de la Gaule 1 . » 

Il a 20 millimètres 1/2 d'ouverture; l'épaisseur de sa tige est de 
3 millimètres. Sur cette tige, est soudé un chaton ovale, de 17 mil- 
limètres sur 11, dans lequel est sertie une sardoine, portant une 
inlaille de travail romain, représentant Jupiter assis sur son trône, 
tenant de la main gauche un longsceptre, el de la droite une patère; 
à ses pieds, l'aigle, qui le regarde. 

Le chaton est accosté de deux globules ou cabochons aux points 
de réunion avec la tige. 

p. 139); Franco-bodus, Franco-lenus, Franc-ulfus, etc., monnayers de la même 
époque (Voir dans Prou, Calalog. des monn. méroving. de la Bibliotk. nat., p. 83, 
94, 95, 97, 397; cl la liste publiée par M. A. de Barthélémy, dans Bibliotk. de 
l'École des chartes, 6° série, t. I). 
\ . Lettre de M. Eck, du 6 avril 1892. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



333 



TOUttNUS (Saônc-et-Loire) 
(Musée de) 



CCLXXXVII 

RAGUE EN BRONZE, DE PROVENANCE INCONNUE 




Voici une bague qui appartient au Musée de Tournus. 

Elle est en bronze argenté et a 17 millimètres d'ouverture; sa 
tige, ronde, a, près du cliaton, 4 millimètres d'épaisseur, 2 1/2 du 
côté opposé; le chaton, qui est ménagé à môme le métal, en reliet 
sur la tige et de forme assez irregulière, a 16 millimètres dans sa 
plus grande hauteur, sur 14 1/2 de large. 



CCLXXXV1II 

AUTRE BAGUE DE PROVENANCE INCONNUE 




Cette bague, qui appartient au Musée de Tournus, est en 1er. Elle a 
13 millimètres d'ouverture entre le chaton et le côté opposé, 
13 seulement dans l'autre sens, ce qui indique qu'elle était laite 
pour une main de toute jeune fille ou môme d'enfant. La tige a, 
près du chaton, 5 millimètres d'épaisseur, et va se rétrécissant jus- 
qu'à n'avoir plus que 2 millimètres. 

Dans le chaton, pris dans la masse, est ménagée une cuvette ovale, 



334 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



qui était destinée au sertissement d'une pierre ou d'un verre de 
couleur. 

TROYES (Aube). 
Musée de la ville. 

CCLXXXIX 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE'" 




Autre bague en bronze, dont l'origine est inconnue, et qui appar- 
tient au Musée de Troyes. 

Elle a 17 millimètres 1/2 d'ouverture, ce qui marque bien qu'elle 
était à l'usage d'une femme ou d'une jeune fille. 

Près du chaton, la tige a 6 millimètres de hauteur; du côté op- 
posé, 2 millimètres 1/2. 

Le chaton, encadré dans un grènetis, est pris dans la masse : 
c'est un carré long, de 7 millimètres sur 6 de hauteur. Dans un 
cadre de grènetis, on a gravé un monogramme, dont il nous est 
impossible de définir les éléments. Peut-être môme ne faut-il y voir 
que des traits dépourvus de toute signification, et destinés seule- 
ment à assurer le secret de la correspondance. 

GCXC 

ANNEAU AVEC TÈTES DE SERPENTS AFFRONTÉES, DE PROVENANCE INCONNUE 2 

Voici une deuxième bague en bronze, appartenant, comme la 
précédente, au Musée de Troyes. 

1. D'après des dessins de M. Louis Leclerc, conservateur du Musée do 
Troyes. 

2, Idem. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



335 



Elle présente deux têtes de serpents affrontées. 

La tige a 20 millimètres d'ouverture, et i millimètres de hau- 




teur, près des deux tètes de serpents et 2 millimètres 1/2 du côté 
opposé. 



iii 



ANNEAUX DONT LA PROVENANCE 
ET LE POSSESSEUR SONT INCONNUS 



GCXCI 

ANNEAU AVEC LA COLOMBE ET L'INSCRIPTION Salbd ?/lC, ET DONT LA PROVE- 
NANCE ET LE POSSESSEUR SONT INCONNUS 

Lu Société des Antiquaires de France, dans sa séance du 9 dé- 
cembre 18o3. reçut de feu Adrien de Longpérier communication 
« d'un anneau d'or mérovingien », présentant, sur le chaton, une 
colombe qui portait dans son bec un rameau, et autour de laquelle 
étaient gravés en creux ces deux mots : 

SALBA ME [Salva me). 

Par malheur, la note insérée à ce sujet par notre éminent et re- 
gretté confrère, dans Y Annuaire de ladite Société 1 , n est accompa- 
gnée d'aucune figuration du bijou, et n'indique même pas la col- 
lection ou la personne à laquelle il appartenait. Nos efforts pour 
en découvrir le possesseur actuel étant restés infructueux, nous 
nous trouvons dans l'impossibilité d'en donner ici une description 
plus détaillée. 

A. de Longpérier, dans la note précitée, faisait observer que la 
colombe représentée sur notre petit monument était indubitable- 
ment une allusion ù celle que Noé fit sortir de l'Arche, et qui y 
rentra avec une branche d'olivier, annonçant le salut prochain, ce 
qui répond bien à l'invocation contenue dans la légende : Salba me 
[Salva me). 

Le savant archéologue rappelait en même temps que cette figure, 
identique à celle qui décore un denier épiscopal frappé à Chartres 

t. Année 1853, p. 155. Cette noie est reproduite dans les Œuvres complètes 
d'Adr. de Longpérier, publiées par notre savant confrère, M. G. Schlumberger, 
I. IV, p. 325. 

22 



338 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



;m vu' siècle, est un type emprunté à L'Ancien Testament. « On a 
nu, ajoutait-il, reconnaître dans ce denier la colombe de Reims, 
portant la Sainte Ampoule. Mais la légende de la Sainte Ampoule 
inséréepour la première l'ois, par Hincmar, dans la Vie de saint Remi, 
est postérieure d'environ deux siècles au denier de Chartres 1 . » 

CCXCII 

ANNEAU DE | G?]lINDIHILDUS, DONT LA PROVENANCE ET LE POSSESSEUR ACTUEL 

SONT INCONNUS 




Nous reproduisons ici le chaton d'une bague, dont les autres par- 
lies nous sont inconnues, et dont nous ne pouvons désigner ni la 
provenance, ni le possesseur actuel; nous ne savons même plus le 
nom du correspondant à l'obligeance duquel nous devons l'em- 
preinte d'après laquelle il est ici reproduit. Les renseignements que 
ce correspondant nous avait fournis ont été, à notre vif regret, par 
nous égarés. 

Le chaton de l'anneau, de forme ovale, a 9 millimètres dans sa 
plus grande hauteur sur 18 millimètres de large : il nous offre le 
nom du personnage qui le portait, en deux lignes 2 , entre les extré- 
mités desquelles s'avance, de chaque côté, une rangée de quatre 
cabochons ou globules. 

Au premier aspect, la ligne supérieure de l'inscription paraît 
commencer par deux |, suivis de NDI ; la deuxième ligne se lit sans 
aucun doute : H I LDI , ce qui donnerait, pour le tout, IINDIHILDI, 
vocable fort admissible puisque IND et HILDI sont l'un et l'autre 
des radicaux germaniques bien connus 3 . Mais un examen plus at- 

1. Le célèbre prélat fut élevé, en 845, au siège archiépiscopal de Reims, et 
mourut en 882. 

2. Nous avons d'autres exemples de la légende inscrite en deux lignes. Voir 
notamment les n° s IX, XXXIX' >', XL, XLIII, XLVI, etc. 

3. Voir Fiirstemann, Personennamcn, col. 780 pour înd, et col. 662 etsuiv. 
pour Midi, <;ui entre dans la composition d'un grand nombre de noms. 



UES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



339 



tentif l'ail constater, en avant des | de la première ligne, des traits, 
qui sont apparemment ceux d'une lettre initiale, dont une partie 
serait cachée par les cabochons 1 . Cette lettre ne pourrait être qu'un 
D cursif, ou un g cursif rétrograde (0). Or, dans l'onomastique 
germanique (et c'est d'elle incontestablement qu'il s'agit ici), le 
radical dind est inconnu, tandis qu'on y trouve les radicaux gind 2 
et gin ou ging 3 , et le nom entier serait alors très probablement 

GIINDIHILDI 

génitif de Giindihildus, le mot signum étant sous-entendu ; ce vo- 
cable est formé de la même manière que ceux de At-hildus, Gum- 
hildus, Rot childus et autres, cités par Fôrstemann*. 

1. Dans celte hypothèse, les lignes de cabochons et les points qui s'avancent, 
de chaque enté, sur le chaton servent de prolongement de la tige sur celui-ci. 
Mais ce n'est là qu'une supposition, el nous ne serons fixés, sur ce point connue 
sur plusieurs autres, que lorsque nous aurons sous les yeux le bijou en ques- 
tion ou des renseignements qui nous manquent présentement. 

2. Forstemann, op. cit., col. 515; il y a un exemple de ce radical dans Gindel. 
{Ibid., col. 468.) 

3. Ainsi dans Gingulf (Forstemann, col. 470). 

4. Op. cit , col. 662-664. 



IV 



ANNEAUX TROUVÉS HORS DU TERRITOIRE 
DE LA GAULE 



CCXCIII 

anneau d'avitus thouvé près d'hugsca, province d'aragon (espagne) 




Il y a, dans ce bijou, doux parties distinctes : 1° une bague, dont 
l'ouverture est de 2 centimètres, et composée de trois gros fils d'or 
pâle, tressés ensemble et striés à intervalles égaux, de manière 
que chacun de ces fils simule une chaîne formée de plusieurs fils ; 
2» une rondelle en or plein, également pâle, de 13 millimétrés de 
diamètre et de 3 millimètres d'épaisseur à la tranche, formant cba- 
ton et soudée sur les deux brandies de la bague. 

Aux deux points de soudure du cbaton et de la bague, il y avait 
trois globules en or disposés en trèfle; un de ces globules a disparu 
et laisse voir la place où il était soudé, comme ceux qui tiennent 
encore à l'anneau. 

Sur le chaton, est assez inbabilement gravé en creux un oiseau, 
sans doute une colombe, emblème du Christ; et autour de ce sym- 
bole, une légende précédée d'une croisette. 

En partant de la gauche de ce dernier signe, on trouve la leçon 
suivante : 

+ - STIVA {ïsliva). 

En partant de la droite de la croisette, on lit : 

+ AVITS— (AVITkiS I) ou AVIT(') SI 

M. Schlumberger, en présentant à la Société des Antiquaires ce 
petit monument, dont il est actuellement possesseur, a adopté la 



342 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



première des deux leçons que nous venons d'indiquer, par le mo- 
tif que l'anneau qui nous occupe et dont la fabrication remonte 
assurément au v e ou au vi e siècle, a été trouvé dans le nord de l'Es- 
pagne, en Aragon, et que, d'après mon savant confrère, il doit être 
regardé a priori comme ayant une origine espagnole. « Or, dit-il, 
la terminaison en A est très fréquente dans les noms visigoths, et 
c'est conséquemment à la leçon ISTIVA qu'il convient de s'arrê- 
ter 1 .» 

Je ne crois pas pouvoir me ranger à cet avis. 

Une première et importante remarque à faire sur le mode de 
lecture proposé par M. Schlumberger, c'est qu'il suppose que le 
nom inscrit sur l'anneau commencerait par un I couché, disposi- 
tion dont, à ma connaissance, il n'exvsle point d'exemple, et qu'il 
est difficile d'admettre sur un cachet destiné à être apposé au bas 
des actes où son propriétaire était partie ou lémoin. 

En second lieu, les trois globules disposés en trèfle aux deux 
points de soudure du chaton et des branches de l'anneau, étaient 
fort usités dans l'orfèvrerie du Bas-Empire et de l'époque barbare, 
et nous avons de nombreux exemples, fournis par des bagues dont 
l'origine gallo-franquc est certaine. Nous avons donc, à ce point 
de vue, le droit de considérer notre anneau comme l'œuvre d'une 
officine gallo-franque. Dès lors, la leçon Istiva perd sa principale, 
je. lirai même son unique raison d'être. 

Rien n'empêche d'ailleurs d'admettre que ce bijou ait pu être, 
comme d'autres, transporté du nord au sud de la chaîne des Py- 
rénées. 

Enfin le vocable Istiva est inconnu, tandis que celui d'Avitus a 
eu la plus grande notoriété aux Vecl vi c siècles. Après Flavius Avi- 
tus, noble personnage gaulois, qui fut empereur d'Occident en 455, 
et qui était né de parents arvernes. son neveu, l'illustre saint Avit, 
qui occupa le siège métropolitain de Vienne de 490 à 523, eut un 
rôle très important dans les affaires politiques et religieuses de 
celle période. Il y eut encore en Gaule d'autres saints du même 
nom : l'abbé du monastère de Saint-Mesmin de Micy (j- vers 527) 
el deux évèques de Clermont, dont l'un siégea de 572 à 594. 

Il faul conséquemment tenir pour préférable à tous égards la 

t. Bulletin de lu Société des antiquaires de France, année 1882, 2° trimestre, 
p. 137. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



343 



leçon suivant laquelle notre cachet aurait été la propriété d'un 
persounage appelé Avittts. La légende ne nous offre que ces cinq 
lettres : AVITS, mais les abréviations de cette sorte ne sont pas 
rares 1 et il n'y aucune difficulté à suppléer ici le V de la dernière 
syllabe, comme on le supplée, par exemple, dans le SCS KRILEFS 
(Sanctus Karilefùs) d'un denier frappé au nom de saint Calais 5 . 

Quant à l'I couché, gravé à la fin de La légende, il convient de le 
rattacher à l'S terminal du nom à'Avitus, qui a ici, comme sur 
d'autres de nos anneaux, un double emploi et nous donne le groupe 
SI, initiales de Sl(gnavi) ou de S\(gillnm) : il faut donc, suivant 
nous, lire l'inscription entière : 

+ AVIT(w)S S\(g»avi) 
CGXGI1I bis. 

BAGUE AVEC INSCRIPTION, TROUVÉE EN ANDALOUSIE ( ESPAGNE) 




M. Arthur Engel, archéologue bien connu par de savants tra- 
vaux numismatiques composés en collaboration avec M. Serrure 3 , 
m'a très obligeamment adressé, de Séville, où il était de passage, 
l'empreinte du chaton d'une bague en or, qu'il avait vue dans les 
mains de M. (iarzon, antiquaire établi dans cette ville. 

Le chaton, que nous reproduisons en tête de la présente notice, 
est de forme ovale, présentant !) millim. de haut sur 12 de large. On 
y voit un nom gravé en deux lignes : sur la première, les lettres 
VAL, accompagnées de quatre points figurant une croisette, et sur la 

1. Il y a surtout d'assez nombreux exemples de la suppression de V dans la 
finale us. Voir E. Le Blant, Nouv. Rec. crins. chrét.,n°* 22 et 23, et les exemples 
cités p. 31. 

2. Recherche des monnaies méroving. du Cenomannicum, par M. Ponton d'Amé- 
court, p. 202. Voir aussi sur un triens d'Angers, un nom de monnayer, ALLI- 
GISELS pour Alligiselus. Rev. num., l re série, t. XII, p. 104. 

3. Répertoire des sources imprimées de la numismatique française, 2 vol. in-8°, 
Paris, 1889; et Traité de numismatique du moyen âge, 2 vol. in-8°, Paris, 
1891-1894. 



344 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



deuxième, faisant suite auxprécédentes, les lettres TNA : c'est-à-dire 
les maires lectionum de 

VAL(en)T(i)NA 

Ce nom, qui est celui d'une sainte que l'Eglise honore et qui fut 
martyrisée en 308, à Césarée, avec d'autres confesseurs de la foi 
chrétienne 1 , a été d'un usage très fréquent au moyen âge. 

CCXCIV 

ANNEAU AVEC EFFIGIE, d'i'FFILA, TROUVÉ A W1TT1SUNGEN (BAVIÈRE) 




Parmi les ohjets qui furent recueillis dans une tomhe masculine 
découverte en 1881 à Wittislingen, et qui furent acquis par le Mu- 
sée national de Munich 2 , figure la bague en or qui fait l'objet de la 
présente notice. Elle a été sommairement décrite par mon confrère 
à la Société des Antiquaires, le baron J. de Baye, dans la Gazette 
archéologique 2 , où le chaton seul a été représenté. C'est à l'aide 
d'un fac-similé soigneusement exécuté et que le savant archéologue 
m'a obligeamment communiqué, que j'ai fait reproduire cet inté- 
ressant bijou sous trois aspects, pour en faciliter autant que possi- 
ble l'appréciation. 

L'anneau a 19 millimètres d'ouverture; la largeur de la tige est 

1. Bolland., Acta SS., mens. jul.,p. 163. 

2. Voici la liste de ces objets : une fibule circulaire en or, avec incrustations 
île jacinthes ou grenats; une fibule allongée en argent, ornée de nielles, filigra- 
nes et pierreries, et portant au dos une inscription latine; trois bandes de feuil- 
les d'or estampées, formant les éléments d'une croix, destinée à être fixée sur le 
vêlement; une épingle à cheveux en bronze, ornée d'une hou le d'or ; une petite 
cassolette en argent; une partie de boucle de ceinture en argent; un bassin en 
cuivre, à anses droites; un coquillage, Cyprea ligris; une rondelle ajourée en 
bronze. Ce mobilier funéraire est classé, au Musée de Munich, sous les n os 2 35 
et 236. 

3. Année 1889. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



345 



do 2 millimètres 1/2; le chaton, de forme arrondie, a 19 millimè- 
tres de diamètre; il est soudé sur la tige, de même que les trois 
cabochons ou globules d'or disposés en feuille de trèfle, dont il est 

accosté. 

Sur ce chaton, est représentée une lète de face, barbue, coiffée 
d'une sorte de casque ou diadème à rayons, dont les deux bouts, 
s'abaissant de chaque côté du visage, se terminent par un annelet 
ou boule percée. Au-dessus, l'on voit des ornements difficiles à dé- 
finir; et au-dessous de l'effigie, une sorte de support à trois pieds, 
remplaçant le buste. 

Le personnage, assurément de haut rang, qu'on a eu l'intention 
de figurer, était le propriétaire de l'anneau, au moyen duquel il 
devait sceller sa correspondance et les actes dans lesquels il élait 
partie ou témoin. 

A quelle nationalité appartenaient ce personnage et l'artiste qui 
a confectionné notre bijou? A quelle époque peut-on placer approxi- 
mativement sa fabrication? 

C'est ce que nous allons rechercher à l'aide des éléments que 
nous offrent la bague même dont il s'agit et un autre objet recueilli, 
avec elle, dans la sépulture de Wittislingen. 

Cet objet est une fibule allongée en argent, qui porte, au dos, une 
inscription latine, dont une par!ie seulement a pu être déchiffrée: 
mais cette partie suffit pour permettre d'y reconnaître, sans hésita- 
tion, l'inscription funéraire d'un personnage appelé Uffila*. Or, la 
forme de ce nom et surtout la syllabe terminale sont incontestable- 
ment gothiques et rappellent tout aussitôt, comme l'a observé 
M. J. de Haye, le nom du célèbre Ulfilas, qui fut au iv° siècle, 
comme on sait, évêque des Coths établis dans la Dacie. la Thrace et 
la Mœsie 3 , et fit, pour leur instruction religieuse, une traduction 
des livres saints en langue gothique 3 . Ce nom d'Uffila rappelle 
encore celui à'Ounila, femme gothe d'origine et de sang royal, 
dont nous avons décrit, dans une de nos précédentes notices, une 
magnifique bague en or trouvée à Laultenheim, près de Bingen, 

1. J. de Baye, Le tombeau de Wi'.tislingen en Bavière; dans Gazette archëol., 
année 1889; lire à part, p. 9. 

2. Et surnommés Goths occidentaux, West-Goth*, Wisigoths, par opposition anx 
Ostro-Goths ou Goths orientaux. 

3. Ulfilas ou Ulphilas est mort, suivant les uns vers 376, et suivant d'autres 
au plus tard en 378. 



340 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



duché tic Hesse-Darmestadt'. Il est à remarquer que ce dernier 
bijou porle au chaton, comme celui de Wittislingen, l'effigie de la 
personne pour laquelle il avait était fait, mais de plus son nom en 
toutes lettres 2 . 

De ce qui vient d'être dit, il résulte que le personnage figuré sur 
le chaton de l'anneau de Wittislingen était indubitablement d'ori- 
gine gothique. 

Une autre circonstance caractéristique de cette origine ressort 
du dessin et du travail de l'effigie. 11 est curieux, en effet, de cons- 
tater l'analogie qui existe entre cette figure de face et sa coiffure 
(chapeau, casque ou diadème à rayons) et celles qui sont gravées 
au droit des monnaies frappées, aux vi° et vue siècles, par les rois 
visigotlis d'Espagne 3 . Je signalerai particulièrement celle que 
M. Aloïs Heiss a qualifiée de « deuxième type général » des mon- 



naies de ces souverains, et qui est très probablement, d'après le 
savant et regretté numismaliste, le second des monnayages du roi 
Léovigilde (573-586). Nous la reproduisons ici*. 

D'un autre côté, d'après la forme des caractères de l'inscription 
funéraire d'Uftila, il y a lieu d'en faire remonter la date à la pre- 
mière moitié et préférablement au premier quart du vn° siècle 3 , 
c'est-à-dire à une époque très rapprochée du règne de Léovigilde. 

Ces coïncidences porteraient à penser que le petit monument 

1. Voir ci-dessus le n° LXXVI. 

2. Seulement la tête est de profil, tandis que celle de Wittislingen est repré- 
sentée de face. 

3. Aloïs Heiss, Monnaies des rois visigolhs d'Espagne, grand io-4°, Paris, 1872, 
ouvrage couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres ; pl. I à V; à 
signaler le n° 28 de la pl. III. 

4. Ce type est reproduit, en vignette, à la page 29 de l'ouvrage précité, n° ir>. 

5. Voir le mémoire déjà cité sur le Tombeau de Wittislingen, tiré à part, p. 10. 
M. de Baye la ferait descendre à la fin du vu c siècle; mais les inscriptions lon- 
gobardes, dont il la rapproche et qui sont datées de 035 et 626-052, contrarient 
celle indication. 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



347 



qui nous occupe a pu êlrc fabriqué au commencement du vn e siècle, 
dans le royaume des Visigôths au sud des Pyrénées, pour un haut 
personnage, peut-être mémo un souverain de ce pays, qui serait 
accidentellement décédé et aurait été enseveli dans la région ba- 
varoise. 

Mais, outre ce que cette hypothèse aurait d'arbitraire et d'invrai- 
semblable, il faudrait, pour l'admettre, ne pas tenir compte : 1° d'un 
fait semblable et certain, la découverte dans une contrée rhénane 
de l'anneau sigillaire de Hunila, femme golhc d'origine et même 
de sang royal ; 2° de cet autre fait que le pays habité au vn e siècle 
par les Bavarois avait été, au moins en partie, occupé par les (Joths 1 , 
et qu'il est assez naturel do supposer que ceux-ci y avaient laissé 
une certaine quantité de familles, qui y avaient perpétué, avec leurs 
noms, leurs mœurs, leu:s instincts et l'usage de leurs procédés 
industriels ou artistiques, ce qui expliquerait à la fois la sépulture 
d'un personnage de cette race et les ressemblances, sans cela peu 
compréhensibles, que nous avons signalées. 

Mais il y a d'autres raisons encore en faveur de cette explication. 

L'anneau de Wiltislingeu n'est pas le seul monument où l'on 
trouve la trace de l'art gothique; il est également visible sur une 
monnaie anglo-saxonne' 2 , un sceatta conservé au Musée Britannique 
et que nous reproduisons ici d'après la figuration qu'en a donnée 
M. G. F. Keary 3 . 




1. A l'époque do la mort de Théodoric (526), les Ostrogoths possédaient, avec 
une portion de la Rhétie, le Noricum, dont la Ravièie occupe une parlie. Plus 
lard, les Francs austrasiens envahirent le duché de Bavière, sous les règnes de 
leurs premiers souverains : Théodoric, vulgairement appelé Thierry (51 1-534), et 
Théodebert I" (534-548). 

2. La tribu germaine des Angles était établie dans la parlie orientale du Hol- 
slein, et h s Saxons primitifs (do l'époque mérovingienne) habitaient une contrée 
arrosée par l'Elbe, la Lippe, le Vesor, et qui s'étendait jusqu'à la Baltique et au 
Danemark 

3. Catalogue of Enylish coins in the British Muséum, Anglo-Saxon séries, 
London, 1887, p. 16, n° 146, et pl. III, n° 17. Celte intéressante pièce m'a été 
obligeamment signalée par M. Adrien Blanchet, mon confrère à la Société dos 
Antiquaires, 



348 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



On y reconnaît les effets de cette influence artistique, dont l'ex- 
tension dans la région bavaroise est ainsi encore mieux démon- 
trée. 

Ces observations viennent, comme on voit, à l'appui de la thèse 
soutenue par M. J. do Baye, au Congrès historique et archéologique 
de Namur, touchant l'action prépondérante exercée par les Goths, 
sous le rapport que nous envisageons, dans l'occident comme à 
l'orient de l'Europe'. Cette nation, la plus puissante assurément 
des tribus germaines, qui établit la première, et entrelint le plus 
longtemps d'étroites relations avec l'Empire, fut aussi la première 
à combiner ses conceptions et et ses procédés artistiques et indus- 
triels avec ceux des Byzantins. De là naquit un art nouveau, capri- 
cieux, élégant dans son originale variété, qui se répandit en tout 
sens, de la mer Noire et de la merd'Azow à l'océan Atlantique, de 
la Baltique et des bords de la Vistule aux rivages méditerranéens; 
un art, dont les produits charmants se retrouvent chez les peuples 
les plus divers, dans des contrées séparées les unes des autres par 
d'immenses espaces, dont enfin « 1 homogénité atteste la commu- 
nauté d'origine » ? . 

Toutefois, en ce qui concerne l'anneau d'Uffila, il y a une très 
importante réserve à faire. C'est bien dans son ensemble un ou- 
vrage gothique. Mais il nous offre un détail qui a un tout autre 
caractère. Le chaton e st, avons-nous dit, en décrivant le bijou, 
acco té de trois cabochons ou globules, disposés en feuilles de trèfle 
et soudés sur la tige. Or, comme nous avons eu tant de fois l'occa- 
sion de le noter au cours du présent ouvrage, les ornements de cette 
sorte sont une des marques distinctivcs, la plus caractéristique 
peut-être, de l'orfèvrerie franque. 

Il faut donc croire que, dans la contrée où fut confectionnée la 
bague provenant de la sépulture de Wittislingen, l'orfèvre, tout en 
continuant d'observer, pour l'exécution du chaton, les traditions 
de l'art gothique, encore en honneur dans le pays ou au moins dans 
son atelier, suivait, sous certains rapports, les règles ou plus exac- 
tement les pratiques des Francs, et que la technique de ces nou- 

1. De l'influence de l'art des Golhs en Occident, grand in-4°. Paris, 1891. Ce 
mémoire substantiel a été lu au Congrès historique et archéologique de Namur, 
dans sa séance du 6 août 1890. 

2. Vbi supra, p. 6. 



ÎJiiS PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



veaux dominateurs de l'Europe occidentale, greffée pour ainsi dire 
sur celle de leurs prédécesseurs, se substitua à celle des artisans 
de Byzance et de Rome. 

CGXGV 
* ... 

ANNEAU AVEC L INVOCATION VI Del nomme, ameil, TROUVÉ A OESTRICH, 
PROVINCE DE NASSAU (ALLEMAGNE) 1 




Voici un anneau en bronze, recueilli, en 1856, dans un cimetière 
franc rempli de vases, d'armes et de fibules. 11 appartient au Mu- 
sée d'antiquités romaines et germaniques de Mayence, et a été 
publié par M. Lindenschmit dans l'ouvrage déjà cité 3 . Précédem- 
ment, en 1839, l'abbé Cochet, d'après une communication de l'ar- 
chéologue allemand, en avait fait connaître l'inscription dont il 
sera parlé plus bas, mais sans aucune représentation de l'objet 
même'. 

Cette bague est d'un seul morceau de métal, et n'offre nulle part 
de traces de soudure. Elle a 19 à 20 millimètres d'ouverture entre 
les deux chatons dont elle est ornée, 22 millimètres dans l'autre 
sens. Des deux chatons, l'un, qui est à beaucoup près le plus im- 
portant, est de forme carrée et a de 11 à 12 millimètres de côté; 
le deuxième, ménagé dans la partie opposée au premier, est un 
ovale de 6 à 7 millimètres de long sur 5 à 6 de hauteur. Ils sont re- 
liés l'un à l'autre par deux branches ou tiges sur chacune des- 
quelles sont gravés deux reptiles, apparemment deux serpents. Il 
y a, près du point de jonction de la tige avec le grand chaton, 
un cercle avec un point à l'intérieur, semblable à ceux qui repré- 
sentent les yeux des serpents. 

Le grand chaton porte, en trois lignes, cette inscription : 

1. Oestrich est une ville de la province de Nassau. 

2. I rc partie (Antiquités de l'époque mérovingienne) , p. 104; planche XIV, 

3. Le Tombeau de Childéric I ct , p. 353, note 1. 



350 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



IN Dl 
NVMI 
NE Â 

In Dei numine (pour nomine). Amen. 

Sur le chaton ovale, esL gravé le monogramme formé des lettres 
grecques I et X, initiales de 'Irpcï: Xpîctcç. 

X 

Nous avons ici un exemple remarquable de l'emploi, dans les 
cachets de l'époque gallo-franque, de l'invocation religieuse dont 
nous avons déjà signalé la présence sur une autre bague' ; mais il 
nous offre ces importantes particularités, que l invocation paraît 
ici en toutes lettres et dans la partie principale et la plus apparente 
de l'anneau, tandis qu'elle est en caractères monogrammatiques 
sur la partie accessoire du bijou précédemment décrit ; qu'elle est 
enfin suivie de l'abréviation de Amen, dont je ne connais pas d'autre 
exemple 3 . 

CCXCVI 

ANNEAU AVEC MONOGRAMME DE PROVENANCE INCONNUE, MAIS PROBABLEMENT 

TROUVÉ EN AUTRICHE 



(M) 



Voici une bague en or, qui appartient à la collection Zankoyich 
du Cabinet impér ial de Vienne 3 , où M. le baron J. de Baye, mon sa- 

1 . Voir ci-dessus le n° XLIII. 

2. Il convient de noter ici qu'à côté de notre anneau, dans la même tombe, 
se trouvaient un bracelet, deux petites fibules à fermoir, un fermoir et un 
pendant de ceinturon, le tout en argent, sauf le fragment de ceinturon, qui ctt 
en bronze. 

3. Cette anneau est inscrit, sous le n° 215, dans le Catalogne du Cabinet im- 
périal. 




DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



351 



vant confrère à la Société des Antiquaires de France, en a recueilli 
des empreintes et exécuté des dessins. 

Cette bague a 20 millimètres d'ouverture : la tige, de forme ronde, 
a 3 millimètres d'épaisseur. 

Le chaton, soudé sur la tige, est également de forme ronde, et 
se compose de trois plaques superposées, en rctraitles unes à l'égard 
des autres; la plaque inférieure a 14 millimètres; celle qui la sur- 
monte 10 1/2, et la troisième 8 1/2. 

Sur celle-ci, est gravé un monogramme comprenant les lettres 
suivantes : 

1° Un M, qui apparaît à la fois comme lettre principale et comme 
soutien des trois autres; 

2° Un |, formé par le prolongement remarquable du premier des 
deux traits obliques intérieurs du M ; 

3° Un S attaché à la première barre verticale du M et coupé par 
elle; 

4° Enfin un E terminal, dont les traits horizontaux sont attachés 
à la deuxième verticale du M- 

Le tout nous donne le nom de MISA, au génitif 

MISE 

le mot Sigmtm étant sous-entendu, ou bien plutôt représenté par 
le S barré du monogramme, comme nous l'avons plusieurs fois 
observé '. 

Dans cette dernière hypothèse, le S de notre monogramme au- 
rait un double emploi et il laudrait lire : 

S{ignum) MISE- 

Le vocable Misa, de provenance germanique, se rencontre dans 
un document du vm e siècle, cité par Fôrslemann*. 

Nous ignorons quelle est la localité et même le pays où ce bijou 
a été découvert, mais la forme des caractères, qui composent le 
monogramme germanique dont il est orné, nous autorise à le con- 
sidérer comme très probablement originaire des bords du Rhin. 

1. Voir ci-dessus les n°* XCIV el GCLXK. 

2. Meichelbeck, Histor. Frisingensis, saec. vin, n° 19 ; dans Fôrslemann, Per- 
sonennamen, col. 932. On trouve aussi : Amisa, dans les Traditionei Wissenbur- 
genses, ann. 774, n° 71 : et Emisa dans Goldast, Rer. Alamanicar. Scriptores, 
t. II, a. 122, 13) (Forstem , col. 79), 



352 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



CCXCV1I 

ANNEAU DE GENELIT1S, DE PROVENANCE INCONNUE, MAIS PROBABLEMENT 

TROUVÉE EN ESPAGNE 




La bague en or, dont le chaton est ici reproduit, appartient au 
comte de Valencia de Don Juan, directeur du Musée royal de Ma- 
drid. M. A. Engel, le savant numismatiste 1 , a bien voulu me re- 
mettre une excellente empreinte de ce chaton, qu'il avait prise au 
cours d'un de ses voyages en Espagne. M. le comte de Valencia, à 
qui j'ai demandé des renseignements sur la provenance du bijou, 
ses dimensions et sa composition, m'a fait connaître qu'il l'avait 
acquis, à Madrid, chez un marchand, qui n'a pu lui dire en quel 
endroit ni dans quelles circonstances il a été trouvé 2 ; que le cha- 
ton lui paraissait être soudé sur la tige, et que l'ouverture de l'an- 
neau est de 18 millimètres seulement 3 , ce qui porte à penser qu'il 
éiait à l'usage d'une femme. 

Le chaton, de forme ronde, a 14 millimètres de diamètre; il porte, 
gravée en creux et précédée d'une croiselte, une légende qui doit 
être lue en partant de la croisette, à droite (pour le lecteur), et en 
considérant les lettres comme ayant leur base tournée vers la bor- 
dure; la première est un G mérovingien, suivi du groupe ENELi, 
après lequel viennent un T couché, un I et le S du centre. Le tout 
forme le nom de 

+ GENELIMS 

(Genelitis). 

1. M. Engel est l'auteur de deux ouvrages importants, composés en collabo- 
ration avec M. R. Serrure, et dont l'un, Répertoire des sources imprimées de la 
numismatique française, a été couronné par l'Institut (Académie des inscriptions 
et belles-lettres). 

2. Lettre de M. le comte de Valencia, du 29 avril 1894. 
3ê Ibid. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



353 



La place que le S terminal occupe au centre du chaton, donnerait 
à penser que cette lettre a, en outre, la valeur de l'initiale de Si- 
gnwn ou Sigillum. 



CGXCVIII 

BAGUE DE XD VECUS (pour JlwenCUs), DE PROVENANCE INCONNUE, MAIS 
PROBABLEMENT TROUVÉE EN ESPAGNE 




Nous reproduisons ici le chaton d'une bague en argent, appar- 
tenant à M. le marquis de Florès Davila, à Madrid. 

M. Engel, le savant archéologue, bien connu par ses travaux de 
numismatique 1 , m'a fort obligeamment remis l'empreinte qu'il en 
avait prise, dans un de ses voyages en Espagne : il ignore le lieu 
où ce bijou a été trouvé, et je suis dans l'impossibilité de donner 
aucun autre renseignement en ce qui le concerne. 

Le chaton, en forme de losange irrégulier, a 15 millimètres de 
large, avec 14 dans sa plus grande hauteur : il est accosté, à cha- 
que point de réunion avec la tige, de deux globules ou cabochons, 
qui y sont très probablement soudés ainsi que le chaton lui-même. 

Il porte, en deux lignes le nom de Juvecno; le S qui est entre les 
deux lignes, a sans doute la valeur de Signum. Dans le caractère 
qui est à droite du deuxième v, il faut voir une simple croiselte, 
semblable à celles qui accompagnent le nom sur plusieurs de nos 
anneaux, comme sur les documents écrits. 

L'inscription doit donc être lue ainsi : 

S IVVECVO + 

Siignum Juvecuo) 2 . 



1. M. Engel a publié, en collaboration avec M. Serrure, un Traité de numis- 
matique du moyen âge et un Répertoire des sources imprimées de la numismatique 
française, couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 

2. Nous avons là un exemple de la déclinaison à l'ablatif dans un instrument 
de souscription, et un exemple de la croisette placée au milieu du nom, comme 
dans le cachet reproduit à l'Appendice n° I. 

23 



354 



ÉTUDE SUR LES ANNEAUX 



Je n'ai pas encore rencontré le nom de Juvecus. Ce vocable de 
for me latine ne figure point dans le Corpus inscriptionum latinaritm. 
Je suis disposé à croire qu'il a été peut-être mal gravé sur notre 
anneau, et qu'il serait, en tout cas, une corruption de Juvencus, qui 
a été d'usage assez fréquent, car il y a trois saints de ce nom que 
l'Eglise honore*. Le Corpus le mentionne, une fois, comme inscrit 
sur un monument d'Espagne, et c'est celui d'un poète espagnol, qui 
florissait à la fin du premier tiers du iv° siècle 2 . 

Il n'est pas inutile de faire remarquer que notre anneau est 
aussi probablement originaire de la péninsule. 

CGXCIX 

B\GUE AVEC LE CHRISME El l'aCCL\.\IATION CU171 ïïie VIVaS, DE PROVENANCE 

INCONNUE 

E. Le Blant a vu, à Rome, dans la collection d'Alexandre 
Gastellani, une bague en bronze portant une inscription, gravée, 
en trois lignes, dans le sens rétrograde, et dans la deuxième ligne 
de laquelle est figuré un chrisme. Voici cette inscription, telle 
qu'elle a été publiée par mon savant confrère 3 . 

CON 
M^EV 
I VAS 

« Elle donne, comme il l'a dit, l'acclamation con (pour cum) i me 
vivas », « Vis (heureux ou heureuse) avec moi. » 

Nous avons vu, plus haut, un exemple de cette acclamation dans 
la légende « Micaèl mecum vivas in Deo » 5 , que l'on peut encore 
rapprocher des inscriptions dedeux autres bagues : Vivas m^hijdiu 6 , 
et Vivas diu m(ihi) ou m(ecum) 1 . 

1. Bolland., Acta SS. , mens, febr., t. II, p. 152, et meus, jun., t. I, p. 43 et 44. 

2. D. Martène, Veterum scriplorum collectio, t. IX, p. 13. 

3. 750 inscriptions de pierres gravées inédites, etc., n° 328, p. 126. 

4. « Le mot cum est souvent écrit CVN et CON dans les épilaphes; et les 
exemples de la substitution de l'N à l'M sont d'ailleurs des plus fréquents sur 
les marbres. » Voir Le Blant, iïouv. Rec. des inscr. chrét. de la Gaule, n 03 106, 
162, 380, etc. 

5. CLXVI. 

6. XXXIX ter. 

7. LXXIII bis. 



DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



355 



CGC 

anneau de victorinus avec les lettres a et gû> provenant de carthage 

(tunisie) 

Je reproduis ici, d'après le P. Delattre 1 , l'inscription gravée sur 
le chaton d'une bague en cuivre trouvée à Carthage, au cours des 
fouilles opérées par le savant et zélé religieux. On y voit, au 
milieu de ce chaton, une croix latine, accostée des lettres sym- 
boliques A et G), et le nom de 

VlC(*ori)NV(s) 

qui est celui de plusieurs saints d'Afrique et notamment de saint 
Victorin de Carthage, qui fut martyrisé, dans cette cité, au com- 
mencement du iv e siècle, avec saint Saturnin, saint Félix et un 
grand nombres d'autres chrétiens 3 . 

ceci 

AUTRE ANNEAU TROUVÉ A CARTHAGE (TUNISIE) 



S 

Voici un autre anneau d'or, également découvert à Carthage, et 
qui appartient à la collection de M. Marchand : il présente, au 
chaton, un monogramme, formé d'une croix, aux quatre branches 
de laquelle sont attachées des lettres : 

Le P. Delattre, d'après qui je le reproduis, y a lu avec raison le 
nom de 

RVSTICVS 4 

Nous avons décrit plus haut une bague où ce nom est inscrit en 
légende s . 

1. Bulletin trimestriel des antiquités africaines, t. III, p. 12, n° 681. 

2. Cette leçon a été adoptée par Le Blant, loc. cit., n° 337, p. 129. 

3. Bolland., Acta SS.., mens, febr., t. II, p. 513 et suiv. 

4. Bull. trim. des antiq. afric, p. 12, n° 683. 

5. CXVII. 



356 ÉTUDE SUR LES ANNEAUX DES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE 



CCCII 

AUTHE ANNEAU PROVENANT DE CARTHAGE (TUNISIE) 

y 

€-<!>-N 
S 

Lo P. Delattre a fait mention 1 du chaton d'une troisième bague 
en cuivre, provenant, comme les deux précédentes, des fouilles de 
Carthage. Sur ce chaton, déforme ronde, est gravé le monogramme 
ci-après. 

Ce monogramme, composé d'après le même procédé que celui 
du numéro précédent et probablement dans le même atelier 5 , est, 
comme celui-là, très facile à déchiffrer. Les trois lettres du centre 
et la lettre S forment la première syllabe du nom; le T et l'| de la 
haste forment la seconde; le N redoublé, le V du sommet et le S 
redoublé forment la troisième : nous avons, pour l'ensemble 

CONST1NVS. 

C'est le nom porté par un prêtre qui souscrivit une charte datée 
de l'an 699 3 . C'est ici assurément le nom d'un enfant, car la bague 
où il est inscrit n'a que H millimètres d'ouverture 4 . 

1. Bull. trim. des antiq. afric, p. 13, n°685. 

2. Voir aussi le n° CCLX1V où on le lit; les lettres du nom de Rosa sont atta- 
chées aux branches d'une croix, dont le centre est également un O. 

3. Pardessus, Dipl. et ch., t. II, p. 429. 

4. Bull. trim. des antiq. afric, ubi supra. 



APPENDICE 



CACHETS, BOUCLES DE CEINTURON ET FIBULES 
AVEC INSCRIPTIONS 



Trouvé par un cultivateur, sur e territoire de Vitry, et acquis 
d'abord, par M. Minart, conseiller à la cour d'appel d'Arras, cet objet 
passa, à la mort de ce magistrat, dans les mains de M. L. Dancoisne, 
décédé notaire honoraire à Hénin-Liétard, et plus tard dans la col- 
lection de feu le baron Pichon. 

C'est un cachet en or lin, pesant 5 grammes, et composé de 
deux rondelles plates, de 7 millimètres d'épaisseur et de 14 milli- 
mètres de diamètre (y compris les bordures), et reliées l'une à l'autre 
par une bâte de forme cylindrique. Cette bâte, qui a 5 millimètres 
de hauteur et 7 millimètres d'épaisseur, est légèrement rétrécie 
au centre, où son diamètre extérieur est de 11 millimètres, tandis 
qu'il est de 13 à 13 1/2 millimètres aux deux extrémités, c'est-à- 
dire au point de jonction avec les deux rondelles. Elle est percée, 
de part en part, d'une ouverture de 12 à 13 millimètres de haut sur 
3 à 4 de large. 

Les deux rondelles sont estampéesen creux, et encadrées chacune 



1 



CACHET A DEUX FACES, TROUVÉ A VITRY (PAS-DE-CALAls) 1 






1. Vitry est un chef-lieu de canton, situé dans l'arrondissement d'Arras. 



358 



APPENDICE 



d'un cercle, posé sur le bord extérieur[et doublé d'un léger grènetis. 
Sur l'une d élies, il y a un monogramme, et sur l'autre une tête de 
face, barbue, entourée d'une légende, dont nous nous occuperons 
bientôt. 

La forme du bijou, les caractères qui y sont inscrits, la barbarie 
du dessin et l'inhabileté du travail de l'effigie et de la légende cir- 
culaire en font descendre l'exécution à la fin du vn e siècle, et plus 
vraisemblablement à la première moitié du vm e . 

Était-ce, comme le pensait M. Dancoisne 1 , un cachet formant 
primitivement le chaton d'un anneau, dont les branches, pénétrant 
dans la double ouverture signalée plus haut, constituaient deux 
pivots sur lesquels ce cachet pouvait tourner à la volonté de son 
possesseur ? 

Nous ne le croyons pas. 

L'ouverture pratiquée dans la bâte a de bien trop grandes dimen- 
sions pour que jamais on y ait fixé les deux pivots sur lesquels au- 
rait été placé le chaton tournant. M. Dancoisne, prévoyant cette 
objection, y répondait, à l'avance, en disant que les trous dont la 
bâte est percée de part en part, devaient être moins larges dans le 
principe et avaient pu être agrandis dans la suite des temps. Mais 
c'est là une supposition purement gratuite et que rien ne justifie : 
l'usure n'aurait pas donné à l'ouverture les proportions que nous 
lui voyons, tandis qu'elles se concilient parfaitement avec le mode 
d'emploi d'un cachet à double face, qui était probablement retenu 
au bras ou à la ceinture par une chaînette de suspension, semblable 
aux chaînes de montre, de cachet ou de porte-crayon, que l'on 
porte de nos jours 2 . 

J'arrive à l'étude des inscriptions qui ornent les deux faces de 
notre cachet. 

M. Dancoisne en a indiqué et discuté deux leçons et deux expli- 
cations différentes. 

Suivant une première hypothèse, dont il propose finalement le 
rejet, on lirait autour de la tête de face (AUTO pour S[ a "jCTO, et 
puis M AON pour MAGNO; ce serait « une invocation à l'un des 
saints du nom de Magne », et, dans ce cas, le monogramme de 
l'autre côté du cachet contiendrait le nom d'un évêque ou d'un abbé, 

1. Bullet. delà Commission départent, des antiq. du Pas-de-Calais, année 1881. 

2. Voir ci-dessus, n° GXXIII, un exemple de ce fait. 



APPENDICE 



359 



que l'honorable antiquaire n'a du reste point tenté de déchiffrer. 

Suivant la seconde hypothèse, à laquelle M. Dancoisne donne la 
préférence, on grouperait les lettres de la légende circulaire de la 
manière suivante : De/) MAO NOT. Ce serait le cachet d'un no- 
taire appelé Cosmanus ou Cosmus. 

Sur la face opposée du cachet, le monogramme contiendrait les 
trois lettres NOT, exprimant une deuxième fois la qualité officielle 
de notaire, déjà énoncée dans la légende circulaire 1 . 

Cette dernière interprétation soulève de graves objections. 

D'une part, la leçon CSMAO, avec l'intercalation d'un O pour 
faire Cosmao, et d'un N pour obtenir Cosmano, ou le retranchement 
de l'A pour faire Cosmo, est absolument injustifiable; c'est une 
conception tout à fait arbitraire et sans base scientifique. 

D'autre part, dans l'hypothèse proposée, la présence de la tête 
barbue représentée sur un des côtés du cachet, resterait inexpliquée. 

Enfin, si l'on voyait, à la suite du nom de C(o)smao, le groupe 
Not indiquant la qualité d'un prétendu notaire, comment expli- 
querait-on la présence, sur l'autre face du cachet, d'une deuxième 
mention de la même qualité? Est-il admissible qu'on eût pris la 
peine de fabriquer et d'estamper cette seconde face du cachet pour 
faire une répétion entièrement inutile? 

Ces considérations nous paraissent devoir faire écarter la pro- 
position de M. Dancoisne. 

Pour procéder méthodiquement, je commencerai l'étude du pro- 
blème par le côté où je dois trouver un point de départ à peu près 
certain, le côté de l'effigie et de la légende circulaire. 

I. — Côté de l'effigie et de la légende circulaire. 

Je signalerai d'abord, dans la légende, un détail auquel on ne 
paraît pas avoir pris garde jusqu'ici. Entre le S couché et le M, il 
y a un petit trait perpendiculaire, qui n'est point une lettre et sem- 
ble avoir pour objet de marquer la séparation de deux fractions de 
la légende. J'observe, de plus, que les lettres sont inscrites et se 

1. M. Dancoisne a, en outre, mentionné (loc. cit., p. 6) une autre explication, 
imaginée par « un numismatiste » qu'il ne nomme pas, et tellement extrava- 
gante, que je crois inutile de la reproduire ici. 



360 



APPENDICE 



lisent de façons différentes, en deçà et au delà de ce trait séparatif. 
Au delà, c'est-à-dire à partir du S couché, et en allant de gauche à 
droite, elles ont la tête tournée vers le bord extérieur du cachet, 
jusqu'à la lettre O, qui peut se lire indifféremment dans un sens 
ou dans l'autre. En deçà du même trait, à partir du M, et lues éga- 
lement de gauche à droite, les letlres ont, au contraire, la tête diri- 
gée vers le champ. 

Il y a donc là deux groupes distincts. 

Ajoutons que, par suite de cette disposition, les deux parties de 
la légende et les empreintes qu'on en obtenait par l'apposition du 
sceau, se présentaient à l'œil du lecteur dans le sens normal \ 

Nous allons maintenant rechercher la signification des deux 
groupes que nous venons de distinguer. 

Premier groupe. — i/iCT ou peut-être (/>3TO (SETO). 

Pour toute personne familiarisée avec les textes et les monu- 
ments du moyen âge, et spécialement de l'époque où se place notre 
bijou, le groupe SCT ou SCTO est indubitablement l'abréviation 
de SANCTO, ce qui, du reste, s'accorde bien avec la représentation, 
sur ce côté du cachet, d'un personnage barbu. Il me paraît, dès 
lors, qu'il n'y a lieu à aucune hésitation sur ce point, et je passe 
au deuxième groupe. 

Deuxième groupe. — MAG + NO ou MAO + NO 2 . 

Le mot Sancto du premier groupe implique nécessairement, dans 
le deuxième, la présence du nom du personnage auquel s'applique 
ce qualificatif. 

Nous ne pensons pas qu'on puisse y trouver un vocable autre 
que celui de MAG + NO ou de MAO + NO (pour MAG + NO). Plu- 

1. C'est faute d'avoir tenu compte de cette disposition que M. Dancoisne a 
lu l'inscription qui nous occupe de cette façon étrange : (OVIAI w^TON), où les 
lettres se présentent, tantôt dans le sens normal, tantôt renversées, et produi- 
sent un assemblage bizarre et inexplicable. 

2. La lettre qui suit A peut donner Jieu à des doutes; mais la courbe de 
droite (pour le lecteur) de cette lettre, est assez visiblement échancrée; c'est 
peut-être le fait involontaire de l'ouvrier, mais cela peut aussi bien être un fait 
intentionnel, et alors le O non bouclé, serait en réalité un C ou plutôt un G, et 
le groupe nous donnerait le nom do MAGNO. En tous cas. M«ONO serait 
ici pour MAGNO, car on ne connaît pas de saint de ce nom. 



APPENDICE 



461 



sieurs des saints qui l'ont porté, ont vécu dans des temps anté- 
rieurs au vru e siècle, date approximative delà fabrication du double 
cachet : certains d'entre eux ont en de la célébrité, et ont même 
joui, au vn e et au vin c siècles, d'une grande popularité 1 . 

On a vu, mais bien à tort, dans notre légende une invocation à 
saint Magnus. Ce n'est pas ainsi, et en inscrivant simplement un 
nom au datif, qu'on l'aurait formulée. Les invocations se faisaient 
par l'emploi du vocatif comme dans Chrisie, protège! ou d'une 
interjection, comme dans Crux! ou enfin d'une salutation comme 
dans Salve, Domine! Ave, Maria! 

II. — Côté du monogramme . 

Les mots Sancto Magno ou Sancto Maono étant déclinés au datif 
ou à l'ablatif, nous devons trouver, sur la deuxième face du cachet, 
c'est-à-dire dans le monogramme, un mot qui régisse l'un de ces 
deux cas. 

Ce mot est VOTA, singulier féminin du participe du verbe pas- 
sif Voveri. 11 y a, en effet, à la partie inférieure du monogramme, 
un V formé par la haste du T et par le premier jambage oblique 
qui s'en détache; au-dessus et vers le milieu de la haste, un O y 
est appliqué; au sommet, un T, et, en revenant au bas du mono- 
gramme, un A non barré, qui est au bout du jambage oblique men- 
tionné plus haut. 

Réuni à la légende circulaire, ce mot nous donne, pour l'en- 
semble des inscriptions du cachet : 

VOTA SCTO MAG + NO ou MAO+ NO 

( Vota sancto Mag -)- no ou Mao + no pour Magno) ; 

1. Saint Magnus, évêque de Trani, martyr en 250 ou 254. — S. M., martyr, 
en 248, avec SS. Janvier, Vincent et autres. — S. M., de Fossombrone, martyr 
avec Gélase, Donat et autres. — S. M., de Terni, martyr, avec S. Saturnin et 
autres. — S. M. évêque de Milan, mort en 529. — S. M., d'Oderzo, en Vénétie, 
mort vers 660. — Magnoaldus, appelé par le vulgaire Magnus et, chez les mo- 
dernes, S. Menaud; enfin, S. Maing, premier abbé de Fiiessen enBavière, mort en 
670. Ce dernier est le plus célèbre. Voir Bolland., Acta SS., mens, januar., t. I, 
p. 21; aug., III, 717 et 755; sept.. II, 505 et 759; oct, III, 416. Pertz, Monum. 
Germ. hist., SS., t. IV, p. 425 



362 



APPENDICE 



ce qui signifie que la personne propriétaire du cachet était une 
religieuse, peut-être l'abbesse d'un monastère consacré à l'un des 
saints du nom de Magnus, ou bien une fille ou veuve qui s'était 
vouée à ce saint. 

Nous avons, dans un acte qui se place entre 670 et 672, l'exem- 
ple d'une souscription faite en des termes analogues. Au bas de la 
charte portant fondation, par une matrone nommée Chrotilde, 
d'un couvent de femmes à Bruyères-le-Châlel (Seine-et-Oise), on lit : 

Signum + inlustris Deo devotae Chrotilde 
II 

CACHET AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE, MAIS PROBABLEMENT 

TROUVÉ EN ALLEMAGNE 




Nous reproduisons ici un cachet, qui appartient au Musée de 
Bonn, tel qu'il est figuré dans l'ouvrage déjà cité de M. Linden- 
schmit, sur la planche où le savant conservateur du Musée de 
Mayence a fait graver un certain nombre d'anneaux provenant de 
sépultures franques 5 . Ce cachet, d'origine franque, a la forme d'un 
carré long irrégulier, de 11 millimètres dans sa plus grande lar- 
geur, sur 8 millimètres et demi de hauteur. 

Il porte un monogramme, au sommet et au bas duquel est gra- 
vée une croisette, et dont l'explication ne présente aucune diffi- 
culté. L'E rétrograde est suivi d'un V et d'un S; en redoublant le 
E, on forme le groupe EVSE, et si l'on y ajoute le B terminal, le | 
du centre et un troisième emploi du E initial, on trouve le vocable 
EVSEBIE, qui fut d'un usage si fréquent dans le haut moyen âge. 
Le S obliquemment barré par un I, qui est si remarquable au 
centre du monogramme, est, comme on sait, l'abréviation de 

1. J. Tardif, Monum. histor., cartons des rois, t. I, p. 16 n° 19. Pardessus, 
Diplom. et chart., t. Il, p. 148. 

2. Handbuch der deutschen Altersthumskunde , p. 404, pl. XIV, fig. 9. 



APPENDICE 363 

S\(gnum) ou de Sl(ffnavi) : c'est ici l'abréviation de S\(gnum), puis- 
qu'il régit le génitif Eusebie. 

Nous avons donc, pour l'ensemble de l'inscription : 

+ S\{gnum) EVSEBIE + 
III 

CACHET AVEC MONOGRAMME, DE PROVENANCE INCONNUE, MAIS PROBABLEMENT 
TROUVÉ EN ALLEMAGNE 




Le Musée de Bonn (Prusse rhénane) possède l'empreinte d'un 
cachet, que le savant conservateur du Musée archéologique de 
Mayence, M. Lindenschmit, a fait figurer dans son livre sur les 
Antiquités germaniques'. Ce savant, que j'ai interrogé relative- 
ment au lieu de provenance de ce petit monument, m'a déclaré 
qu'il n'avait aucun renseignement à cet égard*. Je trouve seule- 
ment, au verso de la planche où on l'a reproduit, la mention de ce 
fait qu'il a été recueilli dans un cercueil. 

Notre cachet est décoré d'un monogramme où l'on distingue : 
un P rétrograde; un A non barré; un S; dans l'angle de droite 
(pour le lecteur), un O (très insuffisamment marqué dans notre 
gravure); le N du centre et le E final; soit, pour l'ensemble, 
PASONE. Nous ne connaissons pas d'exemple de la mention, au 
moyen âge, du nom de PASO, dont notre inscription fournirait 
l'ablatif. 

Peut-être, le P ayant été souvent employé pour B, comme dans 
Pat/o pour liago, Paro pour Baro, Pald pour Bald, etc. 3 , ce vocable 
serait-il là pour BASONE, ablatif de Baso, lequel était usité el se 
lit notamment dans le testament d'Erminétrude, de l'an 700 \ 

1. Handbuch der deutschen Alterthumskunde (l™ partie, époque mérov.. 
pl. XIV, n° 8). 

2. Lettre du 18 avril 1888. M. Lindenschmit ne dit pas quel en est le métal. 

3. Forstemann, Personennamen, col. 983-984. 

4. Pardessus, Diplom. et chart., t. II, p. 257. 



364 



APPENDICE 



Le S posé en travers de la barre intérieure du N, a, en outre, la 
valeur de Signum; il faut donc lire : 

S{ignicm) PASONE- 
IV 

CACHET EN SCHISTE ARDOISIER, TROUVÉ DANS LE CIMETIÈRE DE HERPES 

(CHARENTE*) 




•f 



Ce cachet, grossièrement fabriqué, a été trouvé, au mois d'avril 
1803, dans une tombe masculine, à la hauteur de la ceinture du 
défunt 5 . 

Il a dans sa longueur 46 millimètres, et dans les petits côtés, 
10 millimètres seulement. Il présente, sur l'une de ses deux grandes 
surfaces, des traits confus et qui n'ont peut-être jamais eu aucune 
signification. 

Quant aux deux petits côtés, qui constituent proprement le 
cachet, l'un, celui de gauche (pour le lecteur), porte un grand G 
mérovingien, dont la boucle renferme une croisette; l'autre, un 
caractère assez difficile à définir, et qui a peut-être la double valeur 
d'un G rétrograde et d'un F, suivis de deux |. 

Nous n'avons aucune opinion ni môme aucune conjecture à pro- 
poser relativement à ces inscriptions. 

1. Herpès est un village situé commune de Courbillac, cant. de Rouillac, 
arrond. d'Angoulème. Nous avons décrit plus haut 26 anneaux, qui en provien- 
nent. (Voir les n° s CCXVII à CCXL1I.) 

2. Le mobilier, fort riche, de cette sépulture se composait de trois tenons en 
argent, curieusement découpés et ciselés; d'un poignard assez long avec garni- 
tures de cuivre repoussé et des débris de sa gaine; de deux boucles en argent 
et d'une boucle en bronze; enfin d'une magnifique plaque d'argent avec dessus 
en or, orné de filigranes d'or d'une grande délicatesse et dont le travail se rap- 
proche de celui des belles bagues en or, recueillies dans la nécropole de Herpès. 



APPENDICE 



365 



V 

boucle de cienturon avec le nom de regnoveus, trouvée a aigu1sy 

(aisne 1 ) 




Celte boucle de ceinturo.i a été trouvée dans une des tombes 
mérovingiennes d'Aiguisy, dont les fouilles ont été effectuées, en 
1885, par les soins de feu Frédéric Moreau, qui Ta fait, figurer dans 
la neuvième livraison de Y Album Caranda; et c'est à l'aide d'un 
bois qu'il nous avait obligeamment communiqué, que nous le 
reproduisons ici. 

Cet objet est en bronze, remarquablement conservé, orné d'en- 
trelacs, au centre desquels une tête barbue a été gravée; il est 

1. Aiguisy est situé commune de Villers-Agron, canton de Fère-en-Tardenois, 
arrond. de Château-Thierry. Nous avons décrit plus haut deux anneaux qui en 
proviennent. (N 09 CXXII et CXXIII.) 



366 



APPENDICE 



muni de trois gros rivets. L'ardillon, qui a, dans sa plus grande 
largeur, 28 millimètres, présente, en deux lignes, le nom du pos- 
sesseur de la boucle : 

RESNO 

V E V I" 4 (Reg?ioveus) i . 

Cette inscription remet naturellement en mémoire deux objets 
par nous décrits ci-dessous, savoir : une boucle de ceinturon et 
une fibule ayant servi de cachet à des personnages nommés l'un 
Agnus, l'autre Sistus (pour Sixtus) 1 . 

La boucle de Regnoveits avait-elle également cette destination? 
Rien ne le prouve. Il y manque, en effet, la petite croix qui précède 
généralemeut, dans les actes écrits de la première race, les noms 
des parties ou des témoins, et que nous offrent la boucle à'Agnus 
et la fibule de Sixtus. 

Il se peut, néanmoins, qu'elle ait été employée à cet usage, tout 
au moins accidentellement ou d'une manière intermittente, et 
c'est pourquoi il nous a paru intéressant de la faire connaître à 
nos lecteurs. 

VI 

BOUCLE DE CEINTURON, AVEC MONOGRAMME SUR LARDILLON, DE PROVENANCE 

INCONNUE 




La boucle ovale de ceinturon que nous reproduisons ici, est en 
argent : elle faisait partie d'une trouvaille, opérée à une date et 

1. Les deux premières syllabes de ce nom (Regno) entrent dans la compo- 
sition d'un certain nombre de vocables d'origine franque, tels que : Regno- 
valdus (Greg. fur., Hist. Fr., VI, 12); Regno-meris {ibid., II, 42, not.), et 
Regno-bertus (Bolland., Acta SS., mens, maii, t. III, p. 618). 

2. Voir ci-dessous, les n 09 VI et VII de l'Appendice. 



APPENDICE 



367 



dans une localité qui nous sont inconnues'. Klle*a appartenu à 
feu Alfred Danicmrt, qui en a gratifié le .Musée de la ville de Pé- 
ronne. 

L'ardillon 2 de notre boucle, qui a reçu, à sa base, une couche 
épaisse de dorure dont une grande partie subsiste encore, présente, 
gravé par une main habile, et en beaux caratères de l'époque 
gallo-franque, un monogramme, surmonté d'une croisette et que 
l'on déchiffre aisément de la manière suivante : 

+ AGNVS. 

Ce nom était, de même que le féminin correspondant AGNA, d'un 
usage fréquent au moyen âge et particulièrement dans la période 
mérovingienne; il y a notamment un monnayer de l'abbaye de 
Saint-Martin de Tours, ainsi appelé 3 . 

A première vue, on serait porté à penser que cette inscription 
était simplement, de la part du propriétaire du ceinturon et de la 
boucle, un acte de prudence ayant pour but de prévenir une subs- 
titution ou peut-être un larcin. 

Mais, il faut considérer : 1° que la petite croix qui précède le nom 
et dont la présence ne s'expliquerait pas dans cette hypothèse, est, 
à l'époque dont il s'agit, d'un emploi habituel dans les souscriptions 
des actes écrits, et qu'elle en est, pour ainsi dire, une partie inté- 
grante; 2° que le S, qui se détache du monogramme, sert à la fois 
de terminale du mot d'Agnus et d'initiale du terme Signavi, comme 
dans plusieurs cas semblables, déjà notés par nous; et ces consi- 
dérations donnent lieu de penser que nous avons là une sorte de 
cachet. 

Cette espèce de cachet était fort commode à porter et facile à 
appliquer; nous ne croyons pourtant pas qu'il y en ait d'autre 

1. Cette trouvaille comprenait : 1° une deuxième boucle, également en 
argent, mais de plus petite dimension; 2° une plaque de ceinture quadran- 
gulaire en argent; 3° un triangle d'argent damasquiné, qui avait probablement 
servi d'agrafe; 4° une double agrafe en or, d'un beau travail. 

2. C'est-à-dire la pointe mobile, établie sur pivot, qui, pénétrant dans un ou 
deux crans pratiqués au ceinturon, le tenait solidement serré. 

3. Voir Anat. de Barthélémy, Liste des noms d'hommes inscrits sur les monn. 
méroviny. (Biblioth. de VÈc. des chartes, 6 e série, t. I er ). On trouve le nom 
à'Agnus, en 958, dans le cartulaire de Sauxillanges, ch. 638; vers 1050, dans 
celui de Saint- Victor de Marseille, ch. 266; et Agna dans un grand nombre 
d'actes du cartul. de Savigny, n os 302, 480, 762 et passim. 



368 



APPENDICE 



exemple connu, et, à ce titre, la boucle qui fait l'objet de la présente 
notice mérite d'être particulièrement signalée à l'attention des 
archéologues. 

VII 



FIBULE AVEC LE MONOGRAMME DE SÏSlO (POUR sixto) TROUVÉE DANS LA 

PROVINCE DU MAINE 
1 2 




Grandeur d'exécution. 



Nous avons décrit plus haut' une boucle de ceinturon, ayant, en 
outre, servi de cachet à un personnage nommé Agnus. Nous pré- 
sentons aujourd'hui au lecteur une fibule en argent, qui a été em- 
ployée au même usage. 

Cette fibule, trouvée dans un cimetière du Maine, a été publiée, 
d'abord par M. Hucher 2 , plus tard par l'abbé Cochet 3 , et en 
dernier lieu par Edmond Le Dlant*. Elle a 10 centimètres de 
longueur, et présente, au centre, une saillie de 14 millimètres, 
ayant la figure d'un cône tronqué, et évidéc, à l'intérieur, en 
forme de cintre; sur la plate-forme du cône, il y aune inscription, 
précédée d'une croix, et gravée en creux ainsi que les ornements 
qui couvrent la fibule. 

M. Hucher a proposé d'y lire XPSTO {Christo)-, maisE. Le Blant, 
« sans discuter, dit-il, l'admissibilité de cette interprétation, » a 
fait observer « qu'il est plus naturel de chercher dans le chiffre en 
question le nom du possesseur du bijou. » Je serai plus catégori- 

1. Voir ci-dessus le n° VI de l'Appendice. 

2. Bulletin monumental, t. XX, p. 370. 

3. Normandie souterraine, 2 e édit., p. 270. 

4. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, p. 264, no 198 A, pl. XXII, iig. 138. 



APPENDICE 



369 



que que mon savant confrère, en déclarant que la leçon Xristo est 
inacceptable, par le double motif qu'une telle inscription n'a au- 
cune raison d'être sur une fibule, et que le caractère que M. Hucher 
a pris pour un x> c ' s t un S coupe obliquement par un I, tel que 
nous l'avons observé sur un grand nombre d'anneaux sigillaires 
plus haut décrits'. L'inscription, ainsi que l'ajustement remarqué 
E. Le Blant, doit contenir le nom du personnage auquel la fibule 
appartenait. J'ajoute que cet objet devait lui servir de cachet, puis- 
qu'on y trouve, comme sur la boucle de ceinturon d'Agnus, les 
trois éléments delà souscription aux actes, savoir : la croix, l'abré- 
viation de sigillum ou signum et le nom du souscripteur. 

Quel est ce nom? C'est ce qu'il nous reste à rechercher. 

A la suite de la croix, se présentent,, au centre, les deux lettres 
S et I croisées et de dimensions tellement supérieures à celles des 
autres caractères, qu'il n'est pas possible de méconnaître l'inten- 
tion qu'on a eue de leur attribuer une valeur exceptionnelle et pré- 
dominante; elles ont, à mes yeux, un double emploi : d'abord 
comme abréviation habituelle de S\{gillum) ou S\{gnum), et puis 
comme groupe initial du vocable à former avec les trois lettres 
plus petites de l'inscription, STO- Nous avons donc, pour l'ensem- 
ble : 

+ S\{gilhtm) ou S\(gnum) SISTO (pour SIXTO). 

Il y a un exemple de SVSTVS mis pour SIXTVS, dans une ins- 
cription conservée sur un fragment de sarcophage retrouvé dans 
la cathédrale d'Apt s . Or, cette forme corrompue du nom de SIXTVS, 
si répandu au moyen âge et si illustre dans les annales de l'Eglise 3 , 
suppose la transition préalable par la forme SISTVS, qui est plus 
rapprochée du vocable primitif, et dont la présence sur un bijou 
de la période mérovingienne n'a, dès lors, rien qui doive nous éton- 
ner. 

La déclinaison à l'ablatif du nom du personnage propriétaire de 
notre libule n'est point non plus extraordinaire. Les souscriptions 

1. Voir les n" XIII. XIX, XX, XXII, XCIV et passim. 

2. Revue de l'art chrétien, l. II, p. 360. Voir aussi E. Le Riant, Inscript. chrèt. 
de la Gaule, t. II, p. 484, n" 622 et pl. LXXXVIH, n° 520. 

3. Il y a eu cinq papes de ce nom, dont trois ont été canonisés, de même 
qu'un évêque de Reims, qui vécut au m siècle. 

24 



370 



APPENDICE 



aux diplômes et aux chartes de la première race nous en offrent de 
très nombreux exemples', et il est tout naturel que nous la retrou- 
vions sur les cachets de la même période, qui devaient nécessaire- 
ment, comme nous l'avons déjà dit, reproduire les formes usitées 
pour les souscriptions des parties et des témoins qui figuraient 
dans les divers actes de la vie civile. 

En tout cas, il est certain que nous avons ici un deuxième spé- 
cimen d'objets d'usage courant, qui servaient, en même temps, de 
cachet. Les deux exemplaires qui nous ont révélé ce fait curieux, 
sont de nature à fixer l'attention des archéologues et même de tout 
possesseur de bijoux gallo-francs, portant les caractères et les signes 
habituels d'une souscription aux actes écrits et aux épîtres. 

Je ne terminerai pas cette notice sans signaler, sur l'une des 
deux plaques de notre fibule, la présence d'une croix gammée. 

VIII 

BOUCLE DE CEINTURE AVEC LE NOM DE G1SE, DE PROVENANCE INCONNUE 

Cette boucle, qui appartient à la collection de M. l'abbé Gou- 
nelles, a été achetée à un marchand qui en ignorait la provenance. 
M. Maxe-\Verly,monsavant confrère à la Société des Antiquaires de 
France, m'a obligeamment remis le dessin à l'aide duquel je la 
reproduis ici. 

1. Nous citerons : 1° un diplôme de Glovis II (vers 640), au bas duquel on 
lit : « Sig. (loc. monogr.) domni Chlodovio régi » (J. Tardif, Monuments histo- 
riques, carions des rois, p. 8); 2° un autre diplôme du même prince, de 653, 
au bas duquel on voit : « Signum + vir inluster Ermenrico domesticus. — 
Signum + vir inluster Austroberto... — Signum -f Gundoberto... — Signum 
-f- vir inluster Madalfrido » (ibid., p. 11 et 12); 3° une charte de 670-671, 
parmi les souscriptions de laquelle on remarque : « Signum E vir inluster 
Ermenrigo. — Signum -f- uettoleno. — Signum + Childebrando... — Si- 
gnum + Chramnino .. — Signum Gaeletramno... — Signum + Guntrigo. 
Signum Aursino. Signum -f Chrodobando. Signum -f- Echarigo. Signum -f 
Erchenrigo. Signum + Mauroleno » (ibid., p. 20); 4° une charte de 682-683, à 
la tin de laquelle est écrit : « Signum + Ausberto, servo Dei » (ibid,, p. 20); 
5° une charte de 691 souscrite par deux témoins : « Sign. + Unaclobeo, testis. 
Sign. -f- Saulfo, testis » (ibid)., p. 23); 6» une charte de 697, au bas de laquelle 
on lit : « Si^n. + Frumoaldo. — Sign. Audromaro... Sign. + Martino » (ibid., 
p. 32). 



APPENDICE 371 

Cet objet est en cuivre jaune; la goupille seule est en 1er, et 
d'après M. Maxe-Werly, d'une époque plus récente que les autres 
parties. 

La plaque, entre les trois pointes qu'elle présente de chaque côté, 
a une largeur de 20 millimètres. Entre son extrémité et la troi- 
sième pointe, elle a 22 millimètres dans sa plus grande largeur. 
La boucle a 32 millimètres entre les deux bords mesurés à l'exté- 
rieur, 27 à l'intérieur. Elle est munie, en dessous, à la surface 
opposée à celle qui est figurée dans la présente notice, de deux 
petits anneaux, produits après la fonte, et qui servaient à fixer la 
boucle à la ceinture 1 . 




Cette plaque est ornée de signes et de caractères composant deux 
groupes, séparés par une barre oblique. En tournant la pointe de 
la plaque à gauche et la boucle à droite (du lecteur), on voit, dans 
le triangle situé au-dessus de" la barre, une croisette accostée : à 
gauche, d'un G mérovingien rétrograde (?) et d'un I ; à droite, des 
lettres SE. 

Pour étudier le triangle situé de l'autre côté de la barre oblique, 
il faut retourner la plaque. On y voit alors une croix bouletée, 
accostée : à gauche, d'un S et, à droite/ d'un G mérovingien 
rétrograde (^>). 

Le premier groupe nous donne, dans son ensemble, le mot 

GISE 

génitif d'un vocable féminin que nous avons rencontré sur un 
anneau de la période gallo-franque 2 : il était usité chez les Ger- 
mains, soit isolément comme l'attestent de nombreux exemples 
des v e , vin 9 et ix° siècle, cités par Fôrstemann 3 , soit en composition 

1 . Lettre de M. Maxe-Werly, du 22 février 1894. 

2. Voir ci-dessus le n° GCXX. 

3. Personennamen, col. 516. 



£72 



APPENDICE 



comme dans les noms a" Adal-gisa, Ermen-gisa, Odol-gisa, etc. 1 . 

Dans le deuxième groupe, S serait l'initiale de S(ignum), et G 
l'initiale du vocable du premier groupe GISE. 

Nous aurions ici un troisième exemple d'une boucle de ceinture 
portant le nom de son propriétaire, et pouvant, au besoin, servir 
de cachet, comme nous l'avons déjà observé sur la boucle de cein- 
turon d'Âgnus, et la fibule de. Sistus (pour Six tus), précédemment 
décrites 3 . 

Les dimensions, assez faibles, de la boucle de ceinture qui nous 
occupe, indiquent aussi que c'était un objet de toilette féminine, 
semblable à ceux que feu Frédéric Moreau a recueillis dans des 
sépultures de femmes 3 . 

Quant à l'époque probable de sa confection, d'après l'ensemble 
du travail et surtout la gravure défectueuse des signes et des carac- 
tères dont la plaque est décorée, elle paraît devoir être placée à la 
fin de la période mérovingienne, dans la première moitié du 
vm e siècle. 



IX 

Lettre de m. ph. berger, sur un sigle de signification douteuse 
inscrit sur le n° xcvii de nos anneaux 

J'ai examiné le dessin de l'anneau dont le chaton porte un sigle 
qui vous paraissait formé par les trois clous du crucifiement. 

Ma première impression, en dehors de toute préoccupation d'ori- 
gine et de signification, a été de voir, dans ce sigle, un shin hébreu. 
L'aspect général est celui du shin, et il présente, au sommet des 
trois barres qui le composent, cet élargissement en forme de clou, 
qui est un des traits caractéristiques de celte lettre, et la fait res- 
sembler, en effet, à trois clous légèrement recourbés qui seraient 
réunis par la pointe. 

1. Personennamen , col., 515 et 516. 

2. Voir ci-dessus les n<> s VI et VII de l'Appendice. 

3. Album Caranda, planches XLVI, fig. 2 et LX, fig. 1 de la nouvelle série. 
J. Quicherat a signalé, dans son Histoire du Costume, une boucle de ceinture 
trouvée à la ceinture d'un squelette féminin. 



APPENDICE 



373 



Cette lecture toutefois souffre quelque difficulté. Sur l'anneau 
dont il s'agit ici, la barre du milieu dépasse sensiblement les deux 
autres, tandis que le sommet des trois barres du shin est presque 
toujours sur une même ligne horizontale. Cette règle, il est vrai, 
n'est pas absolument constante, et plusieurs shin, du vu e et du 
viu e siècles de notre ère, reproduits dans la Tobola scripturae 
Hebraïcae de M. Euting, offrent, à un degré plus ou moins accen- 
tué, la môme particularité. Mais ce ne sont là que des excep- 
tions. 

Je n'hésiterais pas néanmoins, malgré cette difficulté paléogra- 
phique, à reconnaître un shm dans ce sigle, s'il y avait des raisons 
suffisamment probantes pour expliquer la présenced'un shin hébreu 
sur cet anneau. 

L'usage des abréviations 1 était familier aux Juifs des premiers 
siècles de l'ère chrétienne et du moyen âge. On en retrouve même 
sur leurs cachets. M. Euting, que j'ai consulté à ce sujet, me cite 
des alliances juives de la Collection princière des Hohenzollern à 
Sigmaringen, qui portent, en légende, « Bonne chance ». 

Or, d'après les souvenirs de M. le prefesseur Landauer, plusieurs 
de ces alliances porteraient l'abréviation de cette légende. La lettre 
shin en particulier apparaît fréquemment comme abréviation de 
la formule Pax, sur les inscriptions juives des catacombes; seu- 
lement cette abréviation ne se rencontre que sur les monuments 
funéraires. 

Les graffites que les pèlerins nabatéens ont tracés sur les rochers 
du Sinaï, commencent par la formule « Paix à un tel », laquelle, 
en hébreu, se termine par la même lettre et donne un sens qui se 
rapproche davantage de celui qui conviendrait ici; mais c'est peut- 
être chercher bien loin un point de comparaison, sans compter ce 
qu'il y aurait d'étrange à trouver une légende juive dans une sé- 
pulture franque. 

Pour bien faire, il faudrait trouver ce sigle sur des pierres gra- 
vées juives. Or, je n'en connais pas d'exemple; il faut avouer que 
je les connais mal, et qu'elles ont été, en général, peu étudiées. 
Peut être un examen plus approfondi permettra-t-il d'en découvrir 
qui portent cette légende ou son abréviation. 

En attendant, en l'absence d'un sens qui s'impose et qui soit con 

1. Je crois avoir démonlré qu'il était déjà connu des Phéniciens. 



374 



APPENDICE 



firmé par des rapprochements certains, j'estime l'idée qui m'était 
venue à l'esprit trop douteuse pour la substituer à l'interprétation, 
très séduisante, que vous avez donnée de ce sigle, et qui est cou- 
verte par votre grande autorité en ces matières. 

Agréez, etc. 

Philippe Bergeh. 



Paris, 3 juin 1897. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



INTRODUCTION 

P. vu, note 4 : au lieu de CLXVII, lire : CLXXVII. 
P. \xxi\, l r e ligne, au lieu de 4°, lire 5°. 

DESCRIPTION ET COMMENTAIRE DES ANNEAUX 

P. 11, 2 e ligne, lire : Autre anneau d'or trouvé, etc. 

P. 15, 26« ligne, lire : Raoue en bronze avec le S barré, etc. 

P. 18, 10 e ligne, lire : Raoue en bronze avec un sujet, etc. 

P. 19. 30 e ligne, lire : Autre bague en bronze avec appendice, etc. 

P. 29, 3 e ligne, lire : Autre bague en bronze, provenant de Charxav, etc. 

P. 85, 3 e ligne, lire : LXXII 1er. 

P. 106, 8 e ligne, au lieu de : Raguk de Rolous, lire : Rague de Bolusou Bobolus, 
etc. 

P. 315, 10 e ligne : au lieu de VIVAS IN DEO, lire : VIVAS DEO pour in DEO. 



{ 



TABLES 



TABLES GÉOGRAPHIQUES 



Noms de lieux, de diocèses, ou de pays de provenance, connus, 
des anneaux et objets décrits par nous. 

Nota. — Les chiffres imprimés à la suite des noms désignent les numéros de notices dans lu 
Description des anneaux. 



Abbeville (Aisne), CXL à CXLIV. 

Achery-Mayot(Aisne),CLXXXIXet<:.\f,. 

Aiguisy (Aisne), CXXII et CXXIII ; Ap- 
pendice, n° V. 

Airvault (Deux-Sèvres), CGXLYII. 

Albens (Savoie), CCIII. 

Allemagne (?) ; Appendice, n os II et III. 

Allonnes (Sarthe), XLIV. 

Amiens (Diocèse d') , Cl.XXXI à 
GLXXXIII. 

Amiens (Somme, envii ons d'), CLXXXII. 

Andernach (Prusse Rhénane), LXXXIV. 

Angers (Diocèse d'), XLVI a LI. 

Angers (Maine-et-Loire), XLVIàXL VIII. 

Anguilcourt le-Sart(Aisne), CLXXX VIII. 

Apt (Diocèse d'), CCX. 

Arcy-Sainte-Restitute (Aisne), GXVII. 

Argœuves (Somme), GLXXXIII. 

Arles (Diocèse d'), CCVIII et CCIX. 

Arles (Bouches-du-Rhône), CGVHI ; 
arrondissement d'Arles, CCIX. 

Armentières (Aisne), CXIX. 

Arras (Diocèse d'), GLXXII à CLXXV. 

Arromanches (Calvados), XLI. 

Artres (Nord), CLXXVI. 

Athée (Côte-d'Or), XXI. 



Autriche (?) CCXCVI. 

Autun (Diocèse d'), IV à IX. 

Autun (Saône-et-Loire), IV el V. 

Auxerre (Diocèse d'), LXI. 

Avenches et puis Lausanne (Diocèse d'), 

XXXI à XXXIX bis. 
Avenay (Marne), GXX1. 
Balme (La). Voir La Balme en Faucigny. 
Barleux (Somme), GLV et CLVI. 
Bayeux (Diocèse de), XLI. 
Bazas (Diocèse de). CCLIII. 
Beaulon (Allier; , IX. 
Beaurain i Aisne), CXCII à CXCIV. 
Beauvais (Diocèse de), CLXXXI. 
Bel-Air (Suisse), XXXI à XXXIV. 
Besançon (Diocèse de), X et XI. 
Biron (Charente-Inférieure), CCX 1.1 1 1 

el CCXLIV. 
Blo s (Loire-el-Chèr), LIX. 
Boën (La Garde près). Voir La Garde. 
Bonn (Prusse Rhénane), LXXXIU. 
Bons on Péiïgnier. Voir Pôrignier. 
Bordeaux (Diocèse de),CCXVet CCXVI. 
Bordeaux (Gironde), CCXV et CCXVI. 
Boulogne-sur-Mer (Diocèse de), 

CLXXXIV et CLXXXV. 



380 



TABLES GÉOGRAPHIQUES 



Bourges (Diocèse de), CGXI. 
Bréhan (Côtes-du-Nord), LUI. 
Brény (Aisne), CXVIH. 
Bréry (Jura). X. 

Gambrai (Diocèse de), CL XX VI, 

CLXXVII, CLXXVIII. 
Caranda, près Cierges (Aisne), CXX et 

CXXI. 

Carhaix (Finistère), LVII. 
Carthage (Tunisie). CCC, CCCI, CCCII. 
Cestres, près Verdonnet (Côle-d'Or), 
XIII. 

Chalon-sur-Saône (Diocèse de), XX et 
XXI. 

Châlons-sur-Marne (Diocèse de), CXXV 

à CXXVIII. 
Ghâlons-sur-Marne, CXXV. — Envi- 

vironsdeChàlons-sur-Marne, CXX VI. 
Charnay (Saône-et-Loire), XXV à 

XXVIII. 

Chartres (Diocèse de), LVIII, LIX, LX. 
Chef-Boutonne (Deux-Sèvres), CCLI bis. 
Chouy. (Aisne), CXXIII bis. 
Cierzac (Charente-Inférieure), CCXLVI. 
Ciply, près de Mons (Belgique), 

CLXXVII et CLXXVIII. 
Col-de-la-Magdelaine (Savoie). Voir 

La Magdelaine. 
Cologne (Diocèse de), LXXXIII et 

LXXXIV. 

Compiègne (Oise, environs de), CXXIV. 
Corcoué (Saint-Jean-de). Voir Saint- 

Jean-de-Corcoué. 
Cornouailles (Diocèse de), LV, LVI et 

LVII. 

Corseul (Diocèse de) LUI et LIV. 
Courtilles (Suisse), XXXIX bis. 
Couvignon (Aube), XIX. 
Craon (Mayenne), LI. 
Dienville (Aube), LXVIII. 
Dietersheim ( H esse - Dar mst ad t ), 

LXXVII. 
Ennemain(Somme), CLVU. 
Ependes, près Yverdon(Suisse), XXXIX. 
Eprave (Province deNamur, Belgique), 

CXIV. 



Ercheux (Somme), CLXX. 

Ermont (Seine-et-Oise), LXX. 

Esclaye, près Pondrôme (Belgique). 
Voir. Le Tombois. 

Espagne, CCXCIII bis, CCXCVTI et 
CCXCVIII. Voir Huessa 

Fissy (Saône-el-Loire), XXIX. 

Forges les-Mâcon, près Màcon (Saône- 
et-Loire), XXII. 

Franchimont (Province de Namur, Bel- 
gique), LXXXVII. 

Gamay (Côte-d'Or), VI. 

Garde (La). Voir La Garde. 

Genève (Diocèse de), CXCV à CCI1I : 
Diocèse de Genève ou de Maurienne, 
ou de Tarentaise, CCIV. 

Genève (Suisse), CXCV. — Environs de 
Genève, CXCVI. 

Géronde, près Siders (Suisse), XXXIX 
ter. 

Hardenthan ou Yeulles. Voir Yeulles. 
Haulchin (Belgique), LXXXV. 
Hernies (Mont-de-). Voir (Mont-de- 
Hermes. 

Herpès, près Courbilluc (Charente ) , 
CCXVII à CCXLII ; Appendice, no IV. 

Hesse-Darmstadt (Allemagne, Grand- 
Duché de), LXXXl. 

Hohberg, près Soleure (Suisse), XII. 

Huesca (Province d'Aragon, Espagne), 
CCXCIII. 

Issigeac (Dordognc), CCL1I. 

Italie (?), CCXCIX. 

Jordils (Les), près Yverdon (Suisse), 
XXXV. 

Jouarre (Seine-et-Marne), LXX1I bis. 

Jumelle (Province de Namur, Belgi- 
que), LXXXVI. 

Kérity.près Penmarc'h (Finistère), LV. 

Kerland, près Penmarc'h (Finistère), 
LVI. 

La Balme-en-Faucigny (Haute-Savoie), 
CXCVII à CGI. 
La Garde, près Boën (Loire), II. 
La Magdelaine (Col de-), Savoie, CCVà 
CCVII. 



TABLES GÉOGRAPHIQUES 



381 



Langres (Diocèse de), X à XIX. 

Laon (Diocèse de), CLXXXVI à CXCIV. 

Laon (Environs de), Aisne, CLXXXVI 

bis. 

La Tour, près Melle. Voir Tour (La). 

Laubenheiro, près Bingen (Hessc- 
Darmstadt, Allemagne), LXXVI. 

Le Tombois (Province de Namur, Bel- 
gique). Voir Tombois (Le). 

Les Jordils. Voir Jordils (Les). 

Limoges (Diocèse de), GGX1II cl GCXIV. 

Lisieux (Diocèse de), XLII. 

Lisieux (Eure), XLII. 

Loire (Département de la), III. 

Lucy-Ribemont (Aisne), GXCI. 

Lyon (Diocèse de), I, II et III. 

Lyon ou ses environs (Bhône), I. 

Mâcon (Diocèse de), XXII à XXX. 

Mâcon (Environs de), Saône-el- Loire, 
XXIII à XXVI. 

Macornay (Jura), XI. 

Magdelaine (Col-de-la). Voir La Magde- 
laine. 

Maguelonne (Diocèse de), CCLIV. 

Maine (Ancienne province du), Appen- 
dice, n° VII. 

Mans (Diocèse du), XLIV et XLV. 

Marchélepot (Somme), CLVIlIàCLXIII. 

Maroué (Côtes-du-Nord), LIV. 

Martigné-Briant (Maine-ct-Lo ire), 
XLIX. 

Martigny, puis de Sion en Valais 

(Diocèse de), XXXIX ter. 
Mas-Marcou (Aveyron), CGXII. 
Maurienne (Diocèse de), CCV et CGVH : 

Diocèse de Maurienne, de Taren- 

laise ou de Genève, CCIV. 
Mayence (Diocèse de), LXX1V à LXXX. 
ftîeaux (Diocèse de), LXXII bis. 
Mesnil-Bruntel (Somme), GLIV. 
Metz (Diocèse de), LXXUI. 
Metz (Lorraine annexée), LXXIII. 
Meuse (Département de la), LXXIII ter. 
Milan (Italie), GXCVI bis. 
Moislains (Somme), CI.XIV àGLXVIII. 
Montbazin (Héraull), GGLIV. 



Mont-de-Hermes, près Hermès (Oise), 

CLXXXI. 
Muizon, près Reims (Marne), CXV. 
Mulsanne (Sarlhe), XLV. 
Naix (Meuse), LXXIII bis. 
Namur, Belgique (Province de), 

LXXXVI à CXIV. 
Nantes (Diocèse de), LU. 
Néris (Allier), CCXI. 
Nesle, près Verdonne.t et Oestres, 

(Côte-d'Or), XIV et XV. 
Nesles-les Verlingthum (Pas-d e-Ca- 

lais), CLXXXV. 
Neufchâtel (Aisne, canton de), 

CLXXXVII. 
Noyellette (Pas de-Calais), CLXXII à 

CLXXIV. 

Noyon (Diocèse de), CXXIX à CLXXI. 

OberolmfHesse-Darmstadt, Allemagne), 
LXXIV et LXXV. 

Oestrich (Province de Nassau, Alle- 
magne), CCXCV. 

Oulphey, près Mancey (Saône-et- 
Loire), XX. 

Paris (Diocèse de), LXX, LXXI et LXXII. 

Pérignier ou Bons (Haute-Savoie), CCII. 

Périgueux (Diocèse de), CCLII. 

Poitiers (Diocèse de), CCXLVI1 à CGLI 
bis. 

Pouan (Aube), LXV. 

Pré-de-la-Cure, près Yvcrdun (Suisse), 
XXXVI à XXXVIII. 

Prémont (Aisne), GXLV et GXLVI. 

Quincerot (Yonne), XVIII. 

Ramerupt (Aube), LXVI et LXVII. 

Reims (Diocèse de), CXV et CXVI. 

Resteigné (Province de Namur, Belgi- 
que), XC. 

Rieppes, près Coulmier-le-Sec (Côte- 

d'Or), CCXII. 
Rodez (Diocèse de), XVI et XVII. 
Rouen (Diocèse de), XL. 
Rouen (Environs de), Seine-Inférieure, 

XL. 

Rouillé, près Villemain (Deux-Sèvres), 
CCL et CCLI. 



382 



TAULES GÉOGRAPHIQUES 



Rndesbeim (Province de Nassau, Alle- 
magne), LX.XX. 

Saint- Brice, près Chartres (Eure-et- 
Loir), LVIII. 

Saint-Chamant (Corrèze), GCXTII. 

Saint-Jean-de-Corcoué (Loi r e - linl'é- 
rieure), L1L 

Saint-Lupien ou Somme-Fontaine Voir 
Somme-Fontaine. 

Saint-Moré (Yonne), LXI. 

Sainte-Pétronille (Gironde), CGLIII. 

Saint-Pierre, près Saint-Monlan (Ai- 
dèehc), CCX. 

Saint-Fierre-du Lac, près Beaufort 
(Maine-et-Loire), L. 

Sainte-Sabine (Côte-d'Or), VII et VIII. 

Saintes (Diocèse de), CCXVII àCCXLVI. 

Samson (Province de Namur, Belgi- 
que), CVII à CXI. 

Saône-et-Loire(Départemenlde), XXX. 

Savoie (Ancienne province de), CCIV. 

Seine-et-Oise (Département de), LXXI 
et LXXII. 

Séraucourt-le-Grand (Aisne), CXXX1X. 

Soissons (Diocèse de), CXVII à CXXIV. 

Somme Fontaine ou Saint-Lupien 
(Aube), LXIX. 

Somme (Département de la), CLXX1. 

SpoiHin (Province de Namur, Belgi- 
que), CIV à CVI. 

Suarlée (Province de Namur, Belgi- 
que), CXIl et CXIII. 

Surgércs (Canton de), Charente-Infé- 
rieure, CCXLV. 

Tarentaise (Diocèse de), ou diocèse de 
Maurienne, ou diocèse de Genève, 
CCIV. 

Templeux-la-FoBse (Somme), CXLVIII 
à CLIH. 

Tomtois (Le), au hameau d'Esclaye, 
prèsPondrôme (Province de Namur, 
Belgique), LXXXVIII et LXXXIX. 



Tongres (Diocèse de), LXXXV à CXIV. 
Toul (Diocèse de), LXX11I bis et LXX11I 

ter. 

Tour (La), près Melle (Deux-Sèvres), 

CCXLVIII et CCXL1X. 
Touraine (Ancienne province de), 

XLI1I. 

Tournai (Diocèse de), CLXXLX et 
CLXXX. 

Tournai (Province de) Hainaut, Belgi- 
que. CLXXIX et CLXXX. 

Tours (Diocèse de), XLI1I. 

Travecy et Vendeuil (Entre), Aisne, 
CXLV1I. 

Trêves (Diocèse de), LXXII 1er. 

Troyes (Diocèse de), LXII à LXIX. 

Tunisie Voir Carthage. 

Turenne (Corrèze), CCXIV. 

Udenheim (Hesse-Darmstadt, Allema- 
gne), LXXIX. 

Vendeuil et Travecy (Entre), Aisne, 
CXLV1I. 

Verdes (Loir-et-Cher), LX. 

Vermard (Aisne), CXXIX à CXXXVII 
bis. 

Verrières (Aube), LXII à LX1V. 

Villeret (Aisne), CXXXVIII. 

Villevenard (Marne), CXXV1H. 

Vitry (Pas-de-Calais), Appendice, n° I. 

Vitry-le-François (Marne), CXXV1I. 

Voyennes (Somme), CLXIX. 

Wallers (Nord), CLXXV. 

Windisch (Diocèse de), XII. 

Wittislingen (Bavière), CCXC1V. 

Wôerstadt (Hessc-Darmsladt, Allema- 
gne), LXXVI1I. 

Worms (Diocèse de), LXXX1I. 

Worms (Ilesse-Darmstadt, Allemagne), 
LXXXII. 

Yeulles ou Handerthan (Pas-de-Calais), 
CLXXXIV. 



TABLES GÉ0GRAPU1QUES ^83 



II 

Noms des localités et de3 collections publiques ou privées où 
sont conservés les anneaux et les objets de provenance inconnue. 



Chantilly (Château de), Oise, CCLXXII. 

Chartres (Musée de), Eure-et-Loir, 
CCLXX1II et GGLXXIV. 

Châtillon-sur-Seine (Musée archéolo- 
gique de), Côte-d'Or, CCLXXV. 

Laval (Musée de), Mayenne, CCLXXVI. 

Lyon (Musée de), Rhône, CCLXXVII. 

Madrid (Musée de),Espagne, GCXCVII. 
Collection de M. le marquis de Flo- 
rès-Davila, CCXGVIII. 

Nantes (Musée archéologique de), 
Loire-Inférieure, GCLXXVIII à 
CCLXXXH. 

Paris. Rarlhélemy (Anat. de), GLXX. 
— Bibliothèque Nationale (Cabinet 
des Médailles), CCLV à GCLXI. — 
Gounelles (Collection de M. l'abbé), 
Appendice, n° VIII. — Laulrec (de), 
CCLXXI. — E. Le Blant (Collection 



de feu), CCLXXI bis. — Louvre 
(Musée du), CCLXII à CCLXIV. — 
Pichon (Collection de feu le baron), 
CCLXV à CCLXVII. — Rollin et 
Feuardent, CCLXVIII et CCLXIX. 

Péronne( Musée communal de), Somme, 
CCLXXXIII et CGLXXXIV ; Appen- 
dice, n<> VI. 

Saint-Maixent (Charente), M. le capi- 
taine Espérandieu, professeur à 
l'École, CGLXXXV. 

Saint-Quentin (Aisne), Collection de 
M. Th. Eck, GCLXXXVI. 

Tournus (Musée de), Saône-et-Loire, 
CCLXXXVII et GCLXXXVIH. 

Troyes (Musée de), Aube, CCLXXXIX 
et CCXC. 

Vienne, Autriche (Cabinet impérial 
de), CCXCVI. 



TABLE 



DES NOMS ET DES INITIALES DE NOMS DE PERSONNES 



Nota. — Sout imprimés en lettres capitales, les initiales et les noms qui sont inscrits, en toutes Iclln 
sur les anneaux. Sont imprimés en italiques, les noms inscrits sous forme de monogrammes ou conn 
autrement que par une inscription sur l'anneau même. — Les chiffres imprimés à la suite des non 
désignent les numéros des notices de la Description des anneaux. 



a non barré et v, ou bien v et a non 

barré, LXXII. 
a répété, XCV. 

ABBO, CCLXV. 

ABTO, CCLX. 

AE, CU OU CAF, XCI1). 

Agilhrtus, LXXII bis. 
Agnus, Appendice, n° VI. 

AILLA, XCI. 

Aina, CCXIV 

AIRINSVS OU AIRINSVSVS, LXXXIX. 
ALDVNVS, CCXIV. 

AU i ii us, X. 

Ainalretus OU Alinarelus, XLIX. 

ANTON1NOS, Lï. 
ASBOLIVS OU ASBOLVS, 1. 
ASTER, CCXV. 
AV OU VA, LXXII. 

Audo, CCXII. 
Augisa, XXX IV. 
Aurea. XLI. 

AVITVS, CCXCIII. 

AVIVS(DIANA-f)OU + AVIVS-DIANA,CXVIII. 

Basina, LXXXVI. 
Basina, LXXXVIl. 



Basina, CLXIV. 

Basina (La reine Basine, épouse de 
Childéric I er ?), CLXXX (ni légende 
ni monogramme). 

Baso (Paso pour), Appen J., n° III. 

BAVBVLFVS - HARICVFA OU HAR1CVBA , 

CXXVII. 
Benignus, CCXLVIII et CCXLIX. 
bert eildis Kegiiia, CLXXXVI, 

BETTA (DROMACIVS-), XLV. 

Betlo, XXI. 

Bolus ou Bobolus, LXXXVIII. 
c (deux) entrelacés, LXII. 
c(deux), CCXIX. 

CAE OU AECE. Voir AECE. 

charimvndvs, nom de monnayer sur un 
triens servant de ebaton, CLXXXIV. 

childiricvs rex, Childéric I er , roi des 
Francs, CLXXIX. 

cHLOTARivsRE\-,leroiClotaireII, sur un 
sou d'or servant de chaton, CCLVI. 

comodvs (pour commodvs), LXXIII ter. 

Comme, LXXXIII. 

Constinus, CCCII. 

cro[d]olenvs, CCXLV. 



TABLE DES NOMS ET DES INITIALES DE NOMS DE PERSONNES 



385 



CVNDOBERTVS, CXVI. 

d (deux d entracelés), XV. 
d et r, LVI. 

DAIL OU DVIL, CLXXVIII. 

Dana ou Danna, LXVI. 
deti, CXC1I. 

DIANA (AV1VS +), CXVI1I. 

Diana, GCLXXXIII. 
disa, CGV. 

DOMMIA, XL. 
DOMOLINA, GCXVI. 

[d]onobertvs, CCXIII. 

DROMACIVS-BETTA, XLV. 
DVIL OU DAIL. Voir DAIL. 
DVLCIS, CCXI. 

e (4 fois), CXGV. 

Elanus ou Elanias, CXV. 

Eli sa, LXVII. 

Ellis, CXCIII. 

Endeus, IV. 

Espanus, CLXXXH. 

Eulalia CXXVI. 

Eusebia, CXIX. 

Etisebia, Append., n° II. 

Eusiccia, CLXXXIII. 

Eulikus ou Euiïkius, Eulichns ou Euti- 

chius, GXX. 
Eva, LXIX. 
Evara, XII. 
f, CXLV. 
Fagah, LXXXI. 
Falco, CLXXV. 
Faustina, CCII. 
FE. CLVIII. 
Felicia, CLIV. 
Fovaua, CCLVIII. 
Franc us, CCLXXXV. 
g (entre deux s), CCXLIII. 

GAVDIOSVS, IX. 
GELOSIMVS, GXLVII. 
GENELITIS, CCXCVII. 

[g]iindihildvs (iindihildvs pour). 

CCXCII. 
Gisa, CCXX. 
gisa, Append., n° VIII. 
Glauica, CCLXI. 



GRAIF ARIVS, XXXIX tel'. 

Gregoria, GCXLVII. 
Giulinns, XXXI. 

GVLFETRVD, CCLIII. 

GVNDIS, CGLXVII. 

HARICVFA OU HARICVBA (BAVBVLF VS-), 

CXXVII. 
Hedela, CXXI. 

HEVA, LXV. 
HVN'ILA, LXXVI. 

Hylyn, CLXXXVI bis. 

IIMDIHILDVS (pOUl' GIINDIHILDVS) , 

CCXCII. 

INTNI, CCXXI. 

i. s. Voir s. i. 
Lia, III. 
Isia, VI. 

IWEQORDA, CCXLVI. 

ian(ï«), CCLII. 
Juniûnus , L. 

ivvecvs (pour ivvencus), CCXCVI1I. 
l (s et). Voir s. l. 

LAVNOBERGA, XLIV. 
LEODENVS, CXXIV. 

levbacivs, XLIII. 

lvcivs vervs, sur un sou d'or au nom 
de cet empereur, qui a servi de cha- 
ton, CLXXXVII. 

m, CCXXII. 

magno ou maono (sco), Append., n» I ; 
nom mentionné sur un cachet tour- 
nant. 

Manda, LXI. 

MARCONIVIA, XLVI. 

Mariosa, XLVIL 
Mario, CLXXXV. 
Maura, CLXXXI. 
Milita ou Mellita, CXLVIII. 
micael, CCLXVI. 
Misa, CCXCVI. 
Monuddûs, CCLXXII. 
n (?). 

n. s. Voir s. n. 

NENNIVS-VADINEHNA, CCXV1I. 
KONA, CCX. 
OENEOS, LU. 

23 



38 J 



TAULE DES NOMS ET DES INITIALES DE NOMS DE PERSONNES 



OPPTATA (PIA-). VOIT PIA OPPTATA. 

Pasonc (pour Basone). Voir Basone. 

PAVLINA, XLVIIl. 

pia, XLIX Iris. 

pia opptata, LXXII ter. 

qvv ou ppq., GXXV. 

r et d cursif. Voir d et r. 

r (s). Voir s.r. 

ragnethramnvs, LIX. 

Rana, CXCVI lis. 

rate {Ratine ?), CGIX ; mentionné sur 

l'anneau de Téela. 
regnovevs, Append., n° V. Nom gravé 

sur une boucle de ceinturon. 

ROCCOLA OU ROCCOLANA , CCLXVIH. 

Rosa, CLXXI. 
Rosa, CCLXIV. 
Runa, CCLXXXI. 
rvsticvs, GXVII. 
Rusticus, CCC1. 
s. e, CXCV. 

s. g (!,e g est entre deux s), CCXLI1I. 
s. i, LV. 
s. l, CLV. 
s. >:, CCIV. 
s. r, CCLV. 

SABINVS, LVII. 



satigeni (sipvra-). Voir sipvra satigeni. 
Savina, CXCVI. 

SIPVRA SATIGENI, V. 

Sistus (pour Sixtus), Append., n° VII. 
Solalius, CCLIX. 

TECLA, CCIX. 

Iheganus, CCLXXVIII. 
ticia (?), CXCV1I. 

TRASILDVS, CCLXII. 

\titla, CCXCIV. Ce nom masculin, 
inscrit sur une fibule recueillie avec 
un anneau, est celui du possesseur 
de ce bijou. 

Vna, XXVI. 

vtiga, CCLXXVII. 

v et a non barré, LXXU. 

VADINEHNA (NENNIVS-). Voir NENNIVS-VA- 
DINEHNA. 

VALTNA pour VALENTINA, CCXCIII Us. 
VANDEREMARVS, CCIII. 
VICTORINVS, CCC. 
VIRIA, CCL. 
WABLEGYSVS, LXXXV. 

WARENBERTVS, CCLXVIH. C'est le 110111 

du donateur de l'anneau de Hoccola. 
x '? (initiale ou croix), LXXIX. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES MATIÈRES PRINCIPALES 



Nota. — Les chiffres en capitales romaines désignait les pages de Y Introduction ; les chiffras arabes 
désignent les pages de la Description des tfnneaux. 



A cl Gû, symbole religieux, 355. 

Abbés (Anneaux d'), lviii, 44« 

Abbesses et de religieuses (Anneaux ■('), 
lix; Appendice, n° I, p. 3f>7. 

Abréviations, xxxix. 

Acclamations, xxxvni ; vivas, G7, 
cum me vivas, 354: vivas in De, 
3, 195; mecum vivas in Deo, 3o6; vi- 
vas mihi diu, 38, 87 ; vivat in Deo, 12G, 
i43; vivat in Deo cum marito suo; 
228 : utere felix, 40. 

Age de quelques cimetières. Voir Cime- 
tières (Age de quelques}. 

Age des anneaux décrits (an 3 12 à 752), 
vu; moyens de le déterminer, vni. 

Agneau (L') ( avec une étoile sur le dos ( 
symbole du Christ. Voir Symboles 
du Christ. 

Allégories, xix ; reniement du Christ 
par S. Pierre, 18; Promélhée créant 
l'homme à l'image des Dieux ? 2(3. 

Amen (ln Dei nomine). Voir Invocations 
et formules religieuses. 

Animaux mythologiques ou fantastiques, 
xxix, 41, 69, 114, n5 et passim. 

Anneaux d'hommes, de femmes et d'en- 
fants {Nombre respectif des), liv; les 
anneaux de femmes plus nombreux 
que ceux des hommes, lv-lvi; an- 



neaux de mariage ou fiançailles, de 
rois et reines, d'évèques, d'abbés, 
d'abbesscs et simples religieuses, 
de gens de profession, sigillaires, 
de simple ornement. Voir Mariage ou 
fiançailles, Rois, Reines, Évêques, Ab- 
bés, Abbesses et religieuses, Gens de 
profession,Sigillaires(Anneaux),Ornc- 
ment (Anneaux de simple). 
Argent (Anneaux d'), xi, 1, 5, 6, 14, 27, 
29, 44 et passim; filigrane d'argent, 
xi, 270, 271; argent, doré, xi, 266, 

2 7 5. 

Barbaricaircs ou damasquineurs et bro- 
deurs d'or (Corporation des), xxi, 

322. 

Bénissant ou predicant (Personnage), 

xxiv, 319. 
Li odeurs d'or sur étoffes. Voir Barba- 

1 icaires. 

Bronze (Anneaux en), xi, 7, 12, i3, 
17, 18, 2r et passim; filigrane de 
bronze, xi, 179-180, 269; bronze 
plaqué et incrusté d'or, xi, 320 ; 
doré, xi, 266, 2(î 7 ; argenté, xi, 218, 
333; entaillé, xi, 328. 

Bustes d'homme et de femme affrontés, 
67. 

Cabochon (Pierres taillées en), c'esl-à- 



3b 8 



TABLE ALPHABÉTIQUE D 



ES MATIÈRES PRINCIPALES 



(lire dans la forme hémisphérique, 
en relief sur le chaton, xvm. 

Cabochons ou globules de métal, accos- 
tant le chaton, au nombre de 4. de 
3, de 2 ou d'un seul, xxn. 

Cachets, Appendice, n os I, II, III el IV, 
p. 357 et suiv.; cachets sur plaques 
de ceinturon, ibid. n os V, VI, p. 365, 
366, 370; sur plaque de ceinture de 
femme, ibid., n° VIII, p. 370; sur 
fibule, ibid., n° VII, p. 368; cachet 
tournant, ibid., n° I, p. 357. 

Cerf (Le), symbole du Christ. Voir 
Symboles du Christ. 

Chaîne de sûreté (Anneau avec), xiv, 55 ; 
avec chaîne de suspension, xiv, 

l',0. 

Chandelier à sept branches, sur anneau 
d'Aster, israélite, ccxv, 346. 

Chaton des anneaux, en ses diverses 
formes, xiv; pris dans la masse, 
ibid., 6, 7, 8, io, 12, i3, i5, 16 et 
passim ; soudé sur la tige, xiv, 4, 10, 
xi, 17, 23, 25, 26, 3o et passim ; tour- 
nant, xv, i45, 207, 3o8. 

Chatons (Anneaux munis de deux), xv, 
21, 52, 9 4, 109, 112, 243, 3o8, 328, 
34 9 . 

Chevaux à l'abreuvoir, intaille antique 

sur une sardoine, 274. 
Christ (Symboles du). Voir Symboles du 

Christ. 

Christe. Voir Invocations et formules re- 
ligieuses. 

Cimetières (Vûge de quelques) : de Her- 
pès (Charente), 25i ; de la province 
de Namur (Belgique), 101 ; de Ver- 
mand (Aisne), 149. 

Clous (Les) du crucifiement, xxvn, 1 13, 
174, 175; Appendice, n° IX, 372- 
374. 

Colombe (La), symbole du Christ. Voir 

Symboles du Christ. 
Comodus pour Commodus, xxxix, 88. 
Con pour Cwn, xxxix, 354. 
Consécration religieuse (Anneaux de), 

i.x n. 



Croiseltes, xxvn, 55, 70, 72, 97, et 
passim ; de la place occupée par les 
croiseltes sur les anneaux, u. 

Croix, en ses diverses formes : à bran- 
ches égales, chrismée, fichée, four- 
chue, gammée, grecque, pattée, po- 
tencée, de Saint-André, can'onnée 
de points ou de lettres, xxvi-xxvii, 
16, 17, 36, 43, 44, 66 et passim ; 
croix avec les lettres d'un mono- 
gramme à l'extrémité des quatre 
bras, 335 ; et en outre un au centre, 
3o3, 356. 

Cuivre (Anneaux en), xi, 6, 11, 33, 
i38, i58, 166, 167, 168, 237, 297, 
325; en laiton, xi, 167-168; doré 
xi, 297. 

Damasquineurs. Voir Barbaricaires. 

Dansant? (Personnage), xxm, 81. 

Devineresse? (Scène entre un guerrier et 
une), xxm, 5o. 

Double (Anneau), ou deux anneaux su- 
perposés, xrv, 41 • 

Effigies de personnages déterminés, 
xxiv, 16, 60, 67, 69, 90, 171, 189, 
234, 2 9 3, 3i4, 3i8, 344. 

Èmaillerie, xvn ; cet art avait-il été 
abandonné au ive siècle? i56. 
Émaux : blanc, 168, 3i8; rouge, 
328 ; bleu, 3o et 328 ; grisâtre, 1 1 ; 
noir, i56et259; plaques d'émail, i56; 
goutte d'émail, 5. 

Émaux. Voir Èmaillerie. 

Emblèmes religieux, xxv : le chande- 
lier à sept branches, 216; le chrisme, 
20, 21, 52, 128, i3g, i5o, 325, 326, 
349; croix et croiseltes dans leurs 
diverses formes, xxvi; instruments 
de la Passion, xxvn, 47, 174» 1 7$- 

Étain ou plomb (Anneau en), xn, ?.43. 

Èvéques (Anneaux d'), lviii, 44> 83, 
i43. 

Fabrication (Procédés de). Voir Procé- 
dés de fabrication. 
Fect pour fecit, xxxix, 23g. 
Fer (Anneau en), xn, 19-20, 233-234. 
Fermoir (Bague munie d'un), XIV, 235 



TARLE ALPHABÉTIQUE DE MATIÈRES PRINCIPALES 



389 



Fiançailles ou de mariage (Anneaux de). 
Voir Mariage ou de fiançailles (An- 
neaux de) 

Fibule (Cachet sur). Voir Cachets. 

Ficit pour fecit, xxxix, 128; fici pour 
feci, dans une épitaphe reproduite 
p. i3o, note 2. 

Figures géométriques et autres, gravées 
sur les anneaux, xxix, 6, 16 et 
passim. 

Filigrane. Voir Argent [Filigrane d 1 )', 
Bronze (id. de) ; Or (id. d'). 

Formes diverses des Anneaux : unie, 
hexagonale, octogonale, nonago- 
nale, xiv. 

Formules religieuses et invocations. Voir 
Invocations. 

Fortune (La Déesse), représentée sur une 
cornaline, xix, 239; la Fortune et 
la Victoire, représentées sur une 
cornaline, xix, 38. 

Génie (Figure de petit), gravée sur une 
calcédoine, 161. 

Gens de profession (Anneaux de), lix ; 
anneau de l'orfèvre Rusticus, fabri- 
qué par lui, 128; anneau-cachet du 
pharmacien ou médecin pharmaco- 
polc Donobertus, 239. 

Germanique (Pure forme d'un nom) 
sans désinence latine, 286. 

Globules ou cabochons métalliques, 
accostant le chaton; au nombre de 
4, 3, 2 ou 1, xxii. 

Gothique (Anneau de travail), avec le 
nom gothique d'Uffila, 347 ; influence 
de l'art gothique sur l'art occiden- 
tal, 348. 

Gravées (Pierres). Voir Pierres gra- 
vées. 

Hippocampe, représenté sur le 2° 
chaton d'un anneau, 4l 

Incrustation et placage d'or, xx, 320; 
les incrustations cloisonnées sonl- 
elles un ornement caractéristique 
des anneaux mérovingiens? 54. 

Identifications de noms inscrits sur 
les anneaux, avec des personnages 



du même nom, a priori peu admissi- 
bles, lix, i43. 

In Dei nomine. Voir Invocations et for- 
mules religieuses. 

Intailles antiques, employées comme 
chatons, xix, 26, 38, ia4> 160, 
161, 23o, 261, 273, 332. 

Invocations et formules religieuses, 
xxxvii : Christe, 336 ; in Dei nomine, 
44; in Dei nomine, amen, 349; Salva 
me, 33 7 ; A et CO, 355. 

Jupiter, représenté sur trois intailles 
antiques, xix : assis sur une cathédra, 
tenant, d'une main un sceptre, de 
l'autre une palère, avec l'aigle à ses 
côtés, 102; le même, avec l'aigle, 
qui est à ses pieds et le regarde, 
262; assis, couronnant son aigle, 332. 

Main et doigts auxquels on mettait les 
anneaux: de mariage ou de fiançailles. 
lxi; de consécration religieuse, lxii ; 
sigillaires et de simple ornement ,lxiv. 

Magcster pour magister, dans une épi- 
taphe reproduite p. i3o, note 2. 

Mariage ou de fiançailles (Anneaux de), 
lx, 38, 67, i3ï, 14.7, 227, 243, -aSo, 
3o6, 3o8. 

Matières premières des anneaux Voir 
Argent (Anneaux d'), Bronze, Cuivre, 
Ètainou Plomb, Fer, Or, Potin, Verre. 

Médecin pharmacopole ou pharmacien 
(Anneau d'un). Voir Gens de profes- 
sion. 

Monnayer (Nom de), inscrit sur un tiers 
de sou mérovingien, qui a servi de 
chaton pour un anneau, 200. 

Monogrammes (Les); composition des 
monogrammes, xlv ; leur origine, 
xlvi; explication des monogram- 
mes, xlvii; précautions et règles 
à observer pour le déchiffrement 
des monogrammes, xlix-liv. 

Monogrammes dont les lettres sont pla- 
cées aux 4 branches d'une croix, 355 ; 
avec, en outre, un au centre de la 
croix, 3o3, 356. 

Obole à Car on dans des sépultures de 



31)0 



TABLE ALPITABÉTIQUE DES 



MATIÈRES PRINCIPALES 



la seconde moitié du iv e siècle, 142, 
i5i, i55. 

Or (Anneaux d'),xx, r, 2, 7, 8, 21, 2.3, 
2.4, et passim; filigrane d'or, xi, 2, 
26, 40,330; feuilles d'or employées 
en paillon uni ou quadrillé, xi, 122, 
i23, 168 ; incrustations d'or, xi, 320. 

Orfèvre (Anneau d'un). Voir Gens de 
profession. 

Orientation des corps dans le cimetière 
de Herpès (Charente), 252. 

Ornementation des anneaux, xvi. Voir 
Pierres précieuses etimitations, Verro- 
teries, Émaillerie. 

Os, terminaison, au nominatif, de noms 
de la deuxième, déclinaison, xxxix, 
60, 63. 

P (La lettre) du chrisme, avec la signifi- 
cation du P latin, dans Spes Dei, p. 129. 

Paillon, consistant à poser les gemmes 
sur des feuilles d'or, ou sur une plaque 
de métal doré ou argenté, uni ou qua- 
drillé, XVIII, 122, 123, 168, 218. 

Paléographie des anneaux ; formes et po- 
sitions diverses des lettres, xxx à xxxvi. 

Palme, symbole du Christ, xxviii, 142. 

Pasone pour Basone, Appendice, n° III, 
p. 363. 

Passion (Instruments de Za),xxvn, 49, 
i 7 5. 

Pharmacien ou médecin pharmacopole 
(Anneau d'un). Voir Gens de profes- 
sion. 

Pierres gravées, xviii; pierre gravée, 
trouvée dans le tombeau de l'évèque 
saint Agilbert, xix, 83; la gravure 
sur pierre a-t-elle été pratiquée par 
les Mérovingiens? xx. Voir Intailles 
antiques. 

Pierres précieuses ornant les anneaux, 
xvi, 4, n,83, 88, 120, 121, 124, 162. 
elpassim; imitations, xvi, n8, 120, 
121 et passim; mise en œuvre des 
gemmes, xvn. 

Placage et incrustation d'or et d'argent. 
Voir Incrustation et placage d'or et 
d'argent. 



Plaque de ceinture de femme et sur pla- 
ques de ceinturon (Cachets sur). Voir 
Cachets. 

Plomb ou étain (Anneau en), xii, 243. 
Pointe (Anneau muni d'une forte), xiv, 
226. 

Poisson (Le), symbole du Christ. Voir 
Symboles du Christ. 

Potin (Anneau en), nu, 162-163, 206-207. 

Prédicant ou bénissant (Personnage), 
xxiv, 3 19. 

Procédés de fabrication, xn, 102. 

Prométhée créant l'homme à l'image 
des Dieux? xix, 26. 

Reines (Anneaux de), lvii; anneau de 
la reine Berteildis, épouse de Dago- 
bert I er , 2o3; anneau de mariage de 
la reine Basine, épouse de Childé- 
ric I er , mère de Clovis I er (?) 192; 
anneau de Hunila, souveraine ou 
princesse de race gothique, lviii, 
90; anneau de Nona, reine ou fille 
ou sœur de roi ? 236. 

Rois (Anneaux de), lvi : anneau du 
roi Childéric I er , ibid. et 189; an- 
neau attribué à Childéric, Lvn; 
anneau d'un souverain ou prince 
goth, nommé Uf fila, 344- 

Roulette (Dessin à la), 268. 

S seul, exprimant signum, 2g3 ;signavi, 
100; signavi et des lettres compo- 
santes d'un monogramme, 5j, 60, 77 
et passim ; S barré, exprimant si- 
gnavi, 8, i3, 79 et passim; signum, 
6, 10, 34 et passim; S accompagné 
de points, ayant la même valeur, 
281. Voir Sigles. 

Saint Pierre, avec le coq chantant, al- 
lusion à la prédiction du reniement 
du Christ, xxiv, 19. 

Salba me pour salva me, xxxix, 337. 

Salva me. Voir Invocations et formules 
religieuses. 

Sceatta, monnaie anglo-saxonne, re- 
produite p. 347. 

Scènes à un ou deux personnages, gra- 
vées sur les anneaux, xxin. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES PRINCIPALES 



391 



Scgella(vil) pour sigilla(vit), xxxix, 328. 

Seo pour suo marito, xxxix, 228. 

Sépulture (Modes de), 252; orientation 
des corps, ibid. 

Sexe des défunts dans les sépultures; 
moyens de le déterminer, 2.52. 

Shin hébreu ou les clous du crucifie- 
ment? n3 et Appendice, n° IX, p. 572. 

SI exprimant signum, 64, 66, io 4; 
signavi, 108. Voir Sigles. 

Sigillaires (Anne aux), lxiii ; quels sont 
les anneaux qui n'ont pu servir à cet, 
usage? lxiii- lxiv. 

Sigles : le S seul, le S barré, le S 
pointé expriment signum ou signa- 
culum, quand le nom est au génitif; 
signavi. subscripsi ou sigillavi, si le 
nom est au nominatif; les groupes 
si, su et so (pour su), ont la même 
valeur, xli-xliv. Voir S et Si. 

Sisto pour Sexto, Appendice, n° VII, 
p. 368. 

So(bscripsit) pour su(bscripsit), xxxix, 
228. 

Sous d'or servant de chaton, xxv : au 
nom de l'empereur Lucius Verus, 
207; au nom du roi Glotaire II, 295 ; 
avec la légende Victoria Auguslorum 
du revers, seul visible, 287 ; sou d'or 
au nom du roi visigotli Léovigilde, 
reproduit, p. 346. 

Soudure (Emploi de la), soit pour fer- 
mer le cercle de l'anneau, xin, soit 
pour fixer sur la lige le chaton ou 
les cabochons qui l'accostent, xv. 



Spes Dei sur un sceau, reproduit 
p. 129. 

Sustus pour Sixtus, Appendice, n<> VII, 
p. 369. 

Symboles du Christ , xxvn - xxvm ; 
animaux : l'agneau, 141; le cerf, 
ibid., la colombe, 27, 81, i/jr, 143, 
299, Soi note 1, 3i2, 341; le lièvre, 
141; le poisson, 85, 289; symbole 
inanimé, xxvm : une palme debout 
sur sa tige, 141. 

Table (Gemmes taillées en), c'est-à-dire 
à plat, xvn. 

Tiers de sou d'or mérovingien, ayant 
servi de chaton pour un anneau, 200. 

Tige, ou jonc, ou baguette des anneaux ; 
formes diverses, an, 

Toilette ou d'ornement (Anneauv de), 

LXIV. 

Tournant (Chaton), 145, 3o8. 
Vtere felix. Voir Acclamations. 
Végétaux représentés sur les anneaux, 

XXIX, I, 9, 116, if)I. 

Verre (Anneau en), xn, 20. 

Verroteries de diverses couleurs, au 
chaton, xvn. 

Victoire ailée (La), représentée sur le 
chaton, 38. 

Victoire (La) et la Fortune, représentées 
sur une cornaline, xix, 38. 

Vivas ; vivas cum me', vivas in Deo; 
vivas mecum in Deo; vivas mihi diu. 
Voir Acclamations. 

Vivat in Deo; vivat in Deo cum ma- 
rito suo. Voir Acclamations. 



TÀBLli ANALYTIOUR 



Toges. 

PRÉFACE I 

INTRODUCTION 

§ 1 er . — Provenance des anneaux. — Leur classement géographique . . vi 

§ 2. — L'dge des anneaux vu 

§ 3. — Matières premières. — Procédés de fabrication et formes diverses 

des anneaux xi 

I. Matières premières xi 

II. Procédés de fabrication et formes diverses des anneaux . . xn 

1° La tige . x:n 

2° Le chaton xiv 

§4. — L'ornementation des anneaux xvi 

I. Les pierres précieuses et leurs imitations, les verroteries, 

l'émaillerie xvi 

1° Pierres précieuses. xvi 

2° Imitations des pierres précieuses. xvi 

3° Verroteries xvn 

4° Émaillerie xvii 

IL Mise en œuvre des gemmes, des verroteries et de l'émail . xvn 

III. Pierres gravées. Représentations diverses xvm 

IV. Ornements métalliques . xxi 

V. Figures et ornements gravés sur le métal xxin 

1° Scènes à un ou deux personnages xxm 

2° Effigies de personnages déterminés et figures diverses. xxiv 

3° Emblèmes religieux xxv 

a. Le chrisme xxv 

b. Croix et croisctles xxvi 

c. Instruments de la Passion xxvn 

4° Animaux et objets divers, symboles du Christ .... xxvn 



TABLE ANALYTIQUE 393 

Pages. 

5° Animaux mythologiques ou fantastiques. — Animaux d'es- 
pèces diverses eL indéterminées - . . xxix 

6° Végétaux, figures géométriques et autres xxix 

§ 5. — Inscriptions . xxx 

I. La paléographie des anneaux xxx 

1° Formes des lettres et lettres liées xxxi 

2° Positions des lettres: rétrogrades, couchées, non renver- 

sables et renversables xxxiv 

a. Lettres rétrogrades . xxxiv 

15. Lettres couchées xxxiv 

c. Lettres non renversables xxxv 

d. Lettres renversables xxxvi 

IL Les légendes xxxvn 

1° Noms propres xxxvn 

2° Invocations. — Formules religieuses et lettres symboliques xxxvn 

3° Acclamations xxxvnt 

4° Énonciations diverses xxxvm 

5° Particularités orthographiques et grammaticales . . . xxxix 

III. Abréviations, initiales et sigles xxxix 

1° Abréviations xxxix 

2° Initiales • xl 

3° Les Sigles .. . . . xl 

A. Le S barré xli 

B. Le groupe Si, la lettre S et le S pointé xli 

C. Le groupe Su et le groupe So pour Sw xui 

IV. Les monogrammes xlv 

1° Composition des monogrammes. — Leur origine . . . xlv 

2° Explication des monogrammes xlvh 

3° Précautions à prendre et règles à observer pour le dé- 
chiffrement des monogrammes xlix 

§ 6. — Les anneaux selon le sexe, la dignité ou la profession de leurs pos- 
sesseurs LIV 

I. Anneaux d'hommes, de femmes et d'enfants. liv 

IL Anneaux de rois et de reines lvi 

III. Anneaux d'évèques, d'abbés, d'abbesses et de religieuses . lviu 

IV. Anneaux de gens de profession lix 

§ 7. — Les anneaux suivant leur destination lx 

I. Anneaux de mariage ou de fiançailles lx 

IL Anneaux de consécration religieuse i.xn 

111. Anneaux sigillaires et anneaux de simple ornement . . . lxiii 



394 TABLE ANALYTIQUE 

DESCRIPTION ET COMMENTAIRE DES ANNEAUX 
Dislinction de quatre catégories d'anneaux i 



I 

Anneaux dont la provenance est connue 



Première Lyonnaise. 

Diocèse de Lyon 3 

• — d'Autun 7 

— de Besançon ia 

— de Windisch »4 

— de Langres I,r > 

— de Chalon-sur-Saône 22 

— de Mâcon 2 4 

— d'Avranches, puis de Lausanne 3i 

— de Martigny, puis de Sion en Valais 4° 

Deuxième Lyonnaise. 

Diocèse de Rouen ... • 4' 

— de Bayeux. 4 2 

— de Lisieux. . . . • • 43 

Troisième Lyonnaise. 

Diocèse de Tours . . . . • 44 

— du Mans 47 

— d'Angers 5i 

— de Nantes , 62 

— de Corseul 6 4 

— de Cornouailles 65 

Quatrième Lyonnaise. 

Diocèse de Chartres. 6 

— d'Auxerre 7 1 

— de Troyes 7 3 

— de Paris 80 

— de Meaux 83 



Première Belgique. 

Diocèse de Trêves 

— de Metz 



TABLE ANALYTIQUE 395 

Pages. 

Diocèse de Toul 87 

— de Mayence " 89 

— de Mayence ou diocèse de Worms ()5 

— de Worms 96 

— de Cologne 97 

— de Tongres 99 

Deuxième Belgique. 

Diocèse de Reims rj5 

— de Soissons 128 

— de Chalons-sur-Marnc i45 

— de Noyon, plus tard de Saint-Qucnlin 149 

— ■ d'Arras i83 

— de Cambrai i85 

— de Tournai 188 

— de Beau vais rg5 

— d'Amiens 197 

— de Boulogne sur-M r 199 

— de Laon 203 

Province Viennoise. 

Diocèse de Genève 2i3 

— de Genève, ou diocjse d'j Muuiienne, ou diocèse deTarentaise. . 223 

— de Maurienne •>.r>J\ 

Province d'Arles. 

Diocèse d'Arles 227 

— d'Apt, puis de Viviers 234 

Première Aquitaine. 

Diocèse de Bourges 237 

— de Rodez 238 

— de Limoges a 3g 

Deuxième Aquitaine. 

Diocèse de Bordeaux a4 6 

— de Saintes • . 25o 

-- de Poitiers ' 277 

— de Périgueux 285 

— de Bazas • 286 

Province Narbonnaise^ 

Diocèse de Maguelonne, plus tard de Montpellier 289. 



390 



TABLE ANALYTIQUE 



II 

Anneaux de provenance inconnue, classés par localités et collections françaises où 

ils sont conservés. 

Paris. 

Pages. 

i° Bibliothèque nationale (Cabinet des médailles) i>.<)3 

2° Musée du Louvre 3or 

3° Feu le baron Pichon (Collection de) 3o4 

4° M. Anatole de Barthélémy (Collection de) 3i3 

5° M. de Lautrec (Collection de) . 3i4 

G" Feu Edmond Le Blant (Collection de) 3if> 

Chantilly. 

Château de Chantilly (Musée Condé) 3i. r > 

Chartres (Eure-et-Loir). 
Musée de la ville 3 1 7 

Chatillon- sur- Seine (Côte-d Or). 
Musée archéologique 3i8 

Laval (Mayenne). 

Musée de la ville 219 

Lyon. 

Musée de la ville 3ao 

Nantes. 

Musée archéologique 3a3 

Péronne (Somme). 

Musée communal 3*>.8 

Saint-Maixent (Charente). 
Capitaine Espérandieu (collection du). 33 1 

Saint Quentin (Aisne). 
M. Th. Eck (Collection de). 33 > 



TABLE ANALYTIQUE 307 
Touruus (Saône- et-Loire). 

Pages. 

Musée de la ville 333 

III 

Anneaux dont la provenance et le possesseur sont inconnus 337 

IV 

Anneaux trouvés hors du territoire de la Gaule 34 1 

APPENDICE 

Cachets, boucles de ceinturon et fibules avec inscription 357 

ADDITIONS ET CORRECTIONS 3 7 5 

TABLES 

Tables géographiques 377 

Table des noms et des initiales de noms de personnes 38a 

Table alphabétique des matières principales 385 

Table analytique. . 3y2 



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